SUR LES AILES DU VENT

- Dis-Laurent, je crois que nos amis sont en panne de coucounets…

- Donc..

- Et si on improvisait une escapade exotique… juste pour eux.

- Et nous alors ?

- Nous aussi, forcément puisqu’on part avec eux.

- Chiche…

On expédie le repas en cinq-sept, pour une escapade quatorze-dix-sept... En route. Après Vitrolles, cap vers l’Est. Oh pas bien loin. A peine 10 km. Nous entrons dans une large vallée, que dominent dans le lointain de hautes falaises, coiffées de pinède. Nous dépassons la périphérie de la ville, petit virage serré à droite sous un pont de chemin de fer. Nous y sommes. Je suis venue quelquefois dans cette ville provençale, peu prisée des touristes. A chaque fois, motivée par une action précise. Jamais je n’aurais eu l’idée de venir y faire une visite de courtoisie. Mais qu’est ce qu’on va faire d’exotique dans ce bled ?

- J'ai guère envie de sortir de la voiture ? On peut pas aller un peu plus loin ?

- Non, nous allons faire ici un chouette circuit touristique.

- Vraiment ?

Bon, pourquoi pas. L'idée de faire quelques pas me séduit toujours.

 

Premier étonnement,  dès l'entrée de la ville. Une impressionante fontaine, celle  des 4 canons (1762-en chiffres romains) J’espère que je me trompe pas, enfin pas trop. Donc cette fontaine a permis l’accès à l’eau dans toutes les maisons. Dans l’ancien temps, en Provence, les maisons sont équipées de « caisses à eau » qui stockent l’eau de la fontaine jusqu’aux « pierres à eau » munies de robinets et permet de recevoir l’eau chez soi. Donc cette étonnante et magnifique fontaine est équipée de 4 « canons » donc de 4 tuyaux d’arrivée et de 4 pierres à eau (pierre creusée en vasque).

fontaine des 4 canons

Nous grimpons à travers des ruelles empierrées très étroites. C'est comme souvent en Provence un village construit sur un piton rocheux. Les murs des maisons sont encastrés dans la falaise. Leurs fenêtres hasardeuses s’ouvrent jusqu’au sommet. Fichtre, ils ont pas la trouille les résidents. Un homme fume sa cigarette, penché à sa fenêtre à notre hauteur… Il nous regarde arriver. Il entend mon étonnement. Il nous accueille avec un bon sourire. Je le salue, dresse la tête vers le mur voisin qui me touche presque, scrute cette falaise, percée de fenêtres...

- Vous avez pas peur, que vos voisins vous dégringolent dessus ?

- Bien sûr que non, pourquoi voulez-vous que les voisins dégringolent ?

- Je sais pas, un bout de falaise qui se désagrège et entraîne tout un éboulement.

- Ah ça !

falaise

Il rêve un instant, en fixant lui aussi le haut de la falaise dont il n’est séparé que par une mince venelle. Enfin je sais pas. Peut-être qu’il ne rêve pas. Peut-être qu’il réfléchit. Puis il me fixe de nouveau avec son sourire confiant.

- Non, rien ne dégringolera. Les maisons sont cramponnées à la falaise depuis deux cents ou trois cents ans… voire quatre cents ans, y’a aucun risque…

- Depuis l’antiquité tant que vous y êtes.

- Non, quand même pas, ils construisaient plus bas, plus près du sol  les anciens.

Un rien de dédain dans le ton. Sous entendu : enfin, tout le monde sait ça !

 

Nous grimpons d’un bon pas jusqu’à une petite place qui s’ouvre sur la large vallée  de Marignane campagne. Hé oui, la campagne ici voisine avec les zones commerciales et urbaines, balafrées par les autoroutes. Mais pas seulement. Là où se tourne mon regard, c’est vaste, verdoyant, boisé, ça mérite une pause contemplative. Que Laurent bouscule.

Nous continuons de grimper en pente douce, une vraie balade de petits vieux. Au bout de l'allée apparaîssent deux silhouettes familières, les ailes des moulins qui font vibrer l'air de Provence depuis le XVIIIème s.  Joliment nommée pour l'un Lanterne du Souvenir, à la mémoire des soldats morts pour défendre notre pays. Dressé sur la crête de cette falaise que nous arpentons, il domine un cimetière aérien, tout beau, tout propre. Juste derrière, c'est le moulin de la Pallière,  parfaitement entretenu. Lui, il  est bien ancré dans le présent. Il est magnifique, et ne demande qu’à tourner… Donc il tourne, et le meunier qui a repris l’activité depuis 2021 produit de la farine bio (3,00 € le kg, pour les heureux habitants de la ville dont certains doivent péter dans la soie pour s'offrir de la farine à ce prix-là. Je la trouve à 1,25 € à carrefour.

Une piste en pleine pinède, qui monte gentiment nous mène tout au bout de la crête . Une petite brise murmure à travers les branches.

- Dis Laurent, tu entends la brise qui nous parle comme en mer. Elle se rapproche, s’éteint, et puis  revient…

Oh, que je l’aime ce bercement.

« sur les ailes du vent »… Hé oui, c’est ici, aux Pennes Mirabeau …

moulin

et nous n’avons pas tout vu… Patience, je vous y mènerai encore.

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