VEILLE DE DÉPART
Comment planifions-nous nos vacances ? Je ne parle pas des jours qui précèdent. Ces moments où se met en place toute l’ordonnance de nos bagages. On va faire quoi ? avec qui ? et comment ?
Ce coup-ci, nous allons participer à un travail quotidien de 6h dans un groupe d’une centaine de choristes. Nous avons reçu les fichiers qui concernent nos partitions respectives. Nous avons une idée très précise de ce que nous devrons produire avec notre exceptionnel chef de choeur, Christophe Duhamel. "Sunrise mass de Ola Gjeilo ". Un rude programme.

Dans l’immédiat, c’est tout notre bazar pour 7 jours en pension complète qui nous bouscule ; entre le linge d’hiver stocké depuis l’été dans la buanderie et les habits de « parade » sous housse dans l’armoire, depuis un an… Oh , là, là, il paraît qu’il y a des personnes en partance qui adore ce moment dédié à l’utilitaire. Moi, je déteste ça ; je ne suis jamais inspirée. À coup sûr, il me manquera l’essentiel. Et vous savez pourquoi ?
Parce que l’un ou l’autre jour d’avant, une idée fulgurante me traverse l’esprit, oh là, là faut pas que j’oublie « ça »… Vous savez, cet objet incontournable de notre quotidien, celui dont on ne peut pas se passer. Pour beaucoup ce sera le smartphone, mais y'a peu de chances, il est quasi scotché à nos manches. Et c'est pas le truc dont je suis accro. Il m'arrive même de faire exprès de l'oublier, juste pour le plaisir...
Laurent ronchonne
- Et si t'as un problème; et si je veux te joindre ?
- Ouille ouille ouille, que de drames en perpective. Sauf que tous les 3 pas on croise un quidam équipé qui sera ravi de m'aider, et si tu veux me joindre, tu attendras que je sois rentrée.
J'évoque ici un objet moins utilitaire qui réjouit le moment. Un objet fétiche ou transitionnel. Dans mon cas, ça ne pourra être qu'un livre. Je mets donc le livre de côté. En général un endroit ordinaire que mon regard croise souvent, je ne peux pas le rater.
Sauf que ce regard global est complètement automatique. C’est un regard qui ne voit rien du tout ;
C’est ainsi qu’à 50 km de la maison, la question terrible se pose. Crotazut, on a laissé le livre sur l’étagère, mais comment vais-je pouvoir apprécier ces vacances sans lui ?
Laurent toujours pragmatique me fait envisager le pire.
- T'as pas oublié ta liseuse au moins ?
- Non, mais ça n'a rien à voir ; ÇA, c'est un livre...
Regard dépassé et haussement d'épaules de Laurent. La subtilité lui échappe.
Donc pour ces vacances, j'ai adopté une nouvelle approche de ce qui m'est essentiel. Tout ou n’importe quoi, mais surtout pas de livre… De vraies vacances finalement. Je ne subirai pas l’addiction qui me fait souvent oublier tout le reste, et je serai moi-même, uniquement préoccupée des personnes qui m’entourent et de ce que nous faisons ensemble. Je ne serai pas pressée de m’isoler, pas pressée de quitter la table à peine avalé le café, pas pressée de rentrer à l’ombre alors que le soleil nous inviterait à de si sympathiques découvertes autour du village. Pas prisonnière d’une longue soirée de veille avec le «ÇA »… La tête en vrac et le regard fripé au réveil.
Dis Laurent,
Il y a de longs moments de pause pendant ce séjour. Pourvu que je m’ennuie pas ?
