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LES ÉVADÉS DU COVID

CHEZ NOUSLaurent s’inquiète pour moi. Il me propose de l'accompagner pour faire les courses, ou faire un tour dehors, même si c’est tout près de chez nous. " juste pour changer de cadre"qu'il me dit. Il pense que je devrais sortir, un peu... Mais je suis pas emballée

- Changer de cadre. Mais celui-là me va très bien.

- Mais ça te manque pas, de voir des gens, de discuter, d’échanger...

- Je te vois, je discute et j’échange avec toi... que puis-je rêver de plus idéal.

- Je sais pas moi, avoir une autre binette en face de toi, d’autres points de vue. Moi, tu me connais par cœur. Et puis boire un coup avec les potes, ou partager un repas, ça te manque pas.

- Je crois bien que non.

- Mais t’aimes ça quand même ?

- Oui, bien sûr, mais tout ça reviendra alors il sera temps d’en profiter. Mais je ne suis pas pressée.

Laurent s’inquiète parce que cette parenthèse sociale m’enchante. Alors il insiste.

- Et t’as pas envie de sortir au moins au bout de la rue ?

- Non, je crois pas, j’irais y faire quoi ?

- Et si je te proposais une évasion camping-car.

 

Alors là, j’hésite pas,

- Oui bien sûr, on le fera, dès que possible, là tu m’embarqueras quand tu veux.

- Demain soir ?

- Mais on peut pas.

- Évidemment qu’on peut. Le petit camion est garé devant le portail puisqu’on n’a pas pu le rapatrier à l’abri avant le confinement. J’ai bien vu que tu le lorgnes depuis la terrasse...

J’enfourche son idée aussi sec...

- En plus il est tout prêt à partir. Le lit est fait, y’a du linge de rechange et du linge de toilette. Manque que l’intendance. Mais tu plaisantes ?

Il me répond pas et continue sur sa lancée.

- On peut faire simple. Je te propose un court séjour, une nuitée en quelque sorte. On se rapatrie dans le petit-camion pour la soirée, on y dort et le lendemain on traînasse, petit déjeuner des grandes matinées paresseuses, on écoute de la musique, on savoure notre pause déjeuner-café du matin et on rentre à la maison en début d’après-midi.

 

Avouez que l’idée est séduisante. Aussi sec je cogite à notre « frichti » du réveil à bord, comme dirait Richarde. Faut pas longtemps pour me mettre en cuisine. Un vrai bonheur.

- Sardines, (oui encore, vous aimez pas ça ?) A défaut d’en avoir des fraîches, je me contente des boîtes. Huile filtrée, je les fais dorer un chouia puis je les flambe au pastis... Y’a plein de bonnes choses pour nous dans les sardines.

- Rissolade de courgettes, patates douces, coupées en dés, largement épicées (très très largement) 2 oignons roses et grosse poignée persil du jardin. Quelques lardons frits seront posés dessus.

Roulades de jambon fumé roulées et farcies au fromage frais-ciboulette du jardin.

Confiture de Kumquat maison et miel de châtaignier.

Gésiers confis sur betteraves à l’échalote et feuilles de salade.

Pamplemousse tout nu, chair fraîche qui baigne dans son jus.

Pommes au caramel (caramel de ma recette suisse)

Pain de Laurent grillé en tranches croustillantes.

Et bien entendu la citerne de café, et la bouteille de rouge qui va bien avec tout ça.

Je remplis mon panier et j’ai l’impression de me transformer en petit chapeau rouge. Pourvu que je croise pas le loup sur la route.

 

dauphinsJ’étais toute émue de pousser la grille du portail et de poser les pieds sur le macadam. J’ai fait le gué un moment, histoire de m’assurer qu’un porteur de virus ne traînait pas dans le quartier. Mais le lampadaire public n’éclairait que les voitures garées et les murs des maison et … le petit camion seul dans la nuit. J’ai fait signe à Laurent que la voie était libre. Allure et discrétion de sioux pour traverser la rue et rejoindre notre bord... avec chacun son barda.

Dès qu’on pose nos affaires à bord, l’ambiance change autour de nous. Nous prenons notre temps pour descendre les rideaux de nuit. Nous savourons chaque instant de cette installation. Y ‘a de la joyeuseté dans l’air, de l’exubérance. On est chez nous et ailleurs aussi. On se marre comme des dauphins farceurs. Belle soirée hors du temps. Lorsqu’on décide de se coucher, le silence est total, absolu. Magnifique. Il fait chaud dans notre cabine. Le lit est d’un accueil incomparable. Notre lit douillet, c’est la couette que j’utilise comme protège-matelas. Plus tard dans la nuit, la pluie qui crépite nous réveille et nous restons immobiles, blottis l’un contre l’autre à écouter les tocs-tocs familiers de l’averse que nous attendions depuis des jours.

 

Nous n’avons pas été dérangés par les sangliers. Nous n’avons pas eu à éviter des bolides inconscients qui nous auraient percutés. Nous n’avons pas eu besoin du GPS, on s’est même pas perdu. En plus on avait oublié de mettre l'alarme et j'ai pas demandé à Laurent s'il avai fermé la maison à clé.... En même temps, vu qu'on n'a pas non plus fermé les volets...

Nous nous sommes réveillés dans l’odeur familière du petit camion, qui sent bon les vacances. Le « frichti » prêt à servir et une belle journée de pluie confinés à notre manière.