2020 EVASION SANITAIRE

La pandémie de Coronavirus fait parler d'elle en France
MARDI 10 MARS 2020- CAS RECENSÉS :
- en France : 1784
- en PACA : 90
- dans les Bouches du Rhone : 37

On aime entendre que ces malades viennent d'ailleurs, qu'ils ont été confrontés à d'autres malades, ailleurs toujours, et que si on a du pot, ça peut s'arrêter là. Y'a pas encore de règles sanitaires strictes, sauf les messages de l'OMS, (consignes d'hygiène élémentaires, comment se laver les mains, comment éternuer, comment tousser, comment se moucher...)
- Dis Laurent, le petit camion nous attend devant la porte... On s'évade quelques jours ?
Grand soleil. Ça sent rudement bon dans l'habitacle. Avant  l'hive, j'ai probablement aspergé les rideaux avec de la vanille ... Je peux pas m'en empêcher, je suis accro à ce parfum. C'est en chantant que je rapatrie à bord tout le linge utile. Si l'espace était plus vaste, je danserais. Je ferais valser torchons et serviettes qui tomberaient parfaitement empilés dans les équipets

cc

 

Presque midi. Nous voilà échappés. Ah le sympathique ronronnement du petit camion. Pour une fois, la maison n'a pas couiné au moment d'activer l'alarme. Si ça se trouve, la sirène est en panne. Honnêtement, je m'en fiche complètement. Et je crois bien que Laurent aussi, car il s'est à peine gratté le front avant de mettre le contact. Et moi, souveraine en ce monde minuscule, je m'installe, le museau proche du pare-brise, les fesses décollées du siège. J'ai envie de prendre la route en plein museau... Bon vous affolez pas. C'est juste le temps d'amorcer la descente de la colline et je me cale à bord. Position Matayou, mon assise yogi perso, les bras en appui sur les accoudoirs... Le dos bien calé au fond du siège; vue est imprenable.

Nous jasons Laurent et moi... de n'importe quoi, pour le plaisir de communiquer... Même pas de notre destination puisqu'on ne sait pas précisément où on va dormir ce soir. Un petit vent de liberté murmure à mes oreilles. Je rêve de navigation. Le cap global au compas du bord ce serait le mont Ventoux...  Mais au compas comme vous savez, on tire des bords. Et Laurent toujours en phase avec moi, commence à se perdre à Salon de Provence. On tournicote dans la ville, vous l'avez compris, on tire des bords carrés. Saturés de hasard, on finit par suivre les flèches autoroute-cavaillon.

Après c'est toujours tout droit. Jusqu'à Malaucène. Le temps de traîner sur un vaste marché de producteurs locaux, boire notre premier café des vacances au soleil en terrasse "bar du marché"... On zone dans la ville, on monte au belvédère. Une bien jolie pause que Malaucène nous offre.

malaucene malaucene belv mal

Nous voici à Bédouin et affamés. Pique nique champêtre avec les dentelles de Montmirail en sentinelles dans la brume de beau temps.  Le village de Bédoin dispose d'une multitude de parkings, tous vides en ce moment, réservés aux voitures de tourisme. Je n'ose pas imaginer les queues et l'affluence d'été. Pour les camping-cars, face au camping, il y a une aire autorisée, payante par borne. Il y a aussi immense parking dédié avec services à  la sortie de la ville. Celui-là est gratuit, sur macacam. Le camping sauvage n'est pas toléré. Nous choisirons pour la nuit notre formule favorite, chez l'exploitant, Le domaine Les Vaudrans Ste colombe. C'est un chouette espace aménagé sous les arbres, herbe tondue de peu, cinq beaux espaces matérialisés par tables et bancs "pique-nique". Nous y sommes seuls avec les chants d'oiseaux. Une ambiance champêtre comme je les aime. Un sympathique paysan nous accueille, qui fait du vin et du miel de lavande... Notre avitaillement de base s'enrichit. Bédouin est un magnifique village (y'a que l'églilse qui est un peu lourdaude et massive). Nous avons aimé nous perdre dans les venelles empierrées. Quelquefois ardues à monter. Bédouin, nous y reviendrons.

bedoin

MERCREDI 11 MARS 2020

Nous prendrons la route du Mont Ventoux, partiellement fermée. On se gare devant le chalet Reynard, d'une absolue mocheté. Le GR empierré monte derrière vers le sommet. Le vent souffle avec violence. C'est un monde de roches et le crâne pelé du Ventoux est tragique dans ce monde hostile. 1/2 heure de crapahutage en se tordant les pieds dans les caillasses... et ce maudit vent qui nous transperce. Laurent est un peu à la traîne.
- Laurent, ça va...

- Bof, tu trouves ça chouette ?
- Non, et pas agréable en plus. On redescend ?
- Si tu veux...
Le message est clair. On est en bas en quelques enjambées, où le désert du chalet nous accueille. Retour vers Bédoin-Malaucène. Puis cap vers Beaumes de Venise. Là, on a nos entrées. Le domaine Bouletin vraiment bien équipé nous attend. Toute cette route est dédiée au tour de France, de vastes espaces sont aménagés sur les bas-côtés, je crois bien que ça me tenterait de venir y poser nos roues pour quelques jours, cet été, si les champions passent par là. Laurent ne partage pas mon engouement. Bof, pas grave, on fera autre chose.

ventoux

A proximité du col de la Madeleine 448 mètres les chênes verts sont taillés en bonzais, et bordent des précipices quelque peu inquiétants. Quelquefois, la route se referme sur des puits de rochers, j'aime nous engouffrer dans ces ravines profondes.

Nous retrouvons le domaine Bouletin avec enthousiasme. Nous sommes surpris d'y trouver déjà trois autres camping-cars. Deux viennent de Belgique, le troisième de Montpellier. Que des bonnes gens. Prétexte le soir à une dégustation quasi festive. Encore quelques bouteilles pour notre avitaillement de bases...

rte montagne

JEUDI 12 MARS 2020- cas recensés en France : 2876
- en PACA : 151
- dans les Bouches du Rhone : 67
- dans le Vaucluse : 4

C'est comme si notre espace de vacanciers étaient isolés du monde. Nos voisins sont souriants et décontractés. On ne s'évite pas, on se communique les bons plans. Laurent et moi optons pour un départ découverte du plateau des Courens.

courens Au départ du domaine viticole c'est un vrai plaisir de se lancer dans les collines qui dominent Beaumes de Venise. Des terrasses maraîchères ou viticoles s'offrent au soleil et c'est dans une ambiance très printanière que nous partons à l'assaut de ce sentier. La piste confortable monte à travers une belle forêt méditerranéenne. En hauteur la vue se dégage et nous offre la ville sous toutes les coutures. La descente par l'autre versant est plus acrobatique. C'est un chemin de ravine creusé directement dans la roche, des pas hasardeux. C'est pas terrible pour mon dos, mais j'adore cette descente. courens

SAMEDI 14 MARS  2020- cas recensés en France : 4500
- en PACA : 279
- dans les Bouches du Rhone : 131

Le danger se rapproche, le virus est entrain de prendre le dessus. Faut peut-être pas traîner dehors. Nous écourterons nos vacances. Décision immédiate. Nous serons chez nous en fin de matinée. Juste le temps de faire quelques courses... et de se rapatrier à la maison, sans passer par la case Olivier, dont nous frôlerons quasiment la maison. Guère de regrets, à cette heure, ils sont tous au boutot scolaires ou professionnels.

**************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************

VENDREDI 20 MARS 2020- cas recensés en France : 10995
Il y a maintenant une semaine que nous sommes rentrés. Le coronavirus fait des ravages. Tout le monde s'accorde à dire que le pire est à venir. Nous avons bien entendu suivi les interventions de nos chefs d'état. En conséquence, nous avons organisé notre vie à l'intérieur de notre monde qui se résume aujourdh'ui à deux personnes.

J'aime bien cet isolement obligé. Seuls à bord. Comme sur Lune de Miel, c'est aussi une occasion inespérée de retrouver notre mode de vie simplifiée, au jour le jour, comme d'une traversée transatlantique. C'est l'occasion rêvée de se débarrasser de toutes les contraintes superflues. C'est l'occasion rêvée de ne faire que ce que nous avons envie de faire. Comme sur Lune de Miel, je concocte avec trois fois rien, des pâtes, du riz, des pommes de terre pour en faire des mets de luxe. Comme sur Lune de Miel, nous reprenons l'habitude de faire notre pain. Comme sur Lune de Miel nous disposons de l'essentiel et nous nous passerons avec légèreté de tout le reste. Nous sommes moins actifs que sur le voilier, c'est vrai, mais il y a le jardin qui nous attend avec un sympathique programme d'entretien (physique pour nous, esthétique pour lui). J'ai aussi sous la main, et c'est une aubaine, la gym d'entretien à laquelle Annette m'a initiée. Comme sur le voilier, notre destination reste hasardeuse... les délais imprécis.

Ce qu'il y a de mieux sur terre, c'est vous. Où que vous soyez, nous ne sommes pas loin de vous. Nos pensées voyagent et se rencontrent. Elles s'en moquent du virus. On n'est jamais aussi seuls qu'on croit.

A vous toutes et à vous tous, cordialement. La main droite sur le coeur.