17-06-18 Fredercikstadt-Oslo

jeudi 14 juin 17h. N 59°11'15.35 ;E 11°11' 09.24
Pour notre première nuit en Norvège, Laurent se sent une âme d'aventurier. Il a trouvé sur son application gps préférée (Park 4 free),dédiée au CC, le parking de rêve. Promesse de total isolement. Le Gps nous envoie sur une piste macadam qui se transforme rapidement en piste tout court au milieu des nids de poules (dont certains gorgés d'eau dont la profondeur est difficile à estimer) et des caillasses. Il pleut des cordes, et ça tonne fort. Ambiance tempête. Quel raffut dans la cabine.
- Dis Laurent, t'es certain que c'est une bonne idée de continuer par là ?
- Pas le choix, je peux pas faire demi-tour.
A ce moment là, notre Gps embarqué annonce "accès non garanti" en même temps que se lève d'énormes rafales qui secouent les branches et griffent notre toiture. Je serre les fesses.
- Et l'annonce gps, ça va finir comment ? En sentier de rando ?
- On avisera, pour le moment y'a pas de problème.
Quand Laurent dit qu'il n'y a pas de problème je serais bien sotte de m'en créer. N'empêche que cette piste de forêt qui tournicote et nous chahute dans les ornières, j'aime pas du tout. Une bonne demi-heure de silence angoissé à bord. Laurent reste concentré sur son pare-brise qui devient opaque avec la pluie. Et puis, voilà un grand virage quasi à angle droit. La piste s'élargit, redevient humaine. Je pousse un cri.
- Oh là, là, que c'est chouette, j'adore.
Une belle route au bout de laquelle se dessine un petit port de plaisance. Les eaux sont grises et de gros creux agitent les moutons qui festonnent la surface. Le ciel est noir de tout noir. C'est saisissant. En même temps j'en mène pas large. Où serons-nous à l'abri ? Laurent se gare face au quai, face à la mer, sous des rafales de vent annoncée 8/9. Je vous garantis que nous si nous profitons d'un spectacle grandiose, on profite aussi d'un joyeux roulis à bord.  Et ça me plaît moyen. D'autant moins que la pluie se met à déverser à grands seaux.
- Laurent on pourrait avancer un peu, faire un quart de tour, se garer parallèle au quai, pour se mettre face au vent. Je serais plus tranquille.
Laurent rigole.
- Tu crois qu'on peut verser dans la mer...
- Ben, je sais pas, mais j'aime pas ce roulis.
Il se gratte le menton, observe l'écume qui s'est formée sur notre plan d'eau... Finalement se met au volant. Manoeuvre que nous ne regretterons pas car le petit camion se stabilise et le vent s'il ronfle fort sur le toit ne nous chahute presque plus. En face de nous un quai isolé avec juste un voilier amarré en longueur et une barge en bout de quai. Sur la barge un beau chalet quasi neuf.  La belle maison de bois sur sa barge est fort malmenée avec le vent de travers.
Laurent observe un brin goguenard.
- Elle est belle sa maison, mais c'est pas un marin le mec. S'il croit que ses amarres vont résister...

barge
Il est vrai que ça ressemble plus à des fistrouilles qu'à des cordages qui se tendent à fond et se relâchent avec une inquiétante violence. Même pas d'amortiseurs prévus. Quant aux taquets, on pourrait y retenir un vélo en toute sécurité mais une maison de bois de 40m2 ?
Bien entendu, un premier taquet explose et les fistrouilles volent sur le pont de la barge. Le mec sommairement emballé dans un burnous immense jaillit de son carré. Un vai modèle de viking. Les cheveux très clairs et très longs, une longue barbe... Le burnous ne tardent pas à lui battre les chevilles et vole dans tous les sens en envoyant des gerbes d'eau autour de lui. Son menton dégouline. Il met en route son moteur hors-bord pour lutter contre les poussées du vent. Et court d'un bout à l'autre de la barge. Je crois bien qu'il sait pas trop quoi faire. Le pôvre, le voià en grande détresse. Laurent se demande s'il serait judicieux d'aller le conseiller.. Pas le temps de bouger. Trois grosses voitures arrivent en catastrophe. Des agents du port en sortent emballés dans des cirés à toute épreuve. Le chef reste dans la voiture. (normal ?) Les quatre autre affrontent la tempête, s'arrêtent au mileu du quai. Héroïques les mecs. Ils observent et papotent très indécis pendant que le voilier à son tour se met à chahuter follement. Pendant ce temps le mec inondé de tous les côté, s'improvise un autre amarrage. Des fois j'ai ce genre de problème avec des bouts de laine emmêlés. C'est pour ça que j'ai abandonné le tricot. Finalement, l'un des agents sautera héroîquement à bord du voilier pour sécuriser les amarres. Mais pour l'homme à la barge, il se débrouillera tout seul.
Quelle belle et bonne soirée à terre pour nous autres. Y'a pas à dire, mais la mer déchaînée, elle est excellente à terre.

Le vent se calmera dans la nuit et nous ferons une autre étape dans des endroits plus sauvages mais plus calmes aussi.Le ciel sera nettement plus clément. Le plus remarquable à Frédérikstadt (au bord de la Gomma). Une ville formidable construite sur plusieurs îlots que l'on peut visiter de bout en bout avec une navette fluviale gratuire qui fonctionne comme un omnibus. Une merveille de liberté.

frederickstadt

Dimanche 17 juin 2018- 11h. N 59°57'56.80 E 1O 40'00.40 -15° OSLO A l'entrée de la ville, un panneau nous annonce un péage assez élevé dont j'ai oublié le montant, vu que nous n'avons pas passé de portique automatique pour payer. Nous avons compris plus tard que c'est une sorte d'octroi de terre, qu'il convient de régler lorsqu'on veut s'arrêter en ville, quelle que soit la durée du passage. Comme nous n'avons pas trouvé de "caisse" à priori la facture nous sera adressée à Velaux. Cette facture nous y attendra si jamais elle arrive avant nous.
Dimanche à Oslo, que du bonheur; pourtant il pleut des cordes. Nous sommes parqués dans un quartier très chic sous une allée d'immenses tilleuls à 1km du "sentrum". Pour échapper à une pluie torrentielle nous ferons pause dans une "cafétéria" locale pour une salade de saumon exquise accompagnée d'un immense bol de "café au lait" pure lavasse.. mais chaude. Nous avons adoré la ville d'Oslo, large, aérée, à la fois moderne et reposante. Différents musées dont celui de Munch mérite le détour, un immense espace socio-culturel résolument moderne et très agréable. Quelle chouette ville. Quand à la demeure royale c'est surtout un parc sympathique et des gardes qui jouent leur parade devant le royal escalier entre deux averses.

 

Ce que je voudrais dire de ces premiers jours en Norvège c'est que nous apprécions énormément, la gratuité des autoroutes et la qualité générale des routes. Nous avons aimé ne pas rencontrer de bouchons, de déambuler dans des villes où peu de voitures circulent. Nous trouvons partout des aires de pique-nique sympathiques proches des villes ou en rase campagne avec souvent des sanitaires irréprochables et toujours chauffés.
Nous rencontrons beaucoup de véhicules allemands, de rares hollandais, pas l'ombre d'un français à part nous et aucun véhicule du sud de l'Europe. Les norvégiens sont déconcertants. Ils vaquent, précoccupés uniquement d'eux mêmes. Je me suis étonnée que personne ne réponde jamais à nos saluts. Vous savez sur les sentiers, dans les lieux de relative intimité, on dit bonjour nous... Eux ils entendent même pas. C'est comme si on était transparent.

AÎe aîe... Non plutôt, Haye-Haye, c'est le bonjour traditionnel, mais ça ne parche pas plus que HI, ou Hello...

Par contre si on les interpelle, (au moins deux fois pour qu'ils réagissent), alors là, ils font de réels efforts pour nous comprendre et répondre à nos interrogations. Ce sont donc des personnes fort courtoises mais leurs règles de civilité diffèrent vraiment des nôtres. Et partout nous sommes accueillis avec de grands sourires. Mais faut se dépatouiller avec l'anglais, que tous pratiquent avec plus ou moins de bonheur... Avec leur accent local, on n'est pas toujours certains de ce que nous comprenons. C'est une rigolote gymnastique intellectuelle. Laurent sympathique avec les allemands que nous croisons. La question incontournable des allemands, c'est :

- vous êtes mariés à une francaise ? (comme si c'était incongru, et même pas il dément, le bougre)

ou quand ils réalisent qu'il est français,

- comment ça se fait que vous parlez si bien allemand  ?
-  Parce que je chante les lieder de Schubert.