TROIS P'TITS TOURS ET PUIS...
Lundi 5 mai 2026
- Tu seras prête, on part mercredi ?
- Oh, oui, oui, oui...
Mercredi 7 mai 2026
Je suis épatée que notre installation à bord sois si rapide et si facile. Aux aurores, comme d’habitude, sur le coup de 11h du matin, nous nous émerveillons tous les deux d’entendre ronronner notre moteur tout neuf, comme un qui serait en rodage... régulier, doux, rassurant ! Allez on lui pardonne sa colère explosive de l'automne dernier. Mais il a intérêt à bien se tenir. Sinon, on le largue à la SPA (Société de Pollution Autorisée).
Oublions tout ça, respirons fort et sourions à la vie.
Cap LES VANS, l’incontournable Home d’Annette et Claude en Cévennes.

Nous aimons y tirer notre premier bord. Et nous y passons deux jours enchantés au camping des Vans, à deux pas de leur domicile. Ce que j’aime avec Annette et Claude, c’est qu’on tire toujours des plans sur la comète.
Avec eux, aujourd’hui c’est déjà demain…
En l’occurrence les 80 ans d’Annette et Laurent en 2027. L’idée c’est de rassembler nos enfants et leurs petits dans une grande fiesta. Les leurs et les nôtres se connaissent à peine. C’est une belle idée qui me séduit, mais ça me paraît si loin…
- Mais pas du tout, faut savoir ce qu’on fait, où, avec qui, combien, combien de temps… faut réserver le plus vite possible…
Ça, c’est Annette avec son don de persuasion qui ne souffre aucun doute. Et j’adhère.
Après tout, c’est leur anniversaire à Laurent et elle. Je ne suis pas concernée donc je suis d’accord pour tout, du moment que c’est festif et rassembleur. Et que je m’en mêle pas.
Et si c'était ici, joliment sympa, non ?

Et pourquoi pas, ici aussi, une résidence cinéma en 2027, tant qu'on y est ?
Dans l'immédiat on a de la route à faire, mais tranquillement. C'est Laurent qui s'y colle.
- Si on faisait une première pause à La Blachère, histoire d'armer notre cave mobile ?
- Wouah, première pause, à peine 60 km, ça fait beaucoup pour un premier jour non ?
Humble haussement d'épaules.
- Ouhais, je sais. Je ferai un effort. Bon, t'es d'accord ?
- D’accord !
Le pilote a toujours raison et fait les pauses telles qu’elles lui sont nécessaires. C'est l'un de ses privilèges et notre accord tacite.
Nous contournons Vogüe, cher à nos âmes de choristes amateurs, (nous y prévoyons un nouveau stage à l’automne)
L'impresssionnante silhouette de son château médiéval, traverse les temps et les modes. Il a bien eu droit à quelques métamorposes en traversant le XVIIème puis le XVIIIème siècle. Mais il reste fidèle à ses vieilles pierres, gardien d'un monde révolu que nous pouvons juste rêver.

La route sinue le long de l’Ardèche qui roule ses bosses de roches et cailloux en flots nerveux ; De beaux reflets métalliques, verts ou argentés, scintillent sous le soleil. De larges trouées dans les robiniers en fleurs et les hautes herbes nous offrent le spectacle vivant de l’eau qui rabote lascivement, inlassablement, la roche.
- Une pause contemplative, ça te tente ?

Quelques pas hasardeux à travers les galets, provisions de petits bouts de roche... une toute petite pause.
Je rêve et je m’émerveille. Déja nous arrivons à Balazuc. Un camping (quasi désert, de vastes espaces, quel confort, pas un gamin hurleur en vue, total bonheur...) Le choix camping c’est pour avoir l’électricité et pouvoir se chauffer la nuit… (annoncée 6°)
Chouette installation sous un doux soleil. Laurent a repéré une voie verte…
Hop là, en piste pour les vélos. Mais c’est que je l’avais mis en veille passive depuis l’automne ma bicyclette. Et voilà-t-y pas, que l’engin se rebiffe et se rebelle. Je crois bien qu’il me reconnaît pas. A moins que j'aie pris un coup de vieux dans le guidon… Non, quand même pas !
Donc, on se cabre, on se sent mou du poignet, et raide du postérieur à la fois … Ouille ouille ouille ; le démarrage est hasardeux et je redémarre dans l’herbe. Voilà que je le vélo fait du hors piste. Quelques coups de pédales autoritaires et zou, me voilà partie… Non mais, c'est qui la patronne ?

Même capable de passer les chicanes sans poser pied à terre. Si, si, si, n’en doutez surtout pas. J’admets que je faseye un peu du guidon, mais ça passe et ça casse pas.
Donc nous ferons 10 km d’une voie tranquille. Les vrais seuls dangers, ce sont les piétons. Les pires, les groupes et les familles. Une envie furieuse me prend d’écrabouiller quelques minots agités du bocal. Heureusement, ils sont rares. Donc, je me domine.
Cette voie est une merveille. Des brassées de feuillus, (acacias, noisetiers, jeunes chênes), de belles trouées qui ouvrent le regard sur des prairies immenses. En fond d’écran les falaises montent la garde.

Balazuc est un village dont certaines maisons sont estampillées 1601. Il y règne un esprit paisible de vieilles pierres qui en ont vu passer du monde, du beau monde et puis de l’autre aussi.
Nous flânerons dans des ruelles magnifiques, propres et nettes. Les murs en camaïeux de pierres ocre, beige ou brun, sont joyeux et colorés. C’est un beau village dans lequel nous déambulerons longuement. On s’attarde rêveur sous les arcades de l’ancien marché aux cocons. Au XVIIIème siècle, grande période de la sériculture locale, on y élevait le bombyx, papillon dont la chenille est le ver à soie.

THYETS

C’est un village remarquable parce que l’Ardèche le contourne et l’imprègne de sa joie de vivre Les murs de pierre ici respirent. Nous avons longuement déambulé dans des ruelles secrètes, maisons qui inspirent la paix et la confiance.
Le deuxième jour, nous ne résistons pas à l’attrait d’une longue rando annoncée « la gueule du diable ». Le dénivelé d’environ 600 mètres est raide. Nous avons une chance incroyable, parce que s’il est vrai que le ciel est couvert et les éclaircies rares, il ne pleut pas. Et la température pour marcher dans l’effort et très confortable. Nous accédons à ce point de vue par le « chemin du roi » Sentier hasardeux, taillé dans une faille de la roche.

Il y a des rampes pour se maintenir, mais les marches sont hautes, empilées à la louche, et les pierres étroites. Quand au passage, mon bidon, élargi de mon postérieur, vont-ils poser problème ? Nous montons lentement, en réfléchissant au pas qui va suivre. Rien d’autre en tête. Ça vide le cerveau. J’ai adoré ça. Autrement dit, j’ai trouvé ça très reposant. Pas si compliqué finalement.
Et puis toujours la magnifique Ardèche qui roule inlassablement ses reflets d’argent.
Et puis, la Gueule du Diable.

LE JOYAU DE LA HAUTE LOIRE

LE PUY EN VELAY
Quelle ville étonnante, imprégnée de spiritualité. Ici on ne peut pas ignorer la force mystique des pèlerins qui s’y attardent. Hé oui, nous partageons avec eux La via Podiensis.
Nous y avons longuement déambulé, un jour après l’autre, inlassablement. Il y a trente ans, lorsqu’on traversait la ville, on croisait des vieilles dames en costume noir et coiffe, assises devant leur porte sur le trottoir. Elles activaient leurs fuseaux à une vitesse époustouflante. J’étais fascinée. En ce temps là, je n’osais pas les déranger. Je le regrette aujourd’hui, j’aurais bien aimé faire un « ptit reportage » sur cet art de la dentelle au fuseau, qui m’est totalement étranger. Je ne pratique que la dentelle au crochet ou à l'aguille. Aujourd’hui, la seule artiste que j’ai vue devant une mercerie était un mannequin. Je regrette le charme désuet de ces dames qui faisaient « le trottoir ».

Hélas le temps se dégrade, 14-15° en journée, nuageo-pluvieux annoncé pour une semaine. Embellie prévue ensuite mais prévisionnelle, bien hasardeux tout ça.
- T’en penses quoi de cette météo ?
-… … ..
- T’envisages quoi pour les prochains jours ?
- C’est à dire que c’est sympa la pluie sur le toit du petit camion. Ça me rappelle les grains sur la coque de Lune de Miel, mais pour le camping, c’est pas génial.
- Donc ?
- Rien ne nous retient ici, ou là, ou ailleurs.
- Et puis, Velaux, c’est pas mal non plus…
- Et puis on pourra repartir quand ça nous chante, sous des jours meilleurs.
- Ou pas ?
- Ou pas !
Ce qui est extraordinaire dans le quotidien avec Laurent, c’est que nous sommes toujours d’accord sur nos choix de vie…
Top là, Velaux, c’est le retour !
