COUCOUNET - TERRE

 En Provence et Ailleurs...

ARGENS vallée de sourn-escapade moto-2016

Une escapade remarquable en moto sur les bords de l'Argens. Cap sur CORRENS
Départ aux aurores (il est 10h30, mince déjà !)... casqués, rembourrés, du bon cuir qui tient bien chaud, gantés épais.... Vivent les joies de l'été. Nous décollons de Velaux plein gaz, direction Vauvenargues... La moto se colle au bitume et ronronne joyeusement.

Un bonjour fictif en passant tout près de chez Michel. Nous ne le dérangerons pas. Nous savons qu'il se repose et nous respectons cette parenthèse. On se rattrapera à la rentrée. Bisous Michel.

Laurent profite de ma distraction pour improviser et sortir d'Aix vers le Tholonet.... je lui tape sur l'épaule.
- Oh c'est pas là, nous, on va à Vauvenargues !
Pilote égal chef de bord. Il lève sa visière, se retourne. Je pouffe de rire. Il a un look horrible avec son auvent qui lui mange le front...  Comment voulez-vous que je prenne au sérieux un pilote ainsi casqueté. En plus, il dit n'importe quoi, du genre,
- Pas grave, on trouvera bien un croisement sur la gauche pour rejoindre notre route...

J'en suis pas si certaine. De toute évidence à babord c'est la Sainte Victoire à traverser. À ma connaissance, y'a pas de tunnel. Heureusement, il n'a pas pris la route des Alpes. Alors le mal n'est pas bien grand.

Et voilà le Tholonet qui s'annonce. L'arc qui chemine à Velaux se retrouve ici à travers vignes et forets et terres de roche. Y'a un monde fou, des randonneurs en route, en pause, en panne de repères, t des fondus qui dévorent leur carte IGN.  Et nous fièrement dressés sur nos deux roues, on traverse ce petit monde futile.  Notre allure tranquille nous amène un peu d'air et c'est un roulage très agréable.

La route est tranquille, la lumière est belle. Une allure sympathique pour avancer sans bousculade et sentir l'air nous traverser le cou, ou le visage. Du coup quel confort sur nos selles.

STE VICT

Nous débarquon éblouis dans les vignobles dits "Sainte Victoire". De beaux plans de vigne, robustes, feuillage brillant et dense. Les raisins sont irrisés de rose sous le beau soleil de Provence. Va falloir organiser une escapade dégustation à l'automne. Tout cela est fort prometteur. Et si joli. Entre vignobles généreux, que dominent  les hauteurs de la Sainte Victoire et la terre rouge sang qui borde ses contreforts. Que de couleurs, que de richesses accumulées par la vieille dame. Des rangées de roches grises lui font comme des perles autour du cou. Mais au fait ça lui fait combien à la duchesse Sainte Victoire ? Si j'en crois les profondes rides qui creusent les alignements de roche, ça doit faire au moins perpète... Sa surface est tavelée, décidément c'est bien une peau de vieille. Mais quelle allure ! Un bien beau monde à fréquenter !

Barjols nous déçoit. Il y a dans cette ville, un je ne sais quoi de sinistré malgré ses innombrables fontaines et sa tannerie désaffectée. Toutefois, cette ville nous réserve un étonnant moment de pur bonheur. C'est arrivé en passant devant la boutique d'un artisan du cuir. Nous restons tous les deux scotchés d'admiration devant la vitrine, casques et blousons en main.

- Tu crois que c'est différent à porter des chaussures comme ça ?

Laurent baisse les yeux, relève la pointe de sa godasse qui ouvre grand la gueule... Hé oui, la pédale moto vient de lui donner un coup fatal.

- Je crois que je vais entrer, pour voir.

La boutique est minuscule et toutes sortes de chaussures plus finement cousues, plus joliment travesties les unes que les autres. Avec un large choix pour les dames et les enfants... Mais y'a aussi pour les Messieurs. Une jeune femme cachée au fond de l'atelier apparait. Laurent va-t-il se laisser séduire ?
Elle propose à Laurent d'essayer pour se situer précisément dans sa taille. Le voilà qui chausse d'exquis souliers... Si vous aviez vu son expression béate, ses grands yeux clairs devenus presque sombres, reflets éclatants. Le voilà au bord de l'extase. Au top  pour entrer dans le vif du commerce.

Imaginez son pied qui tourne et retourne avec délicatesse, son expression très concentrée, émerveillée, mais il ne va pas dire oui tout de suite. Faudrait pas céder trop vite, ça romprait le charme.Corsons un peu la relation qui s'annonce avec des exigences déjà.

- Ce serait possible de coudre une bande sur le dessus du pied gauche ? C'est à cause du levier de vitesses de la moto, enfin la pédale. La dame lève un sourcil, pas certaine d'avoir bien compris. Roulerait-on en moto à pédale ?
Mais elle  est commerçante d'abord.
- Pas de problème. Je vous fais une bande un peu décor qui servira de renfort sur les deux chaussures.
Laurent très péremptoire.
- Non, juste sur la chaussure gauche. L'autre c'est pas la peine.

Sourcil interrogarif de la dame. Elle doit avoir des muscles en béton sur les yeux.
- Mais ça va pas faire bizarre ?

Et Laurent fin connaisseur.
- Jamais de la vie. C'est courant sur les chaussures moto. Ce serait bien si vous pouviez faire ça.
La dame ne semble guère convaincue Ça doit défriser son sens de l'esthétique, mais ...opération séduction commerciale oblige.

Les voilà à tergiverser sur le coloris du cuir, celui de la bande, sa forme... A ce stade je les abandonne et me réfugie au bar de la place.

Plus d'une demie-heure plus tard, je vois arriver un Laurent franchement épanoui.

chauss- Alors tu les auras quand tes chaussures orthopédiques ?
- en septembre...
- Et, c'est cher ?
- Un peu....
il se commande illico une bière pression. Histoire de noyer le poisson.

Je n'insiste pas. Je ne veux pas me laisser pourrir par le blues de la Blue Card. Et puis Laurent a l'air si comblé. Je m'attendris en imaginant ses arpions grassouillets qui vont se tenir bien au chaud tout l'hiver.

Chateauvert puis Correns, notre hébergement. Une quinzaine de kilomètres de roulage à prévoir, que nous mettrons deux heures à parcourir. Pas qu'on se soit perdu mais c'est le milieu d'après-midi et on a toujours pas fait honneur à mon pique nique. Alors on s'attarde dans les chemins et les sous-bois à la recherche d'une planque repas idéale. Qu'on finit par trouver à l'entrée d'une propriété privée et au bord de la rivière.

Dès les premiers tours de roue, Correns nous séduit. Nous logeons dans une maison immense entourée de belles terres en terrasse, à une centaine de mètres du coeur du village. Notre chambre directe dans le jardin est isolée et nous nous sentons presque chez nous. C'est vraiment chouette.

Le seul resto de Correns est fermé le mercredi soir. Du coup nous ferons trois kilomètres à pieds à travers le vignoble pour profiter d'une cuisine mobile sur un terrain où sont installées tables et chaises au bord de l'Argens. Pas un seul moustique en vue, ni en oreille. Incroyable non ? Repas très honorable.

nuit lune pont nuit

Retour à la nuit avec la pleine lune sur notre cap. Une belle traversée ce vignoble en nuité. Et ma cheville pour ce premier périple de sept kilomètres sur terrain mou et plat se comporte admirablement.

Nous avons fait notre longue rando  le jeudi... je me sentais au top, fallait bien que je m'y colle, enfin....

argens

Nous partons du jardin...  nous desendons vers le village, nous longeons l'Argens sur deux kilomètres puis nous traversons la route pour entrer dans le vallon des Baumes. Le sentier sinue avec l'Argens. Il est bordé des roches immenses taillées en caves trogoldytes par endroit. La végétation est dense. Des noyers, des chataigniers, des chenes, des arbrisseaux légers au ras du sol... C'est un véritable enchantement. Il fait si frais sous ces branches. C'est à la fois, rassurant, reposant et idyllique. Nous cheminons tranquillemement.

Un décor de bois vierge.  Nous inventons des cris de singes, d'oisaux multicolores et immenses...  D'animaux de  nulle part. Ah, qu'il est doux le cri de l 'hyppopotramn au ras de l'Argens. Nous perdons la notion de lieu et de temps.

 

 

pano

La montée est douce. Nous arrivons sur le plateau. Cailloux, roches et cailloux mais pas que... Au ras des rochers qui dominent ce plateau des vignobles tout neufs ont été plantés. Incongrus au milieu des rochers, en plein cagnard d'une fin de matinée. Immenses et perdus dans un univers de cailloux et si peu accessibles. Nous traversons ces vastes espaces. Nous trébbuchons souvent car le sentier est très pierreux mais au bout du vignoble, en quelques enjambées nous voilà à flanc de roche, descente panoramique.

Je me promets de dénicher un jour le vin de ces vignes. Promesse à tenir car le retour est scabreux. On croit que ça descend, puis ça remonte, et puis ça redescend et puis ça remonte... pentes en alternance. Je trouve ça un peu long.  Il nous faut presque une heure pour amorcer notre vraie descente. Un peu difficile car ce sentier n'est pas tendre avec nos semelles. Trés étroit, envahi de ronces, caillasses et galets qui roulent... Nous descendons pendant une heure. Je vais très lentement car c'est un exercice périlleux pour ma cheville. (la descente était annoncée : longue mais douce....) C'est vrai la pente n'est pas raide, vraiment pas. Mais zut alors, que c'est long. Ça fait quatre fois que Laurent m'annonce via son GPS, on est en bas dans 15mn.... Tu parles, à vol d'oiseau oui !

vigne sourn 2 janoub sentier

Et puis nous arrivons sur la départementale qui longe l'Argens et débouchons émerveillés à l'écluse de Correns. Un barrage, de vastes espaces dans lesquels s'isolent des baigneurs quelque peu téméraires... Nous on s'isole pour notre pique nique. La baignade ? Vous nous en croyez capables ?

vigne correns

Ensuite nous reviendrons à Correns en fin d'après-midi par le sentier des vignes; trois kilomètres qui nous sont familiers désormais.

plage barrage

Nous avons mis 4h pour aller de Correns aux plages de l'écluse... C'est une belle équipée pour ma cheville. Elle est raidasse à l'arrivée...

correns buit

 

Doliprane ou pas doliprane ? Douche d'abord... J'ai longuement arrosé d'un jet tendre et froid ma cheville. Je l'ai carssée, rassurée et félicitée. Me voilà  au top pour m'affaler avec un livre. Et puis ce soir, le resto est au village donc pas doliprane... Je promets pas de déambuler des heures pour les photos de nuit.

Beaucoup d'entre vous habitent pas loin.. Si vous ne connaissez pas cette vallée de la Sourn, allez-y, Et si vous connaissez, retournez-y. Les ballades sont multiples et de tous niveaux.  Il y a de jolies plages tout au long de l'Argens. Il y des randos canoé-cayak sur toute la rivière. Il y a des sites d'escalade impressionnants... Il y a des villages paisibles, des habitants souriants et courtois, peu de monde mais que des gens bien.

Il y a des crues à pas se rouler par terre, mais des crus très prometteurs et sans danger.

Nous, on y retournera...paradisDans l'immédiat et dès demain, cap sur les Cévennes pour dix jours. Parenthèse totale de portable et d'Internet. Bizz du paradis.

JanouB

 

STRASBOURG à Noel-2012

maqfleche

 

Rencontres avec les artisans et artistes locaux du marché de Noel qui a retrouvé toute son authenticité.

brogli

Place Brogli

Portail du marché aux sapins,

aux décors,

aux santons

et aux friandises....

cath 1
pain épices

Autour de la

Cathédrale

vitin rouge
cath 2

En attendant

Noël

creche
rue 2

dehors avec

 

le soleil

 

 ou la nuit

 

d'hiver

vert
rue 4 rue 5

 

CANAL DU MIDI-2021

210910 ventenac en minervois.jpg

LE CANAL DU MIDI-hérault

Mardi, 21 septembre 2020

D'ajournements en ajournements nous avons enfin récupéré le petit camion et l'avons armé pour le départ. Quel bonheur. On n'imagine pas la quiétude que ce si petit espace peut offrir à ses heureux usagers. J'aime son odeur à la fois prenante et personnelle. J'aime les sons feutrés qui arrivent de l'extérieur. J'aime le grognement de la pompe à eau. J'aime le confort des fauteuils qui pivotent pour devenir salon. J'aime le foutoir des équipets dont le contenu nous dégringole dessus dès qu'on lève un battant. J'aime la douche, si étroite et si facile à entretenir. J'aime la cuisine minimaliste qui ne s'encombre pas de plats sophistiqués. Mais permet d'enrichir notre quotidien de manière aussi simple qu'inventive. Rien de superflu dans ce "logement".

 

C'est à la fois bien suffisant pour notre confort et d'une belle intimité. Nous sommes proches l'un de l'autre et cependant chacun dans notre cercle. C'est si facile ainsi de s'isoler mais aussi de se retrouver, de communiquer, de rire et de râler ensemble. Car si on rouspète, l'esprit de l'escapade c'est de râler ensemble et contre l'extérieur. Et surtout d'en rire.  J'y retrouve la complicité naturelle qui s'installe dans la vie sur un voilier. Mais dites-moi, pourquoi ça ne se passe pas comme ça à la maison ?

 

Il suffit que je monte à bord pour que me poussent des ailes. Et laurent reste le compagnon idéal.

 

Un monde modeste avec cependant à bord un luxe "offert". Une sorte de grill électrique qui nous permet de faire nos grillades dehors et une soirée raclette  pour notre anniversaire de mariage. Ça démarre joyeusement nos vacances d'automne.

 

 

 

 

 

 

Notre première étape sera à l'ouest de Béziers. Découverte à pied de Capestang, sympathique bourg, tranquille et sage et peu touristique. En vélo c'est une piste caillouteuse mais très roulante. Pour uncapestang.jpeg premier tour d'une bonne trentaine de kilomètres. Je suis enchantée. Nous longerons le canal, ses berges vertes et ombragées ou pas... nous flânerons autour du port de Poilhes, une écluse ça retient la bonne humeur (hein Danièle, hein Dominique, oh là, là que de fois nous vous avons évoqués pendant ce séjour canal...) Nous flânerons dans le port de Colombiers et nous rentrerons en quittant le canal, une piste à travers vignoble secs et arides par Montady.

Le clocher gothique de Capestang nous ramènera joyeusement à bord. Quel beau circuit. Nous avons fait l'impasse sur Minerve (rien à voir avec la déesse romaine de la sagesse hélas !) Ce serait une plongée dans la douloureuse histoire des Cathares et je ne suis pas prête à l'affronter. Et puis une multitude de sites voisins nous appellent, nous y reviendrons. Promis.

Jeudi 23 septembre.

210908 ja homps cc.jpgAvant Carcassonne, j'ai l'intuition que la pause idéale sera à Homps. Je sais que c'est un ancien port très convoité de la grande époque du canal parce qu'à cet endroit il s'arrondit en une large cuvette qui permet aux péniches de manoeuvrer facilement. Le port idéal en quelque sorte. Il est devenu un port de plaisance très réputé. La grande et belle capitainerie fait office de "Château des vins du minervois", d'office du tourisme et d'agent de location de la gabare qui promène les touristes sur le canal.

J'aime beaucoup cette ville. Nous sommes posés au bord du canal, un espace ombragé, le long du quai. Nos fauteuils y sont à l'aise. Aux premières loges. Nous y avons passé un séjour formidable. Contaminés peut-être par l'esprit décontracté des plaisanciers, les quelques routeurs voisins sont communicatifs et enjoués autant que discrets. Une sorte de communauté bien agréable.

 

C'est la première fois que je retrouve cet esprit là sur la route. J'adore ! Et puis c'est très distrayant. Les pilotes des yachts et autres pénichettes, dirigent quelquefois leurs engins de manière quelque peu cavalière. Difficile de maîtriser la vitesse, la direction, la taille du véhicule. Mais pourquoi ça marche pas comme une voiture ? Y'a un moteur, un volant pourtant. Crotazut, voilà que le vent s'en mêle. Ils sont un peu lourds de l'arrière-train ces engins, fichtre que c'est traître... On se frôle, on arrive un peu vite contre le quai, on rate souvent les amarres lancées par un qui prend pitié de ce navire en déroute... A terre, on rigole car il n'y a là aucun danger. A la fois on s'amuse, à la fois on ressent un petit pincement au coeur... Dure quelquefois la nostalgie... de la navigation.

 

Port de Homps

 

210909 Homps 4.jpg210910 quai port homps.jpg

 

210911 ecluse d'argens.jpg

Un p'tit tour en vélo. Nous longeons le canal jusqu'à Roubia, nous continuons sur une piste plus ou moins carrossable, mais bon, j'ai vécu pire en Touraine (hein Pascal !) ou moins y'a pas d'herbe pour cacher les ornières... Je peux les éviter. La piste redevient sympathique jusqu'à Paraza. C'est un peu étrange car les vignobles qui s'élèvent en légers coteaux trempent quasiment leurs pieds dans le canal.

 

Laurent me propose une échappée vers un site extraordinaire. Pour rappel le Canal du Midi ou  Canal des deux mers, réalisation audacieuse (1666 à 1681) de Pierre Paul Riquet relie les eaux de la Garonne (à partir de Toulouse )  à celles de la méditerranée, jusqu’au niveau de Sètes (240 km). La Garonne à cette époque permettait malgré ses caprices l'accès au Canal des deux mers depuis Bordeaux. Au XIXème s. sera construit le Canal Latéral de la Garonne qui reliera le Canal du midi en toute sécurité. Le canal du Rhône à Sète qui prolongera le Canal du midi sera exploitable à peu près à la même époque. C'est la voie royale de la navigation fluviale qui va permettre de relier directement les deux mers sans contourner l'Espagne. Gain de temps, gain d'argent... Louis XIV (donc Colbert, contrôleur général des finances) en son temps a financé au moins le début et en partie les travaux du Canal du Midi. Il a eu raison d'y croire. Mais pas que, car inévitablement, le budget réel a largement dépassé le prévisionnel et Riquet qui était aussi obstiné que génial s'est quasiment ruiné pour mener les travaux comme il l'entendait. Un surhomme à mes yeux. Quinze ans de travaux, finalisés par Vauban, ils ont permis la mise en service du canal. Le canal du Midi est alimenté essentiellement par le ruissellement des eaux de la Montagne Noire.

 

Au niveau de Paraza un problème se pose. Le bief croise la rivière Répudre. L'incroyable Monsieur Riquet qui ne recule devant rien décide de construire un "pont-canal" qui enjambera la rivière. Rien que ça et c'est une sacrée première pour ce genre d'architecture. Lorsque nous nous arrêtons sur ce "pont-canal" je suis "éboustrouffée"... Les eaux tranquilles et narquoises du canal suivent leur chemin balisé, en toute quiétude, tandis qu'en dessous la Répudre roule ses caillasses, herbes et autres poissons dans un torrent nerveux et bruyant. Elle doit être rudement vexée d'avoir été ainsi contournée.

Tout ce bief est noyé dans la verdure. Nous y déployons notre royal pique-nique, on ne peut pas moins ici. La vaste clairière de chênes verts qui borde le canal est un enchantement. Oh là, là, que j'ai aimé cet endroit.

210912 pont canal repudre 1.jpg210912 pont canal repudre 2.jpg

 

Nous reprenons nos vélos après cette pause émouvante par Ventenac en Minervois puis retour à Homps... par la route départementale, j'en ai ma claque des casse-reins du début de notre périple. Et puis cette route confortable est quasi déserte, pourquoi s'en priver... Un autre style de roulage et de paysage. Des champs, des forêts, des vignobles fréquentés par de rares engins tardifs qui piétinent entre les rangs de vigne.  Les vignes deviennent rousses, quel chic. Couleurs qui signent la fin des vendanges, maintenant ça doit bosser dans les caves.

Une promenade romantique en soirée nous mènera par une large allée entre gazon et grands arbres parfaitement alignés au lac de Jouarres. Nous hésitons à venir y passer la nuit. L'ambiance chaude et calme, le désert qui règne sur cette plage, des bandes de gazon fort accueillantes... C'est bien tentant tout ça. Mais l'ambiance joyeuse du port de Homs nous plaît, et puis on a la flemme de déménager... Jouarres ce sera pour une autre fois.

jouarres
 

LA MONTAGNE NOIRE

Samedi 25 septembre 2021

Nous voici au nord de Carcassonne. Là encore notre instinct nous guide vers un site d'une étonnante majesté. LASTOURS.

 

Nous poserons nos pneus et nos semelles dans un camping désert, face à Lastours, lieu-dit le Belvédère. La patronne qui ferme la saison accepte de nous garder deux nuits.... Plein prés, dominant deux vallées, l'Orbeil et le Grésillou. Ce village s'offre comme un secret dans le creux de ses deux vallées. Nous dominons un site exceptionnel, face aux impressionnantes ruines des quatre châteaux. C'est là que Laurent va installer une fois de plus son antenne radio portable. Faut dire qu'il profite d'un super espace pour tendre sa filaire en utilisant les espaces campings vides. Un ciel bien dégagé, pas de parasites urbains, ça marchera plutôt bien. Amis om, j'en profite pour vous saluer cordialement. Je communique peu, mais je vous écoute, juste une oreille dans le monde radio-amateur... Juste solidaire de Laurent qui s'y éclate si bien.

Sur la vitre, joli décor non, ! Promis, j'ouvrirai pas le hublot !

 

 

C'est là que je vais plonger dans l'histoire sanglante et révulsante des Cathares et de leur extermination par les Croisés. Simon de Montfort un bien triste sire mène le combat contre les hérétiques. Aussi cruel qu'illuminé, celui-là. Cousinage mystique avec les Vaudois ? Ça m'intéresse prodigieusement.

Donc quatre châteaux, Cabaret, Tour Régine, Surdespine, Querhineux... Cabaret, le bûcher le plus violent de cette période barbare. Les Seigneurs de Cabaret sont des "hommes purs-dits Cathares". Sur leur éperon rocheux, ils dominent Lastours et le monde qui les encercle. On ne peut pas s'empêcher de s'émerveiller. On se laisse bercer par l'esprit troubadour qui émane de ces tours survivantes à des siècles d'érosion naturelle. Le soleil couchant inonde les deux vallées et les ruines se dressent presque dorées dans le ciel qui devient sombre.

 

4 chateaux

Nous prendrons le chemin qui descend le long de l'Orbiel pour atteindre le village de Lastours. Le même que les ouvriers utilisaient autrefois. Comme c'est émouvant de les imaginer. L'ancienne usine textile sert aujourd'hui d'entrée aux quatre châteaux. C'est aussi l'Office du Tourisme. Il faut compter quasiment trois heures pour crapahuter d'un château à l'autre. Y'a des merveilles qui se méritent. Nous retournerons à bord du petit camion par la route, tout aussi déserte, qui remonte vers le Belvédère, par Salsigne ; un parcours plus reposant et lumineux avec toujours en toile de fond, ce site exceptionnel.

 

mardi 28 septembre 2021

Nous revoilà calfeutrés à bord et je suis vraiment songeuse. Je chipote mon café du matin. Dans ma tête, tout plein d'images du monde ouvrier à son apogée. Ambiance chaleureuse et communautaire qui liait les travailleurs aussi bien ceux de la mine d'or de Salsigne que ceux de l'usine de filature de Lastours. J'imagine les va-et-vient dans les sentiers que nous avons empruntés. Les ouvriers qui peuvent encore en parler disent qu'ils avaient de bons salaires, liés aux risques du travail ; que le boulot était varié et que l'ambiance était bonne... On vivait en fraternité ouvrière. Un monde utopique en quelque sorte, le charme de la mémoire sélective. J'y crois que moyennement à ce monde ouvrier idéal.

- Ça va trésor ?

Je fais un bond formidable sur mon siège, pour un peu, le petit camion aurait sursauté aussi.

- Oui, ça va. Je pense à Lastours, au monde ouvrier de nos grands-parents et parents.

- Et les Cathares, ils ne t'intéressent plus ?

- Si bien sûr.

Laurent passe sa main sur mes cheveux, sympathique sourire du matin. Du genre de ceux qui font des promesses, vous voyez ce que je veux dire ?

- Trésor j'ai prévu de t'embarquer dans un lieu dont tu n'oses même pas rêver. Ensuite Montolieu.

- Tu connais les lieux dont je rêve toi ?

- Quelques uns, oui et celui-là est à quelques tours de roues. Nous dormirons sur place et ensuite nous irons à Montolieu.

- T'as une idée où on va dormir ?

- Oui, et ça te plaira.

- Aujourd'hui, à 10h le matin, on sait où on va poser nos pneus pour la nuit ?

- Oui, et je suis prêt à parier qu'on y sera les seuls.

- Wouha, alors là, il va neiger. Mais j'adopte et je regarde plus la carte.

 

Le vent pousse aux fesses du petit camion. Il ronronne gentiment. Nous grimpons à travers la Montagne Noire. Un manteau végétal déconcertant ombre la route. Alternance de hêtres, de sapins, de robiniers, chênes verts. Des autres aussi que je ne sais pas identifier. Vaguement familiers. Mais les fougères au pied, c'est sudiste ça ?  Et puis, les châtaigniers, auraient-ils imigré des Cévennes ? Les sapins, les épicéas, c'est plutôt les forêts de mon enfance...  J'aime bien ce mélange de bois, car tout m'est familier. Toutes les formes et toutes les couleurs me parlent. Bientôt s'affiche "Gouffre de Caprespine". Puis s'ouvre sur notre droite, une belle aire de repos, complètement isolée. Un pré, à fleur de vallée, au milieu des arbres, paisible et désert comme je les adore.  Le petit camion et moi, on est d'accord. Laurent a fait un choix formidable en venant là. 

 

A quelques pas de là, Caprespine. Ça n'a rien à voir avec une grotte, d'ailleurs ça s'appelle un gouffre, et quel gouffre. 250m de profondeur, qu'un balcon de verre surplombe, 200 mètres au dessus du vide. Cela permet une vue incroyable sur les voûtes de calcites ciselées par l'eau qui suinte. Des lustres, des statues aux postures invraisemblables, des cierges irisés, une chambre immense qui dégage une faible lueur rôsatre, jaunâtre, verdâtre, un lac enchanteur...Je suis fascinée par les lustres en cristal, si si, !  D'accord, ils sont un peu de travers, mais c'est de l'art "néogrottique" à l'état pur. Un choc visuel et moral. Où qu'on lève les yeux où qu'on baisse la tête, c'est immense et prodigieux.

 

 

Je me sens nettement mieux soudainement. Par contre Laurent semble un peu pris de la gorge et pâlot ; sont-ce les effets humides du gouffre ?

Lorsque nous sortons de cette ambiance fraîche (14°), il n'est vraiment pas en forme. Le café exécrable du bar local va juste le rendre encore plus malade. Les yeux larmoyants, il va ruiner notre stock de mouchoirs jetables. Quant à la nuit, ouille, ouille, ouille, éternuements, ronflements d'ogre, poussées de fièvre...

Petit déjeuner sombre malgré le soleil magnifique.

- Tu veux qu'on rentre à la maison ?

- Non, il faut qu'on aille à Montolieu.

- Je sais pas ce qu'il y a là-bas, mais c'est pas oblilgé qu'on y aille.

- Si, si, j'y tiens, on peut pas rater ça.

- Wouah, t'as organisé un rendez-vous secret ?

Il tente un sourire guère convaincant, dois-je m'en offusquer ?

- Oui, enfin non, c'est pour toi ce rendez-vous.

Il se lève soudainement impatient, prêt à débarrasser le p'tit déj. 

- T'as fini, on y va ?

- Attends,  pourquoi Montolieu ?

- Parce que mon trésor, Montolieu c'est la cité du livre.

- Tu veux dire comme à Fontenoy la Joute ?

- Oui, j'imagine, allez bouge-toi ! Je suis presque en forme. On fonce !

J'ai rarement quitté un pré avec autant d'impatience. Laurent reprend le volant. Il semble plus guilleret mais j'aime pas les ombres sous ses yeux, son regard larmoyant et ses éternuements en cascades... Je l'observe en douce. Je suis  émue, vraiment, qu'il se coltine ce détour juste pour moi. Il aurait peut-être préféré rester un jour de plus à  Caprespine pour se reposer, faire de la radio. Mais je n'ose pas le lui proposer, il risquerait de dire oui. Et moi maintenant je ne pense plus qu'à la cité du livre.

 

Un grand parking à l'entrée du village. Je sens bien que Laurent a du mal à grimper le parking extérieur alors je retiens mon impatience pour rester à son rythme. Donc nous y voici. C'est un village moins paysan que Fontenoy, plus médiéval aussi. Tout en pierres. Ça ne manque pas de charme. (Douce pensée pour Thérèse et Michel)

Je fuis rapidement la première librairie. L'odeur de poussière et de papier mal stocké m'étouffe aussitôt. Un vrai capharnaüm que certains qualifieraient de caverne d'Ali Baba... Peut-être mais c'est irrespirable pour moi. Aurais-je des goûts luxueux de vieille bourgeoise ? Savons-nous vraiment qui nous sommes ?

Les deux boutiques suivantes sont claires, bien organisées, inodores ou presque. Ça tombe bien, je trouverai là à coup sûr Le Livre qu'il me faut pour faire le parallèle entre Vaudois et Cathares... Si, si, si, ça existe et c'est Laurent qui me le dégotte dans la cinquième boutique.

Faut que j'vous dise aussi que j'avais perdu de vue les Cathares. Scotchée au feuilletage, au humage, au palpage d'une collection de six livres "luxe", 60 ans d'âge, pas très vieux mais quel chic ! Voilà que je reste paralysée. Une folie mais à bas prix, que je trouve le moyen de négocier en y ajoutant l'ouvrage de Duvernoy sur les Cathares. Magnifique non. Si je peux négocier c'est que ces beaux livres ont deux défauts, ils ne sont pas assez vieux pour les collectionneurs .... et personne ne les achètera pour les lire. Alors, ils s'empoussièrent sur l'étagère "Je ne sais même pas depuis quand je les stocke..." dit le libraire. Il doit me trouver un peu zinzin, mais quelle importance. Et moi, je trouve que ça tombe rudement bien notre rencontre à eux et à moi. Leur couverture cuir est d'une douceur ferme et solide, les arabesques dorées à  l'or fin ont un chic fou, la peau finement tannée est restée vive de couleur et d'aspect. Quelle douceur... et surtout la série est complète. De plus, dans un état qui frise la nouveauté. Leur contenu m'intéresse et je les lirai avidement. Ils ne remuglent pas l'odeur étouffante du vieux papier oublié. Le croirez-vous ? Vraisemblablement, ils n'ont jamais été ouverts. Rien que de les toucher je frémis... Alors les lire !  Je vais les ranger soigneusement au fond de mes habits pour pas les abîmer et me réjouir, me réjouir, me réjouir, à l'idée qu'à Velaux, je les sortirai du placard. Un moment de vie exceptionnel pour moi.

Montolieu est aussi le fief des artistes. Beaucoup de résidences destinées aux sculpteurs, aux peintres, aux illustrateurs et des tas d'annonces d'ateliers possibles... Mais rien concernant des ateliers d'écriture. Dommage hein Annette ! et ça me surprend vu le nombre de bouquinistes...

 

jeudi 30 septembre 2021

Nous longeons une rivière sympathique La Clamoux, route en lacets qui nous permet de franchir la Montagne Noire. J'avais envie de visiter Mazamet mais c'est une ville assez ordinaire. Beaucoup de boutiques fermées et à vendre. Et puis le musée du Catharisme nous a grandement déçus.

L'état de Laurent est stationnaire, il fait avec. Il ne se sent pas vraiment malade, mais il ne se sent pas bien non  plus. Il se soigne au doliprane, ravinsara et un espèce de sirop homéopathique auquel nous ne croyons ni lui, ni moi... Mais j'ai que ça sous la main. Il propose d'aller jusqu'au bassin de Saint Ferréol, il a repéré un camping où il pourra se reposer. 

Excellent choix. Nous reprenons donc les traces de Pierre Paul Riquet. C'est chouette la visite de ce bassin complètement artificiel. L'idée de Riquet c'était d'y concentrer toutes les eaux qui dégringolent de la Montagne Noire. De là, elles sont canalisées par  "la rigole" jusqu'au point de partage des eaux d'où cette Rigole alimente le canal du midi dans les deux sens.

Vendredi 1er octobre 2021

Laurent se sent mieux. Nous quittons le bassin de Saint Ferréol pour plonger dans un monde rural qui nous est familier, prés, élevages, forêts. Les vaches rousses agglutinées les unes aux autres se protègent mutuellement du froid car il ne fait pas bien chaud aujourd'hui. Le regard 'une vache m'inspire toujours de profondes considérations.

Genre : Un regard vide n'est pas forcément un regard imbécile.

Nous ferons un dernier tour en compagnie de Monsieur Riquet jusqu'au partage des eaux et flânerons autour de l'obélisque dressé pour lui en 1825 sur le site de Naurouze, partage des eaux de Montferrand. Nous lui devons bien cette marque de respect, et puis la campagne est si belle autour du monument.

 

Nous n'avons pas raté le château de Saissac dont les fondations dateraient de l'an 900, légué en 960 au conte de Carcassonne.

Plus tard ce château deviendra la propriété familiale cathare de Bertrand de Saissac. Toutefois les seigneurs hérétiques du lieu se sont rendus à Simon de Montford, le triste sire, pour échapper aux représailles.

Le château est ensuite passé de mains en mains au gré des influences politiques puis laissé à l'abandon, jusqu'à ce que la ville l'achète pour le restaurer. En 1979, un trésor y a été découvert : 200 deniers, monnaie royale,  datant de la fin du XIIIème siècle. Belle affaire cette ruine cathare.

Samedi 2 octobre 2021

Patrata ! Nous voilà tous les deux prisonniers de la rhinomachinchose... Laurent va nettement mieux et moi je patauge et ronchonne et toussote, et mouchote... Nous avons fait réserve de plusieurs cartouches de mouchoirs jetables, ouf...  Et puis vous avez vu, le temps se couvre... Malforme, camping, pluie et tempêtes à l'horizon, le choix est vite fait.

Cap sur Velaux. Ma parole, le petit camion se sent pousser des ailes, l'odeur du foin peut-être.

Mais Laurent et moi, sommes bien déterminés à repartir au plus vite....

 

 

 

 

RENCONTRES DÉROUTANTES

LA MINE DORT, L'ARSENIC VEILLE...

Nous venons de quitter Lastours à pied pour Salsigne, à la recherche d'une boulangerie. D'immenses collines, sortes de buttes dénudées, aplaties à leur sommet imposent leurs masses sombres sous un ciel parfaitement propre. Surprenant dans ce foisonnement de verdure. Que font ici ces sortes de terrils ? Nous sommes très curieux de savoir ce que cachent ces montagnes si artificielles. Et là on tombe sur les fesses. Ces géants sombres malgré leur aspect fatigué sont loin d'être inoffensifs. Ce sont les zones de stockage de l'ancienne mine d'or de la vallée de l'Orbiel,  Parce qu'en France, ici même, de 1910 à 2004  ce fut un gigantesque site d'extraction de l'or à ciel ouvert. Fichtre !

Nous n'avons pas rêvé longtemps. Parce que si ce site a été le premier site de France pour l'or, il a aussi été le premier site pour la récupération de l'arsenic. Pour extraire les métaux précieux,  il fallait broyer et concasser une tonne de minerai. On récupérait ainsi 7 à 8 grammes d’or… et 40 kilogrammes d’arsenic, les deux étant géologiquement liés. Les mineurs sont tous des victimes de l'arsenic.  La plupart morts des méfaits de l'arsenic étaient appelés "la tribu des nez percés". L'arsenic qui entre par voies respiratoires provoque le percement de la cloison nasale. (70% d'entre eux en souffrait)  On n'aime pas évoquer les risques de cancerts, de maladies respiratoires, de maladies de peau et autres dégâts dus  au contact permanent de ces métaux redoutables.
Depuis que la mine a été comblée, il est toujours le premier site de pollution en France. Des montagnes de déchets toxiques sous forme de poussières ont donc été compactées dans des "bigs bags" bien connus des chantiers, et stockés à ciel ouvert, à la merci des pluies et des vents et des épisodes particulièrement dangereux de la météo locale.

Hé oui, à Salsigne on ne dépollue pas, on confine.

Un composé de poudre de roches, dont entre autres, le plomb, le souffre et surtout l'arsenic. En cet état conservés depuis 2004, date de fermeture de la mine.

C'est du lourd, comme diraient Luchini et le monde métallurgique.

L'orbiel, cette pauvre rivière qui n'en demandait pas tant est épouvantablement polluée par les résidus que la pluie ou le vent entraîne dans leur folie. Dans le village de Salsigne, et dans toute la vallée, l'air est malsain. Après les crues de 2018, 58 jeunes enfants (sur 143) révèlent des teneurs en arsenic largement supérieures aux normes sanitaires.

Par dérision, un petit ruisseau très vif de couleur opaline, couleur surréaliste de pollution, a été baptisé "la rivière à pastis".

Et puis, faut pas s'affoler, on nous annonce, que la pollution est circonscrite à http://www.desescapades.fr/drupal/sites/default/files/recomm%20orbiel.pdfune surface de 200m2. Faut-il croire qu'à Salsigne, les rivières, les torrents, le vent et les éléments respectent cette frontière ?  Ouf pour Carcassonne qui est à 15 km. 

Le pire se situe bien entendu à Salsigne et la vallée de l'Orbiel qui ne peuvent y échapper. Hélàs, il faut rester discret. Vous imaginez la catastrophe pour les agents immobiliers de la vallée. Plus personne ne voudrait s'installer là, si on savait. Vous imaginez la claque pour le tourisme, les artisans, les commerçants. Alors chut !

- Quand avez-vous acheté votre maison ?

- Il y a un peu plus de 6 mois.

- Et vous n'avez pas eu peur de cette pollution ?

- Non, nous ignorions tout de la situation sanitaire ici. L'agent immobier ne l'a pas évoquée.

- Et le notaire ?

- Le notaire non plus ne nous a pas mis en garde. C'est l'omerta à ce sujet. Personne n'en parle. Sauf les comités d'alerte. Les anciens ouvriers et quelques élus de Salsigne et Lascours. Ils remuent le cocotier mais y'a pas grand chose qui tombe.

- Et maintenant qu'allez vous faire ?

- Mon bébé de 16 mois est gravement contaminé par l'arsenic, mon fils de 3 ans aussi. Nous déménageons avant qu'il ne soit trop tard pour eux.

- Donc vous vendez la maison
- Oui et rapidement j'espère. Elle nous fait horreur.
- Les futurs acheteurs seront-ils informés du risque majeur de cette pollution ?

- Ça s'est le boulot de l'agent immobilier et du notaire, pas le nôtre.

 

En 2018 un chantier de protection du site et recouvrement des déchets avaient démarré que le Coronavirus à sabordé. En attendant que reprennent ces actions, Il suffit de vivre selon les bons conseils de l'ARS.

arsars

 

 

 

 

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CANTAL-AUBRAC-2020

En partance

menage
Vendredi dernier vers 16h,
- Dis Laurent, si on cherchait le petit camion dans son refuge on aurait tout le week end pour l'armer !
L'idée plaît à Laurent. Tout joyeux nous nous précipitons vers l'espace que nous louons depuis 2 ans chez un garagiste de Coudoux. On se casse le nez sur le portail électronique fermé, dont bien entendu nous n'avons pas le code. Stéphane, le garagiste, devait rentrer de vacances le 10 août. Ne nous affolons pas. Pont de fêtes, peut-être qu'il a fermé plus tôt. Il sera là lundi.
Dès lundi on se pointe à 9h. Portail toujours infranchissable, rideau atelier baissé mais surtout ce qui nous inquiète, pas un véhicule en attente de réparation, lieu désert et abandonné. Même constat lundi après midi et lundi soir. Laurent passe la jounée de mardi à essayer de trouver quelqu'un à joindre. Le répondeur ne répond pas. Laurent appelle la police de Coudoux. Avant de l'envoyer promener poliment mais fermement, l'agent lui conseille de venir porter plainte. Diable, porter plainte ! Et puis plainte de quoi au juste ! C'est pas un drame, il finira bien par revenir Stéphane. Oui mais pas tout de suite semble-t-il.
Mardi matin, mardi midi, mardi 16h, atelier toujours désert.
aneMardi soir, Laurent va faire un dernier tour sans trop y croire et revient en trombe dans le séjour.
- Vite, le portail est ouvert.
Le portail est ouvert mais pas l'atelier. Rien de vivant dans l'espace que nous traversons au pas course. Record de vitesse au débâchage du petit camion. S'agit pas que le portail se referme et que nous restions bloqués à l'intérieur.  Il paraît que ça nous est déjà arrivé, et y'a pas si longtemps.
Mercredi matin. Le petit camion en attente d'armement est devant la maison. C'est magnifique. Laurent ramasse des figues, à la fraîche. Et je vaque, je chantonne, je tourne, je vire. Ça y'est on va partir.  J'ai soudain mille choses à faire. En sortant du séjour, Je porte une bassine pleine d'eau savonneuse et je rêve de camping en bord de rivière. Un geste maladroit, je renverse de l'eau qui mouille le sol devant moi au moment où j'y pose un pied. Sortie de piste acrobatique, Je me casse la figure sur le derrière. J'ai l'air fine avec  la bassine renversée sur les genoux. Mais ça ne me fait pas rire. Ma main gauche a subi une torsion pas naturelle.
Abandonnée dans le salon, Je hurle de douleur, totale solitude. Je me redresse péniblement et je panique. Voilà que trois de mes doigts enflent et deviennent bleus. Je cours m'inonder d'eau froide et en catastrophe j'arrive à faire tourner mon alliance qui étrangle l'annulaire. Vertige, envie de vomir, je garde ma main sous l'eau froide en geignant. Je sais pas quoi penser de ce choc. J'ai trop mal.
Laurent revenu de ses figues prend les choses en main. À priori, rien de cassé, ouf ! Main baignée dans la glace, application délicate d'un baume sur toute la main. sympathique bandage pas trop serré juste pour que mes doigts se tiennent bien. Un Doliprane avec un grand verre d'eau. En moins d'une heure tranquille, je sens reculer la douleur. Je m'en sors avec trois doigts enflés dont le pouce carrément boursouflé. Tout ça veiné d'un bleu violacé, un peu comme les figues du matin dont Laurent fait de la confiture.
Et ce soir ? Me voilà avec une main gauche inexploitable, mais je sais gérer ça... Ça passera d'ici quelques jourrs, j'y compte bien.  Et puis Laurent fera la vaisselle, la cuisine, le pilotage et le reste aussi. Le bagne pour lui. Mais vous l'avez compris, moi, je suis en mode vacances...
 
 
Vous bilez pas surtout. Dès demain, notre première étape sera Florac.... sauf si on change d'avis.
J'vous tiens au courant dans quelques jours.

Aubrac Cantal

St Gall

Jeudi 20 août 2020
Sur le coup de presque midi, départ comme d’hab, aux aurores. A partir de la 113, cap nord ouest, la route file sous nos pneus. Des foultitudes de voitures  nordistes nous dépassent… Pas de doute, c’est la fin de la période estivale pour les aoûtiens, mais nous, enfin on s’échappe.
Notre première étape sera pour les grottes de Trabuc. Et là, les touristes qui s’attardent sont nombreux, un paquet de gamins qui risquent de rater la rentrée. Encore des attardés qui vont  bouchonner les accès aux voies rapides.  Que donc nous éviterons.
Trabuc est un circuit aménagé à travers les boyaux de la grotte. Des escaliers, des passerelles, se glissent entre des voûtes découpées, sculptées comme des dentelles de cathédrale sur 45 mètres de profondeur… pause magnifique sur une plate forme qui domine un lac vert. L’eau dormante y étale ses plis de soie mordorée. C’est un bel endroit où s’attarder mais pas en période estivale. Pas avec un masque permanent sur le nez et la bouche.  Venez y, c’est grandiose !

corniche cevennesFin d’après-midi, nous redécouvrons la Corniche des Cévennes que nous avions déjà déroulée en moto et nous retrouvons le même enchantement.  Falaises  et sommets en enfilade, nous décidons de prendre de l’altitude. Nous dormirons à « Le Pompidou », 750 m, petite hauteur vivifiante  . Nous sommes deux occupants dans le camping municipal très rustique. Les sanitaires sont fermés à cause de la crise covid. Pas grave, on a de l’autonomie.

Ma main gauche est hyper sensible et je la protège. Laurent assure toutes les corvées du quotidien. Je crois même que ça lui plaît.

Vendredi 21 août 2020

TararbiscasDans la matinée, nous partons à l’assaut du col de Tararbisas, plaisir de se dérouiller les jambes sur un sentier puis sur une piste caillouteuse. Une sympathique grimpée, face aux sommets arrondis qui fuient vers l’horizon.
A la tombée de la nuit, le museau face au ciel, nos yeux se perdent dans une belle nuit étoilée. L’allumeur de réverbères se déchaîne.

JanouRemise en question de Laurent :
- Tu tiens absolument à aller jusqu’au bout du pays ?
- C’est où le bout du pays ?
- On parlait du nord, de Cherbourg à Dunkerque par exemple.
Faut bien que je l’avoue, j’ai très envie de découvrir cette France extrême que je ne connais pas. C’était là, que je situais l’exotisme de mes vacances. Mais on peut faire ça plus tard… ou jamais.
Donc je triche un peu sur ma réponse.
- J’y tiens pas absolument du moment que je voyage et que je découvre des coins nouveaux et tranquilles… Vacances sereines, mari épanoui, telles sont mes priorités.
Grand sourire de Laurent.
-  Y’a tant d’espaces. Moi j’ai envie de faire ici du tourisme de proximité.
- On tracerait des lignes à travers l’Aubrac et les monts du Cantal
- Et je serai ton pilote de ligne, sans compter que je me débrouille pas comme un manche.
- Non, mais tu vas tirer pas mal de bords.
- Dis trésor et si on tirait des bords carrés ?
Notre petit camion frise l’euphorie. C’est chouette d’être d’accord.

Samedi matin, la Corniche des Cévennes change d’aspect. La route est bordée de sorbiers  flamboyants. Les milans en larges cercles traquent depuis le ciel, les chaumes desséchés. Nous ferons une courte pause café à Florac, petite ville sage et sans prétention.

Nuitée à Ispagnac sympathique village médiévale de granit clair, au bord du Tarn. Nous y déambulerons avec bonheur. Beaucoup de plages aménagées dans les galets, de rares familles s’y éclaboussent et pataugent. Un bonheur de vacances.
Ispagnac
ispagnac

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lundi, Laurent nous pilote vers Mende. La cathédrale dresse son clocher pointu, magnifique flèche brandie vers le ciel. Mais la ville ne nous attire pas.
Nous nous installerons dans le pré d’une fromagerie de Saint Gal, cernée de blocs de granit ; Ici les vaches sont beiges, le poil quasiment ras, une rassurante silhouette de nourrice opulente. De bien belles nounous pour notre petite Tamara.

En soirée, la laiterie est ouverte. Nous y dégustons un fromage local goûteux et pas cher, assez proche du saint nectaire en saveur. Nous renouvelons notre stock de laiterie, beurre et yaourts en produits frais, ni traités, ni pasteurisés. Un rappel nostalgique de nos paysans Charantillais. J’ai adoré… Et puis ces vaches de l’Aubrac, couleur claire de la roche sont très élégantes.

Mardi 25 août 2020
Quand on rêve d’aventure on ne résiste pas à la bête du Gévaudan. C’est donc dans le parc des loups que nous passerons la nuit ; dans ce parc clos, les loups vivent en liberté, des allées confortables permettent de déambuler en toute sécurité à travers cette immense forêt. Gros morceau de chance, les visiteurs s’éparpillent sans bousculade. C’est chouette. Le meilleur moment c’est le spectacle pédagogique de la fauconnerie « Griffondor » qui éduque hiboux, chouettes, aigles, buses et autres rapaces…

buse en volchouetteDepuis Harry Potter on connaît tous cette école prestigieuse. Les deux  fauconniers  aussi jeunes que passionnés, sont joyeux, taquins et très affectifs. Une heure émerveillée entre des rapaces éduqués et très sympathiques, un brin facétieux. Ils décollent et atterrissent au ras de nos cheveux, leurs ailes nous caressent les sourcils en passant. Les grands yeux jaunes d’un hibou nous dévisage à la portée de notre nez.
Dans la sécurité du petit camion, tard le soir, je guette sous ma couette les hurlements de loups de l’autre côté de la clôture. J’essaie d’entendre les différentes modulations, cris, appels, crainte, besoin, ou plaisir et complicité… Impossible à décrypter mais c’est un concert qui m’interpelle. Je me demande pourquoi on n’entend pas les loups le jour.
Pause café à Saint Chély d’Apcher, ville sinueuse et agitée. Elle ne convient pas au petit camion. Passons donc…
La découverte de l’Aubrac nous enchante. Les prairies sont plus vertes, plus grasses. Les sorbiers rouges illuminent des forêts brouillons, d’épicéas, de peupliers, et autres feuillus. Je me sens bien dans cet univers sauvage, qui cache de secrètes profondeurs.

Le MelzieuNous passerons la nuit à Le Malzieu, village du XIème siècle magnifique et peu fréquenté. Les maisons de granit clair sont très chics, parfaitement rénovées. Les fleurs s’épanouissent au bord des fenêtres, le long des trottoirs… La Truyère se déverse en bras ombragés à travers la ville.
Fournels

Le petit camion part enthousiaste à l’assaut de la route des thermes. Pause réparatrice à Chaudes Aigues, pour ma main gauche toujours douloureuse et trop peu peu opérationnelle.

source ParDans la ville nous repérons la fontaine du Par, la source coule à 82° mais je préfère m’attarder dans le lavoir municipal dont les bassins sont à 65°.

source ParJ’y plonge ma main blessée, elle s’y épanouit comme une étoile à cinq branches. Les nuances de bleu qui teintaient ma paume, le dessus de la main et le poignet sont passées au jaune verdâtre, avec le fond du bassin de rinçage en fond d’écran, je trouve que ma main a de l’allure. Je la plonge, la remonte en quelques secondes, (c’est vraiment chaud cette source) puis replonge… Super, je suis en  phase d’autoréparation.

Chaudes Aigues
 

 

Nous prenons la route des monts du Cantal  sinueuse, très forestière, toujours brouillonne envahie de fougères. Nous passerons le pont de Lanau sur la Truyère, qui s’élargit en un bien joli lac où flânent mollement deux canots.

Vendredi 28 août 2020
Pluie annoncée. Camping municipal de Fridefont, quasi désert. Pause tranquille, sobre et économique. Demain le soleil revient, nous déciderons alors de notre prochaine étape.
Affectueuses pensées à nos petits qui vont reprendre l’école, nous penserons à eux lundi. Et puis je crois bien que Tamara va découvrir sa nouvelle vie chez la nounou…


 

Route du Cantal

SAMEDI 29-08-20 Camping municipal de Fridefont sous les averses…. Et les éclaircies

les peuches

Après un tour sympathique dans un sentier balisé « peuches » (petites collines) à travers prairies et forêts touffues, nous méritons l’un des plus beaux moments de notre rituel de vacances. Dans les villages, nous repérons toujours une petite église, une petite chapelle à quelques pas de notre pause du jour. Laurent m’y offre un concert de flûte traversière. Remarquable parce que la profondeur de la nef, la hauteur des voûtes, l’épaisseur des murs, permettent dans ces édifices, une sonorité dont l’écho amplifie et feutre le timbre de la flûte. C’est magnifique. A Fridefont, église du XIIe, parfaitement entretenue, je m’installe à l’avant de l’église. Mais la résonance est telle que c’est une soupe de notes plutôt indigestes. Je propose donc à Laurent de venir près de l’autel. Un lutrin où reposent les pages du prochain office, pile à sa hauteur, lui fera un support idéal pour ses partitions. Le son ne résonnera pas entre les arrondis de la nef, et ce sera plus comestible pour moi, installée alors au fond de l’église. Car un peu de résonance enrichit le son, mais trop, c’est trop.
Au moment où Laurent s’installe au lutrin, une alarme stridente, assourdissante, épouvantable se déclenche. Tétanisés, les mains sur les oreilles, nous attendons d’interminables minutes que ce vacarme s’éteigne.

fridefont

Au moment où le calme revient, une vieille dame un peu décoiffée et les vêtements en vrac déboule très fâchée, dans l’église Elle fonce vers Laurent toujours debout derrière le lutrin, sa flûte dans la main, l’air parfaitement idiot. Et moi qui me tasse sur mon banc à l’arrière de l’église.
- C’est vous qui avez déclenché l’alarme. Z’avez pas vu le panneau ?
Laurent tout penaud se gratte le front,
- Ben non, désolé, je voulais juste faire une sorte de prière musicale. C’est pas autorisé.
Toujours revêche, la vieille dame,
- Si, c’est autorisé mais vous n’aviez pas le droit de vous installer là.
Pendant que je m’approche, elle se radoucit,
- Bon, vous êtes quand même sympas de pas vous être sauvés lâchement. La plupart du temps quand j’arrive, y’a plus personne, et là, je suis vraiment en colère.
Puis elle me regarde,
- Vous avez l’intention d’assister à l ‘office de 17h ?
Pas trop courageuse, je n’ai guère envie d’affronter une nouvelle colère je réponds stupidement.
- Pourquoi pas ?
Comme nous savons tous, ce genre de réponse sous entend pour le questionneur une réponse en oui… La dame devient tout sourire, prend le temps de redresser une mèche qui lui tombe sur l’oeil.
- Vous pourriez accompagner nos chants, il n’y a jamais de musicien ici.
Là, je fais signe à Laurent que sur ce point je ne me sens absolument pas concernée.
Ils se mettent donc d’accord tous les deux, mais faut quand même l’autorisation du « Père » qui officie et qui arrive fort à propos.
C’est un géant noir, allure décontractée. Il porte une petite mallette, on dirait un représentant pour machines agricoles. Mais de loin seulement. De près il n‘est guère avenant. Requête formulée par son ouaille favorite. Il semble peut enthousiaste, mais ne veut pas contrarier la dame. Et là c’est rigolo car Laurent ne sait pas quoi jouer, et le prêtre pas plus que Laurent ;
- Faites comme vous voulez, c’est une messe ordinaire, vous pouvez jouer aux moments de l’élévation, il y en a deux, et moins d’une minute chacune de vos interventions.
- D’accord, mais comment je saurai que c’est le moment ; vous me ferez signe ?
Haussement d’épaules agacés du curé,
- non, ce n’est pas possible pendant l’office je ne peux pas communiquer avec vous, et avec le masque en plus. Mais quand je finirai la prière,
(…..qu’il cite à toute vitesse et dont on ne repère aucun mot intelligible), je lève les mains au dessus de mon visage, pendant ce silence vous pouvez jouer… je le ferai deux fois…
Là dessus, il se dirige à pas lents vers la sacristie. Regards perplexes de Laurent qui épluche ses pages de notes sans conviction, puis se tourne vers moi.
- Tu me feras signe ? Et puis je joue quoi ?
Je lui suggère la gymnopédie de Satie, lent et douloureux, s’il le fait très lent, ça peut devenir très mystique. Et puis il connaît parfaitement, faudrait pas qu’il se vautre…
Les gens du village entrent en scène. Nous sommes surpris car c’est un tout petit village et l’assemblée compte une bonne trentaine de personnes. Aucun regard vers nous.
La messe se déroule avec tout son arsenal de prières, de chants, d’incitation au recueillement. De très jolis textes du nouveau testament sont proposés à notre réflexion. Quelques instants avant l’élévation, je touche le bras de Laurent et les notes de Satie montent et s’enchaînent avec douceur et majesté vers la voûte. C’est cristallin, enchanteur, magnifique. Les têtes se tournent vers le flûtiste, on oublie un instant que se déroule un office religieux. Quelques sourires heureux mais aussi quelques moues réprobatrices…
« car les braves gens n’aiment pas que…L’on suive une autre route qu’eux ! »

A la fin de l’office, lorsque lentement l’église se vide, Laurent décidément inspiré envoie une autre mélodie, « Ave Maria » … Moi, je suis enchantée, le public, je ne sais pas trop.
Lorsque nous sortons discrètement, les groupes qui papotent sur le parvis de l’église nous saluent presque timidement où nous ignorent. Quelle étrange expérience, presque onirique. D’ailleurs c’était un samedi, drôle de jour pour la messe du dimanche.

31-08 – viaduc de Garabit que nous devons comme vous savez à Monsieur Eiffel et qui permet au train de traverser la Truyère. Puis cap sur Saint Flour

garabit

Saint Flour

Notre route laisse apparaître au détour d’un pont un magnifique château sur son éperon rocheux. A ses pieds un sympathique espace herbeux nous attend pour la nuit. Un sentier monte vers le château mais nous repérons plus loin un panneau tout miteux presque effacé « cascade »…. Et bien entendu nous ne résistons pas à cet invitation.Chateau Sailhant

Quelle merveille, le sentier court à travers la forêt tantôt terreux, tantôt caillouteux, en descente un peu hasardeuses. On se rapproche, la cascade ronronne pas très loin. Et d’un coup nous sommes à quelques pas d’une plage de rochers. Une falaise nous fait face qui protège la grande vasque ou dégringole la cascade. Nous avons trouvé ce site formidable en fin de soirée et la lumière est étrange. Mais promis, juré, je reviens demain matin.

cascade

 

 

Mercredi 2 septembre.

Nous voulons tenter l’expérience d’un « buron ». Le buron ici, c’est une fromagerie d’estives. Autrement dit, en été, les paysans montent les vaches au pré et ces constructions de pierre un peu rudimentaire permettent de travailler sur place. La plupart de ces « burons » belles bâtisses de pierre noires sont aujourd’hui transformées en auberge de dégustation de l’aligot ou de ventes de fromages locaux. Notre Gps nous signale un « buron » qui fait de l’accueil pour les camping-caristes.
Nous ne sommes pas d’accord Laurent et moi, car la route que je vois sur la carte me paraît précaire, mais Laurent se fie d’abord à son gps… La dessus on n’est vraiment pas d’accord. Et nous voilà engagés dans une route à une seule voie mais praticable… on peut même envisager de croiser un vélo peut-être ? Croisons les poings, croisons les fesses…
Ça évolue, la route étroite devient une piste caillouteuse à ornières… Le top… Pourvu qu’on croise personne (quand je pense que par l’autre côté on arrivait par la route...d’accord c’était un peu plus long…) Bingo, un tracteur à remorque déboule d’un virage… Je propose à Laurent la stratégie d’Annette à La Rouvière, « tu t’arrêtes et t’attends qu’il bouge ». Ce que Laurent fait. Nous n’en revenons pas, le tracteur continue d’avancer, à quelques mètres il monte sur le bord de la piste avec sa remorque qui prend une inclinaison fort inquiétante… Et le paysan avec un grand sourire confiant nous fait signe de passer… On frôle le côté descendant du passage, mais ça passe… Rien que d’y penser, je tremble encore.
Quand on arrive au buron, c’est un espace paysan encombré d’engins agricoles, dans les caillasses où il sera difficile de caler le petit camion. Nous décidons donc de reprendre la route, « dans le bon sens »…
- Laurent tu veux bien couper la chique au Gps s’il te plaît?

Puy Mary

Nos journées se poursuivent avec de belles découvertes. Après le dure montée au Puy Mary, ouvert sur le vaste horizon des monts du Cantal, nous partons à la découverte de villes rustiques et belles. La campagne toujours verte, de vastes prairies, des forêts aussi sauvages qu’enchantées. Les fermes sont opulentes et majestueuses. De belles bâtisses en grès noir, chaque pierre bordée de blanc, flanquée souvent d’une ou deux tours au toits de Lauze qui pointent vers le ciel. Quel beau pays.
Après Salers,nous passons en Corrèze. Un bien beau département. Tout aussi champêtre, tout aussi rustique, tout aussi rurale. On adore.

Salers

 

Mais avant je dois vous dire que j’ai rencontré au Cantal, la vache la plus sublime de toutes mes rencontres de vaches. Les troupeaux de Salers inondent les prés d’animaux au poil ras brillant, couleur rouille ou acajou. Ces reflets leur donnent une silhouette harmonieuse pas du tout massive. Elle ruminent tranquillement avec majesté. Les cornes en forme de lyre se teintent de brun ou de noir à la pointe. Oh là, là, que ces vaches sont belles. Quelle classe !

Dimanche 6 septembre 2020
Marcillac la Croisille. Il faut que je me préoccupe de la lessive. Nous décidons de prendre nos aises et le confort d’un lave-linge et d’une sécheuse au camping du lac de Lavalette. Pas grand monde et nous bénéficions d’un grand espace sous un chêne plusieurs fois centenaires… qui pleut des glands… Ça nous fait rire… enfin moi surtout, quand ça tombe dans le pastis de Laurent.

C'EST QUI LA PLUS BELLE ?
VACHE sALERS

 


 

Retour en Aubrac

pano

Lundi 7 septembre 2020
Nous quittons le confort de Marcillac la Croisille sous un soleil voilé et température fraîche. 18° à midi. Pause déconcertante à Gimmel les Cascades. La chapelle est ornée d’un retable aux couleurs lumineuses, qui date du XVème siècle rouge-or-vert. rénové il y a une dizaine d’années, ce qui explique sa fraîcheur. Dans une petite alcôve, secrètement fermée, protégé par une vitre anti-choc,  un reliquaire de St Étienne. Cet espèce de sarcophage est de la taille d’une grosse boîte à bijoux, en fine orfèvrerie  cerclée d’or.

gimel ruines
- Dis Laurent y’a quoi à ton avis dans ce reliquaire.
- C’est quoi un reliquaire ?
- Disons, c’est une sorte de boîte à bijoux. On y garde ce qui reste d’un personnage vénéré, d’un martyr.
- Il est mort quand Saint Étienne ?
- Ouh là là, vers l’an 37, je crois. Même que c’est le premier martyr chrétien… au moins l’un des premiers.
- Et tu crois qui reste quoi de lui aujourd’hui ? Pour moi, c’est plutôt un vieux truc à valeur sentimentale.
- T’as raison surtout que ce coffret ne date que de quelques centaines d’années. Il ne devait déjà plus rester grand-chose du Saint Etienne.
Hé oui, nous autres mécréants, ne pouvons nous émouvoir que de richesses extérieures.

rte volcans

Encore une image de puits et l'autre versant change. Des fougères immenses, qui dépassent le petit camion, bordent les forêts. Elles deviennent infranchissables. Et débouchent sur le plateau des mille vaches, coeur du Cantal.
- T’es contente, c’est un pays pour toi ça, les mille vaches…
- Super tu me feras tout plein de portraits. C’est la Noiraude qui sera contente.
Sauf que, mille vaches ça vient d’un vieux mot local « vaca » qui signifie sources…
Ussel

Les campagnes du cantal sont riches. Les fermes immenses et coquettes, avec de beaux toits en ardoises. C’est un monde rural apaisant. Les troupeaux de vaches (si elles ne sont pas mille) restent impressionnants. Les vaches  ressemblent beaucoup au type Aubrac. Couleur caramel blond, jusqu’au presque blanc quelquefois. Leurs cornes sont courtes, légèrement incurvées. Mais surtout, leur museau et leurs yeux sont cerclés de blanc. Ce qui donne à leur regard  une profondeur magnifique. Les plus coquettes aux yeux charbonneux sont craquantes. Ce sont de grosses bêtes bien lourdes et opulentes. De bonnes laitières.
Mais une nouvelle mode sévit dans le pays des vaches. La tendance, c’est de sélectionner des vaches sans cornes. Je les aime bien aussi, les embryons de cornes couverts de duvets clairs leur font comme un bonnet arrondi de chaque côté du crâne. Elles ont un p’tit air de première communiante… très douces, filles modèles en quelque sorte.

A Egleton nous entrons au pays des myrtilles. Seulement en rêve, ce n’est plus la saison. Avec toujours les burons d'estive.

buron

Au niveau de Meymac, les forêts de pins douglas se socialisent. Des remparts de grumes s’alignent le long de la route et les engins travaillent activement. C’est une forêt qui a quelque chose d’urbanisé. Nous décidons de prendre la route des gorges de la Dordogne et ses multiples barrages. Ici celui de Chastaing avant celui de Bort les Orgues.

barrage

mardi 8 septembre- Journiac
Nous trouverons un site extraordinaire pour pauser notre petit camion au milieu des forêts de pins dans une propriété privée… Aventures hasardeuses toujours, heureuses presque toujours.


journiac

Notre marche quotidienne nous entraîne vers le lac (retenue des barrages sur la Dordogne). Une virée exténuante d’environ 2h. Nous traversons l’immense forêt. Son silence nous saisit. Nous avons le sentiment d’être seuls au fond d’un monde aussi rustique que propre et accueillant. Sauf qu’au détour d’un virage, je m’immobilise sidérée…
Deux jeunes biches fusent à travers la piste… presque sous mon nez… Et moi, qui nous croyais isolés du monde. Mon Dieu, qu’elles étaient belles…

Nous sommes toujours en altitude (environ 1000m) . Le Tour de France nous poursuit… Pourvu qu’il nous rattrape pas. On commence à croiser bien du monde. Nous décidons de nous réfugier au camping de la Tour d’Auvergne. Nous n’aurons de place qu’une nuit… Faut dire que les champions du tour traverseront le village demain pour foncer vers le Puits Mary et tous les lieux sont pris d’assaut… Nous connaissons les cols qu’ils vont affronter. Quel courage ils ont ces hommes là.

A la Bourboule, avant de rejoindre le petit camion, nous jetons un œil vers la montée du téléphérique. Et nous  distinguons à cette altitude, d’un bord à l’autre de la vallée un long câble tendu. Et sur ce câble une silhouette en contre-jour qui traverse lentement le ciel… Pourquoi sommes-nous les seuls, Laurent et moi, le nez en l'air, le regard  scotché sur ce fou qui défie les nuages. (Peut-être le distinguerez-vous sur la photo, et pourrez me dire si c’est une homme ou une femme, ou une hallucination)
funambule

Espinchal -Aveyron

A Espinchal, il n'y a rien, aucun commerce mais quantité de randonneurs pour explorer de belles pistes parfaitement aménagées. On nous informe qu'à 18h le marchand ambulant qui vend absolument de tout (pain, épicerie, plats préparés, boissons, viennoiserie... )passe sur la grande place du village après son tour dans le village.  Epatant on va refaire le plein de frais.

espinchal

Lundi 14 septembre 2020. Thérondels
Quelques pauses plein champs. Si vous venez dans le coin, je vous conseille le sympathique village de Thérondels dans l'Aveyron. La commune met à notre disposition d’immenses prés au bord du village que nous partageons avec les vaches. Juste un fil nous sépare de ces dames. Laurent nous a trouvés un sentier extraordinaire qui domine les monts de l’Aubrac. Varié, sauvage mais parfaitement tracé, des prairies, des sommets au ras des nuages… des forêts… Et une sorte de vilain « maringoin » qui m’a dévoré la jambe… Les charmes de la campagne, version comment survivre aux sauvages locaux !

Au fond des prés, un étang abrite quelques oies sauvages. Nous avons eu de bonnes compagnies dans nos campements isolés, des ânes, des loups, des vaches. Mais ici on découvre une autre ambiance. En soirée, les oies s’envolent. Elles tournent et virent en longs cercles en poussant de drôles de cris… Ça dure une petite demie-heure puis tout rentre dans l’ordre. Mais ça recommencera dans la nuit.

jeudi 17 septembre – La météo s’annonce catastrophique pour la fin de semaine et la semaine suivante. Nous décidons d’aller faire un saut à Laguiole, capitale du couteau… visite du musée, déambulation à travers la ville hyper touristique même à cette saison. Ne nous attardons pas.

Vendredi 18 septembre.
Nous nous plaisons vraiment bien en Aubrac, nous choisissons de nous arrêter au village du même nom. Nous ferons un tour au musée local dédié à l’histoire rurale de l’Aubrac et à la gloire de leurs vaches sympathiques.

Une autre pause à Bozouls, village très étonnant. La petite rivière Bordou, (à peine une cascade) si petite qu’elle soit, a creusé en quelques millénaires une immense falaise sur laquelle est construit le village. La corniche qui domine ces falaises est remarquable.
Bozouls

 

Samedi 19 septembre 2020. Nous trouvons un camping municipal à Campagnac. Le régisseur est en hivernage depuis le 15 septembre. La commune laisse le terrain et les sanitaires en libre accès pendant l'hiver. C'est génial. On y est les seuls campeurs dans un site magnifique. Une grande marche hier comme on les aime, entre sentiers muletiers, forêts et prés... De quoi nous ressourcer en attendant la pluie. Encore un endroit fort accueillant pour qui aime l'isolement. Laurent attend une éclaircie pour aller ramasser les noix qui tapissent les sentiers.

campagnac

Je suis en mode rêverie au bord de la prairie… Hé puis, je reconnais le timbre baryton d'un Laurent des grands jours. Alors forcément ça m’interpelle. Vu que  nous sommes seuls, à qui s’adresse-t-il. si tendrement. Comme s’il se forçait à parler doux…
- Oh, t’en as des beaux yeux, approche un peu, allez, doucement….

La  voix de Laurent se veloute. Mince alors, pour qui tous ces efforts de séduction?
- Allez approche regarde moi…
….
Maintenant, il parle comme s’il s’adressait à un bébé.
- Bonjour ma toute belle. Oh, elle est jolie la « vavache »…
Je m’approche doucement. Et bien entendu, je pousse un cri en glissant.

- Bouse !

Je me rétablis de justesse. Laurent se retourne vers moi, l'appareil photo sur le museau. Il est tout réjoui.
- C’est le pied gauche, chanceuse va !
C’est « la vache qui rit »vache aubrac




 

COLMARS-escapade moto-HTE PROV-2012

COLMARS -JUILLET 2012

Beaucoup de bidouilles à Velaux, la maison est un piège. Ras le bol, on décampe de chez nous.

ane En moto mais ce n'est pas le bol d'or. Un bol d'air nous sera plus salutaire.

Départ en matinée, cap sur la Durance, Aix en Provence, St Paul les Durances, jusque que là nous sommes en terres familières, on y zone occasionnellement, c'est pas loin et la motocyclette s'y plaît, s'y reconnaît. Le pilote aussi.

 

Ouste, et bon vent !

Cadarache me surprend, c'est immense. Prolongement au nord est par le site "ITER" et là ça me fait drôle. Quatre lettres qui se sont affichées mystérieusement un beau jour sur la D20 entre Velaux et Rognac, route éventrée, canalisation encastrée, bazar de circulation...C'était le projet ITER. J'ai vaguement entendu dire qu'il était question de produire de l'électricité à partir du nucléaire, à la manière du soleil ! Mais ça n'évoquait pas grand chose pour moi. La route a été refermée, nous avons retrouvé notre liberté de circuler et j'ai oublié ITER, complètement oublié. Et là, je me demande quels rapports entre la D20 qui passe à Velaux, Cadarache et le soleil.

Si vous avez la réponse ?

Quant au site de Cadarache, ces espaces clôturés, hyper contrôlés, trop protégés ça me fiche de l'angoisse. Et puis le canal de Provence passe juste en dessous, alors je me demande ce qu'on récupère dans les eaux buvables qui seraient en escale dans ce coin avant de poursuivre leur route vers le sud. Aïe, aïe, aïe, ou sommes-t-on allés nous perdre, intellectuellement parlant. Éloignons-nous vite de ces lieux obscurs.
Entre Vinon et Gréoux, la campagne reprend son aspect bonasse et tranquille. Pas un chat sur la route. La moto gentiment ronfle sur le bitume. Senteurs et lumière !
Direction Nice (on ne se refuse rien) destination Colmars (t'affole pas Claude, on n'est pas perdu). Un Colmar qui n'en n'est pas un, avec son s en bout de ligne, il fait un peu faux ami celui-là. On grimpe vers le nord, vers les sommets...

pauseL'air se rafraîchit, c'est fichtrement bon.

Pause pour l'équipage et son embarcation.
Nous y voici, Colmars et ses 'ronds de sorcières".

Le sympathique accueil chambre d'hôte local. C'est la maison de Michel et Muriel, c'est vaste, c'est clair, c'est silencieux, respectueux...

gite

Un havre de quiétude cerné de ronds de sorcières, à vous le plaisir de chercher ce que ces sorcières là nous cachent.
sorc



Muriel Cognet-Michel François,
04 92 83 05 26 - 06 09 16 72 93
04370 Comars les Alpes. http//les.rondsdesorcieres@laposte.net

 

Nous nous installons et hop-là, départ aussi sec, à pied. On descend à la découverte du centre ville. Une cité fortifiée façon Vauban, garantie d'origine, des tours, des chemins de ronde, des venelles pavées et étroites. Les commerces lucratifs du tourisme y sont légions mais les pierres gardent leur authenticité. C'est bien agréable de flâner ainsi après notre journée sur roues, sur routes.
Nous décrampons nos articulations avec plaisir à travers le sentier qui mène à la cascade de la Lance... Fraîcheur quand tu nous tiens !
chateauNous repartons vers le château, c'est un joli site, on s'y attarde, puis le vent se lève, le ciel se couvre alors on reprend le chemin des "ronds de sorcières".

 


Une pluie diluvienne s'abat avant qu'on quitte le site... pav
On en profite pour magasiner utile.

Nous avons beaucoup aimé l'ambiance de cette chambre d'hôte, la disponibilité de Muriel, son sourire. La courtoisie de Michel. je suis captivée par sa voix, son timbre grave et chaleureux. Un couple pas banal et qu'on aimerait prendre le temps de mieux connaître.
Si vous passez par là, ne ratez pas cette chance !

Rando pédestre d'étape : sentier du lac d'Allos puis contournement par l'ouest vers le col de l'Encombrette. Dénivelé annoncé : 417m, et 3 heures A/R à partir du parking payant. Il nous fait gagner 4 km, on a payé l'octroi, 2 € (moto). Ce serait 6€ pour une voiture, là y'aurait comme de l'abus.

C'est pourtant une sympathique rando, peu éprouvante, l'air d'altitude y est bienfaisant.

On crapahute tout en joyeuseté.bec

Quelques petites fleurs pour nos amis Tessier,fle2 jaunes

fl 1 roses

 chard

Et puis quelques images de piscine pour Annette et Claude

ou bien vous autres qui êtes pas comme moi !

lac allospisc bleue

lac vert

Et les marmottes qui gambadent dans les cailloux. Elles se carapatent sur le sentier avant que Laurent ait eu le temps d'armer son nikon. On s'disait aussi, c'est bizarre ces cris d'oiseaux dans le ciel désert.
Un chaume de marmottes, ça existe et c'est au lac d'Allos mais c'est pas des marmottes qui chaument.

Nous repartons bravement à dos de motos. Francis et CLaudia nous attendent à Moustiers Sainte Marie. Ça tombe vraiment bien, nous voulions faire les Gorges du Verdon, par la route.
Le Haut Verdon entre Colmars et Castellane est verdoyant, rafraîchissant. Le mélèze y est roi. lavande fugitive qui embaume par vagues successives. J'adore. Les campings que l'on aperçoit sont quasi-vides. C'est vraiment un coin attirant. Après Castellane et dès qu'on se rapproche des gorges, la campagne devient plus méridionale, des parois pelées, des chênes verts gringalets et tortueux, et des caravanes, et des voitures et des camping-car... C'est fatigant et ça pue.
Ce qui est bien, c'est que les caravanes et autres maisons sur roues passent de justesse sous les arceaux de roche qui débordent la route, et empêche notre file de doubler, la file inverse de croiser. Quant il y a foison de voitures devant nous, Laurent passe comme une fleur sans risquer de rencontre désastreuse, protégé par la caravane de tête de file. J'aime bien ça. Et j'aime aussi les parois vertigineuses, les plongées dans le lit du verdon, les virages qui débusquent d'étonnantes silhouettes rocheuses.
Retrouvailles. Francis et une partie de son équipe parapentiste. J'aurais bien aimé assister à ce moment de décollage puis de vol, mais le vent ne le permet pas. Ce sera peut-être possible vers 18h ce soir. Trop tard pour nous.
Claudia nous a concocté une sympathique rando verdon, annoncée de 3h. Pour nos vieux os, je crains que ça dépasse les 4h, faut dire que nous avons multiplié les escales. Bouteilles d'eau vides. Laurent les remplit à une cascade, on n'ose pas boire, mais on s'arrose copieusement et régulièrement d'eau fraiche. Dégoulinade glacée sur nos peaux brûlantes, frissons exquis à l'ombre des chênes verts. De bonnes pauses qui nous requinquent.

claudiafrancis

 

 

 

 

 

C'était vraiment chouette. Chouette de passer cet excellent moment avec Francis, Claudia et Gerda. Le sourire et la douceur de Claudia, la gentillesse de Gerda et la bonne humeur de Francis nous ont conquis.

 

 

CORSE-MOTO CORSE 2011

 MOTOCORSE - JUIN 2011

Nous voilà prêts à naviguer de nouveau. Cap sur la Corse. Non, pas avec avec notre voilier Lune de Miel. On s'embourgeoise voyez-vous ! Pour ce coup là, nous avons adopté le confort de la Méridionale, traversée Zen assurée par la compagnie de navigation.

Quitter Marseille par la mer avec autant de sérénité, j'vais vous dire, c'est rudement bon. Aucun souci météo, aucun souci de traversée, aucun souci d'intendance, aucun souci de route, aucun souci de cap, aucun souci de quart... Tous ces menus plaisirs offerts, le goût de l'aventure en somme, tout le luxe d'une navigation à bord de "Lune de Miel" nous les avons troqués pour un autre genre de luxe.

Celui d'observer d'en haut le travail assisté des lamaneurs, le mouvement lent des énormes cordages qui rentrent se lover sur le pont gentiment et sans broncher.lamaneur

Le va et vient des pilotines qui transbordent notre pilote de port. Et puis voir défiler si lentement les quais, les hauteurs de la ville et les phares qui nous invitent à sortir par là. Je me remplirai encore une fois les yeux de ses joyaux que sont les îles du sud de Marseille. Je les reconnaîtrai et je les aimerai une fois de plus. Lorsque nous aurons dépassé le château d'If puis le Frioul, que notre navire sera lancé dans le vent et les vagues au rythme qui décoiffe, alors nous partagerons une vraie cabine avec hublot sur la mer, avec la clim, avec de l'eau chaude dans la douche et des toilettes comme à la maison. Et puis cet autre luxe un peu plus tard de ressortir à mer ouverte et partager tout plein de ponts si vastes pour y exporter notre enthousiasme.chateau d'if

A la nuit tombée, se laisser guider vers une table de restauration fort luxueuse, dans une ambiance feutrée avec des mets subtils et prendre le temps de déguster.... sans se soucier ni du vent, ni des réglages de voilure. Jeter juste un oeil de temps en temps vers les immenses vitres de la salle restaurant,

- t'as vu comme la mer est calme. Y bouge pas ce navire. C'est dommage non ?

Non c'est pas dommage. Car c'est une mer idéale, juste un peu froissée par une houle tranquille.

Retrouver plus tard, le rythme régulier du navire, son ronronnement puissant et son balancement qui va nous assurer des rêves magnifiques...

Huit heures du matin. Bastia. La ville est encore molle. Les voitures rares, les magasins fermés... La moto prise de frénésie ne sait pas trop où donner du guidon. On tournicote un peu. On décide de prospecter à pieds. Il nous faudra trois quarts d'heure pour dénicher l'office du tourisme. Qui nous propose une découverte du centre historique, demain 17h, avec concert polyphonique et pour finir cette digne soirée, dégustation de produits locaux ...

Épatant ! a dit Laurent, alors moi aussi.

Pour l'heure, oeufs durs, fromage, eau tiède dans le sac à dos. Nous voilà parés pour une journée de prospection vers le nord à dos de moto. Dès qu'on sort de la ville, la corniche nous offre son délire de fleurs, et de roches. Danses de capucines, de chèvrefeuilles et de passiflores qui dégringolent des murs. Des petits hameaux que la moto traverse allégrement. Les maisons sont décrépies de gris, couleur des rochers. C'est un contraste saisissant cette pauvreté des murs que la végétation illumine.

Bord de mer, attention zone touristique. Je dis ça, parce que j'ai jeté un oeil sur un guide avant notre départ. Mais pour le moment ce sont des petits villages bien tranquilles. Ils sont plus pimpants, plus entretenus, un je ne sais quoi de domestiqué, ah oui, ils ont l'un ou l'autre, resto et bar... ce que les autres n'ont pas. et puis des lauriers roses, blancs, rouges, sur tige et qui se prennent pour des rosiers. Quelques arrêts pleins de curiosité, Erbalunga, Sisco, Macinaggio... Question mouillage pour l'été, ce n'est guère prometteur, étroit, peut abrité... Mais question vie à bord dans un mouillage de beau temps, j'y songe ... Un vent de paresse frôle la moto. Macinnagio à bâbord toute, direction le port de Centuri qui nous intrigue. Nous ne le connaissons que par les cartes marines. Il mérite bien le détour, c'est magnifique et quasi désert. Un petit bout du bout du monde... J'aime vraiment bien. Oui, mais imaginer la configuration d'été est un effort difficile. Et puis les fonds paraissent douteux (roches et herbes) et l'espace est moindre. Pas certain du tout qu'on y trouve un trou pour notre ancre. C'est pourtant bien joli tout ça et ça donne envie de revenir.

Retour vers Bastia sans histoire. Le sud de la ville est complètement urbanisé, complètement dédié aux zones commerciales et artisanales. Au moins y'aura de quoi magasiner si le temps se gâte ! Mais la moto là, elle a envie de se poser, à moins que ce soit Laurent fatigué de son pilotage sur départementales plus ou moins hasardeuses. Nous arrivons à Follelli, bord de plage, Costa verde, disent les panneaux... des kilomètres et des kilomètres de plages derrière d'immenses rideaux d'eucalyptus. Nous entrons dans la Castaniccia, et c'est là que nous serons hébergés, au bord du Fiume d'Olmo.

Moment de doute à l'arrivée. Il faut s'engager dans un chemin de terre que les roues de la moto n'apprécient guère. Et surtout trois chiens hargneux qui veillent à l'entrée du chemin et nous sautent dans les roues. Et ça, le pilote, il aime pas du tout, je ne dirai rien sur la passagère, qui couine à l'arrière, et voudrait bien sauter en marche avant de se rétamer dans les gravillons. Cinquante mètres de côte dans les sillons de la terre, serrons les fesses. Les chiens nous lâchent. Ouf, on arrive. Une grande propriété en bordure de maquis. Exactement ce qu'il nous fallait. Le studio fraîchement rénové, lave-linge , lave-vaisselle, une télé capricieuse, barbecue à disposition, bien luxueux tout ça, on aurait du prévoir plus de temps. Une terrasse ombragée pour le p'tit déj, ça on adore, accès libre à la piscine, là je sais pas...Je voudrais pas déranger, vous savez comment je suis, j'ai toujours peur de réveiller l'eau qui dort... Mais Laurent plus téméraire s'y frottera. Comptez-y !

Nous sommes un peu sonnés ce soir là, et nous ne prenons pas toute la mesure de notre chance. Mais le lendemain aux aurores ! Nous achèterons une carte aux 25 000 que nous éplucherons consciencieusement. Laurent nous programme l'une ou l'autre rando locale, ça me va bien. Mais pour l'instant, prise de contact en moto, pour une lecture en diagonale des accès et paysages offerts.

Notre cher Claude est au coeur de nos pensées. Tout naturellement la moto s'engage vers Castellare di Casinca... Quelle bonne idée. Je suis un peu troublée d'imaginer un autre temps, un autre monde, Ernest, jeune gendarme, Marguerite, jeune maman et leur fils dans la poussette. j'en suis toute retournée. Le village est magnifique. Et nous comprenons mieux la passion de Claude pour la Rouvière. Ma parole, il a reconstitué la Casinca en Cévennes...

 castellare di casincaAprès ce sympathique intermède affectif, nous passons le reste de la semaine à faire des chemins plus ou moins hasardeux, entre les vallées, entre les clochers, les sites historiques, les sites pastoraux, les sites religieux. De jolies lieux et des noms qui chantent, et des kilomètres de forêts dans les mollets.

Vescovato, Loreto, Pento, Piano, Casalta, Poggio, Monte Tagliu, Isolaccio, La Porta, et mon préféré Talasani.

Nous retrouvons comme de vieux amis, les cochons bruns ou noirs qui poussent les caillassent sur le bitume, ou les cochonnets qui sont affalés contre leur mère, le groin qui frétille. Lorsque nous grimpons péniblement dans les caillasses, des ombres brunes passent à travers les arbres.

"Y'a quelqu'un ? Vaut mieux s'annoncer des fois que ce serait un sanglier !

"Moi je crois que c'est un humain" dit Laurent et reprend plus fort

"Ya quelqu'un avec nous ?

L'ombre se déplace, les ombres se déplacent... et clochettes soudain de chèvres.

Ah les chèvres, chevreelles se pointent immanquablement au moment du casse-croute. Nous aimerions leurs visites de courtoisie si elles ne puaient pas autant. 

Les immenses châtaigniers nous protègent de la lumière et du soleil et nous marchons dans des conditions de rêve. Dans les vallons, d'immenses forêts de fougères. Elles font plus de trois mètres de hauteur. Nous ne nous y hasarderons pas, certains de nous y perdre. Les forêts que je préfère sont celles du chêne liège. Des ancêtres d'arbre aux écorces torturées et crevassées. Que ces vieilles forêts sont belles. Dans la campagne corse, on croise des femmes et des hommes qui parlent comme si les arbres avaient des oreilles. De jolis sons qui se chuchotent comme s'ils nous berçaient. Je me demande vraiment comment c'est un Corse en colère. Est-ce que ça peut crier ? Toutes ces personnes sont d'une gentillesse déconcertante. Ils nous abordent, ils nous accueillent, ils nous expliquent... Même quand on ne leur demande rien. Des fois j'ai l'impression qu'ils sont ravis d'avoir de la visite, surtout les vieilles gens. Je trouve que c'est un pays romantique et sauvage à la fois. Je m'y sens exceptionnellement bien.

Une incursion vers les plages qui sont toute proches. Quasi désertes, sur des kilomètres que ce soit vers le nord ou vers le sud. Laurent s'y prélassera, et moi le cul dans le sable, je m'offrirai le luxe d'une rêverie ou deux. La petite route qui remonte vers le village est bordée d'eucalyptus et de champs cultivés. Les cultures ou les vignes au ras de la plage. Nous croisons un troupeau de jeunes moutons à poil ras qui trottinent derrière le pasteur au volant d'un vieux toyota, moteur qui tourne au ralenti. Une petite virée du côté Ouest en passant par le col de Teghime. Saint Florent, et là c'est le choc total. Je suis éblouie par cette ville. Difficile d'imaginer ça en plein été mais en juin, c'est vraiment dommage d'avoir laissé Lune de Miel à Martigues. Au retour, le soleil inonde de belles parois de roches d'un vert brillant pastel nervuré de filets d'or. Fichtre, quel somptueux carrelage.

Dernier jour, nous quittons notre résidence. Dernière descente de ce chemin de terre qui m'a donné bien des sueurs. La moto est harnachée de tous nos bagages et j'ai un sac à dos qui me torture les omoplates. Les chiens sont dans un autre coin de la propriété. Soulagement général. Je brandis à bout de bras notre sac poubelles que je dois déposer au passage... Coup de pot, les chiens sont à l'autre bout du terrain. Nous voilà presque au macadam en rue civilisée, juste un p'tit creux à passer, que l'eau d'arrosage a rempli. Laurent est déjà engagé de ce côté de l'ornière, un peu surpris mais ce n'est pas profond, il décide de passer... La roue avant patine dans la boue, s'en imprègne, la roue arrière ne sait plus donner du pneu. Laurent veut remonter au sec, mais la clôture nous frôle... on fait d'étonnants soubresauts, un bond en avant, droite, gauche, droite... un coup en avant, virement de bord, ma parole les roues sont indépendantes. La moto gîte, oh là là... Et patatras, plus moyen de la retenir. Elle se laisse tomber sur la hanche. Laurent et moi on bascule le museau dans la terre, mon sac poubelle racle le gravier, mon blouson aussi... On a l'air fin... à se frotter les genoux et les manches, à secouer nos godasses, à rassembler nos détritus et à nouer notre sac misérable.

Elle a ça de bien cette moto, c'est qu'elle ne se couche pas complètement, elle nous fait juste des caprices, des semblants de fatigue, elle se pose sur son carénage et attend sagement qu'on la relève... On est deux et suffit de pousser comme un seul homme. C'est reparti. Et moi je rigole, je rigole... Croyez-moi c'est pas trop facile de se bidonner à l'arrière d'une moto qui file sur le bitume. Je ne sais pas comment c'est pour vous, mais si je rigole c'est avec tout mon corps, et la moto elle n'aime pas du tout que je me secoue intempestivement. Et puis, ça fait de la buée sur ma visière. Je retiens douloureusement un fou rire qui me bloque la respiration. C'est nerveux peut-être ! Et puis, d'un coup, le paysage me reprend dans sa contemplation intense. Laurent nous a concocté un circuit de grave.

A proximité de Corté (que nous connaissons d'un autre motocorse) nous virons vers l'inconnu, Ghisoni par le défilé de l'Inzecca, des roches en aiguilles et des gorges verdoyantes, des sommets enneigés... comme c'est étrange. A Venaco nous virons de bord pour rejoindre le col de Vizzavona (1160 m quand même !) et descente vertigineuse vers Ajaccio... Le vent siffle joyeusement dans mon casque.

 

A Ajaccio, nous nous souvenons d'Annick, Alain et les filles et de leur accueil si agréable, au moment d'un autre motocorse. Quel plaisir de penser à eux et à la tribu Vauthiers. Nous prenons le temps de nous attarder face au mouillage de l'avant port, vaste et si bien protégé. Du coup, ça nous ouvre des possibilités pour l'été. Ajaccio

J'imagine Lune de Miel, trop heureux de mouiller sa quille dans cette vaste baie, j'imagine sa chaîne qui gambade dans l'avant-port et son étrave qui broute la vague. De l'impatience me taquine...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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DANEMARK-SUEDE-NORVEGE-2018

01-06-08 de Velaux à Colmar-Markoholsheim

vendredi 1er juin 018.

Ouh, presque midi, enfin prêts ;  nous voilà engagés dans un contrat vacances en CDI ; ça nous fait tout drôle.

Cap vers le nord mais par des chemins de traverse. L'autoroute vers Lyon; ce serait trop facile... Laurent et moi, on adore la route Napoléon. Pourquoi s'en priver ? Petite pensée pour Alex et Olivier en traversant Manosque. C'est le printemps de Provence. La lavande commence à illuminer les champs. Les rouges, blancs, roses des lauriers débordent sur la chaussée. Il neige des fleurs de peupliers... J'ai l'âme en vadrouille. Sauf que... Une question insidieuse me turlupine. Ami Cyrill'ost, combien de temps je vais me cramponner à mes accoudoirs pour amortir les secouages de route. Aie mon dos, au secours ! (oh les enfants, je mets 2 C à accoudoir hein ?)

A l'entrée du village de Mison (04), nous trouvons un superbe parking, idéalement tranquille.Forcément, il est face au cimetière. La vue sur le village et les ruines du chateau médiéval qui domine est remarquable. Nous y passerons une nuit magnifique.

Mison

Totale harmonie dans notre esprit de vagabondage. Nous arriverons dans le Jura par Grenoble. La N85 nous mène gentiment à Cousance (39) . Un parking tranquille devant le presbytère au pied de l'église. C'est dimanche l'église est ouverte. Une petite ballade en campagne. Nous échangeons un regard prometteur : chiche !

Le temps de repasser au camion, celui de récupérer une ou deux partoches et la flûte traversière. Zut, le bedau ne nous a pas attendus et vient de fermer l'église. Vexés on s'installe pour un petit tour de flûte en plein air, sur la seule marche de l'église. A l'intérieur, c'est mieux, l'acoustique particulier dans la pierre, entre les colonnes et la profondeur de l'espace permet une profondeur de son remarquable. Et la flûte dans cet environnement chante magnifiquement. On croirait de l'orgue mais en beaucoup plus délicat.

Mais dehors, Ravel ou Satie ou  l'Ave Maria de Gounod, ça va fichtrement bien dans le paysage. Total bonheur.

 

Ensuite Je ne sais plus trop pourquoi ni comment, les impros de notre route nous annoncent Le Thillot. Nous sommes donc si près de Ramber ? Si ma soeur savait ça ! Donc je lui téléphone et top-là pour une pause dans son jardin. Soirée intime et inespérée avec Thérèse et Michel. La première excellente suprise que nous n'avions pas imagninée. A vrai dire, nous n'avons pas imaginé grand 'chose donc nous n'avons pas grand mérite d'être surpris.

Grandement étonnés aussi tous les deux  par la neige et les routes inondées au niveau d'Aydoilles. On passe à travers des prés luisants dans lesquels les chevaux broutent, les genoux sous l'eau. Les vaches sont planquées ou rangées à l'étable. Un cheval ça nage mais une vache ?

 

 

Mercredi 6 juin 2018.

Nous entrons en Allemagne au niveau de Markholsheim.  C'est un peu étrange de longer l'Alsace du sud vers le nord de l'autre coté du Rhin. Nous prendons la A5, cap Karlsruhe. Quelle déception. D'accord, les autoroutes sont toutes gratuites de ce côté-ci du Rhin et innombrables. Ben nous on trouve pas ça terrible. On en sort rapidement. D'abord, la qualité de la chaussée est déplorable. Des immenses dalles de béton pas recouvertes. On roule sur les rail des mines du diable, blong, blong, blong.... Une horreur pour mon dos. Ensuite, travaux et accidents alternent et les ralentissements sont réguliers. Un vrai bouchon (quasi arrêt) peut durer 20 km. Pire qu'une panne de vent en mer. Et puis, les poids lourds sont légions et gâchent les paysages. A part ça, de larges portions sans limite de vitesse donc sans radar, ça c'est plutôt bien.  Laurent, pilote très modéré, s'en fiche complètement. Allure tranquille au portant. D'une extrême courtoisie, Laurent reste à sa place et cède le passage à quiconque le suit. Il déteste être poursuivi.

Pfuiiiiiiiiiiiii.......t, à peine le temps de le voir passer, c'est un qui déboule sur la voie de gauche et disparait aussi vite qu'il est passé. Il nous a même pas vus.

PfuiIIt, pfuit, pfuit... tnut, tnut,  c'est celui qui nous dépasse et fait merci en passant. (enfin ça c'est surtout sur les nationales ou départementales)

.../...

06/06/18 de Markolsheim à Hamburg

Mercedi 6 juin 2018..Weiheim - Allemagne.

Plus nous pénétrons dans l'Allemagne, plus la verdure est dominante. Les forêts sont immenses et impénétrables. Pas mal de cultures aussi (céréales et pommes de terre). Pas de vignobles. Peu d'élevages. La Noiraude n'y trouverait pas de cousinage. 

Vers 13h00 nous repérons à Weiheim, un CC parking à l'entrée d'une immense volière dans un quartier très chic bordé d'une belle forêt. On y est tout seul. Trop bon ! Nous entrons dans un monde local incontournable. Partout où nous nous posons, de préférence en milieu de forêt, nous sommes tenus éveillés par du ramage nocturne... qui se transforme le matin en ramage diurne.. ceci vaut bien une flûte sans doute !

La visite de la volière est gratuite, profitons en pour nous y attarder.

jeudi 07/06/18 - N 51°31'16.31 - E 09°55'50.73

Il faut que je trouve une solution pour mon dos que rien ne soulage. Je décide d'adopter la posture Matouyou. (Cherchez pas dans un manuel de yoga, ça n'existe pas) c'est juste en référence à une grande reine de l'Egypte ancienne, épouse du pharaon Séti 1er. Elle trône parfaitement verticale les bras en appui sur ses accoudoirs depuis des millénaires à Karnak... Alors je m'inspire des anciens qui en savait plus que nous dans bien des domaines et je copie.Vous m'imaginez royalement posée sur mon trône camion, façon Matouyou, les pieds à plat, parfaitement dans le prolongement du dos. Rien que d'y penser, je me sens déjà mieux. Vue camion, c'est à dire panoramique. Les routes nationales ou départementales sont presque lisses, les villages magnifiques. Dans les sous-bois, la lumière est rosée. Les sapinières sont chauves depuis la base jusqu'à mi-tronc. L'écorce à vif donne l'impression de saigner. Etrange et un peu angoissant. Une excellente navigation en cours.

Gôttingen est une ville superbe, à la fois vaste et tranquille. Je m'y plairais à coup sûr si je devais y vivre. Pas de rues piétonnes, mais ce n'est pas la peine. La plupart des citadins circulent en bicyclettes et les parkings des vélos sont bien plus encombrés que ceux ces voitures. Nous aimons d'emblée cette ville, un peu gothique avec de belles maisons à colombages, des boutiques riches et colorées. A 11h, un concert de cloches nous déroute de notre circuit pédestre. Pas de clocher en vue. Hé non les cloches tintent le long d'une façade d'immeuble. Un lied de Shubert, rien que ça, avec ce qu'll faut de justesse pour qu'on le reconnaisse et ce qu'il faut d'à peu près pour le son de cloche. Scotchés sur un muret nous avons adoré. Ce qui nous a surpris c'est que les piétons et vélos ont continué de déambuler autour de nous, comme s'ils étaient sourds.

cloches gottingen

Les avenues sont bordées d'immmenses tilleuls dont le gigantisme nous émerveille. Notre petit camion dans un tel espace est un séjour enchanteur. Et toujours le ramage... Une autre étape dans une ferme nous offrira les mêmes petits bonheurs. Et tout ça j'ai oublié de vous le dire, sous une météo de plein été. On s'en fout, on est toujours à l'ombre.

Samedi 09/06/2018 N 53°34'03.00-E 10°01'38.64

Nous voilà à Hamburg. Mégapole de presque deux millions d'habitants. On arrive du sud à travers la zone portuaire. Coucou José. Ici, C'est le royaume de CMA-CGM qui rivalise avec China maritima. Ben dis-donc ! Bon la mégalo-pôle c'est pas notre truc. On prendra le métro pour un bain de vie citadine. On ira admirer la magnifique Rathaus et les berges nautiques qui sillonnent la périphérie. Mais nous serons heureux de retrouver notre petit camion au pied de l'église Sainte Gertrude... impasse au calme relatif à deux pas du métro, mais en bord de rivière et sous les arbres.

Dimanche matin, 9h, on décolle sous une envolée de cloches dominicales de St Gertrude... cap vers le Danemark.

hamburg rathaus

Allo, ami Cyrill'ost, J'ai plus mal au dos. Vive Matouyou. J'adope définitivement.

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11-06-18 Traversée Danemark -Suède

Lundi 11 juin 2018 à 13h50
Nous passons ce que nous supposons être une frontière. Y'a juste une grosse dame en habit vert au bord de la chaussée. Elle a des airs de la reine du jeu de cartes et je m'inquiète un peu. On ralentit. Elle nous fait signe de passer. Allez savoir pourquoi je respire plus librement.
 
Au Danemark, les autoroutes sont toujours gratuites et d'excellente qualité. Pas un seul radar ; peu de poids-lourds; ça c'est du savoir-vivre. Les aires de repos magnifiquement aménagées sont d'une propreté irréprochable, inox à tous les postes, cloisons comprises. En voilà des notions d'hygiène qui me comblent. Un rare confort de navigation.
 
HELSINSINDE - N 55° 22'23.15 ; E 09°36' 51.87
A 16h, nous arrivons sur un parking sauvage en plein champ, bord de mer, semi-sauvage... Impec. Lorsque nous sortons pour nous dérouiller les jambes et la tête, un gros lapin nous attend au bord du pré que nous devons longer pour aller sur la plage. Lorsque nous sommes à quelques mètres de lui, il s'éloigne en quelques bonds et se repose sur son arrière train en attendant qu'on se rapproche. Cet accueil du Danemark nous touche énormément.
La plage est déserte, bordée d'immenses arbres qui ressemblent à des hêtres.
danemark1 odense
Mardi 12 juin 2018 -ODENSE Les jours suivants nous traverserons d'immenses forêts, une campagne vallonnée et très agricole.Des éoliènnes isolées sont éparpillées dans les champs. Beaucoup de panneaux solaires. A Odense la pause s'impose. Nous ferons l'impasse sur le musée Handersen. Laurent et moi nous préférerons  flâner sur le marché . Nous déambulerons avec bonheur dans une ville très calme, rues couvertes de gros pavés. Heureusement peu de circulation hors les sempiternels vélos. C'est une ville peu fréquentée à ce moment de l'année. Mais où sont les 172 000 habitants ?
 
 N 55° 26' 30.83 ; E 10°25' 22.08 _ Stige dans le fjord de Odense est un petit port de plaisance. Les quais sont bordés de petits chalets colorés tout en bois façon cabanon,  mais les propriétaires rivalisent de soins et je serais bien embêtée pour en choisir un. L'espace qui nous accueille est en bord de mer, plage familiale et tranquille. Une étape de rêve.
Nous accédons à l'île de Copenhague par un immense pont absolument étonnant de 20 km de long. Magnifique et angoissant aussi.
- Et si on tombe, y'a pas de gilets de sauvetage dans le camion.
- T'inquiète pas, y'a des piliers, on trouvera bien à s'accrocher en attendant les secours.
Manque de pot, au milieu du pont, il devient suspendu. Un immense fleuve en dessous remue furieusement des eaux brunes. Je serre les fesses.
- Laurent y'a pu de piliers !
- Pas grave tu sais nager non ?
- Déconne pas, j'ai pas mon maillot de bain.
- On s'en fiche, 17° l'air, la baignade n'est pas aurorisée.
 
Nous traverserons Copenhague au rythme autoroute. Pas envie non plus de se tremper dans l'agitation d'une méga-pole... D'autant moins envie de s'arrêter que la circulation est fluide et confortable.
 
mercredi 13 juih 16h15 - 22° grand soleil.
A la sortie du pont qui relie le Danemark à la Suède une vraie frontière est matérialisée. A la sortie du pays, on nous ignore. Quelques mètres de plus, entrée en Suède. Une présentation rapide de nos papiers et même pas un regard dans le camion.
Entrée facile à Malmö. Nous dormirons sur la plage, la ville au nord, un magnifique petit port au sud. Magnifique.Nous voilà sur les traces de H.Mankell, quelle émotion.
 
flute laiodense 2
Jeudi 14 juin 2018. Nous traverserons Göteborg sans nous attarder, encore une ville portuaire trop moderne et trop agitée pour nous. La campagne suédoise est peuplée de régiments d'éoliennes. Elles ont beau afficher des dégradés de vert à la base et des dégradés de bleus clairs à gris vers le haut, elles envahissent l'espace. Le costume camouflage, c'est raté. Au nord de Goteborg, les forêts se vallonnent, des clochers pointus égaient les prés et les champs. Les espaces agricoles et sylvestres alternent. Nous nous sentons aspirés vers la Norvège.... 
Et nous y voilà,
Un joli policier habillé en vert forêt, d'immenses yeux bleus, et un large sourire  m'interroge en anglais.
- Où allez-vous en Norvège ?
 Comme je suis pas douée pour les langues germaniques, je simplifie.
- Je sais pas !
Il insiste, il veut absolument savoir où nous allons. Je réponds avec des mots que je connais.
- Je vais en vacances, quelque part, n'importe où...
Toujours très souriant, l'homme repose sa question à Laurent qui dit le premier truc qui lui passe par l'esprit.
- On va à Bergen.
Nouveau sourire vers moi,
- Votre mari va à Bergen mais vous vous ne savez pas où vous allez ?
Je me mets à rire 
- Normal, je vais là où va mon mari, "he's my pilote"
Le policier se met à rire lui aussi et demande à Laurent,
- Pourquoi Bergen ?
Et Laurent de lui "raconter" dans un anglais que je comprends, (le policier j'en suis pas certaine, mais il fait comme si et paraît même captivé)
- parce que nous sommes déjà allés à Bergen, il y a longtemps... et lui baraguine sa vie d'il y a 30 ans.
Faillot va ! L'homme sourit et nous fait signe de passer. Il ne nous a même pas demandé nos papiers.
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17-06-18 Fredercikstadt-Oslo

jeudi 14 juin 17h. N 59°11'15.35 ;E 11°11' 09.24
Pour notre première nuit en Norvège, Laurent se sent une âme d'aventurier. Il a trouvé sur son application gps préférée (Park 4 free),dédiée au CC, le parking de rêve. Promesse de total isolement. Le Gps nous envoie sur une piste macadam qui se transforme rapidement en piste tout court au milieu des nids de poules (dont certains gorgés d'eau dont la profondeur est difficile à estimer) et des caillasses. Il pleut des cordes, et ça tonne fort. Ambiance tempête. Quel raffut dans la cabine.
- Dis Laurent, t'es certain que c'est une bonne idée de continuer par là ?
- Pas le choix, je peux pas faire demi-tour.
A ce moment là, notre Gps embarqué annonce "accès non garanti" en même temps que se lève d'énormes rafales qui secouent les branches et griffent notre toiture. Je serre les fesses.
- Et l'annonce gps, ça va finir comment ? En sentier de rando ?
- On avisera, pour le moment y'a pas de problème.
Quand Laurent dit qu'il n'y a pas de problème je serais bien sotte de m'en créer. N'empêche que cette piste de forêt qui tournicote et nous chahute dans les ornières, j'aime pas du tout. Une bonne demi-heure de silence angoissé à bord. Laurent reste concentré sur son pare-brise qui devient opaque avec la pluie. Et puis, voilà un grand virage quasi à angle droit. La piste s'élargit, redevient humaine. Je pousse un cri.
- Oh là, là, que c'est chouette, j'adore.
Une belle route au bout de laquelle se dessine un petit port de plaisance. Les eaux sont grises et de gros creux agitent les moutons qui festonnent la surface. Le ciel est noir de tout noir. C'est saisissant. En même temps j'en mène pas large. Où serons-nous à l'abri ? Laurent se gare face au quai, face à la mer, sous des rafales de vent annoncée 8/9. Je vous garantis que nous si nous profitons d'un spectacle grandiose, on profite aussi d'un joyeux roulis à bord.  Et ça me plaît moyen. D'autant moins que la pluie se met à déverser à grands seaux.
- Laurent on pourrait avancer un peu, faire un quart de tour, se garer parallèle au quai, pour se mettre face au vent. Je serais plus tranquille.
Laurent rigole.
- Tu crois qu'on peut verser dans la mer...
- Ben, je sais pas, mais j'aime pas ce roulis.
Il se gratte le menton, observe l'écume qui s'est formée sur notre plan d'eau... Finalement se met au volant. Manoeuvre que nous ne regretterons pas car le petit camion se stabilise et le vent s'il ronfle fort sur le toit ne nous chahute presque plus. En face de nous un quai isolé avec juste un voilier amarré en longueur et une barge en bout de quai. Sur la barge un beau chalet quasi neuf.  La belle maison de bois sur sa barge est fort malmenée avec le vent de travers.
Laurent observe un brin goguenard.
- Elle est belle sa maison, mais c'est pas un marin le mec. S'il croit que ses amarres vont résister...

barge
Il est vrai que ça ressemble plus à des fistrouilles qu'à des cordages qui se tendent à fond et se relâchent avec une inquiétante violence. Même pas d'amortiseurs prévus. Quant aux taquets, on pourrait y retenir un vélo en toute sécurité mais une maison de bois de 40m2 ?
Bien entendu, un premier taquet explose et les fistrouilles volent sur le pont de la barge. Le mec sommairement emballé dans un burnous immense jaillit de son carré. Un vai modèle de viking. Les cheveux très clairs et très longs, une longue barbe... Le burnous ne tardent pas à lui battre les chevilles et vole dans tous les sens en envoyant des gerbes d'eau autour de lui. Son menton dégouline. Il met en route son moteur hors-bord pour lutter contre les poussées du vent. Et court d'un bout à l'autre de la barge. Je crois bien qu'il sait pas trop quoi faire. Le pôvre, le voià en grande détresse. Laurent se demande s'il serait judicieux d'aller le conseiller.. Pas le temps de bouger. Trois grosses voitures arrivent en catastrophe. Des agents du port en sortent emballés dans des cirés à toute épreuve. Le chef reste dans la voiture. (normal ?) Les quatre autre affrontent la tempête, s'arrêtent au mileu du quai. Héroïques les mecs. Ils observent et papotent très indécis pendant que le voilier à son tour se met à chahuter follement. Pendant ce temps le mec inondé de tous les côté, s'improvise un autre amarrage. Des fois j'ai ce genre de problème avec des bouts de laine emmêlés. C'est pour ça que j'ai abandonné le tricot. Finalement, l'un des agents sautera héroîquement à bord du voilier pour sécuriser les amarres. Mais pour l'homme à la barge, il se débrouillera tout seul.
Quelle belle et bonne soirée à terre pour nous autres. Y'a pas à dire, mais la mer déchaînée, elle est excellente à terre.

Le vent se calmera dans la nuit et nous ferons une autre étape dans des endroits plus sauvages mais plus calmes aussi.Le ciel sera nettement plus clément. Le plus remarquable à Frédérikstadt (au bord de la Gomma). Une ville formidable construite sur plusieurs îlots que l'on peut visiter de bout en bout avec une navette fluviale gratuire qui fonctionne comme un omnibus. Une merveille de liberté.

frederickstadt

Dimanche 17 juin 2018- 11h. N 59°57'56.80 E 1O 40'00.40 -15° OSLO A l'entrée de la ville, un panneau nous annonce un péage assez élevé dont j'ai oublié le montant, vu que nous n'avons pas passé de portique automatique pour payer. Nous avons compris plus tard que c'est une sorte d'octroi de terre, qu'il convient de régler lorsqu'on veut s'arrêter en ville, quelle que soit la durée du passage. Comme nous n'avons pas trouvé de "caisse" à priori la facture nous sera adressée à Velaux. Cette facture nous y attendra si jamais elle arrive avant nous.
Dimanche à Oslo, que du bonheur; pourtant il pleut des cordes. Nous sommes parqués dans un quartier très chic sous une allée d'immenses tilleuls à 1km du "sentrum". Pour échapper à une pluie torrentielle nous ferons pause dans une "cafétéria" locale pour une salade de saumon exquise accompagnée d'un immense bol de "café au lait" pure lavasse.. mais chaude. Nous avons adoré la ville d'Oslo, large, aérée, à la fois moderne et reposante. Différents musées dont celui de Munch mérite le détour, un immense espace socio-culturel résolument moderne et très agréable. Quelle chouette ville. Quand à la demeure royale c'est surtout un parc sympathique et des gardes qui jouent leur parade devant le royal escalier entre deux averses.


 

Ce que je voudrais dire de ces premiers jours en Norvège c'est que nous apprécions énormément, la gratuité des autoroutes et la qualité générale des routes. Nous avons aimé ne pas rencontrer de bouchons, de déambuler dans des villes où peu de voitures circulent. Nous trouvons partout des aires de pique-nique sympathiques proches des villes ou en rase campagne avec souvent des sanitaires irréprochables et toujours chauffés.
Nous rencontrons beaucoup de véhicules allemands, de rares hollandais, pas l'ombre d'un français à part nous et aucun véhicule du sud de l'Europe. Les norvégiens sont déconcertants. Ils vaquent, précoccupés uniquement d'eux mêmes. Je me suis étonnée que personne ne réponde jamais à nos saluts. Vous savez sur les sentiers, dans les lieux de relative intimité, on dit bonjour nous... Eux ils entendent même pas. C'est comme si on était transparent.

AÎe aîe... Non plutôt, Haye-Haye, c'est le bonjour traditionnel, mais ça ne parche pas plus que HI, ou Hello...

Par contre si on les interpelle, (au moins deux fois pour qu'ils réagissent), alors là, ils font de réels efforts pour nous comprendre et répondre à nos interrogations. Ce sont donc des personnes fort courtoises mais leurs règles de civilité diffèrent vraiment des nôtres. Et partout nous sommes accueillis avec de grands sourires. Mais faut se dépatouiller avec l'anglais, que tous pratiquent avec plus ou moins de bonheur... Avec leur accent local, on n'est pas toujours certains de ce que nous comprenons. C'est une rigolote gymnastique intellectuelle. Laurent sympathique avec les allemands que nous croisons. La question incontournable des allemands, c'est :

- vous êtes mariés à une francaise ? (comme si c'était incongru, et même pas il dément, le bougre)

ou quand ils réalisent qu'il est français,

- comment ça se fait que vous parlez si bien allemand  ?
-  Parce que je chante les lieder de Schubert.

 

 

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21-06-18-Konsberg, vallee Numedal

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jeudi 18 juin 17h30 . N 59°39'57.87 ;E 09°39' 00.93- 17h30  
Nous avons trouvé un super espace sur la place de la Mairie de Konsberg. Pays des mines d'argent pendant plus de 300 ans. Nous visiterons bien entendu le musée dédiée à tout ce travail. Nous y rencontrerons une dame charmante qui prévoit de venir nous rendre visite à Velaux. C'est notre premier contact avec une personne du pays. C'est aussi la première personne qui connaît un peu de français. J'espère vraiment que nous la reverrons chez nous.


Elle nous a conseillé la visite de la mine. Nous ferons donc un détour de quelques km pour nous embarquer à bord du petit train ouvrier de l'époque. (la mine a été fermée en 1958, en faillite) C'est un train miniature, des strapontins en ferraille fort rustiques, une lampe minable au plafond. Y'a pas la hauteur sous barreau, nous sommes donc contraints de nous assoir. Nous sommes quatre dans notre wagonnet. C'est un peu le train de la mine du diable. On ne voit rien du tout et pendant 3 km à travers les boyaux on se laisse secouer comme des pruniers dans un bruit infernal.(vivent les boules quiès dont exceptionnellement Laurent va faire usage). Tout de suite le froid nous mord de tous les côtés (6° annoncés 300 mètres sous terre). Nous débarquons sur un quai approximatif, enroulés dans nos polaires. Le guide débite son discours dans un anglais très nordique et à toute allure. On ne comprend pas tout mais ça nous donne quelques repères sur 5 km de boyaux, escaliers, échelles... une rude promenade mais passionnante. Quelles installations !

lau mine

Notre étape suivante sera notre première église en "bois debout-stavkirke". L'une des plus ancienne (1242) à Heddal.heddal

Nous flânerons dans le musée de plein air pour nous perdre entre les maisons rustiques et antiques en bois, dont les toits de terre herbeuse sont toujours très prisés par les constructeurs modernes. Faut dire qu'elles ont de l'allure avec leur toit d'herbes coupées en brosse. Quelquefois un arbuste y dresse un épi de verdure. Je suis émerveillée par ces maisons.


Les villages sont beaux avec tous ces chalets souvent noirs dont les rives des toits sont peintes en blanc. Lorsque les bois sont blancs, les rives sont bleues. C'est magnifique et nous en ferons moults photos.
Une autre nuit dans un village très rustique. Nous dormons au pied de l'église au mileu de prés troués de tourbières qui feraient le bonheur de nos amis Danièle et Dominique. La rivière y jette les joyeux reflets du soleil. Les boutons d'or en solarium illuminent les prairies. Quelle vie de rêve nous menons là.

 

 

kaprina

Et je vous présente modestement la maison de mes rêves.

Pendant 3 jours nous serpenterons dans la vallée du Numédal, à travers prairies égayées de lupins sauvages, les peupliers et bouleaux immenses. Les forêts d'épicéas se trouent pour nous permettre d'admirer la Lagen qui fuit à travers toute cette débauche de verdure.

Uvdal

Après Uvdal encore une aire de nuit idéale, Holmsvegen. Nous entamons ensuite la grimpée du massif montagneux. Les stations de ski, villages de montagnes aux maisons noires bordées de blanc dans la profondeur des sommets, immage saisissante; Au sommet, 1100 mètres, la température chute à 8° sous le soleil. La forêt se raréfie, bouleaux rachitiques et torturés par le vent. Roches et broussailles. C'est un pays rude et sauvage. Nous ne croiserons ni rennes, ni élans. Quant aux ours pour répondre à Jean Jacques, on ne les a vus que dans certaines vitrines et empaillés...

Ambiance totalement différente à Ceilo, devant le stade. Espace dédié aux entraînements des champions de ski biathlon. Une grande piste de tir carabine qu'entoure un circuit d'entraînement à la vitesse. Les athlètes se poursuivent sur des skis à roulettes en poussant sur leurs bâtons de ski. C'est assez déconcertant.

jeudi 21-06-18 - Heidfjord, assez proche de Bergen. N 60°28'11.18 ; E 07°04'17.21
C'est bien beau les merveilles de la montagne; Mais 8° au réveil ça donne envie de traîner sous la couette. Nous décollerons après un petit coup de chauffage dans la cellule. Montée à 1300 mètres, neige résiduelle servie sur des plateaux de roches.
Descente de la nationale 7, sur une fascinante corniche prisonnière d'immenses falaises qui bordent le fjord. Une multidude de cascades déboulent des sommets. Notre route souvent débouche dans d'interminables tunnels de 5 à 2km de long, en colimaçon quelquefois. C'est un peu étrange ces tunnels qui tournent en rond...   A l'arrivée, sur le quai en face de nous, Un gigantesque navire de croisère du genre qui terrorise un modeste voilier qui ferait route au milieu de l'atlantique... a déversé ses centaines de passagers perdus dans les boutiques.

Au bout du quai, des ouvriers montent le bucher qui sonnera officiellement le début de l'été et donnera lieu à la grande fête nationale de fin du printemps, "midsommar".

geilo

Ici donc c'est l'été, la température à 14h est de 12° avec un grand soleil.

Et moi, je vais faire ma deuxième lessive. Prochaine étape, Bergen.



 

23-06-18 de Bergen à Kristiansund

bergen

SAMEDI 23 juin 2018 Norheimsund - N 60°22'05.99 - 06°08'33.05
renovation bateauSur cette route commence un circuit qui durera quelques journées très exotiques... alternance de corniches, de falaises, de forêts et de prairies ... et de tunnels, de tunnels, et de tunnels. Ils sont étonnants ces tunnels. On peut y trouver des ronds points... de vrais colimaçons dans le ventre de la montagne. (le plus long fait 8km, mais la moyenne est de 2km) Les sorties révèlent des paysages majestueux avec des cascades qui déboulent sous la neige. Ils sont gratuits et fort commodes pour passer d'un fjord à l'autre. A Norheimsund, nous passerons de longues heures enchantées dans l'atelier de rénovation des bateaux anciens. C'est une sorte de musée dans lequel on déambule au milieu des ouvriers, des machines, des carcasses de bateau plus ou moins en état. Des quais sont aménagés qui permettent de monter à bord de certains d'entre eux.

DIMANCHE 24 JUIN 2018 BRATLAND - N 60°21'09.00 - E 05°26'11.18
bergenCamping à 16km de Bergen qui permet d'éviter l'octroi de terrre et de reprendre contact et commodités de vie citadine. Nous avons choisi notre séjour à Bergen un dimanche (comme pour Oslo) Pluie intermittente mais ça ne nous gêne pas trop. Il ne fait pas froid. (17°) avec de belles éclaircies. Nous achetons un "pass" chacun, qui nous permet de circuler en bus et tram jusqu'à 20 km autour de Bergen pour 5 € pendant 24h. Et on ne s'en prive pas. La belle ville de Bergen, si proprette, si calme, si sage... Comment elle est dans ses quartiers "nord" ? On a zoné un peu partout, quartiers chics et moi chics. Les immeubles sont plus ou moins cossus, les rues plus ou moins claires, mais c'est toujours propreté extrême, calme et sagesse. Pas de fadas en deux roues, pas de graffitis, pas de poubelles qui débordent, peu d'animaux et toujours en laisse. Bergen, et ses jolis quais propices à la flânerie. Un vrai bonheur de retrouver cette ambiance. Nous avons été surpris qu'en vingt ans, le marché aux poissons soit devenu un tel espace touristique. C'est plus animé que dans notre souvenir, moins secret ....
Nous avons déambulé une totale journée, transports en commun ou à pieds... Un vrai bain de vie citadine.


 

Du lundi 25 juin au 30 juin 2018, nous continuerons notre route vers le nord.
Il est peut-être temps d'une confidence. Vous ne devriez pas être trop surpris si vous nous connaissez bien. Au printemps, nos amis, Patricia et Yann, nous ont transmis de bonnes cartes et des tas d'infos concernant ce type de séjour en Norvège. Nous avons adoré nous pencher sur tout ça. Nous n'étions pas certains de pouvoir partir mais nous en avons grandement rêvé grâce à eux. En mai nous avons été "débordés" et nous avons rangé toute cette doc avec l'intention de reprendre tout ça un peu avant notre départ... Les journées se sont enchaînées trop vite. La veille de partir on n'était même pas certains d'être prêts ! Je n'avais pas eu le temps de passer la serpillère, ni de sécher nos draps..! Et nous sommes partis.
C'est lorsque nous avons passé la frontière Suède que nous avons réalisé l'ampleur du problème. Nous avions laissé toute la doc à Velaux. Nous avons acheté une carte de l'Europe du Nord en Norvège... et c'est tout ce que nous avons comme repère (les très grand axes routiers) et le GPS garmin dédié camping car. Par je ne sais quel miracle, il y avais le guide vert de la norvège dans la boite à gants. C'est avec ça qu'on avance, au p'tit bonheur la chance !
Vous devez bien vous douter qu'on adore cette manière de naviguer comme le vent nous pousse... On rate probablement des trucs mais on trouve de si bonnes surprises aussi. Ainsi nous passons d'un fjord à l'autre, on entre dans des vallées qui montent en altitude. Les sommets se pèlent, couverts de lichens étincelants sous le soleil. On pique-nique les pieds dans la neige. Des descentes vertigineuses nous ramènent le long des prairies et des forêts que bordent d'immenses bras de mer. Les cascades et les torrents sont terribles, d'une violence inouie.
Quelquefois un saut en ferry, nous permet de capter l'air du large.
La meilleure info du jour cest pour Voss, pas très loin de Bergen. Un atelier annonce vente de gaz... On s'arrête. Nous pouvons y remplir notre bouteille de gaz (il en restait 5kg sur 15kg) soit 10 kg pour 80 €. Nous allons pouvoir penser consommation eau chaude et chauffrage sans restriction. Notre petit camion frise l'opulence.

 



ferryEt pour varier nos émotions : notre premier passage ferry, une dizaine de véhicules font la queue, deux voies recommandées pour deux destinations au départ de Vangsnes, soit Helle, soit Dradvik; on choisit la file de Drakvik. Navigation d'un bon quart d'heure, le ferry acoste à Helle. Depuis le pont supérieur, j'observe tous ces mouvements et la longue ondulation des véhiculent qui débarquent à cette escale. Mais ça me paraît bien long tout ça. Et d'un coup, je repère à la sortie du ferry un bus qui était devant nous et tout de suite derrière notre petit camion qui suit docilement le troupeau. Pas de doute, je reconnais Laurent au volant,le regard droit devant lui. Mais c'est pas là qu'on doit sortir ! Les moteurs du ferry se remettent à ronfler, mince alors on va repartir. Me voilà bien.Je me précipite dans les coursives, me paume, me cogne à des portes closes. Je rêve ou le ferry a bougé ? Où c'est que je vais le retrouver Laurent ? J'ai même pas mon portable pour communiquer. Je perds encore de précieuses minutes à me tromper d'escalier et finalement débouche sur une autre plate-forme extérieure. Coup d'oeil dehors. Les voitures finissent leur petite ronde pour revenir au ferry et se mettre face à la sortie qui sera par l'arrière à la prochaine escale. Et je vois, oh miracle, Laurent dans son petit camion qui finit sont tour et revient dans la file des entrées...

Les traversées fjords sont très différentes de l'une à l'autre. Quelquefois on slalome entre des milliers de petites îles couvertes de lichens, la côte est archi-plate, et très découpée. C'est sauvage et désertique. J'aime bien. Quelquefois les rochers sont plus impressionnants et les ports plus habités. C'est toujours très chouette.
 
Quant aux aires de nuit, on choisit souvent les remparts d'églises. Les croix du cimetière en demi-cercle comme un troupeau obéissant les cernent. Et toujours l'eau du fjord qui ouvre l'horizon. On y est la plupart du temps tout seuls. Et nous avons toujours un peu de mal à quitter ces mouillages extraordinaires.

C'est sur ce circuit que nous choisirons la route "atlantique" avec ces quatre ponts défiant l'espace. Une sensation inoubliable sur le plus vaste de ces ponts au dessus de l'atlantique dans une boucle énorme qui donne le vertige. Emerveillement et pétoche irrationnelle mélangés. J'adore !

Dimanche 1er juillet 2018

 

 

 

 

Nous posons nos roues à Kristiansund. Un grand port dédié exclusivement à la pêche. Le long des quais nous guettons le départ des bateaus qui partent pour leur campagne en haute mer. Ils sont équipés de monstrueux canons à harpons destinés aux baleines. J'ai détesté ces engins de mort. Mais le départ majestueux de l'équipage m'a quand impressionnée. Là encore c'est à pied que nous prospecterons pour un resto (que finalement nous trouverons trop cher). Laurent voulait goûter le bakalao local... (ragout de morue, tomates et pommes de terre, bof !) Ce sera pour une autre fois

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01/07/18 de Kristiansund à Trondheim

Ddimanche 1er juillet 2018- Kristiansund - 10h30 -20 °

Nous quittons la ville pour un nouveau circuit en bordure de la mer de Norvège. C'est une région sauvage, quelques chalets isolés toujours imaculés et souvent avec leur jolis toits d'herbe qui dressent leur crâne coupé en brosse vers le ciel. Un arbuste incongru sur la toiture lui fait comme un épi récalcitrant. Je ne me lasse pas de ces toits modestes. Mais pas toujours. Ils sont quelquefois très vastes, avec d'immenses terrasses qui les entourent. Des mulititudes d'îlots plats sont semés tout le long de la côte. Puis le paysage  change, nous entrons dans une zone très pastorale. Moutons et vaches y broutent une herbe grasse imprégnée d'ambiance marine; Les forêts sont superbes. Epiceas et Bouleaux dominent.  Les fermes sont à l'image de toute l'architecture locale, immenses et très belles Si ce n'est par le nom et la taille des fenêtres, on aurait du mal de dire quel bâtiment est habitation, lequel est grange ou écurie. Les pelouses sont parfaites d'un vert doré éblouissant. Les engins agricoles garés autour trahissent l'activité de ces belles demeures.Ce qui nous amuse Laurent et moi, la plupart du temps emmitouflés dans nos polaires ou nos pelisses, c'est que les gens d'ici depuis quelques jours, dès le premier rayon de soleil aussi discret soit-il, se baladent en short et en tongs, maillots sans manches, et sans le moindre frisson. Nous sommes épatés. En même temps, on s'y fait à la fraîcheur. Si la température se maintient à 12 ou 13°; à contidition que le vent nous glace pas le nez, on se sent très bien, avec nos vêtements d'hiver.

Lundi 2 juillet 2018 Joyeux anniversaire Dorine, 14 ans, que de belles années en perspective. Nous avons beaucoup de choses à partager encore.

Trondheimm - N 63°22' 41.88 - E 10°18'4 0.31 Stade sports d'hiver. Quel bel espace, nous nous y cacherons au bord d'une forêt. Les équipements sont grandioses, immense piste d'entraînement au biathlon,(carabine et patins à skis)  stade de saut à ski avec de vastes tribunes, des multitudes d'espaces dédiés à l'entraînement et à la gym. Les enfants, les familles, les sportifs aguerris avec quelquefois de vrais allures d'atlhètes se partagent ces ateliers de travail pour le corps. J'imagine l'effervescence et la population en plein hiver. Quelle folle ambiance promise ! Nous on se contente de déambuler et de flâner à travers la forêt ominiprésente. Nous avons beaucoup aimé cet environnement. Mais c'est pas ça qui va nous faire du muscle.

 


musee musiqueMais surtout Trondheim, c'est le plus fascinant musée que j'aie jamais fréquenté. Musées des instruments de musiques. Quatre heures ne sont pas de trop pour détailler chaque quartier des grandes salles qui exposent une multitude d'instruments de tous les coins du monde et de tous les gabarits. Un enchantement. Avec possibilités de les entendre. Ensuite un guide nous a conduits dans les appartements du musée avec une belle histoire de la musique en Norvège à travers les périodes politiques et économiques. Dans chaque salle, il se mettait au clavier et nous gratifiait d'une partition en live (clavecin, piano-harpe, piano forte, piano mécanique). Pour clore cette visite vivante nous nous sommes attardés dans les fauteuils du "jardin musical". Grande terrasse sur le jardin botanique annexée au musée, une tablette individuelle et casque à notre disposition pour écouter de la musique liée à l'histoire du musée et aux musiciens qui l'ont fréquenté ou aux instruments présentés. Un enchantement ! Le passage qu'il ne fallait surtout pas rater.

Jeudi 4  juillet - 2018. N 63°4156.31  E 11°05'00.78- grand soleil - 17° à 9h00
Nous avons quitté la E6 qui relie Trondheim à Narvik pour nous échapper par une transversale (la 17) qui va nous mener d'une île à l'autre...Face au fjord, option camping. bordure de forêt. presque seuls au monde... total bonheur !  Nous sommes toujours surpris de traverser le pays par des routes peu fréquentées, à quelques camping-car près, mais bien moins nombreux qu'en France. De nous caser dans des abris isolés ou des campings vastes, d'une propreté irréprochable comme partout dans le pays, et quasi-vides.

 

 

 

 

 

 

 

chapeau perceNous sommes partis à pied pour débusquer le "chapeau troué".Torghatten" Monstrueux rocher, que l'érosion à laminée de l'intérieur. Une immense cave s'est formée. Elle est trouée au fond, gigantesque fenêtre ouverte sur la mer.  Il faut crapahuter à travers les chutes de cailloux et de roches. Un sentier grossièrement repéré où on se tord allégrement les chevilles. Y'a intérêt à être bien chaussé. Puis le sentier se stabilise, ça grimpe sec mais stable. Un peu d'eau apparaît. Puis tout un torrent qui s'est trompé de circuit et envahit la terre. Bain de chaussures assuré. Pourvu qu'on continue pas à la nage... ! Les caillasses réapparaissent et la grimpée de plus en plus ardues recommence. Losqu'apparaît la cave, j'abandonne Laurent qui se lance à travers les rochers hostiles. Moi, je me trouve un gros rocher (avec dossier) plein soleil et face à la mer fort accueillant. Quel fascinant spectacle. L'express côtier croise au fond de la baie et moi je rêve.  Autour de l'île, j'imagine toute une population de vikings très blonds, vastement chevelus, broussailleux et fiers. Ils chahutent sur le pont de leur majestueux drakkar qui tire un large bord pour éviter la grande île qui s'étale au milieu de la baie. Peut-être veulent-ils rejoindre Bronnoysund. A bord de petites embarcations, les pêcheurs locaux les maudissent. Une femme agite avec fureur son espèce de palme en rosaux qui sert à rabattre le poisson. ça braille, ça crie, ça fulmine et ça rigole;  Que j'aime ce pays !

Jeudi, 5 juillet 2018.
Un vrai ciel d'été, 23°, grand beau temps sans vent. Pendant que Laurent prépare les photos à vous poster dans les prochaines pages, je fais un rapide tour vers une belle plage de sable. Première journée maillot de bain et trempage en mer.Je vous jure que c'est vrai. Ce qui est vrai aussi, c'est que j'ai tout juste trempé le bout des fesses. Y sont fous les nordistes de se mouiller dans ce bain glacé. Toutefois, j'imagine tout à fait Annette, de l'eau à mi-cuisses, qui s'asperge le haut du corps et se mouille en poussant des petits cris heureux.  Hein que tu l'aurais fait ?

Le temps va se rafraîchir dans les jours qui viennent. Mais c'est pas ça qui va tuer notre enthousiasme. Nous nous retrouverons après quelques passages ferry, en route vers Narvik.

 

Au p'tit bonheur la chance.

 

05/07/18 de Leland à Bodo

mer

jeudi 5 juillet 2017 - N 66°03'42.78  E 12°57'21.11  Une pause enchanteresse àl'église de Alstahaug, mais l'ambiance parking macadam ne plait pas à Laurent. Nous nous embarquons dans un circuit impro à travers des petites routes qui passent d'un village à l'autre en bordure de fjord. Nous ne sommes ni inquiets, ni pressés nous savons que la nuit ne tombera pas. Bravo pour notre persévérance. Nous dénichons au bord d'un tout petit port l'endroit inattendu et idéal. Nous sommes à Leland. Il est 23h. A peine avons-nous calé le petit camion que le vent se met à souffler en rafales et soulève une belle houle dans le port. Mais le reste de cette nuit de plein jour sera très calme;

port leland


Nous quittons Leland (leidfjord) 12h15 11° ciel gris gros nuages noirs qui glissent en ronde autour de nous. Encore un étonnnant tunnel de 10 km qui nous guide dans le ventre de la montagne. A 4 km de l'entrée, un panneau signale que nous changeons de commune. QUel soulagement la sortie à travers champs de lupins et bouleaux, lacs et tourbières. La montagne riante et fleurie d'un coup se minéralise; Les bouleaux et les sapins se rabougrissent écrasés sous des éboulis de roches. Gris, noirs et rouilles, d'autres images, d'autres couleurs pour un monde qui passe aux couleurs polaires d'été.


18h00 - température 9° latitude N 66°33', ligne virtuelle du cercle polaire. Une vaste étendue complètement minérale, les montagnes arrondissent leur dos sous le vent glacial. Malgré le soleil on se pèle. QUelle importance, ce site symbolique est fort sympathique. Pendant trois heures, nous foulerons cette terre pour la seule fois de notre vie très certainement. Alors je me remplis les yeux et je respire fort cet air exceptionnel. Je suis aussi fort troublée de penser que nous sommes à 6 km de la Suède. Peu de touristes. C'est super.
21h, ce serait bien de se trouver un coin tranquille pour la nuit.
Nous enroulons dix kilomètres de pierrailles, univers désolé et aride. Et d'un coup les remparts se relèvent, le monde sylvestre réapparaît. Nous longeons une rivière.
- Laurent t'as vu le clocher là en haut.
- Non, est-ce que je dois virer de bord ?
- Oui, tout de suite à tribord allez fonce...
Nous quittons le bord de rivière; cap sur une belle église, son sympathique cimetière en bordure de forêt, isolé du village... Encore un coin idyllique.
ROKLAND N 66° 57' 48.32 E 15°18'41.58 _ 12°
lau
Trois heures du matin dans ce Rokland aussi isolé qu'idyllique...
- Laurent, est-ce que t'as vu un pré avec des vaches quand on est arrivé ?
- Non, mais elles m'ont réveillé avec leur cri bizarre.
- Une vache ça fait meuh ?
- Ouhais, celles-là elles feraient plutôt mah ah....
- Oh là, là, d'où elles sortent ces vaches ?
- Elles ne sont que deux à se faire la conversation.
- J'ai jamais vu de troupeau à deux vaches.
- Et puis, y'a pas de pré dans le quartier, juste le cimetière et la forêt.
- écoute, leur modulation, c'est pas une modulation de vache ça.
- Non, c'est trop grave et trop guttural,
- Peut-être qu'elles ont l'accent scandinave ?
- Tu trouves pas que ça ressemble à des plaintes...
- Si, tu crois que ça vient du cimetière ?
- Non, je crois pas aux revenants, et au trolls non plus.
- T'as raison ça vient de loin. Ecoute bien, ça vient du fin fond de la forêt ça.
- Et si c'était des orignaux ? (clin d'oeil  pour Patrick)

samedi 7 juillet 2018
pont mer

 

mer ferry

C'est un grand jour, nous avons décidé de faire la traversée depuis Bodo pour atterrir aux sud des Lofoten Moskenes...Quatre heures de ferry. On change de monde très en douceur. Les falaises qui bordent le fjord tombent à pic dans la mer. C'est impressionnnant et magnifique. On s'éloigne de ce monde immense. Le ferry slalome entre des chapelets d'îles. Le chenal est bien balisé mais je trouve qu'on frôle d'un peu trop près des hauts fonds très visibles... Vivement la pleine mer. Le nez au

vent glacé mais que m'importe. C'est avec un profond bien être que je retrouve les couleurs, les mouvements et les odeurs du monde maritime. Total bonheur sur le pont à l'avant du bateau, seule avec l'homme de ma vie.

 

09-07-18 lofoten Midi ou Minuit ?

soleil minuitsamedi 7 juillet, Moskenes - Lofoten

A peine débarqués, nous prenons le cap d'un village de pêcheurs, c'est le nom de lieu le plus court qui puisse exister "A" avec le point rond, accent scaninave. Je l'aime bien ce point. C'est celui que font les poètes sur le i quand ils s'appliquent à faire de jolis graphismes pour nous.. "A" C'est aussi le bout de la route qui traverse toutes les Lofoten.  Un agréable hameau de pêcheurs. Les séchoirs à poissons s'alignent dès l'entrée du village. L'odeur lourde de la morue séchée nous déchire les narines  bien avant les premières maisons. Quelques "rorbuers" ont été rénovés, voire construits de neuf, et sont loués en saisonnier. Les rorbuers sont les abris de pêcheurs, leur modeste lieu de vie. Les moderniser et les louer aux vacanciers, c'est probablement plus juteux et moins ingrat que la pêche à la morue. Quel étonnant village, au rythme d'un temps révolu et au rythme de la modernité. J'ai adoré. Nous avons beaucoup aimé nous y perdre.

Dimanche 8 juillet 2018. Aujourd'hui ce sera "cocoon.net" à "A" -  N 67°55'42.20 E 13°05'03.35


Il tombe des cordes, il fait froid... 9° sous la pluie, c'est un temps hivernale. Mais à bord du petit camion l'ambiance est douce et feutrée. On écoute de la musique, on baigne dans la tendresse et la conscience que rien ne presse et que nous sommes si bien là où nous sommes. C'est le bout des Lofoten, un petit bout d'éternité.
sechoir
Lundi 9 juillet 2017. départ 10h15 - 12° soleil voilé.

Des nappes de nuages mobiles flânent au milieu du ciel. Après une courte pause à Reine, capitale des Lofoten, très touristiques, nous prenons une route littorale inattendue. Les eaux sont turquoises avec des reflets d'or. Les prairies bordent la route et les moutons, agneaux et brebis s'attardent sur les bas côtés. Les plus jeunes se roulent sur le macadam au péril de leur vie (ou de la nôtre). Ah la belle insouciance de la jeunesse !

Lundi 9 juillet 2018 - plage de Flakstad. 16h - 15° N 68° 06' 04.83   E 13°14' 54.69
On commence à croiser plus de monde sur la route, les immatriculations allemandes si elles restent majoritaires, se partagent la route avec des Finlandais et des Norvégiens. Les Français et les pays du sud de l'Europe toujours aussi peu représentés. Nous avons toujours grand choix de stationnement pour le petit camion. Nous avons choisi un emplacement sur un rocher qui domine une magnifique et immense plage de sable blanc déserte à la sortie de la ville. La mer y est toujours turquoise. Une brise glaciale nous rougit le nez et nous n'avons guère envie de nous y tremper. Mais nous flânerons avec bonheur sur la plage. Puis nous reviendrons à notre hébergement un peu plus haut, sur ce rocher qui surplombe la baie, balcon de luxe pour notre premier soleil de minuit. Nous y serons très à l'aise pour regarder tomber le soleil dans la mer. Il devrait bien tomber car c'est une soirée peu nuageuse juste un peu très haut dans le ciel. l'horizon à 20h est parfaitement dégagé et il fait presque doux. 15°.

villege
A 22h, les nuages se sont effilochés et s'étalent sur la ligne d'horizon. On ne sait plus trop où commence le ciel ni où s'arrête la mer. Le soleil est encore un peu haut dans le ciel. Il n'est pas assez nord. Hé oui, ici le soleil se couche au nord... On décide d'aller faire un tour sur la plage, puis de regarder un film, histoire de tuer le temps. Vers minuit, le soleil a disparu derrière la barrière des nuages et de sympathiques filaments rouges, oranges et jaunes s'étalent à l'horizon. Plus le temps passe, plus cette lumière devient intense. Puis elle s'atténue.  Nous sommes restés un long moment songeurs, dans l'attente... A une heure du matin, la lumière recommençait à monter au dessus de la ligne de nuages... la mer et le ciel se sont fondus l'un dans l'autre, le jour se levait...
Pour avoir la chance qu'il se réalise, il parait qu'il faut faire un voeu entre le moment où le solei disparait sous l'horizon et celui où il réapparait. Et si c'était vrai ?
dragon
Mardi 10 juillet 2018 -11h 12° soleil. Nous reprenons la route vers le nord. Notre première pause sera à Nysborg. Un lieu réputé hautement touristique, une vraie fumisterie. Un village de Rorbuers reconstitués, tous neufs, avec des faux ateliers et des faux pêcheurs. Mais surtout et c'est bien le pire, aucun parking accesssible et une pagaille monstre pour sortir du piège de cette petite route. En plus il faut payer pour entrer dans le village alors que les vrais villages sont semés tout le long de la route, gratuits et sympathiques d'accès.

Par contre nous nous arrêterons au musée des Vickings et ça c'est un véritable enchantement. L'espace est immense avec des sentiers à travers les prairies. Des hall d'expos sensationnels qui retracent l'histoire et la vie des Vikings. Des ateliers ouverts avec mise à disposition de l'outillage. On peut donc si on le souhaite se bricoler un truc en bois, en cuir, en tissus, en laine... on peut même tenter le métier à tisser... Pour les gamins c'est une découverte extraordinaire. On y passerait la journée en un clin d'oeil. L'entrée au musée permet aussi un "tour" dans un bateau viking rénové avec juste une voile carrée comme moyen de propulsion. Juste douze passagers. Ah ça, j'ai adoré. Quel pot, y'avait du vent et du soleil. Au près, (oui, ça peut remonter au vent ces engins là) ça faisait frais mais au largue c'était génial. Trente minutes c'est peu, mais c'est bien chouette.

Mercredi 11 juillet 2018 Walberg N 68°12'13.88  E 13°

peche
 

 

 

Nous voici ce soir en camping paradis.

Au fond d'un fjord, en prairie, très peu fréquenté et fort confortable.

Vie de luxe pour vingt quatre heures. ça aussi j'adore !


 

24-07-18 - vestferalent-Narvik-Kiruna (S)

bandeau

mercredi 11 juillet 2018 - capmping Valberg - 16h45 - soleil- 14°
Le temps est magnifique. Vingt-quatre heures dans un camping de rêve en fond de fjord. Nous avons pris le temps d'un grand ménage à bord. Le petit camion comme Laurent et moi, est tout pimpant. Prêt à reprendre la route.Nous montons toujours vers le nord des Lofoten. La route s'ouvre devant nous, tranquillement. Allure de croisière depuis plus d'une demi-heure.
- Laurent, t'as pasl'impression qu'on a oublié quelque chose ?
Pas de réponse.
- Dis Laurent ?
- Attends, je réfléchis.
Et comme un seul homme on éclate de rire, mais c'est bien sûr. Nous avons laissé dans la sécheuse cinq kilos de linge qui tournent toujours dans le tambour. Demi-tour dès que possible. On entre dans le camping "incognito" sur la pointe des pneus. Ouf le quartier des laveuses-sécheuses est désert. On récupère nos effets avec soulagement, parfaitement secs pour une fois. Et on repart mine de rien.
kabelveg, petite ville dynmique et port de pêche animé avec une sympatique place bordée de bars et de commerces. Au moins deux bars, ce qui est opulent car les bars sont très rares dans ces coins là. Nous déambulons à pied, à la recherche du stationnement idéal pour la nuit. Y'a vraiment le choix
phare
A la sortie de Storvagan, une petite route nous intrigue. Elle est balisée "musée des Lofoten". Nous remontons à bord pour voir ça de plus près. Il est dix-huit heures le musée (plusieurs bâtiments face à la mer nous donnent envie de pousser les portes). Bien entendu tout est fermé à cette heure tardive. Nous resterons en bout de l'immense parking pour une nuit tranquille dans un désert de bitume. Le musée tient ses promesses. Un aquarium vraiment bien équipé avec découverte de tous les poissons qu'on peut croiser (pêcher) en mer de Norvège. Les uns plus étonnants que les autres. Ce qui me permet de répondre à certaines de vos questions.Ici le poisson roi est la morue. Ce sont de gros poissons qui sont mis à sécher sur les palissades de bois dressées dans le moindre village côtier. (photo du mail précédent)  Ces poissons séchés sont ensuite traités et expédiés pour commercialisation. La morue que nous achetons fraiches chez nos poissonniers, nous l'appelons cabillaud. Mais c'est le même poisson.
Différents bassins permettent aussi d'observer des phoques "domestiques" qui tournent inlassablement en rond, se pourchassent et cabriolent. Un immense bâtiment plus didactique avec infos sur la pêche et jeux interactifs est le royaume des enfants. C'est vraiment une visite à faire avec eux, ou sans eux.
 

Vendredi 13 juillet 2018 - 11h - ciel couvert à 90°- 11°
Après une nuit à Fiskebol. Nous quittons notre stationnement sur le port intime et très calme. D'immenses plages de sable blanc avec toujours cette mer émeraude en fond d'écran. Et les raides falaises brunes qui longent la route. Alternance de tunnels. L'un, plus de 4km est annoncé. Une pente vertigineuse descend dans ce boyau. Le Gps perd le contrôle. Du coup le petit camion s'envole. Nous dépassons un randonneur encapuchonné sous son poncho plastique. (hé oui, il y a un bas-côté pour les vélos et les piétons) Vous imaginez quatre kilomètres de marche dans ces conditions. Heureusement pour lui, à part nous, y'a pas un chat. Le marcheur nous regarde débouler d'un air effaré. A la sortie de ce tunnel, le paysage a radicalement évolué. De beaux champs de fleurs que la mer lèche inlassablement; Les montagnes à tribord se sont couvertes de prairies vertes. Les cascades réapparaissent. Les moutons cramponnés aux parois quasi verticales broutent, puis relèvent le museau, le regard perdu au bout de l'océan. Le soleil un peu négligent a oublié des taches de neige dans les plis des roches. Pas sérieux son ménage de printemps.
A l'entrée de l'île d'Andoya un pont vertigineux se dresse vers le ciel. Oh là, là ! Laurent, vas-y mollo ! Nous déboulons dans une île sauvage, des côtes déchiquetées, un bord de mer magnifique. C'est le  plat pays. Les falaises en recul ont arrondi leur dos pour laisser la place à des prairies fleuries. Une débauche de couleurs qui s'étalent entre les rares maisons.
plage
Samedi 14 juillet, Andenes. 16h00.
On ne peut pas aller plus loin. Nous sommes au bout des Vesteralen.  C'est le départ de choix pour les safaris orques et baleines. Et les annonceurs pullulent; Beaucoup plus de touristes et de campings-cars. D'autant plus que c'est aussi une escale depuis Tromso ou plus court pour l'île d'en face. Ici c'est le paradis des oiseaux. Ils nichent dans les moindres toitures qu'ils fientent allégrement. Les nids ont couverts les tuiles et rebords de fenêtres. Leurs cris quelquefois nous déchirent les oreilles. Mais moins que les cigales à Velaux. En début de soirée, nous décidons d'aller faire un tour sur le port. Il faut donc s'engager sur la jetée. Nous devons dépasser des entrepôts. Sur les rebords de tuiles,des sortes de sternes, avec leurs belles ailes d'hirondelles, et des mouettes,  volent en cercles plus ou moins élargis.  C'est la patrouille de protection des familles. Nous nous arrêtons pour les admirer. Le cercle descend vers nous, nous aussi nous les intriguons. Et puis les piaillements deviennent plus stridents. Alerte générale. D'un coup, on ne sait pas comment, une cinquantaine de volatiles nous tournent autour d'un air très menaçant ; nous sommes  pétrifiés. L'un d'eux plonge sur Laurent, ses pattes frôlent son crâne. D'autres oiseaux plongent à leur tour. Laurent se jette au sol, terrassé par une attaque de vickings ailés. Il semble souffrir anormalement. Je m'approche, je l'aide à se relever.  La guerre continue au dessus de nos têtes en plongeons effrayants. On les chasse à grandes brassées. Mais ça leur fait pas peur. Laurent s'appuie sur moi et le plus vite qu'on peut, on quitte ce lieu maudit. Quelques enjambées plus loin, le calme revient. Nous sommes sortis de la zone agitée. Laurent s'appuie contre les rochers pour reprendre ses esprits. Il m'explique qu'il s'est emmêlé les jambes en agitant les bras (???) pour protéger sa tête. Mais c'est son genou gauche, le fragile forcément, qui a pris le choc. Pendant qu'il m'explique tout ça, nous nous faisons dépasser par un homme d'allure athlétique, en short et tenue sportive, qui court en petites foulées régulières. Torse bombé, épaules en avant, ventre et fesses rentrés. Quelle allure ! Le monde lui appartient à celui-là. C'est fantastique de le voir foncer si confiant vers la zone danger. Lorsque l'homme se rapproche de la "maternité" des oiseaux, la dizaine qui tourne en cercles réguliers commence à pousser des cris aigus et de plus en plus puissants. Une armada d'oiseaux arrivent du sol et d'autres coins du ciel. Ils sont bientôt une cinquantaine. Et leur cercle se concentre. Les piqués se lancent contre l'homme qui doit connaître le phénomène. Moins bête que nous, il ne s'arrête pas. Il rentre sa tête dans les épaules, et pique un sprint remarquable ; ça c'est du sport ! En quelques instants, l'homme et les oiseaux ont disparu, hors les patrouilleurs qui reprennent leur ronde de surveillance.
mouettes
Nous rentrons à bord fort secoués mais le plus dur est à venir. Lorsque Laurent découvre son genou, il a doublé de volume et il est amoché. Il s'allonge, je lui prépare un sac de glaçons, un doliprane (c'est tout ce que j'ai à proposer). Pendant qu'il se détend je fais un saut à la pharmacie, puis à l'office du tourisme... Tout est fermé et demain, c'est dimanche. Faudra faire avec. Lorsque je reviens, Laurent ne peut plus poser le pied par terre. Nous voilà bien. Nous décidons de rester là, jusqu'à lundi. L'endroit est calme, face à la mer, on aurait pu tomber plus mal comme lieu de réparation.

Jeudi 19 juillet 2018 - Holnvater - N 68°32'01.67- E 17° 16'40.07
Nous avons fait de très petites étapes en mode économique ; ça va pas fort pour nous deux. Probablement que j'ai fait un faux mouvement en voulant relever Laurent. Depuis trois jours je marche comme si j'avais mille ans. On se partage le doliprane; quelle fine équipe on fait. Mais le genou de Laurent a repris figure humaine et c'est le plus important. Depuis, nous avons fait de courtes et sympathiques étapes.

NYKSUND - village de pêcheurs très isolé et intimiste en pleine évolution. Les maisons abandonnées sont en rénovation et dans peu de temps ce sympathique endroit reprendra vie sur le mode touristique; Pour l'heure, il est vrai qu'il a l'authenticité des villages abandonnés mais un rien tristounet malgré son site remarquable. Génial pour y passer la nuit, face au soleil de minuit.
16-07i
Aujourd'hui nous sommes en mode champêtre. Au bord d'un lac, en lisière de forêt. Les endroits que j'aime par dessus tous les autres. A une trentaine de km de Narvik, qui sera notre dernière étape en Norvège d'où nous rejoindrons la Suède, (une cinquantaine de kilomètres) à la découverte d'un autre monde à la vitessse croisière que nous aimons. Le genou de Laurent enfle de nouveau. Quant à mon dos, il ferait mieux de se faire oublier. Cap sur Narvik.
peche


 

 

 

 

 

 

  Et une pêche miraculeuse ....!

 

Ça se voit pas, mais son genou le titille !

 

Héroïque comme toujours mon ami Laurent.

 

 

 

vendredi 20/07/18 Narvik "Sentrum"
Nous arrivons un peu tard, un parking à deux pas du centre, vaste ou nous pouvons nous isoler juste en dessous de l'hôpital. Moral en berne.

Samedi 21/07/18 Journée hôpital pour différents examens. L'accueil est chaleureux mais les attentes aussi longues que chez nous. Un cauchemar. Le diagnostic aussi; Laurent souffre d'une facture de l'os du genou. Plâtre. Rendez-vous lundi pour rencontre avec le radiologue et le chirurgien. On passe sur ce week-end pourri par la pluie et notre moral qui fait semblant de sourire.

Mardi 23/07/18. un peu au sud de Kiruna (Suède)
Laurent doit prendre son mal en patience. Pas d'opération à faire d'urgence,mais faudra voir ça à notre retour. En attendons, il devra faire de nouvelles radios dans 15 jours, là où nous serons. Le plâtre a été remplacé par une orthèse amovible qui lui permet de se doucher, presque confortablement; il a aussi investi dans des cannes anglaises hi-tech à pointes, au cas on on serait pris dans la glace. Imaginez la vie dans un camping-car que nous avons oublié d'aménager pour handicap. Quelle funeste erreur ! Comme toujours dans les cas extrêmes nous adoptons l'attitude totale complétude. Donc je deviens pilote (si vous me connaissez, vous imaginez mon enthousiasme !!!) et Laurent en limitant ses mouvements prend en compte la vaisselle et la cuisine...  mais surtout et c'est essentiel, le "copilotage" En cela il excelle. Avec son orthèse, il peut modérement marcher, on fait des petits tours quasi sur place. Question route, on se pose ici et là, pour un jour ou deux et on repart. Ca se passe super bien.
On joue aux échecs, à Pyramide, on jase, on boit l'apéro... C'est pas tout à fait l'ambiance des dernières semaines, mais nous profitons d'excellents moments. Savoir que rien ne nous presse nous remplit d'optimisme. Les vacandes continuent...
Traversé du parc national un peu avant Kiruna. Le petit camion se retrouve nez à nez avec un troupeau de rennes. Ils broutaient gentiment le bas-côtés. Et la lubie leur a pris de traverser devant nous au moment où nous passons. Je me suis arrêtée subjuguée. Ils nous ont regardé sans s'émouvoir. Un bébé, scotché avec les yeux dans les phares du petit camion dévisageait le pare- choc puis il nous a tourné les fesses.

Donc en en résumé,comme dirait Voltaire, (et c'est pas sa faute) tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Vous bilez pas, on a presque retrouvé le moral et on fait de nouveaux projets adaptés à nos nouvelles conditions de vie.

Bises à vous tous. Merci pour vos messages. Nous y sommes toujous très sensibles. JanouB

24-07-2018 départ Narvik- retour Suède

Mercredi 24/07/18  Gällivare - N 67°04'34.42    E 21°19'53.20

gallivare
Première journée de conduite, faut que j'vous raconte ça :
Je déteste conduire une voiture quelle qu'elle soit, ça nous le savons tous. Mais à quel point je déteste, vous ne pouvez guère l'imaginer. Quel mot serait assez puissant pour évoquer mon inquiétude ? Pourvu que je casse pas le petit camion de Laurent !  Rigolez-pas, il est petit ce camion mais camion tout de même. Pourtant, je me sens anormalement maîtresse de moi, dès que j'ai mis le contact. Après tout, suffit d'avancer en faisant atttention à tous les pièges de la route. J'ai du pot car les routes ici comme en Norvège sont très peu circulantes. Pour ce qui est du fonctionnement du véhicule, j'ai quelques soucis. Pas de rétro intérieur. Ce qui me gêne grandement car la visibilité à droite est quasi nulle lorsqu'on débouche ou croise une route. L'autre souci, c'est que, depuis pas mal de semaines, j'ai perdu mes lunettes de vue. Et c'est définitif. Donc je vois flou en vision intermédiaire et je vois rien du tout de près. Bon de près, j'ai pas trop besoin, jai repéré la position des aiguilles utiles et les couleurs. En intermédiaire avec effort, j'arrive à lire les gros chiffres. De loin (ouf!) j'y vois presque normalement... J'ai un autre problème qui amuse Laurent ou le terrorise, ça dépend des moments. Effet probable du stress, je ne désynchronise pas mes gestes. (Ne me demandez pas comment je fais au piano ?) Donc si je me gratte la joue gauche, le petit camion part à gauche, si je tourne la tête à droite, le petit camion part à droite... Forcément, je suis tellement stressée que je cramponne le volant comme une bouée de sauvetage. Tanguage est ici fort associé au roulage. Et le vent n'y est pas pour grand'chose. En plus, les concepteurs de cette mécanique ont eu la sotte idée de faire descendre le frein à main jusqu'au ras du sol. Le siège étant surélevé (les siège avant sont montés sur pivot et font office de fauteuil séjour aux escales) je dois quasiment me coucher sur la portière gauche pour descendre à fond le frein... C'est pas la meilleure des positions pour mon dos... Et je couine de temps en temps. Vivent les démarrages en côte. Je me réjouis d'avance et en attendant je reste lancée sur cette belle route qui file vers la Laponie.
Laurent est d'une zéniture remarquable. On avance avec modération. (trop vite à son gré... ?) Le premier circuit de plus de 200 km m'a permis de prendre en mains et en pieds, l'engin. Maintenant nous faisons des étapes plus courtes et je me sens plus à l'aise. Je ne tangue plus et je ne cale plus... Le petit camion et la légendaire patience de Laurent m'ont apprivoisée. Je dirais même qu'une réelle complicité s'est établie entre nous trois.

foret laponeEt puis au bout du chemin, je sais qu'il y a toujours l'escale. comme disait notre ami Serge, l'escale, c'est qu'il y a de meilleur dans la navigation,  En pleine forêt lapone, Laurent a trouvé un super espace détente, en bord de rivière. Au bout d'une piste à ornières mais je négocie ça pas trop mal. Immense, pas de manoeuvres compliquées pour se ranger. A distance respectable deux caravanes fermées. Quel bel endroit pour se ressourcer. Au réveil mauvaise surprise. Lorsque Laurent se lève, sur sa jambe, sous l'orthèse, s'étale un immense bleu qui couvre jusqu'au bas de sa cheville. Pas beau et préoccupant. Mais les piqûres anti phlébite provoquent peut-être ce phénomène. D'accord mais si ça s'aggrave, paumés ici, on fait quoi ?
- J'ai pas mal, donc tout va bien.
Il détend un peu les scratches de chaque lanière de l'orthèse, histoire de limiter la compression. Le soir c'est le haut de la cuisse qui est tout bleu. Je ne suis plus tranquille du tout. C'est dangereux des vaisseaux qui pètent comme ça, sans un cri ? Nuit d'angoisse. Je me lève plusieurs fois pour m'assurer que Laurent respire normalement, qu'il n'est pas fiévreux... et observer sa jambe. Ce jour n'en finit pas de mourir et de se lever, une vraie nuit blanche. Au lever, la situation s'est stabilisée. Pas de nouvelles traces d'explosions sous la peau.
- Peut-être qu'il faudrait appeler le médecin de Narvik pour avoir son avis ?
- A distance, par téléphone, s'expliquer avec notre anglais scolaire et son anglais scandinave. Ou là là ! Déjà que c'était dur face à face.
- T'imagines, s'il faut baisser les doses de l'anticoagulant. Où c'est qu'on a va trouver une nouvelle prescription dans ce coin aussi merveilleux que perdu ?
- En plus, comme c'est moi qui pilote, on s'en sortira pas. Quand on sait où on va je galère, mais si je sais pas où on va alors là !
- Alors on fait quoi ?
- Le mieux ce serait que tu te poses, que tu bouges pas et ce soir on avise.
Mais nous ne sommes tranquilles ni l'un, ni l'autre. Ni le torrent qui nous envoie de si jolis signaux, ni la forêt qui murmure son silence ne nous apaisent. En fin d'après-midi, je me prépare un thé, Laurent observe les bulles de son eau pétillante. C'est pas la joie à bord
- Et si j'appelais notre médecin de Velaux pour lui demander son avis, au moins on parlerait la même langue.
- J'sais pas. A cette heure tu vas le déranger en pleine consultation. En plus il va même pas savoir de quoi tu parles. Comment veux-tu qu'il te conseille ?
- Oui, mais il aura un avis médical au moins. Et si j'appelle à un autre moment, il sera en visite ou chez lui. Je le dérangerai toujours.
J'hésite, je sais pas quoi dire à Laurent; c'est vrai, nous avons confiance en lui. Si ça tourne mal, je suis certaine qu'il nous dira vous auriez du m'appeler. alors ?
- Alors essaie, tu verras bien.
Comme ce fut simple et bénéfique. Notre médecin étant abonné de "coucounets" et les ayant lus, il était tout à fait au courant; Tout de suite très rassurant. En gros une fracture de la rotule ça guérit bien. Quant aux bleus c'est ce qu'il y a plus normal. Pas de quoi s'affoler. Le genou désenfle, pas de fièvre et marche tranquille avec le soutien des cannes anglaises. Tout va bien... Le temps est avec nous... Merci mille fois, ami Docteur, pour ce soutien optmiste. Nous en avions grand besoin à ce moment là.
A peine retrouvons-nous notre joie de vacanciers, que de grands cris nous attirent dehors. Une sorte de géant a longue barbe broussailleuse, âge indéfini car il marche avec difficulté et pas très droit, mais autour des yeux la peau est lisse, rose et jeune. Le regard clair et pétillant. Il s'empare d'un de nos fauteuils et nous ordonne de nous assoir. C'est quoi ce viking insolent ? (Je reste debout vu que nous n'avons que deux sièges). Il pose trois bières sur la table et un limonadier très jolimnent décoré d'un gros poissons bleu et or. Je cherche des verres. Je m'assieds sur le marchepied du carré. Et là on se coltine pratiquement deux heures de délires plus ou moins éthyliques, plus ou moins paranos, affreusement machos, dans un anglais très approximatif arrangé en suédois, voire en allemand... Une horreur ! Il se prétend artiste. Laurent toujours poli :
- Vous peignez quoi ?
- Surtout des femmes.
- Ah bon, c'est chouette.
- Oui, je peins des vagins...
J'ai poussé un cri. "oh Non !"
Il a rigolé,
- c'est ce que je peins, mais chacun voit ce qu'il veut.
Moi, je vous le dis tout net, dans les coins paradis de scandinavie y'a pire que les ours à craindre. Laurent inébranlable faisait de louables efforts pour essayer de suivre et faire dériver les échanges sur des terrains moins troubles. Pas moyen. Finalement je me suis levée, me suis adressée à Laurent en français.
- Laurent faut qu'on y aille, tu dois marcher un peu avant le repas.
Laurent a traduit. L'artiste m'a regardée d'un air moqueur. Il a continué tranquillement à siroter son fond de bière, déblatérant sur Hitler et Trump, et les femmes (cherchez le rapport ?) avec de grands gestes désordonnés et en entonnant un thème nazzi. Mort de rire par moment, pour je ne sais quelles inepties qui tournaient en rond dans sa tête.
J'ai mis mes chaussures, j'ai tendu ses cannes à Laurent et la main au monsieur. Il a enfin compris. Il a fait silence. Il s'est levé pour nous saluer. Il a remercié Laurent pour la gentillesse de son accueil et il a disparu vers sa caravane à l'autre bout du terrain. Pauvre homme !
Nous avons fait quelques pas dans la forêt, jusqu'à un sympathique pont de bois. Nous avons entendu des hurlements, des cris à peine humains. Notre visiteur faisait-il une crise personnelle, des vocalises ? Pas rassurés, nous sommes rentrés à bord. Nous avons roulé notre auvent, plié notre tapis de sol. J'ai rangé les tables et les chaises extérieures et nous nous sommes rapatriés dans le carré. Prêts à un départ précipité au cas où. Après une nuit tranquille, nous avons quitté ce magnifique endroit.

02-08-2018- à travers la Suède Lapone

caribou
    
vendredi 27 juillet 2018 -Morjvarv - N 66°01420;20   E 22°41'10.13
Nous avons repassé le cercle polaire. Moins impressionnant que de l'autre côté, par la Norvège. Mais toujours des forêts d'épicéas, des lacs, une route très belle. Mais souvenez-vous, je suis au volant, les yeux scotchés au delà du bitume... Alors le paysage, c'est plus trop mon truc. Je veux détecter la moindre ombre qui évoquerait un renne car nous en avons retrouvés sur notre route. Les chemins de forêt sont balisés de leurs petits tas de crottes. Ils zonent dans notre coin, les caribous. Ils sont aussi à l'aise sur cette nationale que les cochons noirs dans les routes montagneuses en Corse. Infestées de moustiques aussi. On s'est fait mordre tous les deux par ces bestioles carnivores qui nous rappellent les vilains maringouins des Laurentides au Québec. Sales bestioles. Cette escales là est pourtant la plus belle de toutes les escales de ce voyage. Au bout d'une large piste, d'environ un kilomètre, une allée royale à peine cabossée. Elle aboutit à une large place de sable dur. Entourée de forêts, au bout du monde. Ici, je peux me sentir calme et en vacances. Trop belles ces claires forêts. Les sapins sont maigres et poussent par paquets. Ici, une maman semble prendre son petit dans ses bras . PLus loin un alignement de quatre ou cinq arbres parfaitement droits prêts à avancer en ordre serré. Ailleurs un attroupement de jeunes arbres un peu en désordre comme des enfants qui joueraient dans la cour. Ne manque que le ballon. Ou là encore, des arbres plus touffus en rond qui font papotage comme des femmes sur la place du marché. Et les traces de rennes à quelques pattes de notre petit camion. Tout un monde ici. Le sol est tapissé de myrtilles et de caillasses. Laurent y fait des petits tours pour marcher mais aussi pour se régaler. Le bonheur tient à si peu de choses.

 

 

 

 


 

Mercredi 1er aout 2018 - Torefors - N 65° 53'18.31  E 22°40' 49.13
fluteEncore une bien belle pause. Encore un long bout de piste. Encore un site parfaitement isolé et quasi désert hors quelques pêcheurs et six baigneurs qui quitteront les lieux en fin de soirée. Nous voilà en bordure d'une forêt de bouleaux, face à un bras de la Baltique. Ambiance caribou. Un ponton désafecté, site idéal pour Laurent qui n'en revient pas. Au premier lancé, magistral faut bien le dire, un esprit malin cramponne et courbe sa linge, la retient. A l'approche un immenses brochet se tortille en happant le vide. Notre chance c'est quatre jeunes gars, à peine arrivés avec leur combi qui sont venus aider Laurent a récupérer la bestiole. Ils avaient une épuisette, eux. On a partagé cette jolie prise avec des garçons plein d'enthousiasme en route depuis Angers vers la Norvège qu'ils venaient de quitter et sur la route de la Finlance puis de la Russie... Un bien beau projet.

brochet
Demain cap sur un camping, à proxité de Luléa. C'est le temps de la laveuse-sécheuse. Y'a des impératifs comme ça auxquels nous ne pouvons échapper. Ce qui me permettra d'envoyer ce message.
Ensuite nous prendrons la route du bord de mer... en camping sauvage. Faut savoir de quoi elle a l'air cette Baltique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

07/08/18 golfe de Botnie

Nord de la Suède - Golfe de Botnie
Moron
Mörön N 65°29'01.69 E 21°57'32;04
Il y a maintenant quelques semaines que j'ai pris en main le petit camion. Nous nous sommes complètement adoptés mutuellement et avec Laurent nous formons un sympathique trio. Je me suis familiarisée au ronronnement du moteur et mon oreille perçoit avec plaisir ses différentes modulations. Finalement, je crois bien que j'y prends goût au pilotage de ce petit camion.
La route que nous pratiquons est une voie rapide style scandinave. C'est à dire qu'elle est à quatre voies ou à 3 voies, limitée à 110 km/h. Sauf que, à proximité des villages, elle est croisée par des transversales. La vitesse tombe à 70km/h voire 50 et ça repart. Certains panneaux dangers nous permettent d'imaginer de cocasses situations. .. Les icônes fréquentes d'un moto-neige ou celle d'un skieur en plein élan qui pourraient débouler d'un layon transversal, nous enchantent. Celui du renne en plein élan n'est pas différent de celui qu'on peut trouver sur nos routes forestières, à ceci près que chez nous, l'icône est un cerf... Fort étonnnant aussi des arrêts de bus en bord de voie rapide. Et régulièrement des espaces de retournement, la barrière de sécurité médiane est interrompue ce qui permet de faire demi-tour sur la voie rapide. Autrement dit, faut s'attendre à quelques surprises. Ce qui est génial et que j'apprécie énormément, c'est qu'il y a peu de monde qui circule; c'est d'un confort remarquable.
Et puis l'autre aspect qui va ponctuer tout ce périple au bord de la Baltique. C'est que nous quittons la voie rapide, pour nous engager dans des espaces de rêve mais... qui se méritent. Accessibles par des pistes plus ou moins chaotiques et qui nous posent quelquefois de sérieux doute; Auquel cas, on se pose provisoirement et on prospecte à pied. C'est ainsi que se concrétise ce merveilleux espace de Mörön. Bord de plage, qu'il ne faut pas rater si vous passer par là. Agréable diversion, Juste un tout petit port de canots locaux fort discret.
           
 canots
En bord de Baltique, la mer à peine aussi large que l'étang de Berre est bordée tout le long d'une multitude d'îles ou îlots peuplés d'arbres immenses. Une forêt s'imbrique dans l'autre. J'imagine une partie de cache-cache fabuleuse en canot à travers ces murailles vertes. La côte a du mal d'atteindre la pleine eau. Les joncs, les graminées ont envahi les bords et cachent de jolies petites criques de sable fin. Nous aimons longer cette côte, cannes anglaises et bâtons de marche à la main. Des sentiers sauvages nous ouvrent de sympathiques chemins dans l'herbe. Nous traversons une forêt de bouleaux dont les pieds baignent dans l'eau saumâtre, puis notre chemin débouche sur l'immense prairie qui protège des habitations. Chaque résident à construit son débarcadère et son accès personnel à la mer. On passe ainsi d'un espace parfaitement sauvage à un espace parfaitement aménagé. Aucun signe ne permet de distinguer où commence la propriété privée. La nature est à tout le monde. A un moment, au débouché d'une forêt, nous avons perdu le layon qui traversait. Un homme ramassait du bois à proximité de son cabanon. Il nous a fait signe pour nous montrer où reprenait le chemin à travers sa propriété... Ainsi se partage librement l'espace dans ces beaux pays scandinaves. Ici, nous avons visité un minuscule musée qui retrace la vie des chasseurs de phoque. Il y a une centaine d'années, c'était le gagne-pain des familles locales. Une grande barque évoque les moyens rustiques de survie de ces pêcheurs-chasseurs, qui partaient en plein hiver pour plusieurs semaines avec très peu de moyens. C'était une longue barque à rames, ils partaient à cinq ou six. Pour dormir et se protéger du froid polaire, ils tendaient une toile au-dessus du fond du bateau. Tout se passait à l'extérieur. Des gamelles rudimentaires et une bouilloire en alu. Des tonnes de vêtements épais pour survivre au froid. S'il est vrai que la chasse aux phoques était barbare, elle ne faisait pas de cadeaux non plus aux humains. Et je frissonne encore en imaginant la cruauté de leur vie de misère à ces pauvres chasseurs. L'été ils vivaient de leurs potagers et d'un peu d'élevage.

 

 

 

 

 

foret carbousLes rennes (caribous) font aussi partie du paysage. L'hiver ils vivent dans les forêts côtières tout à fait librement. Il n'y a plus de troupeaux sauvages (nous a dit la conservatrice du musée);tous les animaux sont bagués. Lorsque la glace commence à fondre sur ce bord de Baltique, ils quittent la côte à la nage et se réfugient dans les îles voisines où ils passent l'été. C'est pourquoi on les croise sur les routes, et c'est pourquoi la trace de leurs passages est aussi visible dans le moindre layon.

vendredi 10 aout 2018
10-08-18 Lövsele- N 64° 17' 57.75   E 21°17'50.21
Encore un endroit exceptionnel dont Laurent a le secret. Une longue piste très chaotique sur plus de 5 km à travers une forêt bordélique. Jusqu'à un étroit sentier juste à la largeur du petit camion. Mais nous le savons tous, désormais, je maîtrise le volant et ne doute de rien. Hardi petit, on louvoie entre les branches qui fouettent le toit.
Laurent n'aime pas trop et au bout de deux kilomètre hasardeux nous décidons d'aller jeter un oeil à pied.... Bonne surprise. Il ne nous manque que quelques tours de roue. Nous débouchons sur une immense clairière avec la plage qui s'offre en contre bas. Encore un endroit de rêve qu'il ne faut pas louper si vous aimez les espaces sauvages et solitaires. Notre campement ici est idéal. Trêve estivale de quelques jours pour permettre au genou de Laurent de se solidifier en toute sécurité. Laurent a décidé de laisser un peu vivre librement son genou blessé et se débarrasse de temps en temps de l'orthèse. Mais les cannes le stabilisent et le rassurent.
Les 9 aout (St Amour) et 10 aout (St Laurent) sont pour nous depuis des lustres des dates que nous chérissons et festoyons. (Olivier et José s'en souviennent-ils ou bien était-ce juste important pour nous ?) Repas aussi joyeux que traditionnel : dés d'avocats salés en apéro, côtes de porc aux fins épices, mitonnées de concombres rissolés, crème de curry, et riz dorés échalote. Dessert : Magnum aux amandes... en prime dans nos verres, un rioja prestigieux soigneusement préservé pour l'occasion. Vu qu'il tombait des cordes, notre sympathique journée a gardé longuement son intimité. Le grondement de la mer déchaînée confondue avec le souffle rauque du vent dans les sapins... Oh là, là là, que c'était bon tout ça !

 

 


poudlardPlus tard, nous profitons d'une éclaircie pour déambuler à travers les sentiers. La forêt sous la brume a des aspects fantastiques, quelque peu abandonnée. Des arbres morts s'appuient sur les troncs vivants. Leurs écorces couvertes de lichens et de mousse sont décharnées. D'immmenses tapis de myrtilles s'éparpillent entre des bosses de fourmilières. Des monceaux de roches couvertes de mousses se disputent la terre avec la forêt. Parole, nous sommes entrés dans la forêt interdite de Poudlard. Dans une clairière, une énorme roche plate couverte de lichens blancs aurait pu accueillir le bal des licornes. Un énorme buisson de framboises sauvages nous a donné rendez-vous pour demain.

Vous nous imaginez tous les deux, l'un sur ses cannes anglaises, qui envoie vers l'avant sa jambe raide, l'autre, le dos de traviole, appuyée sur son bâton de marche. Et tous les deux fort heureux de cheminer étroitement l'un contre l'autre.

Oh là, là que la vie est bonne pour nous dans ce pays.

framboise

Laurent n'hésite pas à tomber les cannes pour se perdre dans les myrtilles où il fait de longues pauses pendant que je ramasse des framboises pour notre diner.


Depuis que nous dormons en bordure de bois ou de forêt (et proximité de la mer, n'y change rien) nous avons entendu souvent ces cris étranges qui nous avaient perturbés dans les fjords. Toujours vers 2h ou 3h du matin, au moment où la clarté du jour s'annonce en clair-obscur. Cette nuit, cet espèce d'appel animal a frôlé le petit camion, mais nous ne sommes pas assez vifs au milieu de la nuit...


 

15-08-18 Golfe de Botnie, pays des forges

15-08-18 - Park skuleskogen.
skolen park
                                                                      
Laurent a décidé de reprendre le volant. Tentative de pilotage. Nous ferons un petit périple à partir d'Uméa pour rejoindre le Park skuleskogen. Parc national formidable. Une fois bien posés, nous ferons à pied un sentier parfaitement balisé au coeur de la forêt. Mais après deux kilomètres confortables des caillasses et une descente un peu violente décourage Laurent. Même avec ses deux cannes anglaises, il ne veut pas prendre le risque; Je le laisse donc sur les rochers et me lance avec bonheur dans la descente. Je déboule en haut d'un escalier de bois. Trente-huit marches quasi verticales qui plongent dans un sentier. La forêt est très dense, l'obscurité est totale. L'appel de la forêt est puissant. Je m'engage avec délice dans cette descente vers le noir, la totale protection. C'est trop bon, ce silence, cette pénombre est apaisante. Environ deux kilomètres, le sentier s'aplatit. Je sors de la forêt et je m'arrête scotchée par le panorama. Une immense plage bordée de forêts, de sable fin joliment rose, un calme souverain... Tout au fond de la baie, à peine visible une toile de tente. Plus loin au large, deux jeunes amoureux chahutent dans l'eau qui leur arrive à peine aux hanches. Je me pose le temps d'un doux rêve. Lorsque je remonte vers le sentier, une grenouille solitaire appelle avec enthousiasme. J'ai longuement profité d'une remontée au ralenti pour m'imprégner de toutes ces sensations qui font le bonheur de mes jours.

 


pont bois
 

18/08/18
J'ai repris mon rôle de co-pilote et j'aime bien aussi. J'ai aussi retrouvé avec enthousiasme ma posture Matayou. Je voyage beaucoup plus confortablement. Laurent a retrouvé l'usage de ses deux jambes. Il prend d'extrêmes précautions et je trouve ça très rassurant. De ce point de vue, il est beaucoup plus sérieux que moi... Ce qui explique qu'il n'ait plus mal au genou et que je continue à grimacer à cause de mon dos...
Nous avons fait de bien belles étapes sur cette route le long du golfe de Botnie. Il y a des multitudes d'endroits où se poser en toutes libertés. Nous avons aussi visité de sympathiques petites villes, Nordingra,Harnosand, Sunsvall, Gävle.

Cap plus vers le sud est... route côtière toujours. Nous traverserons le pays des forges. Villages créés par les industriels qui ont fait de la Suède le producteur de l'acier le plus fameux que toute l'Europe s'arrachait pendant des décennies. Les immenses manoirs qui trônent au milieu de fabuleuses propriétés sont le centre de ces villages. Les ouvrier logeaient de l'autre côté de la route dans leurs maisons ouvrières. L'histoire rend largement compte du prestige de ces richissimes patrons mais elle escamote quelque peu les conditions de vie des ouvriers qui se résument par un laconique. "Ils étaient auto-suffisants et ne manquaient de rien...". Nous avons donc flâné dans ces lieux prestigieux en nous laissant éblouir par leur majesté. Longues bâtisses de communs, jardins à l'anglaise parfaitement alignés autour d'un lac articifiel, sentiers discrets, orangeraie, kiosque rustique... Tranquille comme une promenade dominicale.

Ici les maisons ont perdu leur aspect de chalets aggrandis au fil du temps. Ce sont de grosses bâtisses au toit cassé. Cela leur donne un aspect très imposant. Elles trônent comme des matrones au milieu des annexes en bois qui font le charme de toutes les propriétés scandinaves : réserve de bois, atelier, garage, four à sauna, pergola avec petit salon extérieur, jeux d'enfants... et quelquefois modeste potager. C'est aussi un monde plus paysan. Les corps de fermes sont immenses. La forêt aussi a changé d'aspect. La guerre entre le minéral et le végétal a été déclarée et souvent le minéral a gagné. Les forêts avec leurs dômes de lichens entre les racines des arbres ont été dévastées. Il reste un amoncellement de rochers et de pierres énormes ; les mousses ont séché et y laissent de vilaines traînées comme des blessures mal cicatrisées. C'est un univers chaotique et un peu effrayant. Quelques kilomètres plus loin, la forêt réapparaît avec ses arbres déracinées en travers des arbres debout, et d'énormes souches renversées qui exposent leurs dessous de manière si indécente.

19-08-18 Kallegro  N  60° 20' 46.67 - E 18°15' 28.79

mer
Nous avons visité la sympathique ville de Öregrund. Un très grand port (départ direct vers la Finlande), de très jolies rues bordées de maisons en bois, fort coquettes. Un port de plaisance où nous sommes longuement attardés que les bars et restaurants égaient. Un monde touristique qui se déploie et donne une ambiance très décontractée à la ville. Nous avons failli y rester pour dormir à proximité du port, face à la mer... Mais nous n'avons pas pu nous résoudre à devenir citadins. Cap sur Osthamnar
Et voilà notre dernier séjour dans le golfe de Botnie- Encore une réserve naturelle en bord de mer. C'est une des rares fois où nous ne sommes pas tout seuls sur l'espace. Il doit y avoir une douzaine de campeurs. Mais l'espace est grand et ce n'est pas gênant. Et puis, faut bien revenir à la vie citadine un jour ou l'autre...

 

foet

 


 

20-08-18 Suède suite

lundi 20-08-18 UPSALA -

rameuse           
Nous entrons dans des zones nettement plus urbanisées. Les forêts toujours denses sont ici domestiquées. Des lacs à profusion, et une véritable autoroute mais d'abord pause à Upsala. Ville de Linné et Ingmar Bergman. Une très jolie ville. La vaste cathédrale (construite de 1270 à  1435) toute en briques rouges, est un vrai bijou. Ses deux flèches dominent à 120 mètres. Ici, une profonde méditation s'impose et ça fait du bien. Nous avons longuement flâné dans des rues piétonnes vivantes et tranquilles à la fois.  Les étudiants sont en mode bizutage, la rentrée se fait dans la joie générale. De belles promenades sont promises le long du Fyrisan, qui traverse la ville. Si je devais m'expatrier en Suède...

 

 

 

 

 

 

 

 


upsala
Cap sur Stockhom. C'est le bout du majestueux lac Malaren que nous avons longuement longé avant notre arrivée en ville. Nous devons traverser la capitale pour atteindre notre étape en périphérie. Un peu étonnés d'entrer là sans quitter l'autoroute, un immense échangeur train, métro, voiture bus et ferries.... tout ça sur le même pont.... Il est 18h00 et la circulation est très fluide... Aucun problème.  Nous trouvons un petit camping familial au bord d'un lac, absolument calme à quinze minutes à piedsdu métro pour Stockholm la grande...  Et nous voici, en route, petites foulées tranquilles, (Le pas un peu lent de Laurent m'impatiente quelque peu- et me donne mal au dos) le long d'une allée en partie le long du lac. Au bout, se trouve la station de métro en plein quartier de villas très chics. Mais nous n'arrivons pas jusque là. A dix minutes du camping, Laurent se pose sur un banc, l'air soucieux. Il vide son sac à dos, fouille ses poches.
_ J'ai oublié mon porte-feuilles au petit camion ?
- Pas grave j'ai le mien avec ma carte bleue.
- Super... on n'a pas besoin de faire demi-tour alors !
Nous voilà repartis à l'assaut de quelques côtes courtes mais bonnes. Quinze minute de suées mais fort agréables. Nous essayons la borne automatique pour l'achat des tickets mais elle refuse ma carte bleue visa. Pourtant, elle a servi à retirer du liquide en Norvège. Nous nous présentons à un guichet. Une dame fort avenante d'une quarantaine d'années nous accueille dans un anglais aussi approximatif que le nôtre. Nous pouvons avoir quatre billets (AR) avec prolongation jusqu'à minuit. 14 € pour nous deux. D'accord. Bien entendu ma carte bancaire se met en défaut et nous n'avons pas un sou en espèces. Pas de banque avant la ville (une dizaine de kilomètres)  pour tenter un retrait. Après plusieurs tentatives, (la dame tente de mystérieuses manipulations sur son terminal), rien à faire. Laurent émet de sérieux doutes sur mon code. (ce qui m'énerve prodigieusement)  Il demande quelques minutes et via smartphone essaie d'interroger je ne sais lequel de ses comptes pour contôler la validité de mon code. Un bon quart d'heure se passe en vaines manipulations des deux côtés de la vitre. Qui devient lentement une bonne demie-heure. Heureusement pas un chat ne se présente au guichet. La dame régulièrement m'adresse des sourires désolés et patients. Je la prie de nous excuser pour tout ce temps perdu.
- Pas de problème, j'ai que ça à faire.
Finalement Laurent confirme que le code est bon. Nous hésitons. On retourne au camping et on zappe la visite de la grande ville ? Ce qui me fend le coeur. Ou bien je cours de mon pas impatient jusqu'au camping récupérer les papiers de Laurent; Laurent ne veut pas faire l'aller-retour (une petite demie heure de pas rapides en montées et descentes, c'est hors de sa moblité actuelle). La dame du guichet d'un air contrarié :
- dois-je annuler vos billets ?
- Non, non, je vais chercher nos papiers au camping.
Je laissse Laurent à l'extérieur, proche d'un square avec bancs accueillants. C'est là qu'il doit m'attendre. J'avoue que je suis enchantée de reprendre à mon rythme soutenu la belle allée le long du lac. Mais je flâne pas.


barques
Lorsque je me pointe vingt minutes plus tard au métro, Laurent est invisible. Comme d'hab je n'ai pas jugé utile de m'embarrasser de mon tél portable. Le croirez-vous, j'ai cherché Laurent pendant plus d'un quart d'heure. Je fulminais. Mais où diable était-il allé ? Pourquoi n'est-il pas resté dans ce minuscule square bien visible ? J'ai fait le tour du petit supermarché (coop, c'est une enseigne très répandue ici) Je ne sais combien de fois le tour de la place,  une mulititude aller-retour entre le square et le guichet métro. La dame toujours aussi patiente m'adresse des sourires compatissants... Elle doit penser que Laurent m'a plaquée... Je sens dans son sourire une grande pitié. Ma crainte plus réaliste, c'est que peut-être Laurent s'est emmêlé les pieds en agitant les bras (on a déjà vécu ça, y'a pas si longtemps) ou pire qu'il a eu un malaise... Faut-il me mettre à pleurer ? Finalement, ça fait maintenant vingt minutes que je piétinne. Je décide de retourner au camion, là-bas j'aurai le secours de mon téléphone portable.  Décision prise, l'action me fait du bien et je repars en petites foulées.  Au moment où je m'engage dans la descente vers le lac, je croise, devinez qui, de son pas tranquille qui remonte du lac.
- Mais qu'est-ce que tu fais là ?
_ Le square était plein de courants d'air. J'ai préféré m'assoir sur ton chemin en guettant les passages pour pas te rater.
- Vraiment et t'as pris bien soin de te planquer alors ?
- Pas du tout, je t'ai vraiment pas vue. Sauf une femme qui m'a laissé un doute, elle était vachement belle, elle te ressemblait ! C'était pas toi.
- Forcément si elle était trop belle, impossible que ce soit moi !
- Pfuit, tu dis n'importe quoi.

 

 

 

 

 

 


stockholm
Bon, on se calme, on est dans le métro en Suède, en route pour Stockholm ! On a perdu assez de temps comme ça, on va le perdre en plus avec des fâcheries.
Quelle ville. Elle est distribuée en une multitude d'îles (14 îles principales comme autant de quartiers, avec chacun son caractère. Médiéval, commerçant, historiques ou administratif et résolument moderne. Quartier ouvrier, étudiant, ou bourgeois avec d'étonnants hôtels particuliers ou carrément bucolique.  Plus de 80 édifices  (musées, palais, châteaux... dont certains dominent les côteaux) Nous y passons de bien beaux moments et le plus extraordinaire dans la cathédrale. Ce qui nous a le plus séduit, c'est qu'on passe si on veut d'une île à l'autre (d'un quartier à l'autre) par des navettes maritimes. C'est chouette. Notre idée c'est de revenir en séjour exclusif (au moins une semaine) à Stockholm... par avion et à l'hôtel en ville. Quand on sera vieux ! avec la carte bleue sénior précise Laurent.


jeudi 23 -08-18 Jönköping - N 57° 46'32.86     E 13°50'31.97

Depuis que nous sommes revenus vers le sud l'ambiance change considérablement. Ici le vélo est redevenu roi des pistes. Les routes et rues y sont parfaitement aménagées et c'est un vrai danger pour le petit camion car ils déboulent de manière un peu sauvage. Quant aux risques piétons, j'ai forcément failli me faire renverser quelquefois par un vélo fou... Ils sont pire que les mouches au bord des forêts. Ils arrivent par nuées. Ils passent de tous les côtés dans les deux sens. Impossible de les affronter, faut se planquer. Je hais les cyclistes urbains. Par contre et ça ne manque pas de nous étonner, les automotilistes sont exemplaires. Dès qu'on se présente au bord de la route, ville ou campagne, on nous cède systématiquement le passage. J'en use et j'en abuse, c'est trop sensationnel.


linkopinh
Remettons nous de nos émotions urbaines. Notre nouvelle étape est en bord de lac.  Les zones rurales sont aux portes de la ville. Mais ce n'est plus le même genre de séjour. La socialisation est partout jusque dans les forêts, qui deviennent fort disciplinées et les champs parfaitement rasés, et les prairies coupées à ras. Et les fermes opulentes et immenses. Nous avons définitivement perdu la trace des rennes. Il n'y a plus les sympathiques panneaux dangers, skieurs ou moto-neiges. L'autoroute est une vraie quatre voies, monotone mais sécurisée. Notre cap est une légère remontée vers l'ouest vers Götebörg que nous envisageons de visiter. Mais à la recherche d'un lieu sûr, nous nous rendons compte que la ville est fort douteuse. Les vols et fractures de portes sont fréquents dans les parkings urbains. C'est la ville migratoire dans tous ses excès. C'est plus négligé, plus douteux, plus cosmopolite aussi. Ainsi, le danger ne vient pas de la nature profonde, aussi sauvage qu'elle soit, mais bien des zones urbaines. Nous décidons de faire l'impasse sur cette grande ville portuaire. Nous ferons de petites étapes en bordure de village, "au p'tit bonheur la chance" ma méthode de recherche favorite. Et nous reviendrons à Götebörg dimanche matin pour prendre le ferry et passer au nord du Danemark. Voire un peu à quoi ressemble ce nouveau pays.
Ainsi nous perdons définitivement de vue ce nord scandinave que j'ai tant aimé... Nostalgie déjà. Ouste on se reprend. La perspective de trois heures en mer a de quoi me réjouir pour dimanche.

 

01/09/18 Danemark retour

bateau

Dimanche matin 26 aout 2018, 9h10. Nous quittons le port de Göteborg Suède (pour info prix de la traversée pour nous deux et le petit camion (7m) 166 € (3h30 de mer). Compagnie Stenaline, un immense ferry de dix étages.  3 étages dédiés aux véhicules, 7 étages pour le confort des passagers... Autrement dit une totale opulence et un accueil extrêment luxueux. On se case dans des fauteuils en terrasse couverte, baies vitrées en poupe... La mer est calme à peine ourlée de petits bandeaux d'écume. Une ligne de nuages en wagonnets blancs se poussent dans un ciel parfaitement bleu. Est-ce l'altitude de notre terrasse, est-ce la mer archi-plate, il me semble que j'aurais juste à lever les bras pour toucher les nuages. Le ciel à portée de main, n'est-ce pas extraordinaire ?
Débarquement facile à Frederikshavn, pas de douane à l'arrivée au Danemark, pas de contrôle d'aucune sorte... Nous prenons la route côtière vers le nord de l'île. A babord, côté terre, ce sont de grandes zones agricoles. A tribord, la mer, de plus en plus agitée vers le nord. Puis d'un coup, la terre disparaît et nous sommes noyés dans un monde de dunes à perte de vue. Désert total, le vent forcit. Température autour de 15° mais ciel clair. A l'affut des images, je guette un avion échoué dans le sable, la silhouette d'un aviateur exaspéré et celle d'un jeune garçon aux cheveux blonds comme les blés, l'écharpe blanche au vent. Ces choses qui n'existent pas me comblent de bonheur.
Nous passerons la journée à la pointe extême nord. Grenen est un endroit fabuleux.  Ici s'enlacent  la mer du nord et la mer Baltique... Leur étreinte est farouche et le vent d'une violence rare. La mer y est tumultueuse. Pas la peine d'envisager un bain de mer. Quel dommage !
A Skagen, village voisin, Laurent a repéré un abri pour la nuit entre les dunes. Nous quittons la route littoral pour nous engager sur une piste sable et herbes... Et des dunes herbeuses qui se déploient devant nous. C'est le bout d'un autre monde.

Lundi 27 aout 2018  SKAGEN N 57°36'09;35    E 10°14'15;72

dunes
Le vent a secoué le petit camion cette nuit, il a rugit fort dans notre habitacle. Il ne m'en fallait pas plus pour ressentir un sympathique roulis qui m'a délicieusement bercée. Quelle belle nuit. Aux aurores, la pluie jouait des castagnettes sur le toit du petit camion et le roulis s'est accentué.
- Laurent qu'est-ce qui te plait le mieux dans cette ambiance ?
- De pas m'inquiéter pour la sécurité du mouillage...
A chacun ses petits bonheurs du jour.
Mardi et mercredi seront consacrés à des visites "culturelles". Le remarquable musée de la marine à Aalborg. Un labyrinthe de salles y exposent foultitude de maquettes, plus fines, plus belles les unes que les autres. Des instruments de navigation inattendus, des appareils de propulsion, des costumes historiques et même de la vaisselle de bord.  Toute une salle dédiée au naufrage du titanique avec l'ambiance dans les glaces... Mais aussi de vrais navires, un poste de pilotage virtuel dont Laurent prend les commandes.  Il ne nous ménera pas à "bon port" mais nous aurons explosé un voilier, une digue et un ferry... avant de nous couler nous-mêmes. C'est rigolo et sympa quand c'est pour du beurre !  A l'extérieur expo de ports miniatures ? de villes maritimes pour traîner en toute tranquillité et le clou du musée, un vrai sous-marin, "le pringenen". Un escalier métallique nous mène à ses entrailles. Je suis suffoquée par l'odeur de graisse chaude, et l'obscurité, d'humidité (dehors il pleut). Merci, ça me suffit ! Laurent s'enfonce dans cet étrange tunnel. Je trouve un coin abrité pour méditer sur tout ça... Tous les quarts d'heure une sonnerie dans le sous-marin sonne pour alerte fictive. J'en laisse passer deux, puis je m'inquiète, ça fait un moment que j'attends. Va falloir que je fasse porter Laurent disparu. Je me coltine l'enfilade de salles (au moins 500 mètres) au pas de course. A l'accueil, personne n'a vu Laurent et je ne veux pas entrer dans le sous-marin  à sa recherche. On tergiverse avec mon anglais douteux c'est plutôt du folklore. Finalement, une dame aimable m'accompagne. Lorsque nous sommes sous le navire, Laurent arrive à babord. Il vient vers nous, d'un pas tranquille et régulier,  vous savez comme le flâneur dans "les tableaux d'une exposition"... Il y a avait aussi par là un navire de guerre à explorer... Fallait pas rater ça. Je le sens encore imprégné de ce qu'il a vu et imaginé de ces vies à bord. Il y a en lui quelque chose de magnifique dans sa sénérité à ce moment-là. J'adore !

chateau

Mercredi soir -skörkping- N 68°48'11.00- E 9°55'00;00
Nous avons pénétré dans la plus vaste forêt danoise, hêtres et conifères immenses, marais et lacs. C'est le parc national Rebild. Cette forêt n'a pas la sauvagerie, ni le chaos des suédoises que j'ai tant aimées. Mais elles sont tout aussi tranquilles et sécurisantes. Encore un étonnant bout de piste où Laurent excelle désormais et nous voilà seuls au monde... Avec au soleil couchant, la lune levée sur le lac. Un petit bout d'éternité nous frôle.  A 22h, un véhicule arrive à vive allure, il se range devant nous. Puis plus rien. Qui est cet olibrius qui perturbe une si belle soirée ? Plus tard encore, nous sommes surpris d'entendre dans cette solitude, le son léger d'une sorte de harpe celtique... Puis vient la vraie nuit. Lorsque nous émergeons d'une nuit tranquille, notre voisin nous adresse de grands signes d'amitié. Laurent va vers lui. Il a envie d'en savoir plus sur cette étrange musique; et nous rencontrons un homme d'une cinquantaine d'années, sec mais zen... qui dégage une odeur indéfinissable... L'homme vient du Pays de Galle et son accent est épouvantable, à cela s'ajoute le nôtre avec toutes nos approximations... alors j'ai peut-être pas tout bien compris. C'est un intégriste à sa manière; Il ne vit que d'amour et d'eau fraiche. Il compte sur la nature et la méditation pour garder la forme, et la musique. C'est un saltimbaque qui vit de sa musique de rue. Il sort l'instrument qui nous a  bercé la veille. Une sorte de grand chaudron en métal léger au couvercle bombé. Faisant cercle tout autour, avec un gros creux au milieu, huit empreintes adaptées à la pulpe du doigt permettent de jouer 8 notes. Notre musicien nous dit que cet instrumen, qu'il appelle "hand pan ? "  se joue sur une gamme japonaise ????  Qu'il nous joue, mais dont nous ne reconnaissons pas le timbre oriental. Il égrenne pour nous de sympathiques arpèges. Une chouette somnambule, les yeux tout pisseux vient se poser là et se laisse bercer. Quelque chose de divin nous frôle.

 

 

ville

Nous ferons un petit tour à Viborg, ville de province typique du  Danemark. On aime bien les rues piétonnes animées mais sans bousculade, des citadins qui flânent. Et de magnifiques édifices, de briques roses ou jaunes, comme toutes les constructions ici.


Jeudi 30 08/18 -
chateauLe long de cette côte ouest, encore une visite culturelle au château 16è de Spottrup. Encore un lieu au mileu des dunes. Puis nous nous arrêterons pour flâner à Ringköping, belle petite ville typique avec un port de pêche qui nous a retenu un grand moment;

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

phare

Nous nous engageons ensuite dans une sorte de langue de terre sableuse, Homlsland klit, qui sépare le fjord de la mer. Nous nous installons dans un camping proche du phare de Norre Lyngvig... Le matin nous partons à travers les dunes pour atteindre la mer du nord à 1 km de là, au pied du phare. Laurent préfère grimper, moins je préfère contourner. Mon sentier me mène à travers des bruyères brunes, vertes, roses ou mauves qui se mêlent, avec quelquefois l'éclair d'une minuscule fleur jaune...  Laurent disparaît quelquefois caché par le dos d'une dune colorée et lumineuse. Je me laisse émouvoir lorsque le haut de son crâne blond réapparaît. Belle partie de cache-cache qui se joue entre lui et moi, à son insu. Sous le phare, la mer du nord roule ses vagues le long d'une plage quasi déserte. Le vent fort de la nuit a dessiné de jolies dentelles dans le sable immaculé. Tout est immense ici. Magifique.






 

09-09-18 Danemark -Allemagne

digues

01/09/18  - TOFTUM - PARK DE L'ECLUSE -
La route qui nous mène à l'île de Romo est une digue sur la mer qui nous enchante. Bordée de prairies,  vaches et vachettes, chevaux, moutons et chèvres... tout ce petit monde se partage librement l'espace. A quelques kilomètres de l'écluse au bout de cette piste, un alignement de voitures nous intrigue. Plus loin un attroupement d'une cinquantaine de personnes, grosse tache noire qui s'étale sur le bas-côté. Accident ?  L'évènement doit être exceptionnel. Il y a si peu de places pour passer. Une femme s'approche, côté conducteur. Explication en anglais  bien entendu.

 

 

- Pourquoi tout ce monde, que se passe-t-il ?
- Nous attendons le "soleil noir".
- Soleil noir, une éclipse ?
- Oui une éclipse de darkbirds.
-Une éclipse de corbeaux... ?
- Oui, lorsque le soleil se couche. Vous pouvez passer lentement et vous garer plus loin.
Fichtre quel évènement en effet !
Nous continuons lentement jusqu'à l'écluse qui contient les assauts maritime. La digue, est un chouette rempart contre la mer. Un foule considérable s'est rassemblée en haut des pentes herbeuses, face au soleil qui descend sous l'hori zon. Les mammifères  broutent, nullement perturbés par ce peuple qui piétinne son herbe. Nous trouvons pour le petit camion, une place très sympathique au bord de l'écluse. L'écoulement de l'eau nous bercera agréablement toute la nuit.
Bien installés, nous partons à l'assaut de la digue et aux infos concernant cette étrange éclipse.
Et là, nous rencontrons un couple vraiment agréable. Il nous montre des extraits de journaux (en Danois, on risque pas de comprendrles images sont belles. Ainsi à ce moment de l'année, les étournaux (sansonnets) se rassemblent ici. Ils organisent leur convoi de navigateurs des airs. Ils passent en troupes très serrées, en rubans dansants qui roulent et se déroulent. De gigantesques arabesques qui ferment le soleil et font sur terre une pénombre totale... une sorte d'éclipse. Il faut donc guetter le moment.
- Oui, mais vous êtes certain que c'est aujourd'hui ?
- Non, bien sûr, il faut venir tous les soirs pour saisir le bon moment.
Donc nous guetterons, ce soir là, et le suivant. Mais nous ne verrons pas le "soleil noir" des "black birds"
Cette étape un peu longue nous a permis de retourner visiter la magnifique ville de Ribes.  C'est une ville qu'il ne faut pas rater. Nos deux visites nous ont  vraiment séduits.

05/09/18  Lac WIETELSEE au bord de la Weyle. N 53°004 31.53  E 8°53'57;65

ville

Nous sommes passés en Allemagne sans vraiment nous en rendre compte. Nous quittons le Danemark salués par les trois pavillons de pays Nordique. Nous entrons en Allemagne accueillis par les pavillons, européens, allemand et français.
Mais les villages changent d'aspect, plus proches des rues pavées et maisons à colombages, familiers au monde alsacien.
Mais ce qui nous choque le plus, c'est les champs d'éoliennes, par centaines. C'est un vrai spectacle. Au milieu des prés, au milieu des champs. Les tracteurs qui labourent au pied de ces monstres ont l'air d'engins miniatures. On les trouve continuellement au  bord des autoroutes ou des nationales. Ces mobiles géants montent une garde presque angoissante tant c'est important. Pour me rassurer, je me dis qu'ainsi l'Allemagne prend très au sérieux la protection de la planète. Lorsque les châteaux forts ont été construits sur les hauteurs, visibles de loin, ont-ils défiguré les paysages en leur temps ? Dans quelques centaines d'années, y aura-t-il des circuits touristiques organisés genre, la route des éoliennes, comme on fait la route du vin ou celle des des châteaux de touraine... On trouverait alors, ces vestiges émouvants et aussi beaux qu'impressionnants.


 

 

 

 

05/09/18  Lac WIETELSEE au bord de la Weyle. N 53°004 31.53  E 8°53'57;65

wiese
Toujours de sympathiques étapes en bord de rivière ou au milieu des prés. Proches toujours d'une ville médiévale dont nous arpentons les pavés avec enthousiasme; C'est un bien beau pays sous nos pas. Laurent est fort adroit pour nous dégoter des lieux toujours accueillants, toujours très tranquilles, et toujours au milieu de nulle part. Je me fie complètement à lui. J'adore.
Nous quitterons notre parc à moutons (une fois habitués à nous, on ne les a plus entendus sauf de loin en loin, un agneau en perdition qui appelait sa mère) pour notre première journée d'été. On range enfin les polaires et la couverture. On sort les sandales et les shorts... Oh que ça fait du bien cet air délicat à 26° en journée.

 

 

 

 

 

 

ville
Après Itzehoe Laurent décide de passer au sud de l'Elbe par la barge locale que nous prendrons dans un village au nom sympa, Gluckstadt.  On a du pot on ne fera la queue qu'une heure. Il y a de chaque côté de la barge une sorte de pont extérieur que je vais explorer; et j'y rencontre un charmant passager allemand qui engage la conversation en français qu'il n'a pas pratiqué depuis l'école, il y a une bonne trentaine d'années. Vous imaginez la profondeur de notre conversation de trente minutes. Il me sourit, quelques mots que je ne comprends pas. Et la conversation démarre. C'est moi qui m'y colle ...
- Je connais l'île d'Elbe, mais la rivière j'avais jamais entendu parler...
J'ai beau retourner cette formulation dans tous les sens, il ne comprend rien. Ce qui nous permet de joyeux fous-rire quand il essaie de reprendre et de comprendre. Finalement il m'explique laborieusement. Je résume de longues minutes d'explication en mots hachurés et pêle-mêle.
- L'Elbe court sur 120 km depuis la Yougoslavie jusqu'à la mer du nord. Elle est navigable... Elle est magnifique...
(Faudra que je vérifie tout ça à mon retour)
Puis je change de propos et je le surprends.
- Comment vous appelez-vous ?
Il ne s'attendait pas à cette question et ne comprend pas tout de suite, forcément, il était pas encore dans ce contexte là... Il était resté sur l'Elbe.
- Je m'appelle Jeanne, et  vous comment vous appelez-vous ?
Il ne comprend toujours pas, pourtant je parle lentement. Dois-je me mettre au langage "Tarzan". Non, son regard se concentre, ses sourcils se froncent. Il cherche ses mots.
- Ah oui, Jeanne,  comme Jeanne d'Arc.
- Oui, et  vous ?
- Je, moi ?
- Oui, vous !
- Oh j'aime bien Jeanne d'Arc.
- Oui, mais comment vous appelez-vous ?
Son visage s'éclaire.
- Ah, Moi, je m'appelle Klaus.
- Oh, comme Santa Klaus, Saint Nicolas, mois aussi j'aime bien
Et là, il me lance un regard parfaitement moqueur.
- Non comme Klaus Sarkosi, vous aimez aussi ?
- Pfuit !
On rigole de bon coeur et on se quitte car nous débarquons. Certaines rencontres comme ça, éphèmère et parfaite me mette en joie.

06/09/18  Guxhagen N 51° 12'09.72 E 9°28'47.82

ville
Encore de  belles bourgades médiévales dont on ne se lasse pas. Et qui nous permettent de nous défouler un peu les jambes.  Nous nous arrêterons longuement à Nienboug. Puis nous longeons la Fulda. Encore une rivière agréable et verdoyante malgré les éoliennes qui dessinent leurs hautes silouhettes au delà des prés. Elles sont plus discrètes en petits paquets ou carrément isolées. Moins envahissantes dirons-nous. Mais incontournables.
A Weyle, belle étape et nuit parfaite proche d'une marina de la rivière Weser, haut lieu de pêche. Nous sommes estomaqués qu'au moment où le petit camion se sent parfaitement garé, un homme nous fasse signe de nous déplacer. Il nous guide juste devant, face à la rivière, vue imprenable mais un peu envahie de mauvaise herbe.
- Attendez !
Il revient avec une serpette et nous dégage un bel espace de camping tout propre puis retourne à sa pêche. Encore une belle rencontre.
Nouvelle étape à Guxhagen, au bord de la Fulda.
Nous trouverons un bel espace herbeux en bord de rivière toujours. Un grand mesti s'y prépare. Nous nous échapperons avant les folies festives. Pour ce soir, de l'autre côté de la Fulda, le clocher chante régulièrement. J'aime tellement cette ambiance. Un peu de pluie et un p'tit orage pour combler ce bonheur du jour.


 

 

 

 

 

 

 

 

08/09/18   N 49°14'18.65  E 8° 41'07.09 6  MALSCH

avions
Nous dépasserons Eidelberg. J'avais souhaité m'y arrêter un moment. Mais l'entrée en ville à travers des rues en travaux permanents, fort encombrées et mal accessibles nous ont découragés. Avec aussi l'impression que cette ville est surtout industrielle et commerciale... Mais ce n'est qu'un avis de passage, nous n'avons pas approfondi. Tant pis. Nous prenons la direction de la Forêt Noire. Notre première étape un peu inattendue est un régal. Au milieu d'un aéroclub. Les responsables nous autorisent à nous caler au bord de la piste. Demain, l'activité ne commence qu'à 11h le matin. Nous pourrons nous offrir le luxe d'une grasse mat. C'est une autre ambiance dès 10h, on sort les aéroplanes, le gros camion qui  va les tracter sur 1km se met en bout de piste. Les voitures tirent les engins en file prêts à décoller.. en fond d'écran le clocher de l'église et les premières maisons du village, une sympathique bute plantée de vignes. C'est à la fois bucolique et d'une ambiance un peu fiévreuse.

Dans l'après midi nous reprendrons la route pour une autre étape en Forêt Noire. La plaine devient brune. Les maïs courbent leurs épis bruns avec lassitude comme des petits vieux sur leurs pieds grêles. Les tournesols terrassés par l'été baissent la tête humblement, lourds de leurs graines sombres. Le soleil les fatigue. C'est ici le temps des regains et les prés aussi s'étalent en lignes sombres d'herbe sèche. Seuls les vignobles nous renvoient leur lumière métallique de raisins murs. Et les forêts sombres qui nous appellent. La ligne bleue des Vosges se perd à tribord... Nous voici à Freiburg en Brishgau. Encore une bien belle ville.

De pause en pause, nous nous rapprochons du sud de la France. Mais de bons moments nous sont encore promis. Je vous ferai grâce de cette fin de périple plus ordinaire qui nous arrêtera dans quelques jours dans le Jura, puis plus au sud. Prendrons-nous Grenoble puis  la route Napoléon que nous aimons  bien tous les deux ?
Je pense que début octobre nous serons opérationnels à Velaux. Je vous enverrai un mot depuis chez nous dès que nous serons posés.

Ce fut un extraordinaire voyage.

jalau
Chantent toujours dans ma têtes, les clameurs des rennes.

 

Dansent toujours devant mes yeux les immense forêts de laponie suédoise...

et les forêts enchantées de Poudlard.
 

Et je continue de rêver.


 

ESPAGNE- CC - Catalogne et Aragon-2020

Por el camino....

PANO TITRE

Espagne 1- depart CC par Cap Creus

pano port vendre

Jeudi 17/10/19
Quelques reports de dates dus à l'organisation de la vente de l'appart Barri-Velaux, mais voilà, nous y sommes. La vente de l’appart attendra.... Le petit camion est prêt à démarrer, toutes les issues de la maison sont bloquées et protégées… pas de klaxon intempestif. Le pilote est au volant. J’ai encore les clés de la maison dans la main. Départ immédiat.
- T'as bien fermé partout Laurent, je peux ranger les clés ?
- Oui, je crois.
- Tu crois ou t'es sûr ?
Laurent se gratte le front de la main gauche, la droite sur la clé de contact. Il réfléchit. Patientons. Je vois passer dans ses yeux les innombrables issues de notre minuscule maison. Il ouvre sa portière, se tourne vers moi avec un sourire confondant.
- Chère passagère, un retard imprévu de quelques minutes est annoncé sur votre ligne de départ...
- Oh non, j’y crois pas !
- T’inquiète pas. Je crois que j'ai oublié la grille arrière du hangar… Juste le temps de vérifier.
Je lui tends les clés de la maison avec un soupir.
- Vaut mieux t'en assurer, y'a tout le matos jardinage et bricolage. Et puis, imagine qu’on te vole l'établi de grand papa… ou les incroyables boites rouillées ou se morfondent tes milliers de vis, boulons et autres écrous...
Il me laisse pas le temps de déblatérer davantage. Il est déjà dans le jardin.
Je réfléchis à ce que je peux avoir oublié moi aussi, puisque j'ai quelques secondes de répit…

Des coups sourds, lents mais puissants, me tirent de mes réflexions.depart
- Mais qu'est-ce qu'il fait ?
Je me précipite à l'arrière du hangar. Vous savez, là où il a installé son abri à bois tout en verre et dont nous sommes si fiers… Il semble d'ailleurs que nous soyons les seuls à trouver cette installation esthétique…  Laurent a monté une jolie pile de buches le long du mur, contre lequel doit passer la grille pour se fermer… Mais le mur n'est pas aussi rectiligne que nous le voyons, et la grille bute dans l'un et l'autre des bois qui dépasse et Laurent à grands coups de buche enfonce les obstacles… C'est sans fin, y'a toujours un bout de bois qui « proémine »…
Comme d’hab, nous sommes presque partis.

1ère nuitée : N 43.72458 E.4.42057 Oliveraie JeanJean à Saint Gilles.
Accueil sympathique au coeur de la Camargue. Par la N113 on longe des km de marais pas un seul oiseau à l'horizon, ni dans la boue. Nous entrons dans l'Oliveraie qui sera notre aire pour la nuit. L'impressionnant  portail digne d'un château, ferme à 18h pour rouvrir à 9h le lendemain. Nous voici consignés à résidence. Une promenade tardive à travers les oliviers dans l'immenses propriété nous donne un singulier sentiment de liberté. Une nuit peuplée de sons étranges, piétinements autour du petite camion, ronflements, grondements. Un sanglier prisonnier des oliviers, passera la nuit dans notre voisinage.
Au matin, nous ferons provisions d'une huile bio exceptionnelle en saveur. (23€ le litre, info pour Danièle T)

Vendredi 18/10/19 L'Ille sur Têt.
Pause improvisée dans le jardin sauvage et magnifique de notre amie Marie Hélène. Je m'émerveillerai toujours de ces retrouvailles que les hasard de la route nous offrent. Des années que nous n'avions quasi pas communiqué toutes les deux. Mais le contact se rétablit instantanément au premier regard. Telles sont nos amitiés. Le temps n'a pas de prise sur nous… La soirée avec les enfants et petits enfants nous plongent dans un univers familial que nous adorons. Merci Marie-Hélène.

Samedi 19/10/19 Port Vendre.
Faut que j'vous dise. Je tenais beaucoup à cette pause. Port vendre, qui fut quelquefois notre abri rassurant et merveilleux lors de nos traversées Baléares avec Abaca. Je retrouve cette belle petite ville estivale fidèle à mon souvenir. Les quais sont quasi déserts et les boutiques vides de clients. Rien à voir avec la folie touristique du plein été. Un yacht en panne se fait remorquer le long des quais mais le vent par bourrasques irrégulières le rabat sur un bateau de pêche amarré. Empêtrement de coques et de cordages, agitation sur le yacht du pilote seul à bord qui ne sait où donner du cordage. Cris dans le remorqueur SNCM. Défenses qui valdinguent sur le pont, y'a pas moyen que le vent les laisse se coincer entre les bords des deux navires amarrés.
- Finalement, c'est plus relaxe à terre tu crois pas ?
- Si sûrement, mais c'est plus monotone…
- Peut-être que ça ne nous plaît pas tant que ça, l'aventure en mer.
C'est donc décidé officiellement, nous tirons un trait -définitif- sur l'idée de navigation autonome.

port vendreLe museau au ras du bitume, le petit camion a trouvé où se poser, juste au dessus du port; une aire de camping formidable, quasi déserte avec de beaux emplacements au départ du sentier qui mène au cap Béart.  Petite rando qui nous enchantera. Ce cap a été pour nous un passage redoutable avant celui du cap Creus du temps de notre virée vers l'Atlantique avec Lune de Miel.
Pique nique à l'abri des rochers, sous l'oeil fort intéressé des oiseaux côtiers.
Depuis quelques minutes Laurent s'agite, gesticule, émet des sons étranges, la bouche en cul  de poule (si j'ose dire)

- Tu vois, je communique avec les goelands maintenant ?
- Vraiment ?
- Regarde, j'ouvre les bras, celui-là devant, il va ouvrir les ailes.
Laurent toujours assis, le sandwiche dans sa main, le tend joyeusement vers le ciel en couinant…  ce qui devrait être un appel à un ami ailé.
- Et ça marche, mieux que prévu... vraiment je me marre !
Trois oiseaux fondent sur sa main. Il a le réflexe de balancer aussi sec quelques miettes loin devant lui. Ce qui déroute les prédateurs de sandwiches. Ouf !
Je me dis que Laurent semble avoir un compte à régler avec les oiseaux de mer. Pas vous ?

Un gros nuage noir fonce dans le ciel, le vent forcit en passant à l'ouest. Une pluie fine brouille le paysage. Le temps de nous dépêtrer de nos légers ponchos de poche, et hop, descente vertigineuse sur les pointes de nos grolles. et moi je rigole toujours, mais pas autant que la pluie torrentielle sur notre sentier.

phare beart

port venfdre

Du 21 au 24 octobre 2019-Banuyls
Tempête générale annoncée et particulièrement redoutable dans notre secteur. Nous décidons de nous installer au camping municipal de Banuyls (16,00 € la nuit TTC) particulièrement protégé. Nous choisissons une terrasse en hauteur, histoire de voir passer les torrents de pluie sans être inondés. Trois jours de lecture et farniente, musique et mots croisés. Le filet d'eau que Laurent s'est amusé à creuser à l'arrière du petit camion se tranforme rapidement en torrent… mais devant la porte, on a les pieds au sec quand on pointe le nez sous l'averse. La nuit ça tembourine sur le toit. Une dégringolade de grêle fond sur notre petite habitation. Des sons plus sourds que sur la coque alu de Lune de Miel, mais comparables cependant. D'autant plus que par moment des rafales de vent nous balancent par le travers. J'adore. Ça te rappelle quelque chose Dorine ?

Vendredi 25/10/19
Nous souhaitons faire une pause à Cadaques. L'idée de retrouver des souvenirs de mouillage heureux, encore du temps d'Abaca. En particuliers avec notre ami Roger. Lorsqu'on arrive par la mer, on n'imagine pas que la terre est à ce point fermée. Pas un seul espace pour y ranger le petit camion. Ne venez surtout pas vous perdre dans des sens interdits et des interdicitons de stationnements pour CC qui nous contrarient grandement. Mais l'enthousiame revient à bord lorsque nous traversons le parc natuel magnifique de Cap Cerbères. Des pins maritimes, des chênes verts, toute végétation qui nous est familière. Ici elle est opulente et d'un vert profond qui me fascine. Nous sommes entourés de hauts sommets qui  plongent vers la mer. C'est vertigineux. Qelle route sympathique.
Nous ferons une pause à Figueres avec l'idée de visiter le musée Dali. Mais la foule qui se presse à l'entrée nous décourage et puis la ville nous déçoit. Hors le centre touristique du musée, petite placette accueillante et chicos, nous passons un tas de rues transversales plutôt miteuses, qui ne donnent absolument pas envie de s'attarder. Et puis la peinture, c'est pas notre Dada comme pourrait penser l'illustre Salvador.

peraladaNous voici de plein pied en Catalogne espagnole. Les revendications autonomistes fleurissent sur le moindre mur. Pas de doute, ici on s'active et on affiche ses tendances politiques, mais en douceur. Partout les catalans vaquent tranquillement à leurs occupations, boutiquiers, paysans, artisans. Pas d'agitation dans les rues, pas de blocages dans les carrefours, ni sur nos petites départementales. Nous traversons des villages paisibles et magnifiques. Les banderolles et affiches aux couleurs du pays catalan donnent à la moindre campagne un air festif très réussi. La Catalogne a dressé son grand pavois.

 

Mon seul problème c'est pour communiquer. Des mots en xr, xt, xn... et des i-grecs à tire larigot. Je n'y retrouve pas mon latin. En plus Je m'exprime fort maladroitement en espagnol. Je sens bien que mes interlocuteurs font un effort pour me comprendre, et répètent après moi des expressions approximatives de ce que je voulais dire... On finit toujours par se comprendre.

La ville de Peradala nous offrira de chouettes déambulations dans un monde médiéval presque authentique.
Mais c'est à Besalu que nous décidons de nous installer pour du tourisme plus profond. Le village est vraiment chouette et nous aimons nous perdre dans ces ruelles aux murs de roches sombres. La manière de réhabiliter ces vieux murs peut paraître discutable…. Mais nous, on aime bien.

Samedi 26 /dimanche 27 novembre.
La vallée du Ter, nous retiendra pour cette fin de semaine. Encore un bel abri, plein soleil, au pied du pond médiéval… Mais là faut que j'vous laisse, Laurent vient de sortir les vélos du coffre et piétine avec impatience.


chaisespont

 

 

 

 

 

 



 

Espagne 2-Catalogne- Besalu CC

pont pano besaluUn beau périple en tirant des bords un coup tribord, un coup babord le long de la Fluvia...

 

BESALUBESALUBESALUbesalu

Et la belle pause que voilà. Le petit camion est posé dans un espace dédié sympathique pour quelques embarcations à roues, quasi désert... Le paradis avec les envolées de cloches tous les quarts d'heure; Magnifique. Besalu est une petite ville en bascule entre modernité et monde médiéval. Comme beaucoup de cités que nous avons traversées jusqu'à maintenant. Visite en quelques images.

besalu

 

 

basalu

 

 

 

 

besalu

 

Espagne 3- Catalogne- San Joan les Abassedes

velo

Dimanche 27 octobre 2019 - SAN JOAN LES ABASSEDES

Nous avons encore tiré des bords considérables d'une rive à l'autre du "Ter", magnifique rivière qui nous amène jusqu'à cette sympathique ville ancienne avec un pont qui date du Vème sicèle, souvent modifié, démoli, retapé mais toujours avec son allure médiévale... Nous sommes installés juste au dessus à deux pas du pont piétons, tout en pierres qui enjambe le Ter. La vue de nuit est magnifique.

La piste verte qui est à quelques pas de notre campement longe le Ter. Une virée vélo s'impose en cette belle journée dominicale. Nous partageons la piste avec les piétons. Il est à peine 11 heures et les familles déambulent dans tous les sens, par groupes bien étalés et peu enclins à nous céder le passage. J'ai jamais autant utilisé une sonnette d'alarme. Quelquefois nous croisons une autre piste. Les panneaux nous recommandent de ralentir avec prudence. Pas de problèmes, je négocie tout ça en chantonnant. la vie est belle en Espagne.

le TerLaurent caracole joyeusement largement en avant. Je le vois qui slalome entre deux barrières en chicane au prochain croisement de pistes. Peut-être que je devrais poser pieds par terre... non ? Y'a du monde qui me regarde et je vais avoir l'air de quoi à me pavaner sur ma selle et passer le croisement en poussant le guidon comme une petite vieille qui a peur des feux en ville. C'est dit, je me lance fièrement avec un "holà", joyeux à un couple qui me croise en souriant. J'ai repéré la barrière de droite, je m'applique donc à l'éviter. Et puis je sais pas trop ce qui se passe, une ornière traitresse, la barrière de gauche trop proche, la trouille que j'ai de rater mon passage... Un peu de flou dans ma visée... Enfin un peu tout ça je suppose. Je me retrovue avec la roue avant qui ripe sur le panneau en bois.  Je me rétablis un peu au hasard des caillasses qui encombrent le bas-côté. Mais qu'est ce que je fous là. La pédale est coincée entre un poteau et ma jambe droite... Crotte, zut, flute... ! Ça me fait geindre si je bouge le vélo.... Donc je n'arrête pas de geindre, mais je m'extirpe de ce piège... (ouf personne en vue pour se foutre de moi, c'est un miracle)

Je redresse la bonne femme et le vélo, et je me relance à coups de pédaliers hasardeux... en grimaçant pour pas couiner trop fort. Je suis de nouveau en selle lorsque je croise les premiers piétons, et que j'arrive à Laurent appuyé contre un pont de bois. Il doit guetter une éventuelle truite au fond de l'eau. Il se retourne vers moi très confiant. Parfaitement ignorant des affres que je viens de traverser. Faut dire que j'affiche maintenant un grand sourire un peu raide, Laurent semble s'en rendre compte.
- Ça va ?
- Au top, sauf que je me suis payée la barrière tout à l'heure. (avec juste ce qu'il faut de négligence dans le ton...)
Il garde l'air sérieux mais je l'entends rire dans sa tête.
- On peut faire demi-tour si tu t'es blessée.
- Non, on y va ?
Mon héroïsme m'épate. Au moment de repartir Laurent me lance négligemment
- T'as vu, y'avait un panneau stop à la barrière et un avertissement disant qu'on doit passer à pied. C'est pour ça, les chicanes elles se rejoignent au milieu, c'est pas évident de passer en roulant.
-... ?
Ce qui est fort génial, c'est qu'au retour après notre pique-nique vers 14h30, tous les hispaniques sont à table conformément à leur mode de vie. A mon avis, ils n'ont pas encore négocié l'apéro. Et nous, on a  la voie verte pour nous tout seuls pendant 12 kilomètres. Un rêve ! Faut que je précise pour ceux qui savent pas, mais nos vélos sont "assistés" je négocie les pentes et les côtes sans l'ombre d'un essoufflement. Ça c'est bonnard ! Et ça explique aussi, que je rechigne pas à ce cyclisme nouvelle formule.

Après une excellente douche à bord du petit camion, quelques soins simplissimes. Cachons ma cheville qui est franchement pas belle. Bien égratignée avec un vilain bleu qui s'y étale voluptueusement. Ça lui passera. Oublions ces broutilles pour le moment. En route pour la visite de la ville.

san joansan joan

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                                                                                            Et SEU D'URGELL    seu d'urg

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                               

 

Espagne 4 - Comme une vache espagnole

pano vache

 Nous avions prévu un périple entre Andalousie, Grenade... voire le Portugal. Nous étions si peu fixés... Alors on a laissé le petit camion suivre son chemin... qui nous a mené jusqu'en Aragon.

C'est dans le Val d'Aran, que la vraie rencontre a eu lieu. De jolis prés dominés par les sommets enneigés et bordés de falaises abruptes où court la Garonne, torrent impétueux vachesaussi jeune que limpide et cristallin; Et gardiennes tranquilles de ce monde enchanteur des vaches....

Mais quelles vaches. Une silouhette aérienne sur des pattes longues, fines et robustes. Une robe brune à reflets gris. Brillance délicate de l'argent. Un museau tout en finesse ourlé de blanc et de grands yeux sombres légèrement obliques; Quelle classe !

J'entends dans ma tête, une Noiraude, qui sommeille toujours en moi; mais qui fulmine pour le moment.
- Non mais, vous les avez bien regardées vos vaches. Aucune personnalité dans le fessier, aucun rebondi sur le ventre, et des mamelles affligeantes...
- Jalouse va !
- Elles sont mêmes pas laitières vos top-modèles... Trop nulles...
- Tais-toi donc, admire, ces mèches duveteuses qui retombent sur leurs petites oreilles roses... On s'y frotterait. Comme ça doit être doux et chaud, et accueillant...
- pfuiit ...!
C'est ainsi que, ensorcelés par l'élégance d'une vache, nous avons fait route vers le nord de l'Espagne et que nous y sommes restés.

 

                            macaron vache

 

Hé ou i ! ...

 

 

Espagne 5 - Aragon Huesca-Ainsa

pano huesca

NOVEMBRE 2019 -

Quand on parle de l'Espagne et du tourisme que nous envisageons de pratiquer, nous évoquons toujours les villes du Sud, ou les charmes de Séville, ou les monuments et musées de madrid, ou Barcelone... C'est en quelque sorte incontournable. Nous n'avons pas visité tout cela, Laurent et moi...  juste un peu, il y a longtemps. Chaque lieu en son temps.

Notre petit camion nous inspire d'autres routes. Vous savez les chemins de traverse, par ces routes mineures qui débouchent sur nulle part... Justement là, où notre petite camion aime reposer ses pneus. C'est ainsi que par courtes étapes (-60-80 km) nous cheminons émerveillés et presque seuls au monde dans ce beau pays d'Aragon... Ici enfin on parle espagnol. Mon langage reste hasardeux mais je m'amuse follement à engager la conversation avec n'importe qui, dont je croise le regard... Je comprends vraiment bien le langage usuel et c'est déjà un exercice formidable. Des fois, mon interlocuteur a le même regard que Maria, complètement déconcerté, quand je me lance dans une phrase biscornue qui n'a de sens que pour moi.... Oh là, là, je pense souvent à toi Maria... "Venga ya !"

aragon 1On quitte la Catalogne à travers d'immenses plateaux, zone agricole à 300 mètres d'altitude. Puis les zones se transforment en plantations fruitières. Peu d'oliviers cependant. D'un coup le paysage se transforme, la terre devient nue, peuplée des sentinelles sculptées dans la pierre. C'est un monde minéral. Nous pique-niquons au pied de l'immense citadelle de Monzon. Au lointain d'autres ruines endormies et secrètes. Nous nous y attarderons pour respirer cette ambiance surnatuelle et nous en repaître.

 

                                                                                     MONZONfort 2fort 1

 

                                                                                         ET

 

                                                                             MONTE-ARAGON

 

 

 

 


roche 3roche 2roche 1

 

Le petit camion ne faiblira pas en serpentant à travers le haut pays d'Aragon.

Magnifique parc national d'Ordessa. Le pilote nous offrira de belles pauses, grandioses panoramas de forêts, de plateaux avec en toile de fond les sommets enneigés du Mont Perdu ( +de 3000 m). Allons y en quelques images...

ordesssa 1ordessa 2ordessa 3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais on ne peut pas visiter l'Aragon sans faire pause rustique à Huesca.... où se frôlent ruines et habitat... et sa belle cathédrale.

 

huesca v                                     huesca cath                  ainsa     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nainsaous voici à Ainsa, capitale du Haut Aragon... si belle, si rustique et si élégante.ainsa

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Au sortit d'Ainsa nous débouchons dans des forêts rouges et or, scintillantes d'humidité. Puis un éblouissement de falaises sous le soleil. Nous montons à quelques 1400 m mètres d'altitude, une petite route où on croise peu de monde mais surtout des lacets qui s'emberlificotent. On monte et puis on redescend, et puis on remonte. Col des Fadas, Col de l'Espina... etc Dans le lointain des villages perdus avec leur clocher carré, ou des gorges abruptes aux fonds vertigineux... La neige n'est pas loin. Nous mettrons 4h sur cette route pour faire 60 km. Ainsi va notre petit camion, piloté par un Laurent exceptionnel.

 

Nous retrouverons la Garonne, à LES, juste avant la frontière. LES

 

 

Cap sur Velaux,

La Loire a grandi

 

ITALIE - VELAUX VENISE- VELAUX-2012

Verone

Une ville complètement mythique qu'il serait dommage de louper. D'abord à  cause de ses monuments prestigieux, dont l'immense théâtre romain qui pouvait accueillir 300 000 personnes, de magnifiques portes ou églises gothiques, des ponts exceptionnels et une animation de province fort prisée des tourismes. Car bien entendu, vous ne pouvez pas rater la maison de Juliette, et son vrai balcon de princesse... Nous assumons joyeusement nos costumes de touristes un peu benêts...

Deux belles photos pour la route, car nous avons fait cette pause entre Venise et Velaux avant de reprendre l'autoroute vers le sud de la France.

balconverone

 

 

 

 

 

Venezia

L'exotisme enthousiaste, c'est de débarquer à Venise en autocar,

et de se laisser porter par les berges, par les venelles, par les ponts. Se laisser submerger non pas par l'eau omniprésente, mais par les sons, appels des gondoliers, cris des bateliers, ronronnements des canots, piétinement de la foule ou abandon solitaire. Tout est possible à Venise.

En quelques images... choix difficile mais un diaporama est en gestation....

canal 1  gond nuit
chanteur gond 2

 Bain de foule,                                     ou isolement           

rialto

ruelle

 eau

Marée haute, le grand canal s'étale sur la place st Marc

           Bain de pieds inespéré, nos chevilles désenflent.

 grd canal imm

 

  flèchescanux 450 2  
    On frise les sommets    et puis marée basse, nous étions amphibiens, nous revoilà terriens.

 

Pisani

chateauCette impressionnante construction au bord de la Benta (entre Stra et Dolo) était destinée à l'accueil des hautes instances de Venise et on y festoyait joyeusement entre majestés et autres sous-monarchies.

Pourtant familiarisés avec les richesses des châteaux de la Loire, Laurent et moi nous avons été subjugués, émerveillés, inlassables de découvertes entre les 3 étages de chambres, salons et salles qui peuplent cet univers.

Nous y sommes quasiment tout seuls. On peut prendre le temps de rencontrer les hommes de ce temps là... 

 

Des fiches signalétiques multi-langues, permettent de mieux cerner les lieux, les évènements et les choses, magnifiquement agencés pour créer l'illusion.peint

Je ne suis pas encore remise de la bibliothèque. Je regrette encore de n'avoir pas pu essayer le sympathique lit de Napoléon... Hé oui, notre Napoléon avait acheté en 1807 cette imposante villa pour son fils Eugène alors Vice-Roi d'Italie. Je ne maîtrise pas les accointances historiques mais il y a laissé pas mal de traces.

Quelques heures de flâneries entre jardins buissonnants taillés à la française, orangerie aux arbres gigantesques et fort appétissants, roseraie en arcades dont la voûte nous offre d'agréables replis.

Fourbus, lessivés, la tête dans les limbes royales, nous voilà tout esbaudis dehors en plein cagnard, sur le coup de midi. Mais nous ne résistons pas au labyrinthe de l'amour. Quand on sait que le labyrinthe est l'art de rechercher la vérité, faut qu'on s'y colle.

Les allées de buis parfaitement symétriques nous rendent fous. On se sépare, on se croise, on se perd, on se retrouve .... une demie-heure de tournicotages et on se retrouve à l'entrée du labyrinthe. Nous décidons de travailler ensemble et avec méthode. Quand on teste une impasse on trace avec un bâton  une croix sur la terre molle. Quant on prend une direction qui va quelque part on la numérote, ainsi on sait où on est déjà passé et on élimine au fur et à mesure. 

labyrJ'ai vraiment pensé à Dorine, Guillaume et Shana et au bonheur que ça aurait pu être de faire cette quête avec eux... Sur la plate-forme de la tour on se délecte de dominer les pauvres heres qui tournent en rond à nos pieds. On s'offre le luxe de leur souffler des conseils. 

C'est fou comme on est fort Laurent et moi... Un bon vieux prince et sa favorite... !

 

 

 

Padova

J'ai passé mon enfance dans un extraordinaire village des Vosges profonds, Padoux. J'ai fréquenté Saint Antoine pendant toute ma jeunesse. Son immense silhouette qui portait l'enfant Jésus vigoureux me tendait les bras à l'entrée de l'église. Une immense statue souriante et débonnaire. Je l'aimais vraiment bien. Je n'ai jamais pensé autrement que Saint Antoine de Padoux.

basiliqueEt voilà qu'à Padova, je le croise en la basilique qui lui est dédiée. À tous les coins de rue, ce visage si familier, Ce franc sourire vulgarisé dans moult vitrines et murailles. Pas de doutes c'est bien lui. Ça alors !

Et j'en apprends de belles sur mon saint à Padoue. Entre traditions et légendes, on raconte dans les murs de la basilique qu'outre ses démêlés et défis avec le démon sous de multiples formes, plus perfides les unes que les autres, outre ses rencontres inspirées avec Dieu, Jésus, Marie et toute la sainte batterie, il aurait, d'une parole, d'un regard, d'un toucher, ressoudé un membre sectionné à la hache ; harangué la mer et les poissons auraient giclé par milliers subjugués par son discours ; démontré aux funérailles d'un financier cupide que le coeur du mort était resté dans son coffre-fort ; persuadé une mule de se prosterner respectueusement devant la sainte ostie... et tant d'autres mais surtout ma favorite :

neo natal"un nouveau-né soudain doué de parole, persuade le papa suspicieux et toute l'assemblée, que sa maman est une épouse fidèle qui n'a jamais commis l'adultère. Qu'il est bien leur fils à tous les deux.

Bras tendus vers son père : 'papa, viens donc embrasser ton fils !'

Saint Antoine de l'ordre des Franciscains, donc moine chaste et misérable, vit aujourd'hui dans le luxe et la volupté. Imaginez que les saintes reliques abritent dans des feuilles d'or serties de pierres précieuses la langue du saint formolée ou sous vide (?)  depuis des lustres ainsi que sa machoire.

Son tombeau est une pierre de marbre plutôt sobre, les fidèles y défilent et s'y recueillent. On trouve un peu partout des sortes de post-it préimprimés, il suffit d'y formuler sa prière écrite au saint... On caresse la pierre tombale avec ce papier d'orémus, on l'embrasse dévotement et on le dépose dans une urne sacrée... Je suis restée longuement à l'affut de ce défilé de toutes personnes, hommes, femmes, isolés ou en couples, amoureux ou distants, adolescents, adultes ou vieillards.... J'ai été fort sensible à la force vive et sereine de cette dévotion. J'ai aussi été quelque peu perturbée.

canal

J'encaisse mal les infidélités du Saint Antoine de Padoux de ma jeunesse.

Les canaux de Padova du coup me paraissent bien ordinaires et Venise me manque déjà.

 

 

 

 

 

Murano - Lido

Le vaporetto est le bus fluvial ou  taxi collectif de Venise, si vous préférez. Faut quand même qu'on essaie ça. On prend un forfait 24h pour tout essayer... Et on rigole bien. On fait des grands tours, on descend n'importe où, quand on trouve que ça devient trop encombré. Bon pour les îles n'on a guère le choix, les vaporettos sont bondés à tous moments. canal

Tant pis, cap sur Murano. C'est gentil comme endroit, c'est le fief des couleurs de verres. Mais les verreries, c'est pas notre truc

On s'échappe vite fait hors des pavés battus.

 

 

Admirons les murs peints au passage.

 

 

 

 

 

 

 

 

gpndolier

 

 

 

Un gondolier acrobatique et inattendu !

 

 

 

Et des ponts secrets et de traviole.

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  Une courte pause au Lido,

Juste le temps de découvrir une sympathique bourgade, très urbanisée avec des jolies rues bordées de villas pimpantes et très bourgeoises. On est tout surpris d'y croiser des voitures, des autobus, des taxis, une ribambelle de motos et scooters. Mais c'est peu fréquenté. Circulation fluide, sans agitation, ni odeurs de ville puante. Un bien sympathique endroit. Tiens, si j'était vieille, c'est là que je viendrais m'abriter de la jeunesse.

C'est là qu'avec nostalgie nous avons débarqué sous une phare, et que nous avons découvert la plage idéale. J'ai adoré cet endroit paisible.

phareplage

 

 

 

Citadella

Aujourd'hui, pas d'option autocar. Nous avons appris que les parkings extérieurs à la ville sont gratuits, du coup on va en profiter. Un p'tit tour vers Citadella et ses étonnant remparts. Du haut de ce chemin de ronde, (14 mètres de hauteur-les tours de guet atteignent 30 mètres) la ville a l'air d'une maquette. Cette ceinture fait un tour de 1461 mètres. L'épaissseur des murs est en moyenne de 2,10 mètres.

Un bien bel endroit à la fois citadin et champêtre, dont on fait le tour en quelques enjambées. Juste pour contempler.

murs

ville

Et puis retour vers Venise pour arriver à la nuitée, en quelques images.On gare la voiture à la sortie de Dolo, proximité de l'arrêt de bus pour Venise.

vapo

Nettement

plus calme le quai d'embarquement

des navettes fluviales

canal soir
doges soir

le soir sur les marches du palais, le voilà le vrai romantisme vénitien.

 

En attendant que tombe la nuit sur le grand canal

 grd can nuit

Retour sur le coup de 23h, notre ultime périple en autocar se fera dans d'excellentes conditions. On connaît la route comme le fond de notre poche. Au départ y'a un français angoissé qui arrête pas de demander si Dolo c'est loin, combien de temps il faut, quel arrêt. De braves gens se relaient, langages des signes car nous sommes entourés d'Italiens "monoglotte" pour lui expliquer qu'il descend dans 3/4 d'h au premier arrêt. Il est accompagné d'une belle petite femme silencieuse en escarpins très fins, très hauts, et très dorés. Ils font peines les pauvres, si démunis, si paumés.

3/4 d'heure de brinquebalage en bus, banlieue de venise. On ne voit pas se profiler Dolo, nous sommes un peu surpris. Nous avons quelques repères mais là, on est en pleine campagne, il fait noir, noir, noir et le flux des voitures ne nous indique pas grand'chose de ce coin. La ligne est un peu différente, car nous allons à Dolo par Stra, et on se dit qu'on risque de rater notre village. L'anxieux de service se rapproche du conducteur, qui lui confirme que l'entrée de Dolo c'est le prochain arrêt. Quel soupir d'aise il exhale. On est content pour lui.
Pour nous aussi, notre parking est à la sortie, arrêt suivant.

Nous descendons du bus plustôt confiants, même si les rares maisons au bord de la route ne nous inspirent rien de connu. On est en plein champ. Nous sommes tous les deux persuadés que nous avons dépassé Dolo par un autre circuit et que nous sommes à Stra. Faisons demi-tour, tope-là d'accord, on verrra bien.

Il est pas loin de minuit, j'ai froid, j'ai sommeil, et notre lit à la Casa de Colori est divin et bien lointain... J'accélère le pas et je distance largement Laurent. Qui me rappelle à l'ordre et que j'envoie bouler.
- Pourquoi, t'as peur tout seul dans le noir ?
- Non mais j'ai qu'une lampe de poche, reste dans la lumière. Ça roule vite et le bas-côté est dangereux.
Bof, je piétine de l'herbe, et les bolides n'iront pas se fourvoyer si près de la route. Mais Laurent n'est pas content du tout. Et bien entendu pas question que ce soit lui qui accélère. Il est vexé de devoir marcher, il s'est mis en mode diesel. Fait chier, je fonce.

Une voiture sort d'un parking. Le chauffeur hésite à comprendre que j'ai besoin d'infos. Encore un "monoglotte", mais il comprend Dolo, me montre la direction où l'on va, et sur sa main montre 2 km.... Ça alors, mais on n'a même pas vu qu'on passait Dolo, ni l'église, ni la gare... C'est pas possible que ce soit encore si loin. Ce bus a vraiment pris le chemin des écoliers.
- tu sais Laurent ce qui est bien, c'est qu'on va arriver direct à la voiture à la sortie de la ville.

On reprend notre avancée. ce coup-là, j'attends Laurent et on commence à trouver ça rigolo. En frôlant sa poche, il se souvient de Simone Ifone, toujours en mode avion.

Et si on lui demandait son avis ? À peine quelques instants de repérages.... Elle nous indique la direction opposée... Nous voilà bien. On fait quoi quand c'est la confusion totale ? D'abord on rigole... Moi, ça m'empêche de réfléchir. Laurent péremptoire décrète que Simone ne trahit pas et qu'elle sait toujours où il va. (Diantre, c'est qu'ils sont fort intimes ces deux-là)

Comme j'ai pas d'opinion, adjugé on fait demi-tour. Ce coup-là, on marche tous les deux d'un bon pas. Je pense que le contact avec Simone a vraiment fait plaisir à Laurent. J'ai remarqué qu'il la caresse souvent du bout des doigts et qu'elle s'illumine à chaque fois. Dois-je considérer ça  comme une saine délicatesse ?

Une bonne demie-heure et d'un coup le clocher de Dolo apparaît. Bien entendu, vu qu'on est du mauvais côté de la ville,  (on n'était pas encore arrivé à Dolo, ll restait 2 km à faire) on s'est aussi tapé toute la traversée pour rejoindre notre voiture à l'autre bout.

Laurent caresse gentiment Simone pour la remercier et je trouve ça vraiment bien.

Les machines sont plus fiables que les hommes. 
Ce n'est plus le temps de "à qui se fier" mais celui du "à quoi se fier".  Dommage quand même !

 

 

 

 

Cap sur DOLO

Dimanche 16 septembre 2012, aux aurores...

Enfin presque, quitter la maison avant 9h, objectif atteint, pas de grasse matinée dominicale. Nous partons très légers. golfe juan

La Noiraude n'est pas du voyage. Impossible de rompre son cordon téléphone avec le vétérinaire. Tant pis pour elle. On a dit évasion totale, pas de contact, pas de pollution téléphone.  Juste des moments découvertes. Laurent a tout concocté, à sa manière fort décontractée qui continue de me séduire.

Donc nous n'avons pas de cartes routières, ni de cartes locales, car il n'a pas eu le temps d'en acheter... Mais nous avons sous la main, Simone Ifone, et celle-là des fois, elle nous sort de pas mal de pétrin. Désolée pour notre amie bovine mais elle râle pas Simone, elle a pas d'états d'âme et souvent,  elle nous désembrouille. Laurent a isolé Miss Ifone en mode avion. J'en suis ravie. Pendant qu'elle s'envoie en l'air, elle nous bassinera pas. Elle n'atterrira qu'en cas d'extrême urgence.

A défaut de carte, je dispose d'un itinéraire google imprimé la veille... après bouclage de sa valise, il devait être pas loin d'une heure du matin pour Laurent.
Vous imaginez comme je m'amuse à lire ce roman de 3 pages qui détaille notre route rond point après rond point, puis d'un embranchement d'autoroute à l'autre, puis de nouveau des feux rouges, des croisements, et des noms de rue bizarre. Autrement dit aucun repaire familier. Ça promet, mais je n'en suis pas encore à ce décrytpage. Pour le moment, cap sur Ventimiglia, jusque là pas de soucis majeurs. Sur l'autoroute notre cap est facile à maintenir.

Fin de matinée nous entrons en territoire Italien. Nous voilà en Ligure, la mer d'un côté, la montagne de l'autre. Enfin, quand on broie pas du noir dans des tunnels immondes. Le bord de terre est couvert de serres. C'est un peu étrange ces immenses restanques couvertes de panneaux plexi ou tendues de plastiques souples. Y'a aussi de sympathiques villages et toujours des chapelets de tunnels, de quoi faire quelques neuvaines.

                  
riviera
genova

La fabuleuse baie de Gênova ! Y aura-t-il dépression sur le golfe de Gênes ? Faut qu'on aille voir l'état de la mer et du ciel. Juste pour le plaisir de se souvenir de nos références météo marine. Le soleil est magnifique et c'est vraiment impresssionnant.

Faut aussi qu'on fasse réserve de carburant. Et si le site nous plaît, pique-nique sur la plage !

Le carburant essence 95 s/plomb est annoncé à 1,94 € sur l'autoroute, sortie Genova, la route qui longe la baie, quelques stations, pas une en dessous de 1,80 €. Nous nous résignons à faire le plein à ce tarif. Mais ça ne marchera pas, cinq stations refusent l'une et l'autre nos cartes bleues. Et bien entendu nous avons en poche à nous deux à peine 30 €... Nous voilà repartis, à l'affut d'un distributeur. Et si lui aussi refuse nos cartes ? Je vous rappelle qu'on est dimanche.
Mais qu'est-ce qui nous a pris de partir si légers ?  A peine le temps d'un frémissement. Ouf on a trouvé une banque qui crache des euros. On empoche quelques sous tout propres. Si avec ça on tient pas quelques jours !
Vite à la pompe ! Et vive l'autoroute !

C'est à la sortie Padova ovest (je vous le fais en Italien, ça fait joli)  que ça se complique car les infos google n'ont guère pris en compte la réalité des panneaux et je finis par vraiment pas savoir où je suis. Coup de pot, on croise un plan de ville à l'angle d'un trottoir, subrepticement, pendant que je cavale aux infos locales, Laurent qui ne perd pas souvent le nord se souvient de sa passagère favorite, la bien nommée Simone Ifone... Au secours Simone. Nous confrontons nos découvertes Simone et moi et nous sommes d'accord. 

On est à 4 km de notre hébergement.stra

C'est bien joli d'un coup la province de Venezia et la proximité de Dolo.

Fin d'après-midi, nous entrons dans un hôtel tel que je les rêve.
casa

Un ancien monastère recyclé pour les besoins du tourisme. Un magnifique endroit, bus à portée de pattes pour Venise ou pour Padoue, (20km de l'un, 15 de l'autre), des chambres vastes et confortables, une immense salle d'eau... Génial.

Notre Casa à Dolo

Laurent sur ce coup-là a fait vraiment fort, et j'en suis autant émue que confuse. Nous faisons connaissance avec notre hôtesse, belle, souriante, le charme de cette femme est ruisselant. Elle bredouille du français, de l'anglais et parle italien. Moi, je bredouille anglais, espagnol et je parle français. Idem pour Laurent mais lui c'est l'allemand qu'il parle en plus... Et ce n'est guère utile ici. C'est assez folklorique quand on doit s'expliquer sur les menus (auxquels on ne comprend rien) sur les forfaits bus, et toutes choses indispensables à notre séjour. C'est aussi l'occasion de prodigieux fous rires.  Tout nous enchante.

C'est moi qui inaugure la douche. Je m'étonne un peu d'une espèce de fistrouille qui pend sur le mur carrelé, à gauche de la robinetterie. Elle ne m'intrigue que le temps d'empoigner ma savonnette. Laurent prend le relais. J'ouvre un livre en attendant qu'il s'éponge... Ah quel bonheur...

Et là, c'est incroyable, le téléphone se met à sonner... Si, si, si...
Et non, non, non, ce n'est pas Simone Ifone, vous savez bien qu'elle est en mode aérien.
Mais le numéro de la chambre, personne le connaît. Une erreur probablement. Pas grave.
Moi aussi, je suis en mode avion. Je réponds pas au téléphone, c'est Laurent qui accourt et décroche
- Non, no problèm (qu'il répond avec un accent à faire tomber une italienne)
... 
- Si si, scouza-miiiii, buéna tardé, (bon là j'vous la fais en phonétique approximative)
Il raccroche, se tourne vers moi tout réjoui.
- C'est la réception, ils ont cru qu'il y avait un accident dans la salle d'eau. Depuis la douche, j'ai appelé au secours...
- ah, pas possible, tu t'es retenu à la fistrouille qui pend près des robinets...
- Ben oui, j'savais pas ce que c'était alors j'ai tiré dessus...

dolo

 

C'est vraiment chouette Dolo, campagne et proximité des commodités, la voiture est à l'abri et nous pouvons prospecter tout azimut à pedibus...

 

 

 

Bilan séjour

TOTAL DES FRAIS pour deux personnes - du 16 septembre au 22 septembre 2012

TOTAL pour deux personnes
hotel+petit déjeuner 6 nuits 288
       
Repas-resto, midi et soir 7 jours 308
Dont une soirée une petite folie 80
       
Essence sans plomb/95   237
       
Péages   142
       
autocar

forfait bus 30€ pour 2

10 A/R ligne Dolo-Stra

20 trajets sur cette ligne.

70
vaporetto forfati 24h  toutes lignes

 

40

 

Frais annexes visites-parking-musée... 84
pot au bar le Florian 

1 bière+1 café

encore une folie......

39
       
TOTAL SÉJOUR pour 2 personnes 1 248
  ja

 

Il faut savoir que l'hôtel CASA DI COLORI est un endroit magnifique, et que le service est irréprochable. Le parking est fermé et gratuit. Les prix de septembre sont attractifs, mais ils sont variables selon la période et sous conditions. Par exemple, nous ne pouvions pas annuler la réservation.

Laurent a trouvé cet endroit en réservant par booking.com

  Le bus est à 7 mn de l'hôtel pour Venise ou pour Padova (même ligne). Il met 35 à 45mn selon l'heure.Il y a un départ toutes les 10/20mn selon le moment de la journée.

 

En voiture en ville, le parking est matérialisé bleu, c'est soi "zone bleue", leurs tranches ne sont pas découpées comme les nôtres mais nous l'avons quand même utilisée. Lorsque les emplacements sont matérialisés blancs, c'est gratuit. Il y en a dès l'entrée d'une ville et c'est bien commode.(Padoue,  Stra-Dolo, Citadella, notre budget parking est de 3 €)

 

Venise nous ne l'avons fait qu'en bus. Mais nous avons entendu dire que c'était prohibitif.(28 € la journée)

 

L'essence SP/95 ne descend pas en dessous de 1,76 cts/l (supermarché), prix maxi (autoroute 1,94 cts)

 

On peut manger le soir, un plat, un café et un dessert pour 18 €... et un verre de leur délicieux vin, "frisante". Les fabuleuses pizzas varient de 7 à 12 € selon leur complexité et le lieu. En particulier à Dolo. Mais on a fait quelques extras somptueux.
On peut manger à midi des repas chauds ou froids en terrasse, on s'en sort pour 12 € par personne avec les boissons et le café.

En septembre la température le matin tournait entre 20 et 22 ° vers 9h quand on sortait de l'hôtel.
Dans la journée elle variait de 24 à 26 °, avec de sympathiques brises. Un temps bien sympathique à part une journée un peu grise au lever, qui a vite repris des couleurs dans l'après-midi.

MACEDOINE-BALKANS-2015

Velaux, Jeudi 21 mai 2015, 8h30,

youpi ! cap sur l'aventure. D'accord piloter une voiture de tourisme ça colle pas de frissons à priori, mais je ne peux me défendre d'un vieux réflexe du bon temps de notre navigation à voile et le sentiment de départ s'accompagne désormais d'une démangeaison intellectuelle que je ne contrôle absolument pas. Il me suffit de passer notre portail, avec mon petit sac et en tongs, pour flairer un air d'aventure au coin de la rue.
Aujourd'hui c'est pour la rencontre du Festival National de cinéma macédonien que nous partons. Avec dans nos bagages quelques films primés à leur proposer, qui doivent être projetés en avant-première. Ils sont sous-titrés en anglais et nous les remettrons très officiellement à quelque personnage de la capitale de Skopje pour sceller notre volonté de jumelage. Pas moins que ça ! Laissez-vous impressionner, ça va pas durer longtemps !

 

ja Jusqu'à Genova, rien de remarquable. Autoroute sans histoire, flux régulier, radars aussi innombrables que les tunnels, le Gps veille sur notre régulateur d'allure. Quelques vallons agricoles, mer en fond d'écran, que dominent de trop rares corniches. Encore des tunnels, pour l'alternance. Bien banal tout ça et quelque peu monotone.
Nous faisons présentement route vers Florence, une étape prévue pour deux nuits. Samedi à 13h nous embarquerons depuis Ancona pour Durrès en Albanie.(environ 18h de traversée de l'Adriatique)... Comme dirait Guillaume avec son heureux sourire, Cool !
Et l'aventure dans tout ça ? C'est maintenant, quelque part après Genova, un appel au téléphone : le ferry au départ d'Ancona ne partira pas samedi. « Désolés, nous n'avons d'explication à vous donner » déclare la sympathique téléphoniste.
- Voulez vous partir avec le prochain ferry dans exactement une semaine ?

Panique à bord,
- dans une semaine ? Le festival sera fini, ce n'est plus la peine d'aller en Macédoine !
Fichtre, comment annoncer ça à nos amis madédoniens ? (enfin ce ne sont pas encore des amis mais ils auraient pu le devenir, ça faisait partie de l'aventure humaine comme on dit dans ces cas-là-)
- Si on annule que se passera-t-il avec nos billets ?
- Pas de problème, on vous rembourse sous quarante-hui heures !
Quelques chuchotements dans l'habitacle, décision quasi immédiate.
- Ok, annulez tout, nous allons nous organiser autrement. Merci madame.
Maintenant, faut d'urgence s'arrêter, consulter la carte, et prendre la meilleure option. La meilleure option ce sera pas le parking de notre pause réflexion. Faut dire que dans ce coin d'Italie les aires de repos sont en macadam, crasseuses et rares. On se case entre une poubelle qui vomit et des crottes de chien qui sèchent. Pas la peine de sortir de l'habitacle.
- t'as mis où la carte européenne ?
- Ben...
Rapide fouille autour de moi. Je m'éponge le front.
- Zut alors, on l'a oubliée !
Ça m'énerve d'avance.
- Elle est pas dans ton sac.
- Bien sûr que non, je l'aurais sortie pour l'avoir sous la main quand même !
- Tu veux pas vérifier.
- T'es pénible quand même.

Pause images, Florence et Pise
florence rue florence statue pise tour


Alors cette Europe ? Une si belle carte, toute neuve, même pas eu le temps de déchirer les plis. Tout en ronchonnant et après mille contorsions voilà que je farfouille dans mon barda.  C'est génial le sac à mains, on y trouve tout ce qui est nulle part, incroyable, y'a même la carte routière de l'Europe qui fraternise avec les kleenex, la bombe anti-moustique et la crème solaire, l'étui à lunettes.... Ne parlons pas des pochettes, passeports, cartes magnétiques, bleues, sociales, associatives... du calepin et des cinq crayons gommes qui pointent leur nez. Tiens, j'ai pas pris mon téléphone portable ! On s'en fout, j'oublie toujours de le mettre en veille, en plus mon forfait n'est pas international alors c'est aussi bien comme ça. Et puis l'incontournable smartphone de Laurent est parfait pour le voyage. Il aime tant jouer avec !
Mille délicatesses pour extraire la carte de mon foutoir. Sympathique frotti de papier qui se déplie entre les sièges avant. Nos deux têtes se cognent, nos quat-z-yeux (avec nos lunettes ça fait huit) balaient les accès et routes qui vont de Venise à Skopje. Et nous ne sommes pas d'accord, mais pas du tout d'accord. Je regrette vraiment la petite part de navigation à travers l'Adriatique, pas d'embruns marins à respirer, pas de bercements de roulis en perspective, pas de côtes en fuite, pas de vagues qui nous courseraient, pas d'oiseaux qui nous fienteraient desssus, je mesure toutes ces pertes et je suis vraiment déçue. Mais pour le reste, honnêtement j'en ai rien à battre du festival cinéma et je n'ai nulle envie de me taper mille kilomètres de route par le nord de l'Italie pour rejoindre Skopje. Ça fait un long bord à tirer.
- Et si on restait en Italie, y'a des tas de villes qu'on ne connaît pas, Florence, Pise, on peut retourner à Venise. En voilà des vacances qui seraient détendues et riches en découvertes. Laurent n'est pas du tout d'accord. Nous avons entrepris ce lointain et coûteux voyage pour représenter notre groupe de vidéastes régionaux aux Rencontres Nationales de Macédoine... et Laurent se sent investit de cette mission. Il veut aller en Macédoine. Il est inébranlable. Laissons le mariner, il réfléchit. Je n'ai plus d'opinion à ce sujet. Après tout, c'est lui le ministre des finances, il fera comme ça lui chante, du moment que nous continuons nos vacances.

selfie italie route

Finalement, Laurent a choisi l'option ferry depuis Venise vers Igoumenitsa (en Grèce). La traversée sera plus longue, un peu plus coûteuse, et l'option Grèce s'ajoute à nos vacances. Nous prendrons le temps de quelques escales avant le festival macédonien. Je nage dans le bonheur. Je le savais que la belle aventure était à mon portail.
Je vous dis un mot du ferry. Déjà un cirque monumental pour trouver à Venise,  le bon port d'embarquement. (on a tourné viré, reculé, plus d'une heure, le Gps ne connaissait pas notre port d'embarquement, ni par son nom, ni par le quartier, il n'y avait pas d'adresse précise. Et y'a quatre zones portuaires où se perdre copieusement) Ensuite le ferry qui fait cette ligne est destiné essentiellement aux poids lourds. Notre BMW sur le parking s'est fait toute petite, coincée entre deux semi-remorques. Elle était émouvante protégée par ces malabars qui l'entouraient. Je suis rassurée en remontant sur le pont accueil. Dans le salon nous croisons des groupes de routiers plus ou moins musclés, habitués des lieux, familiers avec l'équipage et hyper bruyants... La langue rouleuse des grecs domine largement le tumulte. Nous quittons Venise sous le crachin et le brouillard. Un peu irréel ce départ.

vensie D'un coup la lumière change, on se précipite sur le pont supérieur. C'est trop beau. La mer est ondulatoire, une brise sympathique force 3/4, pas utile de réduire la voilure. Le ferry se propulse à 25 noeuds... une oscillation subtile nous donne le sentiment de naviguer. Je la débusque avec délectation pour m'en repaître. Dans la tete, dans les bras, les jambes, dans le ventre et le dos, je suis émerveillée d'etre en mer, je navigue et je ne m'en lasse pas.

Dimanche 15h, nous débarquons en Grèce.
Magnifique. Dès la sortie de la ville, les routes secondaires sont des voies royales, quasi désertes. Nous traversons de vastes plaines cernées de sommets enneigés. L'horizon est minéral. Le GPS nous guide à proximité de notre hotel à Ioannina, mais là où nous arrivons, point d'hôtel. On baragouine de l'allemand et de l'anglais, finalement un brave père de famille appelle notre hébergeur avec son propre téléphone. Il a vite fait de nous mettre dans le droit chemin. J'en profite pour faire une distribution massive de Kinder-coco aux trois enfants en guise de remerciements. Trop heureux d'abandonner vélos et trottinettes pour leur goûter improvisé.
Est-ce que ça c'est aussi de l'aventure ?
Pour le tourisme d'immenses sites archéologiques de l'époque romaine. Les maisons sont modestes, annexées d'abris ou ateliers en tôles, un peu boxon les jardins. Mais de véritables palaces peuvent s'y perdre. Nous nous sommes perdus dans Thassalonica, un monde antique en pleine cité moderne.

thessal 1 Une ville vraiment agréable. Nous passerons trois jours en Grèce sans voir un seul uniforme. Un pays sans la pression de la police, ça existe et c'est en Grèce, province de Macédoine. thessal 2

Nous passons la douane pour le pays de Macédoine en fin de matinée au bord d'un lac, village de Kilkis. Paradis de pêcheurs à la ligne. Très champêre la douane et fort sympathique.
Nous entrons en Macédoine.
Notre route est verte, bordée de lauriers roses, de chênes, de fougères arborescentes immenses. Une belle route quasi déserte à travers des gorges fraîches. Les roches qui s'y trempent sont abruptes et immenses. C'est troublant ce monde mineral-végétal qu'une rivière sépare.
D'un coup l'horizon s'élargit, la montagne recule et de vastes champs et plaines s'étalent à perte de vue. On croise, on dépasse des charrettes tirées par un cheval ou un âne. Le monde rural ici est besogneux, pas une seule machine agricole, juste des paysans et des paysannes penchées sur la terre... Et quelques tracteurs. Les fermes sont modestes, perdues au milieu des champs. C'est très esthétique et reposant.
Nous faisons toujours l'impasse sur les autoroutes. La petite route macadam se dégrade et peu à peu Faut éviter de grosses ornières, boursouflures, le pilote mollit quelque peu. A quelques mètres au dessus de nous, les bolides de l'autoroute nous narguent... On finit notre périple avec une bonne cinquantaine de kilomètres de piste. Au hasard d'un élargissement de terre, deux hommes sont appuyés au capot d'une sorte de pick up assez crad. Ils nous regardent passer fort intrigués. Dans le rétro j'observe leur regard indiscret jusqu'à ce qu'un virage les cache.
- Y font quoi dans ce coin paumé ceux-là
Laurent se gausse,
- Ils nous attendaient, ils préparent un mauvais coup. Sors ton flingue !
Il a même pas le temps de finir en rigolant, un moteur exacerbé nous se rapproche et le pick up nous double sans management dans un énorme nuage de poussière.
- Merde, pourvu qu'ils s'arrêtent pas !
- Et pourquoi y s'arrêteraient, tu te crois en mer de Chine ?
Il a raison Laurent. Le seul véhicule que nous avons vu a définitivement disparu. Notre piste ne cache aucun vice. Juste une injuste peur !
Deux heures de cahotiques et poussiéreux virages. On se lasse des merveilles du paysage et c'est avec soulagement que nous remontons sur une voie à figure plus citadine.
Mardi soir, le gps nous dépose à l'entrée de l'immeuble de Mitze qui nous héberge ce soir...
La mission cinéma UMCV de Laurent est sauvée....

MIDI PYRENNES (AUDE-ARIEGE-HTE GARONNE-2020

Vendredi 19 juin 2020-Velaux

Des journées intenses viennent d'être consacrées à l'installation de notre future station radio-amateur... Laurent a pas mal arpenté notre petit terrain, grimpé sur le toit, descendu, remonté... Acheté d'occcasion des mats de planches à voile (fraîchement repeints en bleu azur  et c'est du plus bel effet..)

ANTENNES

Il s'est beaucoup gratté les cheveux aussi. Notre installation est moins prétentieuse qu'à Charentilly, beaucoup moins performante bien entendu. Mais l'avantage, c'est qu'elle ne devrait pas faire jaser dans le quartier...Tout ça pour réaliser, l'adaptation façon F6FEH d'une antenne décamètrique filaire qui a fait ses preuves ailleurs et pour d'autres OM. Mais raccourci,ajusté, ce fil est fort décevant, beaucoup trop de bruit dans tout ça. La réception est parasitée, l'émission est molle... Cette antenne ne pourra vraisemblablement fonctionner en multi bandes qu'avec un coupleur d'antennes. Ainsi nous voilà en escapade vers Lanemezan (Hautaget) là où Laurent a déniché le coupleur d'antenne idéal.

Quelques belles étapes paysannes dans l'Aude (Trèbes) ou la Haute Garonne (Arzens-Saint Gaudens)

L'aventure inattendue nous attend à Carcassonne. Nous y passons une fantastique journée, repas cassoulet en terrasse ombragée,cinq tables occupées pour une trentaine de prévues. Le déconfinement n'a pas vraiment eu lieu...

La ville est animée mais on se bouscule pas. Rares sont les visiteurs qui ne soient pas masqués. Une bien belle étape, rustique, tranquille, exotique, esthétique...

 

CARCASS 1CARCASS 2

En fin d'après-midi, nous retrouvons le petit camion sagement parqué. Nous sommes fourbus par nos déambulations en ville et fort heureux de reprendre la route. Hop là !

Quelques tours de roues. Laurent pile très soudainement alors qu'il vient juste de sortir de son emplacement.

- t'as oublié quelque chose ?
- ......

Il se gratte le crâne, (geste qui exprime chez lui une immense perplexité, comme vous savez) Il ne me jette même pas un oeil. Il descend du véhicule sans un mot... aïe aïe aïe ! Il tape à la vitre.

- Viens voir, on a crevé !

Pas si dramatique, on dispose d'un kit réparation tout neuf et sa mise en oeuvre m'intéresse. Il faut le savoir, les campings cars récents n'ont pas de roue de secours, nous disposons juste de ce kit anti-crevaison, réparation d'urgence. Mais bon, ça permet juste de tenir la route si j'ose le formuler ainsi. Donc, je descends tranquillement du véhicule, plutôt curieuse qu'inquiète. Sauf que.... Il ne s'agit pas d'une crevaison mais d'une véritable explosion du pneu. Nous sommes passés sur un bout de ferraille planté au milieu de la place de parking et caché par des herbes, impossible à voir en arrivant. Le pneu est complètement désintégré. Et de pneu de secours nous n'avons pas. Zut, il est presque 17h, qui va nous dépanner si tard un samedi ?

Nous remontons à bord, papier, crayon, smarphone... suivent de longs entretiens avec la Maif, (qui déclare ça comme accident... ouf ! Mais nous devrons trouver tout seul un garage qui répare, côté assureur, on nous envoie une dépanneuse qui nous tractera au garage)

Le garage que nous arrivons à joindre, nous bouscule. Faut arriver avant 19h00, sinon ce sera pour lundi matin... Hé oui, c'est le week-end mon bon monsieur !  Ciel ! il est déjà 17h30. Faudra-t-il dormir à Carcassonne au frais de la Maif ? dormir sur le parking dans le petit camion ? dormir dans le garage qui va nous dépanner ? Aucune de ces options ne nous enchante

Passe, une demie-heure, enfin arrivent nos sauveurs. Nous devons monter à bord. Nous sommes hissés sur la plate-forme en dix minutes. Nous devrons rester à bord pendant le transfert car il est interdit d'accueillir des passagers dans la cabine dépanneuse. Laurent prévient le garage de notre arrivée imminente. C'est parti pour un court déplacement de conduite passive. Merci Saint Fiacre, patron des chauffeurs ! C'est assez rigolo de se déplacer à 2 mètres de hauteur dans la cabine du camping car, tiré par un camion... Et puis l'idée que nous pourrons repartir dans l'heure nous détend, et on rigole.  Un moment très sympa, comme au cinéma. On traverse en douceur le parking, on arrive à la sortie... Notre convoi s'immobilise...

Le chauffeur de la dépanneuse arrive à notre niveau. Sa mine piteuse ne m'inquiète pas le moins du monde; je trouve l'aventure plutôt sympathique. Il nous fait signe.

- On va devoir vous redescendre. Un problème à régler.

- Un gros problème ?

- On a pété l'embrayage de la dépanneuse, on ne peut plus bouger...

- Pardon ?

- Oui, on est en panne... Mais quelqu'un va venir prendre le relais...

Des fois, on croit que la dépanneuse arrive pour nous dépanner, mais qui va dépanner la dépanneuse ? Les autres dépanneurs ont bouclé leur semaine à cette heure-là. Ciel, qu'allons-nous devenir !

Le petit camion, fort déçu, est descendu de son perchoir et nous avec. Y'a plus qu'à.... faut qu'ils... et...  ils l'ont fait.

Nouvel attelage, nouveau départ en mode cinéma, et ça nous fait rire de plus belle. Nous avons eu raison de pas nous affoler.

Nous n'avons pas dormi à Carcassonne car le garage qui nous attendait a été d'une remarquable efficacité.

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Dimanche 21 juin 2020.

Une étape fort agréable à Saint Gaudens, le camping municipal vaste, herbeux et ombragé jouxte le musée du circuit automobile de Comminges, proximité du lac de Sède qui nous offre une sympathique flânerie en soirée. Ce que nous observons depuis notre départ, c'est que la plupart des sites touristiques, des musées, des expos sont fermés ou pas encore ouverts. Dommage, l'aspect culturel de notre escapade sera quelque peu décevant. Consolons nous, le camping du Lac est génial.

L'entrée est sécurisée par un portail, piloté par borne automatique. On s'identifie, on paie pour une nuit (8 € tout compris) le portail s'ouvre et on s'installe où on veut. Pour sortir, il suffit de taper le code de notre ticket d'entrée. Fastoche non ?

Lorsque nous arrivons au campement le portail est grand ouvert. Il est donc impossible de valider notre entrée car dans ce cas l'accès à la borne est impossible.

- On entre quand même ?
- Bein oui, peut-être que c'est hors saison et que c'est gratuit jusqu'en juillet...
- T'as raison, c'est pas le premier campement qui fonctionne comme ça.

Donc nous entrons, il y a quatre campeurs installés dans un espace prévu pour une soixantaine. Mais pas un humain en vue.

Nuitée idéale d'un rare confort.

Lundi matin.

On en profite pour faire les services d'hygiène obligés du petit camion et nous repartons tout guillerets. Il est content le petit camion, il sent bon le propre, il ronronne... Pas bien longtemps car nous arrivons au portail du camping qui est fermé. aïe, aïe, aïe...

Premier réflexe de Laurent, c'est d'aller à la borne pour acheter un ticket d'entrée, ainsi devrait s'ouvrir la barrière. Opération impossible car le véhicule est du mauvais côté et bloque la procédure d'entrée... Deuxième réflexe de Laurent, c'est d'observer ce foutu portail. Au ras du sol un énorme levier. Nous essayons de l'actionner, des fois que ce serait une ouverture manuellle. Par exemple pour quand le système est bloqué... Ça résiste, ça coince, ça geint, ça crie... mais ça ne bouge pas d'un pouce.

- Y'a des lustres qu'il a pas servi ce levier. Tu crois qu'il sert à quoi....
Moi j'ai pas envie de payer une amende pour détérioration du matériel public.
- Arrête tu vas tout casser. Je vais voir au bloc sanitaire, y'a sûrement un numéro de téléphone d'urgence.
- Si tu veux, pendant ce temps là, je tente autre chose...

Je trouve un numéro d'appel à la Mairie. Pendant que je fais le numéro qui sonne dans le vide (il est pas 9h) j'aperçois Laurent de loin. Il a trouvé un caddy abandonné. Il passe par le portillon piéton. Il doit penser que la cage métallique du caddy trompera la caméra et qu'elle le prendra pour une voiture. Je le vois avancer, reculer, piloter son caddy dans tous les sens. rigolo mais guère efficace. Si Guillaume avait été là, il se serait régalé de piloter cet engin en zig zag en visant la caméra. Et puis j'entends des voix... Je me précipite, peut-être que ceux là pourront me conseiller. Je tombe sur une campeuse hors d'elle. Car elle aussi est coincée. Le portail était fermé à son arrivée et elle a validé son ticket. Mais aujourd'hui le portail ne réagit pas... Je ne sais comment me libérer de cet ouragan de rage... Le petit camion apparaît dans mon champs de vision de l'autre côté des sanitaires. Laurent est au volant, le petit camion jappe joyeusement. Je cours vers lui.... Le portail est ouvert...

Tout simplement, en y mettant tout son coeur et beaucoup de détermination, Laurent a réussi à actionner le levier manuel récalcitrant. Vite barrons-nous d'ici.

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OM'sNous prévoyons une courte pause en début d'après midi à Hautaget pour récupérer le coupleur d'antenne qui va résoudre tous les problèmes émission-réception de notre station radio. Mais l'accueil chaleureux de Serge (F6FAU) nous comble d'un bien-être que nous n'avons pas envie de refuser. Nous acceptons de nous garer dans son jardin pour la nuit. On a, semble-t-il, bien des choses à partager. Laurent et Serge, comme de vieux potes, s'embarquent pour quelques courses improvisées. J'en profite pour caresser le piano droit de Serge. Je m'y attarde pour sentir la souplesse du toucher. J'adore... Rien à voir avec mon piano numérique, même avec son "toucher lourd" comme dit la notice. Je regrette pas mon choix vu mon niveau, mais des fois, je rêve....

Elle est chouette la maison de Serge. Apaisante, spacieuse, moderne. Sous son toit artistique d'ardoises, elle abrite discrètement le monde complexe de l'OM. Musique, danse, radio, bricolage, un intéressant mélange de passions se bousculent à l'étage.

Mardi, lorsque nous avons émergé dans la matinée, Serge avait déjà planifié que nous passerions ce jour là ensemble. Il nous entraîne à la découverte de sa douce campagne au coeur de la Montagne Noire. Nous nous échappons pour une belle virée vélo dans la vallée de la Neste. Un gigantesque grand huit en montées, descentes qui s'enchaînent. C'est raide en montée, jouissif en descente, la fraicheur de la rivière nous caresse le museau. Vive l'assistance électrique mais nos batteries mettront du temps à s'en remettre.

 

Une bien belle, bien bonne rencontre avec Serge. Pour nous, des liens se sont ainsi noués que le monde radio-amateur devra entretenir.

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Mercredi 24 juin.

Cros (Ariège) sera notre première étape du retour, toujours champêtre et peu couteûse (camping municipal, 15 € la nuit) puis nous nous attarderons à Durfort (Tarn) puis à Fraisse sur Agout (34). Des villages paisibles, tout  en pierres, enrichis de cours d'eau généreux. si paisibles ! Que ce soit en vélo ou à pieds, tout ici est rurale, et annonce de belles qualités de vie.

Dimanche 28 juin. L'exode estival paraît lancé car dans la vallée de l'Agout, les touristes circulent. C'est le moment pour nous de nous rapatrier au calme dans la petite maison Velaux. Vous y retrouver peut-être, car nous nous y abriterons tout l'été.

fraisse

fraisse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dimanche 28 juin 2020

velaux

 

MORBIHAN EN CAMPING CAR-2016

Hé oui, nous revoilà avec d'autres sensations, avec d'autres rêves, avec d'autres destinations. Option KORUS, vive l'aventure, version retraités.

AIRE SEMI SAUVAGE

beauvoir capdenac

 

Parlons un peu de la vie à bord du Korus. Nous y sommes chez nous, et je me guéris progressivement de l'absence de Lune de Miel. Il m'arrive encore de confuser, le monde maritime et le monde terrestre. C'est toujours pour moi le même bonheur de "rentrer à bord". J'ai évoqué l'exiguité de l'espace de vie, (qu'on appelle cellule, c'est pas un hasard) moi j'aime mieux parler de carré, et tant pis si le terme est impropre. La soute (coffre arrière qui est immense) ne remplace pas la cambuse, mais l'espace est parfaitement exploitable. Y'a quand même un hic

- Dis Laurent, on pourrait pas déloger cette horrible télé ?
- En voilà une idée, elle est super cette télé.
- Elle est moche. Elle est mal placée juste au dessus des sièges passagers, je ne veux la veux pas. A qui on pourrait la donner ?
- Mais je la veux moi.
- Pfuitt, exagère pas, tu regardes jamais la télé à la maison
- Oui mais là, c'est pas pareil, c'est les vacances !

Ça alors, c'est pas l'argument que j'attendais. Imparable.  Je décide de pas me disputer avec lui pour si peu de chose. On avisera en route.

Dès les premiers tours de roue, je constate que cette télé, sur un bras articulé (elle pivote dans le passage, ce qui permet de la regarder depuis le lit... ) justement pivote allégrement dans les virages. Je ne ferai pas exprès mais j'oublierai systématiquement de la caler... Si elle pouvait se péter l'articulation celle-là ! Hélas, Laurent, il y tient à sa télé, il veille au grain. Aurait-il peur de s'ennuyer ?

Dès les premiers mouillages, pardon, dès les premiers (les premiers quoi ? campements ? campages ? campingares ? aidez-moi à trouver le mot qui me manque ?) nous découvrons (l'un dépité, l'autre enchantée) que la minuscule antenne télé (champignon) ne capte que des images partielles ou nulles et du son qui bafouille... Y'a pas trop de péril finalement.

Je la trouve toujours aussi moche et j'espère secrètement m'en débarrasser. Mais la partie est dure à jouer contre Laurent  ! Pourvu qu'il ne lui vienne pas à l'idée de construire une antenne de son invention. Vous imaginez un si beau Korus, équipé d'un remake Topfkreis,  version télé... J'en frémis d'avance.

Dès les premiers virages, on se fait peur... Un claquement violent, un choc sourd, un grincement inattendu. Pourtant y gîte pas ce bateau là. C'est juste une porte de placard qu'on n'a pas verrouillée, le coulissant des toilettes qui s'offre des allers-retours sur son rail, le liquide vaisselle qui dégringole de l'évier, quand ce n'est pas la poubelle qui vomit par terre. Hé oui, les procédures de départ se ressemblent toutes et cela m'enchante. C'est l'aspect sympa des départs, un petit air de Lune de Miel, un p'tit air de folie.

J'y retrouve les gestes de sécurité du matériel et des équipements. Rien qui traîne sur les surfaces plates, rien sur le gaz, fermeture de toutes les issues, bloquage des tiroirs et des portes, (c'est là que j'ai pas tout en tête) mise à l'abri de tout objet susceptible de voltiger à tort et à travers, bascule des sources d'énergie... etc... le contrôle des niveaux d'eau (propre, grise (eau de vaisselle, de douches et lavabo) et noire (wc chimique) n'est pas nouveau. Notre autonomie en usage contrôlé est de 4 à 5 jours pour nous deux. Ce qui est très confortable. Mais je ne sais pas pourquoi, si j'ai l'oeil acéré sur les hublots et ouvertures extérieures (il parait que ces lucarnes s'appellent des baies, non mais, quelle prétention) les portes sont douées de vie personnelle.

Pour les  parkings, alors là c'est d'une simplicité confondante. D'abord jusqu'au 14 juillet peu ou pas de monde. Il faut dire que nous priviliégions les lieux hors des routes majeures et nous n'hésitons pas à nous enfoncer dans des "pistes" dont le Gps ne garantit pas l'accès. Nous n'avons pratiquement séjourné qu'en camping sauvage ou semi-sauvage. C'est à dire à l'orée d'une forêt, au bord d'une rivière ou d'un pré.

Mais nous avons aussi trouvé des "aires" en pleine campagne avec quelquefois des sanitaires très entretenus par les communes (La Salvetat, lac de Ravières (34)- Sauveterre de Rouergue (12) - Lapanouse, bord de rivière  (12) - Cancale, Maulévrier (49) et son magnifique parc oriental à ne pas rater. Des aires au milieu des prés, à l'entrée de villages vraiment accueillants (Ayen (19) Erquy face à la mer, aire de l'ile aux moines, et dans le golfe du morbihan de multiples endroits... Un paradis pour les campeurs.

Notre premier épisode estival, cap vers l'ouest, sortie du Langedoc. Le parcours est un enchantement. J'ai souvenir de campagnes verdoyantes, d'immenses champs de céréales et de vignobles qui ondulent sous le soleil. Des forêts apaisantes... des prairies en pentes douces tachées de vaches rousses.  Au loin les montagnes cévenoles qui se couchent paraisseusement en marge de l'horizon. De jolies fermes sans prétention. Le Lot, la Dordogne et ce pays magique et enchanteur, les Causses du Quercy.

LA SALVETAT

              LAC DE LA RAVIERE- LA SALVETAT

plougenast

(Plouguenast)

HAUT LANGUEDOC

Sûr et certain nous y retournerons

La Touraine familière s'annonce avec ses immenses champs de maïs et de tournesols.

C'est la saison du salut profond et quotidien de la nature au soleil. Les champs de tournesols sont formidables à toute heure du jour.  Ici les clochers qui ont jalonné notre route sont remplacés par les chateaux d'eau qui veillent sur la compange tourangelle. Les balles de céréales sont prêtes pour l'embarquement.

CULTURE TOURS

CHENONCEAU

Nous ferons une pause nostalgique au château de Chenonceau dont l'histoire compliquée du trio Henri II, Diane de Poitiers et Catherine de Médicis m'émeut toujours.

Puis viendra le moment de la Morelière à Saint Laurent du Lin. Retrouvailles avec nos amis Danièle et Dominique. Relations qui nous fondent dessus avec toujours la même intensité.  Plongée dans ce monde dédié à la botanique après une soirée détendue avec nos amis Pascal et Nathalie à Veigné.

Que c'est bon de vieillir au coeur de l'amitié.

KORUS A LA MORELIERE       SOIREE JOUISSIVE LA MORELIERE VEILLE SUR KORUS
KORUS SOIREE JOUSSIVE LA MORELIERE

A Saint Roch, nous avons particulièrement aimé, le portail des "z'animaux musiciens" créé par Michel Audiard, (non pas celui ci, un autre, sculpteur tourangeau d'aujourdh'ui). Petit coucou enthousiaste à Claire et Jean Claude.

Clin d'oeil malicieux à tous les fêlés de la musique. Un enchantement !z'animaux

Le coeur chargé d'émotions nous reprenons la route vers l'Ouest, cap sur la Bretagne. Une redécouverte pour nous deux qui n'avions plus respiré cet air vif et frais depuis plus de vingt ans... Nous aimons la Bretagne, son territoire varié et champêtre, ces immenses vergers, sa mer écumante et fraîche et ses ports qui se cachent souvent sous leurs rideaux de brume. Le Mont Saint Michel à la fois fort différent (sécurité due aux visiteurs oblige) et merveilleusement fidèle à son imposante silhouette de gardien de la mer. Quel endroit extraordinaire. Que tant d'hommes s'y retrouvent et partagent l'émerveillement. C'est ça qui me bouleverse.

ville st michel digue st michel gargouilles st michel

Nous folâtrerons sur cette côte nord d'est en ouest, à la redécouverte de  villages plus chouettes les uns que les autres.  Pause nostalgie à Erquy et séjour prolongé dans l'incroyable golfe du Morbihan et ses milles iles. Que d'enchantement, d'heureux rappels du temps que nous étions navigateurs.

  Laurent tout fou, Laurent tout flou à Cancale                         Dinan ville haute                                                                Bord de la Rance en vélo

cancale dinan ville la rance velo

Voyager et découvrir à bord d'un Korus, aussi modeste qu'il soit,  c'est  dans la liberté que va se nicher le luxe,

Pointe du Bay (Korus est caché sur la crête)           un mouillage idéal dans le golfe du Morbihan                    le port le plus fantastique, Saint Malo

pointe du Bay l'ile aux moines port st malo

- Dis Laurent, t'as pas envie de naviguer, de sentir la mer bouger sous ton sol ?
- Non pas vraiment ?
- Même quand tu vois ces voiliers tranquilles, ces mouillages sages ?
- Non parce que ce soir. Je m'endormirai sans guetter le sifflement du vent dans le mat, sans entendre le grincement de la chaîne de mouillage, sans me sentir secoué et balloté par de la houle intempestive.... sans avoir besoin de me cramponner aux draps pour pas tomber. Et je me réveillerai avec le chant des oiseaux.Et je prendrai le temps de boire un bon café qui se renversera pas sur mes tongs. L'esprit tranquille et sans un seul bleu...
- Pas même à l'âme...
- ..............
- Lune de Miel est si loin
- nous profiterons d'une autre lune noyée d'étoiles. pour  écouter la mer, pour écouter la brise... il fera frais et nous serons à l'abri...
...   Et nous sommes libres de partir ou de rester, aussi longtemps que ça nous chante...

LUNE

Il a raison Laurent, complètement raison. C'est une autre histoire que nous vivons,  d'une autre manière.

C'est ça qu'y est bon dans la vie dirait Jo.

 

 

 

 

Sous la lune à la Salvetat

 

http://umcv.free.fr

 

PENICHETTE -PETTE SAONE-CANAL VOSGES- avec DDT 2013

LE CAPITAINE ET SA SECONDE

DOMINIQUE ET DANIELLE

 

 Laurent et moi, on se la coule bien douce !


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Presques partis

Lundi 6 mai 2013

Début d'après-midi sur la Petite Saône. Les pavés luisent encore de la dernière ondée, la base fluviale de "Locaboat", Scey sur Saône enfermée dans sa pluviosité.

Montons à bord. Petit tour extérieur. Notre embarcation, (11m*3,10m) ne me rassure pas. Les passe-avant, sont bien trop étroits, le passage arrière à peine de quoi poser une semelle. La secrétaire nous tend les clés : "Installez-vous en attendant que vos amis arrivent...!"

Entrons.

Hé, pas si mal, vaste poste de pilotage, (toit rigide et grande baies vitrées, incroyablement luxueux- on rigole parce qu'il y a des essuie-glace sur les "pare-brise")

Une petite marche descend à l'arrière, carré-cuisine, c'est vaste, propre. Par la coursive tribord,  vers l'avant,  on accède à un grand lit double, gentiment protégé par un beau rideau rouge, une alcôve en quelque sorte. Une porte sas,  à tribord, le cabinet-toilette, wc marins, autre porte. La cabine avant nous paraît immense avec son lavabo, plein de placards, de grands hublots. Luxe d'une cabine de capitaine. Nous la destinons à Danielle et Dominique, respectivement second et capitaine de notre navire. Juste retour des choses. Ils ont bossé pour préparer ce voyage, ils en récoltent les avantages.

Et vive les moments d'alcove...

lau dandom  lau

departcygeyeux fermés

 

 

 

Halte nature ou port fluvial

HALTE NATURE : On la trouve le long des prés et des champs ou en pleine forêt. Pas d'urbanisation à proximité. Juste les hérons, les canards, les oiseaux, quelques insectes téméraires, l'un ou l'autre papillon... Abords fraichement fauchés, juste un espace aménagé pour y planter nos piquets... Quelquefois un ponton, avec même tables-bancs rustiques. J'ai adoré ces pauses d'une nuit sereine et sage.

MAGNY

ARPERO

corre

Corre sur Saône (Entrée du canal des Vosges

A quelques pas de là, nous avons trouvé aussi l'un ou l'autre resto de campagne, une cuisine sympathique et bon marché. Le premier arrivé choisit le menu pour toute la soirée. C'est comme ça qu'on a eu droit à un menu chinois en plein milieu d'un bois rustique de haute saône dans un chalet incroyable de grumes de sapin brut. (Dominique veut pas que je dise grumeaux. Pourtant c'est joli des grumeaux dans la forêt, non ?)

CONFLANDPORT SAONE

 

 

 

 

 

 

Images de navigations

La Petite Saône

 

En sortant de la base de Scey sur Saône, première grande virée à droite, de grands espaces verdoyants nous accompagnent. Érables, chênes, hêtres, charmes et bien d'autres jolies variétés de bois, que Dominique très patient me détaille et que j'oublie aussitôt. Je suis en mode éponge et dans ce cas là, je ne suis capable d'aucun effort intellectuel. Je me perds dans l'arche ondoyante à la surface de l'eau. Nous approchons d'une porte, (elle permet de réguler les niveaux d'eaux en cas de crues). Ouvrage en pierre la plupart du temps, c'est un goulet qui s'annonce. Les arbres se rapprochent, les reflets dans l'eau s'étreignent. Étranglement de verdure prise à la gorge. La lumière s'assombrit. Ça me coupe le souffle. c'est notre première porte, c'est une porte bien étroite. Et pourtant....

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Notre pilote lentement nous y engouffre. On ressort aussi sec (si j'soe dire !) dans l'élargissement de la rivière. Accouchement sans douleur, même pas une contraction d'embarcation.

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ciel

On n'entend pas le moteur alors le moindre bruissement nous alerte, les chants têtus des oiseaux dans les hautes branches, les feuillages qui se caressent. Le ciel se couvre ou s'éclaire... ombre et lumière... tout est magnifique.

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heron

Nous sommes au coeur d'une nature tranquille.Des ailes irrisent l'eau plate. Envolée soudaine d'un héron qui frôle les herbes de la rive pour se poser à peine plus loin et reprend sa pose minérale, jusqu'à notre nouvelle approche.

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Couple idéal de Canard et Dame Cane qui palment à proximité, magnifique atterrissage en pleine eau... comme s'ils ouvraient la marche juste un peu plus en avant.

 

Ici la nature est onctueuse, pas très chaude mais enveloppante. Je me sens bien, mais bien...

 

Les Écluses

Elles sont vite repérables. A l'avant des portes, le pilote vise une perche souple qui pendouille au milieu de la rivière. Des fois, on oublie de ralentir, c'est juste pour le sport !1/4 de tour, un feu blanc clignote, le mécanisme est automatiquement enclenché. Y'a plus qu'à attendre, feux rouge-vert, mise en service, lorsque les portes sont ouvertes, feu vert, on s'engouffre dans l'écluse.

1 4 tour
fonds

La hauteur des parois, peuvent varier de 1,50 m à 3,60 m. Lancer les "cordes" à quai devient un vrai défi. Il faut que la corde s'enroule autour du bolard, il faut pas que ça fasse de noeud, il faut pas lâcher les bouts... Danielle devient vite experte.

lasso

bobinn

 

 

bassin

Nous voilà fermement cramponnés aux bolards, s'agit pas de mollir. Une tige le long du mur nous permet d'envoyer la bassinée. On monte lentement et les rives descendent vers nous. C'est marrant cette découverte de paysage à la verticale. On voit des toits, des clochers, puis des maisons montent de la terre, des têtes, et même des nains de jardins... Je ne m'en lasse pas. Les anciennes maisons d'éclusiers sont louées à des particuliers qui prennent grand soin des abords.
lichens

Au retour, on passe au niveau du quai, c'est moins rigolo de viser les bolards. La descente dans le fond de l'écluse nous cache le paysage de la même manière à la verticale. Fin de bassinée, On se retrouve le nez contre les parois ruisselantes, couvertes de lichens, de mousses, de boue, tout un monde qui grouille entre noyages et résurrections continuelles.

 

 

 

Pour passer une écluse il faut compter entre 8mn et 20 mn. Une seule fois nous sommes passés à deux embarcations. J'imagine qu'en pleine saison c'est moins décontracté.

 

pont fixe

De l'aventure, que de l'aventure...

Car  y'a pas que les écluses,

y'a un pont tournant à Selles, et la commande  automatique des portes d' écluses. A la place de la perche, une télécommande (qu'un charmant garçont plein de grâce nous remet gracieusement), on repère un espèce de boitier sur les berges, faut pas le louper mais c'est pas un radar...

y'a le tunnel Saint Albin à proximité de Rupt.

 

pont tourn 1

tournant 2
tunnel tunnel

 

Au coeur des villages

Les villages que nous traversons, où quelquefois nous débarquons, un p'tit "tour'isme" de rues, un p'tit tour'nain de jardin, un p'tit tour à tour de commerces (enfin ça on aurait voulu mais la plupat du temps on ne commerce plus dans ces villages et les belles vitrines en bois poussiéreuses sont à l'abandon) De belles fermes sont rénovées, les immenses portes de granges arrondies deviennent de magnifique baies vitrées, les crépis et ciments gravement décrépis ont été gratés et beau grès rose local fait son apparition de plus en plus.

 

Entre ruines et opulence, les maisons affichent les mutations de villages paysans devenus dortoirs.

vill 1
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vill 3

Lorsque nous débarquons à Fontenoy le Château, l'ambiance change. Là ça vit, ça s'adapte au tourisme local. Les rues, les vielles maisons, presques toutes restaurées dans le respect des vieilles pierres. Nous sommes tous les quatres enchantés et on ne se lasse pas d'y flâner. On y traîne, on y hume, on s'y émerveille. et c'est dans les Vosges à quelques écluses d'Epinal.

 

C'était là, le paradis à la portée de nos souliers.

fontn 1 fonty 2
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à fouchécourt

billard

 

BILAN

 

Notre Circuit en 6 jours, Aller/retour,

Arrivée sur site lundi 6 mai, prise en main de la pénichette;

Départ sur l'eau le mardi matin

Rendu pénichette

le lundi 13 mai avant 9h.

SCEY SUR SAONE- FONTENOY LE CHATEAU

par PETITE SAÔNE-CANAL DES VOSGES (Canal de l'Est)

plan

Nos escales :

FOUCHECOURT-DEMANGEVELLE-  CORRE- MONTUREUX -SELLESCONFLANDEY- LE MAGNY- FONTENOY LE CHATEAU

136 KM - 34 ÉCLUSES - 4h40 de navigation en moyenne par jour.

Météo nuageo-pluvieuse avec de belles éclaircies. On n'a guère quitté les polaires, les cirés ont été utiles, à peine humides, c'était juste une précaution. Nous n'avons pas eu froid. On avait le chauffage dans notre maison flottante.

blan

Rien à voir avec les conditions de vie en mer...Incroyable révision-révolution de notre langage, ici "on jette les cordes autour des bolards"... Vous imaginez, des cordes.... y'a que des cordes à bord !

Une fois adopté ce mode de vie, je me sentais tranquille, rarement aussi détachée des choses et des évènements. J'adore cette vie sans bousculade, sans informatique, sans téléphone, sans surprise avec juste un tour d'hélice après l'autre, les arbres qui nous caressent.

Et puis, la plus étonnante surprise, c'est l'aspect merveilleux du portage, Totale confiance en Danielle et Dominique qui ont pris en charge toute l'organisation de cette sympathique échappée... De si beaux, si bons amis...

 

dom

dan2

Nous avions à peine jeté un oeil  sur les document qu'ils nous ont transmis. Surtout pas prendre le risque de n'être pas surpris. Pas savoir à quoi s'attendre,  fastoche puisqu'on ne s'occupait de rien. Nous avions vaguement  l'idée que nous visions la Bourgogne. J'ai d'ailleurs dit à tout plein d'entre vous que nous partions explorer la Bourgogne.... C'est quand nous avons pris la direction de Vesoul (guidé par le GPS qui ne voit pas plus loin que le bout de son écran) que nous avons réalisé que nous allions en Haute Saône....

arbre

C'est quand nous avons accosté à Corre, que j'ai réalisé que nous étions dans les Vosges.... Il m'avait aussi semblé, que le paysage changeait; que je me sentais chez moi de plus en plus. Les longs bâtiments quasi-identiques, alignés le long de la rue principale, les immenses portes de granges en voûte, les potagers devant les maisons, et des prés, des prés des prés. Les vaches avaient changé de robes...  Et des forêts, profondes et protectrices.

Et ça c'était la meilleure des surprises.

prés 2

Je pense aussi que ça explique mon profond bien être.

Un berceau naturel qui m'accueillait à bras ouverts.

Que cétait bon !

 

cloch

Et voilà que Laurent rêve de cette navigation là au delà de notre pays ! Encore un que j'adopterais volontiers.

Le rêve c'est déjà le commencement...

lau

 

DÉPENSES GLOBALES :

LOCATION PÉNICHETTE, ASSURANCE ANNULATION, FORFAIT SÉRÉNITÉ

(Nous avons choisi le forfait par paresse et par commodité, toutes les procédures de retour du bateau sont simplifiées, (pas de nettoyage,forfait gaz'oil, parking gratuit 1 voiture, 1 vélo gratuit...etc) Dans le détail, nous sommes souvent perdants mais dans la globalité, quelle sérénité !

CARBURANTS + PÉAGES DE VELAUX À SCEY SUR SAÔNE

AVITAILLEMENT ET RENOUVELLEMENT

TOTAL POUR DEUX PERSONNES : 1172 €

ou pour une personne : 586 € la semaine tout compris depuis Velaux

 

PTIT TOUR EN CÉVENNES-VALLÉE DE LA CÈZE

jeudi 21 avril 2022, 

Youpi, des semaines que j'en rêve et voilà, c'est reparti pour une brève équipée du côté des Vans en Cévennes. Même la météo est en fête. Le petit camion n'en revient pas de glisser si joliment sous une pluie diluvienne. J'imagine la fiesta dans notre piteux jardin. Les bourgeons vont exploser, la vie va éclabousser de partout... Comme se sera bon... 

 

Pour notre char, léger virement tribord, cap nord ouest, nous roulons au rythme d'une  pluie qui "fait des claquettes..."  et résonne dans toute la cabine de pilotage. On est heureux, alors on chante... faux... mais quelle importance.

Notre première pause sera pour le domaine des Arnassaux, au nord de Nîmes, où nous avons déjà posé nos roues, pour une nuit d'été au milieu du vignoble. Ce sera toujours au milieu du vignoble mais dans une ambiance plus déchaînée, moins tendre. Il bourrasque, il tempête, il déluge, toute la nuit. Agréables réminiscences d'autres tempêtes.  Comme ces grains de folie météo sur l'alu de Lune de Miel, du temps qu'on était les navigateurs insouciants de l'atlantique. Nous on aime ça. Tous les deux silencieux, tous les deux à l'affût. C'est trop bon, la tiédeur de la couette, la douceur ambiante de la cabine, l'esprit envoûté par les tambourinaires qui se déchaînent sur le toit du petit camion.

 

Vendredi 22 avril 2022

cep

La pluie se transforme en averses aléatoires avec des poussées d'éclaircies qui promettent le retour d'un ciel clair... mais nous savons que ce n'est pas pour tout de suite.  Je suis fascinée par les vignobles que nous traversons, de vieux ceps tout rabougris que de jeunes bourgeons éclairent.

- Regarde laurent une éclaircie au dessus de Saint Ambroix...

Mon pilote est concentré, il ne réagit pas. Alors j'insiste,

- T'as remarqué le panneau grotte de la Cocalière, à ton avis, c'est quoi ?

- Ben c'est une grotte tout simplement.

-  Ça te dirait une pause touristique ?

- Ah tu veux visiter la grotte. Fallait le dire tout de suite.

Hop là. léger changement de cap. C'est simple la vie avec Laurent. Des fois, il suffit de demander clairement et simplement.

 

C'est la plus belle des cavernes que j'ai visitée. Un kilomètre de déambulations tranquilles en couloirs et escaliers nous donnent un aperçu du gigantesque travail que réalise la nature goutte à goutte au fil des millénaires. L'infiltration de l'eau à taillé, découpé, sculpté, construit sur plusieurs millions d'années d'incroyables statues, chambres à colonnes, toits pentus et draperies élégantes, disques diamantés de calcite étincelante. Et le joyau de ce trésor naturel, c'est la pisolithe, dite aussi,  la perle des cavernes. Il suffit d'une poussière, d'un grain de sable tombé de la voûte, qu'une goutte après l'autre agite et tournicote inlassablement. Peu à peu la poussière s'enrobe de calcite, le mouvement circulaire provoqué par la goutte qui tombe réalise une magnifique perle de calcite immaculée... une sphérule, oublions la racine sphère, c'est joli comme nom, angélique un peu comme séraphin.

 

sculptureneige

 

graines

Samedi 23 avril 2022

Nous voilà confortablement installés au camping du Pradal -LES VANS... mais le meilleur, c'est de retrouver ma soeur Annette et Claude son mari dans leur accueillante maison.

Le marché des Vans nous offre sa séduction locale. C'est notre incontournable bain de foule en Cévennes. Et on ne s'en lasse pas. Les Vans est une ville fascinante, on y croise des artistes vrais ou faux, quelques gloires médiatiques, des artisans, des paysans, des nantis qui abritent ici leur confortable retraite, des jeunes et des vieux plus ou moins marginaux. On repère les uns à leur nonchalance, à leur costume coloré, pas toujours nets. On repère les autres à leur allure tranquille, leur regard pensif, leurs vêtements simples mais de bon goût... Tout ce petit monde, se côtoie, s'interpelle et offre ses sourires aux étrangers que nous sommes. A tel point que finalement, étrangers on ne se sent pas tant que ça. 

barjacBarjac, soirée musique, donnée au profit de l'Ukraine, Claude et Annette s'y produisent avec leur chorale. On ne manquerait ça pour rien au monde. Et nous aimons bien leur prestation, généreuse, appliquée et ambitieuse. Claude en maître de cérémonie est épatant. J'ai adoré. Entraînés par nos deux chanteurs et leur amie Catherine, nous quitterons toutefois ce lieu avant la deuxième partie. Le problème c'est que ça se passe dans une église et la suite du programme sera sous amplificateurs (mal gérés). Une fanfare locale amplifiée dans une église, pas de doute ils finiront en apothéose, si le toit ne leur tombe pas sur la tête.  Y'a des neurones qui n'y survivront pas. Fuyons, fuyons....

Ainsi, nous nous retrouvons tous les cinq à bord du petit camion, dans l'intimité, dans l'amitié autour d'un casse-croûte improvisé. Les trois choristes n'avaient pas eu le temps de dîner avant le concert. Nous n'avions jamais été si nombreux à bord. Belle ambiance.

Plus tard, le petit camion rêve d'une nuit tranquille. Nous trouvons un espace isolé et sage à quelques pas de la ville pour une nuit placée toujours sous le signe du déluge. Mais comme vous savez, on adore.

 

dimanche 24 avril.

Nous avions confié nos bulletins de vote à nos amis de Velaux. Il s'agit de présidentielle, c'est pas le moment de mollir. Merci mille fois à eux, nous leur devons un voyage apaisé, avec le sentiment du devoir accompli. Et nous prendrons ainsi la route du Val de Cèze. Nous naviguons entre Gard et Ardèche. Au détour d'une vallée boisée, les Cévennes découpent le ciel. Et puis, nous longeons la Cèze que la route domine. 

 

Montclus est inaccessible aux camping cars. Nous trouvons un espace hasardeux pour nous garer, face au tri sélectif. Ce qui nous permet quelques pas dans un village tout en pierre. Notre enthousiasme prend une claque.  Beaucoup de volets fermés, pas âme qui vive. Même pas un bar pour boire un café... Un village de France sans bistro. On doit fichtrement s'y ennuyer.

 

Goudargues nous convient mieux. La Cèze canalisée traverse la ville. Nous y faisons quelques courses, on flâne, on traîne sous un soleil tout neuf. C'est chouette. Mais c'est à Orgnac que nous subirons un vrai coup de foudre. Nous y allons pour explorer l'aven d'Orgnac et là encore nous arrivons dans une belle forêt peu fréquentée où nous pourrons passer la nuit à proximité du site. Le gouffre est né d'un effondrement du sol, pendant des centaines d'années, ce "trou" a servi de dépotoir. Lorsque les merveilles qui s'y cachaient ont été découvertes, dans les années 1950, les dépôts sauvages essentiellement de  dépouilles animales et autres encombrants ont été interdits, le site protégé...  

Dans le gouffre d'Orgnac, comme dans les grottes très profondes, aucun êtres vivants ne peut survivre. C'est un monde exclusivement minéral. Pourtant en oubliant le groupe, en le laissant prendre de l'avance, me voilà  abandonnée pour de précieux instants au milieu de fruits qui n'en finissent pas de mûrir, de fleurs qui jamais ne se fanent, d'animaux fabuleux qui me font frémir. 

Lundi 25 avril 2022

Il est temps de reprendre un rythme moins paresseux, moins contemplatif. Nous ne perdons pas de vue que nous avons besoin d'exercice et au hasard de nos étapes nous nous débrouillons toujours pour faire quelques pas en forêt, en campagne des petits tours d'environ une heure et demie-deux heures. Le grand beau temps est revenu. Chaussons nos grolles et en piste.

L'équipée pédestre la plus extraordinaire mais aussi la plus éprouvante pour mon dos sera à travers les rochers et chaos de la Cascade du Sautadet (proche de Saint Laurent de Carnols). Ici la Cèze devient bouillonnante et creuse des falaises desquelles je ne risque pas de plonger...  D'ailleurs comme d'hab, je n'ai pas de maillot de bain.

Au retour pause à Saint Rémy de Provence, petite ville tranquille où la carte du tourisme se joue à fond. Une multitude de boutiques coquettes et coûteuses rivalisent d'élégance, avec une réelle volonté de faire dans l'authentique.

 

Entre Saint Rémy de Provence et Maussane nous ferons une pause champêtre au col de la Caume. Le plateau promet des sentiers pédestres ombragés et verdoyants. Nous nous laissons embarquer dans un petit tour prévu d'une heure... Hé oui, c'est peu.  Quelques impératifs nous sont aussi promis à Velaux... 

 

jaEt nous revoilà, tous les deux, complices de biens doux enchantements.

A bientôt. 

 

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SAINTE BAUME-VAR (2021)

Samedi 9 octobre 2021, aux aurores, donc pas tout à fait midi. Top départ, cap enfin défini… sud est, La Sainte Baume.

st baume

 

Nous quitterons les falaises rouges de la Sainte Victoire pour la vallée de l’Huveaune et sainte Zacharie. Jusque là pas de soucis, mais c’est sans compter sur les facéties du GPS. Il est spécial ce gps. Nous sommes certains de passer où qu’il nous guide. Nous ne risquons pas de tunnel inférieur à trois mètres. Nous ne risquons pas de faire écrouler un pont sous notre poids. Nous ne risquons pas de rester coincés dans un virage trop sec. Le seul risque, c’est son esprit d’aventurier. A partir de Sainte Zacharie, il nous embarque sur une route départementale à une voie de toute beauté, interdite au plus de 3T5. Les flans du petit camion décoiffent les herbes folâtres, bousculent les pétales des fleurs sauvages, frôlent presque les caillasses… Alllure escargot. Nous avons battu un record. Plus d’une heure trente pour 25 km. J’ai adoré ce parcours… Laurent certainement beaucoup moins.

vue plan d'aupsPlan d’Aups parking immense, lieu dit : l’Hôtellerie… Fichtre, pour du parking, c’est du parking, des centaines de voitures sont alignées…Une concentration de véhicules sur des kilomètres. Découragés, on se réfugie dans le village, au bord des tennis vue imprenable sur la Sainte Baume.

Début de soirée, ambiance sympa autour du camion-pizza à une trentaine de mètres de nous. D’accord on n’avait pas prévu de la compagnie, mais ça va pas durer toute la nuit… Et puis c’est ça aussi l’esprit des vacances. Plus tard dans la soirée un martèlement de basses envahit l’espace sonore. On se décide à sortir du petit camion… Pas de pot, le « cercle » des jeunes est en pleine fièvre du samedi soir… A 22h on se doute que ça va se prolonger tardivement et c’est trop lourd pour nos oreilles. On retourne donc vers l’Hôtellerie. Bonne idée. Les parkings sont quasi déserts et nous offrent un choix de places inespéré. Nous nous cacherons le plus loin possible, en bordure de forêt. La route est juste là, mais y’a quasi personne qui circule la nuit. Ouf !

7 h le matin. Un autre ramdam nous sort de notre nuit. Des sortes de combis manoeuvrent à portée d’oreilles. Une horde d’humains semble se rassembler pas très loin. Très vite, ça rigole, ça chahute, ça piaille… Mais qu’est-ce qu’ils viennent faire là aussi tôt. Et puis des airs sont hurlés qui ressemblent à des chants religieux. Des centaines de voix, graves et aiguës, sans aucun souci d’ajustage. C’est phénoménal.

- Dis Laurent c’est quoi ce lieu ?

- Il paraît que c’est un lieu de pèlerinage, y’a une grotte un peu plus haut.
- Oh zut, C’est une secte qui s’échauffe pour son office du dimanche, si ça s’trouve.

- Attends, je jette un œil…

- Alors ?

- On dirait une corporation d’étudiants ou des scouts peut-être. Ils portent tous le même uniforme. Ils sont plus d’une centaine.

D’un coup, le silence nous tombe dessus.
- P'tit déj au calme, ils sont partis.
Hé non, une voix de baryton percutante entonne une chanson paillarde, que toute la clique (tête à claques)  reprend à gorges déployées. Une horreur. Rapidement on entend que les hurlements s’estompent et que cette étonnante armée s’éloigne. Mais qu’est-ce qu’ils sont venus faire là ?

Histore de respirer un air plus vivifiant, et puis aussi parce que le Pic de Bertagne nous inspire. Faut qu'on repère les équipements du relais que nous avons si souvent cherché sur les ondes. Donc on change de campement. Nous trouvons un espace formidable pour nous garer à deux pas de la montée vers le sommet. D’un coup l’air nous paraît plus sain. Ho là, là, que c'est bon la forêt, les sentiers, les cailloux, et la solitude. Grolles et bâtons en avant, on se lance sur le plus sympa des sentiers. A quelques pas de là, on se heurte une fois de plus à une jeunesse exaltée, mais d'un autre gerne. Ici c'est l'heure ravitaillement du trail annuel de Cuges les Pins. Moyenne d’âge 40 ans, donc des gars et des filles, des hommes et des femmes, pleins d’ardeur. Une ambiance chaleureuse et vraiment sympa. Nous les laissons à leur ressourcement et nous attaquons la montée. Et ça c’est quelque chose.

montee 1Caillasses et rochers à escalader, sentiers instables, aucune sécurité, au bord de dégringolade de roches quelquefois. Nous ne tardons pas à tremper nos maillots… Nous avançons petitement avec grandes précautions. Les premiers « trails » nous foncent dessus. On se range pour les laisser passer.  On fait quelques sauts de puce et un autre groupe s'annonce. Notre grimpée devient un jeu très rigolo car nous faisons de multiples pauses pour laisser passer des pelotons de coureurs, que notre ascension laborieuse gênerait ; Il flotte dans l'air un petit air de « diagonale du fou » qui nous plaît beaucoup. Ils sont tous très joyeux et très courtois. J’ai l’impression d’être une vache qui regarderait passer un train et lèverait le nez de son carré de cailloux à chaque wagon. Certains prennent le temps et nous taquinent alors j’en profite pour m’informer. Le trail fait deux circuits, 25 km ou 45 km, en tout plus de 1000 participants sont en course. Ce qui explique nos multiples stations.

- Au fait c’est quoi un trail ?

- Des grimpées, des descentes, les plus hasardeuses possible, et une tranche de saucisson, me répond l’un d’eux en rigolant, et croquant à belle dent sa rondelle en passant vite.

Il se fait dépasser par une magnifique jeune fille, toute en muscles et en finesse. Oh là, là qu’elle est belle.

Et ils foncent à travers rochers et caillasses, plus réjouis que jamais.

J’ai fait moissons de bonjours souriants et heureux pendant cette rando inattendue. J'ai engrangé toutes les sortes de saluts

Le bonjour pressé, à peine audible du mec hyper concentré sur lui-même, « bjour ! » ou plus laconique encore, « Mdame »… Et il passe. Il m’a pas vu. Lui, pas de doute, il fait la course.

Le bonjour courtois, « Bonjour, merci » mais toujours pressé, il me jette un regard rapide. Pas que ça à faire.

 

montee 2Le bonjour affable, « Bonne journée, merci Madame » il prend le temps de me voir. Ça peut aller jusqu’à un échange de regards. Il fait la course mais en dilettante.

Le bonjour qui est le dessus du panier, vous savez ce bonjour qui s’attarde sur vous, qui s’accompagne d’un large sourire, et qui vous répond avec chaleur : « bonjour Madame, belle journée pour crapahuter ! » Il fait la circuit mais pas la course.

Et puis, nous touchons le sommet, qui domine les montagnes et permet au loin d'apercevoir Marseille ou la mer... Fantastique.

Une grimpée ardue qui nous a bien plu et que nous referons avec plaisir.

Quant au retour, ouillle ouille ouille. Le GPS, (toujours facétieux) nous propose une descente sur route d'accès aux antennes. On se réjouit de ce confort inattendu car on en a plein les pattes et les genoux qui grincent. Manque de pot, cette sympathique descente en zone militaire est interdite au public... Bon ça nous aura juste permis un grand détour pour une rando d'une sizaine d'heures...

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Dimanche, petit déjeuner de rêve dans la douceur d'un soleil généreux. Trop bon. Nous décidons d'aller à la découverte du sanctuaire de Sainte Madeleine. Une vraie promenade pour un dimanche. Le sentier est matérialisé par de larges marches. Allée des roys qui nous mène à douce allure à la voie Royale.  La forêt est fouilli-feuillue, comme je les aime, totale anarchie, comme si l'homme n'avait pas réussi à la domestiquer. Oh là, là, que c'est bon tout ça. . 

La Sainte Baume, j'adore !  vraiment !

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STRASBOURG-À LA RECERCHE DU TEMPS PERDU-2015

février 2015           lune2                  

Fin février, relations familiales en berne pour Laurent, appel au secours de sa maman, nous décidons de répondre à son appel. Je l'accompagnerai. Mais ma volonté inébranlable est de demeurer hors de leur circuit familial.

Ainsi fut fait. 25 février, 9h du matin, cap sur Strasbourg, face au mistral. Dommage qu'on puisse pas tirer des bords, on économiserait le carburant.

arbres
autorute

Pendant qu'on avale les monts et les vaux, il faut que je vous parle de Claudine, car elle sera le refuge de cette escapade. C'est une petite dame de la soixantaine. Nous avons été très intimes toutes les deux dans les années 1975... Nous avons vécu ensemble nos premières amours...  Ma confiance en elle était totale. 15 ans, 16 ans, 17 ans, j'étais si jeune. Claudine m'embarquait avec ses "vieux" copains, (plus de 20 ans souvent)  j'étais un peu la petite soeur dont on ballade l'innocence avec respect. 

Quelle chance pour moi d'avoir partagé avec eux ces beaux dimanches. Claudine était douce, compatissante. Elle n'a pas changé. Elle est toujours aussi généreuse, franche et honnête... Je ne lui connais aucun défaut pourtant je l'ai pratiquée de très près et dans maintes circonstances compliquées de mon adolescence. En face d'elle je me suis toujours sentie comme une sorte de bulldozer.

C'est donc elle qui met son appartement à notre disposition. La voilà prête à nous accueillir le mercredi soir. Demain elle partira vers le grand nord vosgien pour quelques jours. Elle a rempli le frigo pour nous avec ordre de ne rien laisser « car je ne sais pas quand je rentrerai et tous les aliments seront foutus ! » Enchantés Laurent et moi, qu'elle ait repoussé de 24 heures son départ pour nous accueillir. Enchantés Laurent et moi de nous sentir d'emblée si bien dans son intérieur chaleureux et coquet. Vous n'imaginez pas combien je suis émue de la voir trottiner de la cuisine à la salle à manger, tirée à quatre épingles, son tablier immaculé sanglé autour des reins. Quelle excellente soirée ! Du coup Laurent juque-là, sérieusement perturbé par les soucis internes à sa famille, s'est apaisé.

Je n'insiste pas sur notre visite à Grand maman, casée dans un EHPAD de Koenigshoffen qui n'est rien moins qu'une sorte d'hôpital pour vieilles gens. D'autant que je passe un moment malgré tout sympathique avec la maman de Laurent, et nous voilà déjà jeudi soir.

Vendredi, toute la journée, Laurent a prévu de « co-voiturer » Ses deux sœurs et sa maman pour un long moment à Gundershoffen pour une rencontre au sommet avec leur troisième soeur.

pluie

Une belle journée solitaire s'annonce pour moi. Solitaire est de la même racine que solitude... (solus-solo) Et ça n'a rien à voir. La solitude est un sentiment de perte, d'absence voire de souffrance. Solitaire est un adjectif qui ramène à un choix d'isolement et dans mon cas précis à un vrai bonheur !....

Rien que cette précision me précipite joyeusement sous la pluie.

9h30, je quitte l'appartement de Claudine, sous une espèce de crachin qui fait semblant de pas mouiller. Le ciel est gris, gris, gris... Le tram (qu'on appelle aussi le val à Strasbourg) me dépose à quelques pas de la bibliothèque Malraux que mon amie Danièle m'avait fait découvrir il y a quelques années. Je rêvais d'y retourner à mon rythme, 2000m2 de tourisme intérieur, imaginez qu'avec Laurent, c'est quasi mission impossible. Je m'émerveille sur la passerelle qui mène à la belle façade incrustée de maximes, je me vois déjà pousser la lourde porte. Mes bras ne sont pas assez grands pour tout ce dont je veux disposer... je musarde dans de vastes espaces, j'étale et j'empile... je flaire, je hume... Comme si j'y étais. Sauf que la porte me résiste parce que la médiathèque est fermée. Zut alors !

Strasbourg m'attend, et mon désappointement est de courte durée. Au détour de la passerelle, je m'attarde, en léchant la pluie qui goutte au bout de mon nez. J'oserais jamais faire ça, si Laurent était près de moi. Dans le bassin Malraux, un escadron de cygnes s'est rassemblé, pas moins d'une soixantaine que je prends joyeusement le temps de dénombrer, comment font-ils pour pas se geler le croupion,

 

cygn 2

 
 

(question :  les volailles peuvent-elles se geler les fesses ?)

kruten

 

 

 

Je traverse la Krutenau, quartier considéré comme « mal famé » dans ma jeunesse. Réhabilité dans les années 1980, c'est aujourd'hui un quartier artistes-bobos, très prisé des investisseurs. Mais il n'est pas si différent que ça et je me sens en terrain très familier.

Bien entendu, le quai St Nicolas, puis le plus beau pont de ce monde (Corbeau), demi tour, j'ai failli rater le musée alsacien que j'avais visité dans les années 70...

Je pousse la porte, ça me permettra de respirer un peu au sec. Le musée s'est considérablement enrichi, mais je suis un peu mal à l'aise. Germain Muller y a pris ses quartiers, il y prend trop de place. Cet artiste politique mort en 1994 est une figure incontournable du monde alsacien. Ces gags en dialecte traduits me laissent en marge de son humour... et je ne trouve pas ça drôle. Dans son langage, il taille aux français de l'intérieur (que je suis et vosgienne en plus !) un costume qui coince aux entournures. Quelque peu poussiéreux tout ça. Je passerai cependant deux bonnes heures à travers les coursives et chambrettes joliment aménagées à la mode d'antan. C'est magnifique, un autre monde, et qui sent bon celui-là.

La belle Strasbourgeoise m'émeut et me fascine.

Quel Chic ! Quel chapeau ! Quelle robe ! Vous l'imaginez qui avance pieusement dans l'allée centrale de la cathédrale, s'agenouille en relevant ses dentelles au pied de l'autel, penche son chapeau vers l'arrière, les yeux mi-clos pour recevoir l'ostie...

Quelle classe ! 

Rien que pour voir ça, faudrait aller à la messe !

belle

Flâneries du coté de la cathédrale, je peux m'y sentir très seule. C'est pas un temps à mettre les touristes dehors. Mais c'est un temps idéal pour voyager dans l'intemporel. Je marche à la recherche de sensations anciennes que je retrouve avec émotion. J'avais 15/17 ans en ce temps là. La place de la cathédrale était mon fief, je logeais à deux pas, un foyer sympa, rue des échasses. La rue du Dôme que j'enfile avec impatience car je veux me perdre dans la librairie « Berger Levrault », qui est devenue la librairie Broglie... tiens donc. Je m'attarde dans le magasin de musique qui prolonge la librairie... dommage qu'Olivier soit pas là, on aurait eu des gammes à faire... C'est décidé au retour j'achète un piano neuf... si ça se trouve ce sera un numérique à marteaux... si, si, ça existe, faut juste envisager le budget... en souvenir de cette formidable journée qui me ramène à moi seule...

Me voilà place Kleber, d'autant plus immense qu'elle est quasi déserte. Trop tôt pour rentrer. Je repars sous les arcades, cap sur les quais... Guère raisonnable car ma cheville me taquine... Tant pis pour elle, j'aime trop ces précieux moments. Je repère une jeune fille grassouillette qui marche devant moi, et si c'était « la moi » d'un autre temps. Je me cale sur ses déplacements. Marche rapide, arrêt vitrine, départ, ralentissement, accélération... Elle se rend compte de rien. Je délire, j'ai 15 ans, j'ai 17 ans, je m'amuse follement. C'est rigolo de jouer à la « filateuse » surtout quand je décide de me filer moi-même. Zut, voilà qu' elle entre dans une boutique « colifichets », c'est pas possible, je ne me reconnais plus. Je n'ai jamais eu un centime de franc à gaspiller dans ce genre de commerce. finalement je quitte ce moi, qui ne me va pas si bien que ça.

J'ai 65 ans et Strasbourg est magnifique. Je n'en finis pas de respirer, d'entendre et de voir, je m'imprègne, je me laisse engloutir, Le ciel aussi menace de m'engloutir. Voilà qu'il pleut des cordes. L'humidité m'imprègne, et je frissonne.

Cap sur le tram... Je meurs de faim, j'ai oublié le repas de midi, et c'est déjà l'après-midi. Vite, au sec, l'appartement de Claudine m'attend et si ça se trouve Laurent aussi !

VOL CIG

 

 

SÉNÉGAL -2009

st louisQuatre semaines entre Dakar,    Popenguine et Saint Louis

 

Dakar - Popenguine

15 décembre 2009 - Dakar
 
Nous avons réussi notre arrivée à Dakar et dans de bonnes conditions, voire excellentes, malgré mon état de santé plutôt déficient. Toux persistante, épuisante, état fébrile. Une radio d'urgence 24h avant notre départ met en évidence une pneumopathie. C'était bien le moment. J'ai donc embarqué mes bagages avec les piqûres, les seringues, la poudre blanche. Tout est passé comme une lettre à la poste en douane. Malgré mon extrême fatigue, je me sens vraiment euphorique. Et puis, je prends ainsi spontanément le rythme lent qui s'impose sous le ciel, tout en  couleur locale ça me va.
Allez une image saisissante de mon arrivée. Nous débarquons un peu sonnés de quelques heures de vol et d'une plombe d'attente à la bagagerie... D'un coup, nous voilà seuls au monde noyés dans une foultitude de couleurs et de mouvements...  Vite de l'air ! Ouf.

taxis jaunesUne horde de taxis jaunes et noirs s'impatiente le long du trottoir. On se dégage de la cohue qu'on laisse à babord, coup d'oeil à l'arrière, c'est tout bon. Laurent suit en tractant sa charrette...
Une immense place cadrée de barricades basses. Au milieu trois gros fourgons sanitaires isolés et incongrus. Et tout autour des centaines de familles agglutinées qui piétinent, s'interpellent en scrutant les portes de sortie de l'aéroport. Comment peut-on rassembler autant de personnes en attende de leurs immigrés ? Je passe en mode totale réception. Un grosse bouffée d'air estival. J'aime bien ce sentiment de plus savoir où je suis.  Il faisait 25° à l'arrivée vers 1Oh du soir.
Hier découverte à pieds de Dakar... en même temps, monter dans un de ces magnifiques bus, ça nous démange.bus

On va, on zone, on s'imprègne. Si ce pays n'est pas neuf, il est parfaitement nouveau et ce pays nous plaît.

Popenguine, 19 décembre 2009
 
C'est avec enthousiasme que nous quittons dimanche après-midi la bousculade de Dakar. Déambuler à travers la ville relève du défi et notre position de toubab (porte monnaie sur deux jambes) n'est guère confortable. Comme nous a soufflé un sympathique  jeune homme croisé dans la rue.salut

 

 

 

 

"On est vraiment casse-couille Madame, mais on n'est pas méchant !"

  Popenguine est un village formidable et la maison que nous louons est exactement ce qu'il nous fallait malgré son total dénuement. 
Nous ne sommes pas surpris que la radio ne fonctionne pas, que les cannisses sur la terrasse soient en ruine, que le portillon soit démantibulé, les volets déglingués par l'hivernage, que les dalles d'accès à la maison branlent allégrement, que les ampoules pètent quand on appuie sur l'interrupteur. Le pince fesse ici se joue dans les toilettes. Ainsi en va-t-il de la vie africaine. Les coupures d'électricité sont quotidiennes et de préférence entre 19h et 23h. Dîner aux chandelles chaque soir, j'en connais de plus malheureux. C'est en général au moment délicat où tu retournes ton poisson dans l'huile chaude ou que tu veux te savonner sous la douche que la lumière s'éteint. J'adore !
maisonLe moment béni est celui du petit déjeuner. Le soleil est encore dans les nuages et la température est très douce (25°) avec en prime l'air frais de la mer. Vue imprenable sur les pirogues qui partent en pêche. Ici le poisson est l'aliment de base et on en mange tous les jours.  Par l'arrière de la maison nous passons notre portillon un bel escalier privatif nous descend directement sur la plage.

cap naze De gros rochers cassent les vagues et lorsque la marée monte l'écume lèche les marches des escaliers. Nous sommes bercés en permanence par la rumeur sourde de la mer sur le sable. Il m'arrive encore de me réveiller la nuit fort surprise que le lit ne boube pas car je ne sais plus quelquefois si je suis en mer ou à terre. C'est un total apaisement et les nuits sont magnifiques.
Nous avons fait plusieurs visites au campement de Keur Kupan. Lundi matin nous allons revoir Oulimata pour envisager l'avenir. Ici les choses se mettent en place doucement et les décisions se prennent avec un flou très artistique. Entrer en action est une autre affaire. Ce n'est pas encore à l'odre du jour.
Nous avons visité la réserve naturelle, en soirée au moment du coucher du soleil, petit coin de paradis à Popenguine.

Des nuées d'oiseaux noir et bleu, jaune et vert, rouge et verts, des gros becs noirs, des larges becs rouges, des plumages argentés. Ils peuvent être comme nos hérons ou échasses, mais ils sont aussi très exotiques avec des noms de rêve, roullier d'abyssinie, Kaloa bec rouge, merle bleu, merle argenté... et un dont j'ai oublié le nom qui fait semblant d'être un cygne.

koalaMerle d'Abyssinie et Koala bec rouge

Nous rencontrons tout plein de monde et je prendrai le temps de vous en parler, un peu plus tard car c'est un enrichissement qu'il faut réfléchir et qui me remet en question.
Hier soir, une belle entrée d'air maritime a porté des nuées de papillons blancs sur la terrasse. Il en arrivait de partout par gros paquets. C'est bientôt Noël et à Popenguine il neige des papillons. 
 
 
 

 


       

Immersion à Popenguine

Popenguine, 24 décembre 2009,

Au moment où j'inscris la date, je réalise que c'est Noel pour vous tous. Je vous imagine dans vos boutiques, dans vos préparatifs de soirée festive, oh les pôvres, à vous cailler les miches sur les trottoirs encombrés. En même temps je suis au clavier, la chaleur est déjà de 30° et la mer gronde contre les rochers. Quel sentiment étrange que ce partage de sensations entre ici et là-bas.
Donc ici, les gens nous ont repérés.  Les enfants ne nous interpellent plus, "bonjour Toubab !" Nous sommes en nette progression. Ils nous appellent par nos prénoms.

gaminAh l'incomparable réconfort d'être reconnus !

randoNous avons fait une rando jusqu'à la lagune de la Somone. Nous avons choisi de traverser la réserve naturelle plûtot que par les rochers. Laurent souffre toujours de son genou et le crapahutage nous a paru formellement déconseillé. Deux heures de belles enjambées à travers la brousse c'était déjà un gros effort. Au sortir de la réserve on entre dans le village de Guéréo par le nord. Une dizaines de femme s'activent en plein soleil. Elles ont étalé à travers un vaste espace de rochers leur séchage de poisson. Les enfants sortent de l'école et nous interpellent joyeusement. Nous voilà régressés au rang de "toubabs". Le village est superbe, de belles petites échopes, des maisons proprement alignées. Une vie tranquille et laborieuse. Notre arrivée y apporte de l'exotisme.

Au bout du village nous trouvons une charrette qui va nous conduire à la Somone à travers les palétuviers. paletuviers

Repas de lotte grillée et patates douces à l'abri d'une paillotte sur la plage.
Laurent et Brigitte qui ont adopté la Gazelle (bière locale plutôt douce) en guise d'apéro ont les jambes un peu molles au retour. Et puis le début de l'après-midi, ça cogne sec depuis le ciel. La brise d'Est qui souffle presque en permanence est un vent de terre. La sensation de frais n'est qu'illusoire. Il faut attendre la fin de l'après-midi et la renverse d'air maritime pour avoir un peu de frais au moins 5 minutes, juste le temps de prendre froid. Mais où sont nos petites laines ?
On évite en général de s'allonger sur le lit pour se détendre au moment le plus chaud de la journée. C'est étouffant.  les draps et les matelas sont affreusement chauds. On en pique ici des suées, j'espère que c'est salutaire.
Nous sommes invités à droite et à gauche, pour un repas pour un thé local... Nous rendons la politesse. Du coup notre vie sociale s'enrichit en permanence.
Deux personnes partagent notre profonde sympathie. Sidi, le jeune Mauritanien bijoutier qui n'hésite pas à faire 20km à pied s'il sait qu'un charter de toubabs est annoncé dans les villages voisins. sidi

Et puis, l'incontournable Hubert, notre futur tailleur... Je suis en affaire avec eux, mais nous n'avons encore rien défini de précis... J'aime cette promesse de négociations qui prend le temps de se réaliser et de parler d'autre chose. hubert

 

 

 

Nous sommes allés à Thiès avec Birane, il nous a pilotés toute la matinée à travers l'immense marché. J'ai fait provision de légumes et de fruits. J'ai aussi acheté du beurre de karité pour Alex et Karine... Les garçons entraînez vous à l'art du massage tout en délicatesse. Vous aurez bientôt besoin de maîtriser cette technique pour vos dames.
Sur le marché, c'était curieux les négociations entre le vendeur, Birane et nous, toubabs qui payons le tarif toubab, bien entendu. Je précise à chaque fois que je suis toubab français, pas toubab américain, faut pas exagérer non plus. Les vendeurs trouvent ça très comiques...thies1
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Avec Oulimata et le campement des femmes nous avons réfléchi. Nous avons aussi rencontré le Principal du Collège. Nous avons beaucoup discuté avec Birane et sa femme. (ils viennent manger à la maison la semaine prochaine). Nous sommes Laurent et moi très dubitatifs quant aux grandes idées sur la manière de venir en aide à ces hommes et à ces femmes qui vivent de si peu. Telles que nous voyons les choses depuis notre opulente Europe, nous sommes vraiment à côté de la plaque. Dans l'immédiat après concertation avec les actifs du village, nous avons réorienté notre projet de partage avec le  village.

rue pop
Nous avons passé une matinée sur le travail des "pare feux"avec les jeunes du collèges. Débroussaillages des herbes sèches tout le long de la clôture qui protège la réserve. Nous avons des rendez-vous pris avec les adultes bénévoles de la Réserve et dans les villages voisins. Je vous en reparlerai plus tard.
Depuis quatre jours, (c'est aujourd'hui le dernier) Nous essayons Laurent et moi de comprendre le phénomène "n'deup". C'est un évènement rare, il concerne une femme du village "malade dans sa tête". Elle est en quelque sorte habitée par un esprit malfaisant qui la détruit. La communauté a décidé de la soigner collectivement. On fait venir un groupe de musiciens (sept tam-tams de formes et gabarits différents) on fait venir une guérisseuse qui prend les choses en mains. Une partie des cérémonies se passent dans la maison de la malade. C'est un  rituel compliqué. On sacrifie une chèvre, des poulets blancs. On prépare de la nourriture pour les offrandes, lait caillé, fruit de Kola, et puis de l'eau "sacrée".
Il y a trois cérémonies par jour, une vers 11h le matin, une vers 17h le soir et une la nuit.

soir merLes femmes et les enfants se rassemblent en cercle devant la maison de la femme "possédée". La plupart apporte chaise ou tabouret. Le guide de cérémonie matérialise un petit espace au milieu de ce cercle d'environ trois cents personnes. Il y verse de l'eau sacré, du lait caillé et un espèce de cône planté dans la terre. Les musiciens s'échauffe mollement. Ca démarre un peu dans la confusion. Les femmes installent leurs petits confortablement contre elles, les plus jeunes s'installent par terre, on échange les derniers potins. Une bonne heure pendant laquelle on prépare la malade dans sa maison. Puis d'un coup les tams-tams s'harmonisent, les sons giclent avec violence et le rythme s'accélère. Une femme puis deux, puis trois se lancent sur la piste. Elles se déplacent en tournant autour du cercle sacré, leurs pieds battent le sable, la danse devient frénétique. D'un coup l'une envoie sa tête dans tous les sens, ses yeux se révulsent. elle jette ses bras vers l'avant, vers l'arrière, vers le sol. Plus vite, toujours plus vite. Plus fort, toujours plus fort. Elle court en titubant à travers la piste. Elle s'affale. Tout son corps est agité de spasmes. On l'asperge d'eau sacré, on l'aide à se relever, elle repart sur la piste, plus violente encore. Visage vers le ciel, elle hurle des sons étranges. Le public rigole, elle doit dire des obsénités. Elle lève ses jupes, elle balance ses cuisses dans tous les sens. Elle est effrayante. Des 'meneuses" (je ne sais pas comment les appeler" gardent le contrôle de la situation. Elles arrosent les femmes qui dansent, elles les arrêtent si elles se jettent sur le public, elles rafistolent leurs tissus qui glissent et se dénouent. Un des musiciens  harcèle l'une au l'autre avec un tam-tam au son très métallique... Elle se retourne vers lui et tout en gesticulant se rapproche et s'affale dans ses bras. Deux ou trois femmes essaient ainsi d'entrer en transe avec la malade. Pendant tout le temps de la danse, elles sont aspergées d'eau sacrée. La nourriture passe entre les chaises ainsi que la calebasse de lait caillé.  Les tams-tams assourdissants sont soutenus par les mélopées des femmes qui facilitent par leurs incantations l'entrée en transe. C'est une démonstration magistrale de la puissance collective. C'est un vrai travail sur le mental. Nous n'avons pas compris tout le rituel, mais à un moment, la musique s'est arrêtée. En en quelques secondes la place s'est vidée. De toute évidence, personne ne souhaite s'attarder sur les lieux du rituel. Les visages familiers nous ont salué rapidement et se sont échappés. Nous nous sommes retrouvés tout seuls sur la place les oreilles vibrantes, à plus trop savoir quel était ce silence étouffant ni à quel monde nous avions échappé.

Germaine ton pays est magnifique,

Merci à toi et à Pierre de nous y avoir initiés.
bonne annee

 

Autour de Popenguine

Premier janvier 2010, c'est l'heure de la sieste pour les uns, l'heure courrier pour d'autres, pour moi l'heure de revivre en images quelques moments de notre bonne et belle vie autour de Popenguine.
D'abord une belle virée en vélo (loué gentiment à Birane, 2 euros par jour, deux vtt flambant neufs, version sénégalo-chinoise, option homme, option dame, plus de vitesses que je ne saurais en compter...) La route goudronnée qui sort de Popenguine, puis une piste qui longe la mer.La piste tantôt parfaitement damée, tantôt de sable fin que le vent a dispersé en vaguelettes très casse-binette... Et raide au pédalage.  Une dizaine de kilomètres de suées fort sympathiques, (même sous le chapeau peul destiné à Olivier, un peu usagé mais authentique...chapeau L'homme qui me l'a vendu assis au bord de la piste, le portait sur la tête. Dures négociations dans un langage approximatif. Je le quitte fort joyeuse, la tête un peu lourde, mais enchantée par ma négociation. A voir le large sourire du berger, aucun doute je me suis fait avoir. Et ça me comble de joie !
La brousse est un vaste espace d'herbes sèches très hautes, d'acacias et de baobabs centenaires. Bientôt les baobabs auront perdu leurs feuilles de lourds fruits oblongs qui pendent  tomberont au sol. Une fois bouclé ce cycle, ils seront prêts pour subir la saison sèche sans dommage.  baobab
Lorsqu'une voiture nous double ou nous croise on traverse un écran de poussière, ne restons pas sous son vent ! Les ânes très élégants avec leur encolure marquée d'une belle ligne sombre, broutent dans la poussière. Nous croisons des carrioles,  des chars à bancs,  tirés par des chevaux,qui ont la taille des ânes. On slalom d'un bord à l'autre de la piste en fonction du relief du sable et les charrettes aussi... Où croiser un véhicule est la question jusqu'au moment où on frôle la charrette. De grands saluts, que de la joyeuseté sur la route.   
Cependant, à l'entrée du village le comité d'accueil me préoccupe : un gros troupeau de zébus blancs qui occupent toute la piste. De loin, ils ont l'air placide... De près je les trouve trop gros... J'en mène guère large et je descends du vélo avant de traverser le groupe. zebus2Pourvu qu'y en ai pas un, en manque d'affectif et qui voudrait m'enlacer avec ses jolies cornes si largement arrondies vers l'avant.

zebus1 Au bout du troupeau alors que je remonte sur le vélo vraiment soulagée, c'était pas si terrible finalement, un coup de guidon intempestif me permet d'échapper au gardien qui fait des moulinets en l'air avec son coupe-coupe. Échapper aux vaches africaines et se faire pourfendre par un Sénégalais maladroit... ou rigolard !
Autre jour, Une virée avec Wulimata à la rencontre des villages de brousse. Qu'il y ait une éolienne pour tirer l'eau au robinet du puits ou que les femmes montent les seaux à la force des bras... C'est d'abord et avant tout du labeur joyeux et plein de couleurs. A proximité du puits un homme étrille son cheval. Qui ne se soucie que du seau dans lequel plongent ses naseaux. A notre approche il relève sa gueule ruisselante, le poil d'un beau brun soyeux... Encore un qui trouve la vie bien belle en cet instant.
L'un des hommes nous explique que l'éolienne c'est pas le Pérou, car s'il n'y a pas de vent, il faut aller chercher l'eau à pieds au village voisin.
Chez les voisins, ils ronchonnent contre l'éolienne qui les nargue, parce que ceux là quand y'a panne de vent, ils viennent prendre leur eau... Du coup, il peut arriver qu'il n'y ait d'eau pour personne car le puits n'est pas en réserve pour deux villages.  Hé oui, à chacun ses parasites. Ici ce n'est pas le pain que l'étranger te prend dans la bouche, c'est l'eau ! Mais eux je les comprends, ils ne vivent pas dans l'opulence !
A la sortie du village sous les baobabs, d'énormes tas de mil ou de sorghos. Laurent s'essaie au battage comme un vrai de la brousse. Aïe mon dos ! C'est plus de son âge. Il est vrai que ce sont de jeunes hommes qui se relaient pour ce travail fastidieux et épuisant. Le long bâton épais qui sert de battoir n'est pas un outil de rêve.  Plus loin, des femmes debout devant un  mortier en bois pilent les graines pour les décortiquer. Elles se relaient au pilon. Dans un autre groupe elles sont assises en rond au sol, leurs bébés collés dans le dos. Elles vannent  avec une grosse calebasse évidée.Des poussières de son volent comme de minuscules mouches et les enrobent de nuages gris.
Il est pas loin de midi, la chaleur est étouffante et ça bosse tranquillement mais sans répit sous la protection des baobabs.
Nous rencontrons des gens souriants, aimables qui ouvrent leurs portes. Nous reviendrons les voir la semaine prochaine, après les fêtes.

mar 1Notre vie sociales prend une belle envolée. Nous voilà invités à un mariage Serère. Je n'ai pas tout compris du rituel d "intronisation" de la mariée avec les femmes, ça prend un temps incroyable, ça mériterait un coucounet pour lui tout seul ce mariage.
mar 2

 

 

 

Ensuite, un peu de tourisme dans l'île magnifique si bien préservée de Fadiouth, l'île aux coquillages. Le tourisme y est magistralement contrôlée.Visite guidée obligatoire. C'est la version africaine de Riquewhir ou les Baux de Provence. C'est magnifique. Une sorte de musée en plein air,  greniers à mil des temps anciens qu'un conservateur entretien et protège sous l'oeil placide des oiseaux de la mangrove.
Nous sommes entrés en début de soirée en pirogue, soleil couchant sur la mangrove. 1 joal

Dans le village harcèlement commercial inévitable. Nous avons perdu Laurent pendant une bonne dizaine de minutes. Il finit par nous rejoindre vraiment très content de lui. Il a troqué un magnifique (?) masque en bois  et se pointe en traîne savates des tongs infâmes, couleur verte, aux pieds... Super Laurent se met au rythme local.
- C'est quoi cette horreur, t'es fou d'avoir acheté ça ?
- Je l'ai troqué
- Troqué ?
- Oui, j'ai filé mes chaussures contre l'objet d'art (?) et les tongs du vendeur. Je voulais pas acheter et mes chaussures lui plaisait tellement... Il les lui fallait absolument pour le 31 décembre. Il était certain qu'elles allaient lui assurer un énorme succès pour la soirée. Y'a pas d'mal à faire plaisir !
En voilà un beau souvenir de vacances ! Avec le lourd chapeau paysan, nos bagages vont s'alourdir considérablement.
Pourvu que  Laurent ne troque pas sa flûte contre un balafon !grenier

Soirée cinéma à Popenguine

Salut les Hivernois,bus

Allez,  zou, encore un excellent moment de vie à Popenguine pour vous réchauffer les zygomatiques et c'est au cinéma au coeur du village, sous l'arbre à  palabres que ça se passe. 
Hé oui, séance fin d'après-midi pour les petits avec "le livre de la jungle" ; séance en soirée pour les grands avec "tableau ferraille".

Dans l'après-midi, le réalisateur  Moussa SENE (né dans la banlieue de Dakar en 1958) et son équipe très professionnelle, bien rodée aux techniques locales, (ils sont deux technos)  ont installé un immense écran de tissu blanc tendu entre deux poteaux, au fond de la place du marché juste sous la pharmacie. Des bancs, des chaises ont été alignés en demi-cercle par un peu tout le monde. Ici on va au cinéma avec son tabouret sous le bras, une chaise pliante, voire un fauteuil et des coussins... Il faut savoir que la projection est gratuite ce qui autorise à chacun de placer le luxe de sa place comme il le souhaite. Moi, j'ai prévu de m'asseoir par terre pour être bien devant.... L'agitation est fort sympathique, vivement ce soir.

 popo

21h, nous guettons depuis la terrasse les bruits ambiants guère différents du quotidien, ânes, cris d'enfants, rares voitures, cloches du couvent...  Nous décidons d'aller faire un tour (une centaine de mètres) jusque sur la place. Silence totale, chaises vides, pas âme qui vive, ni chat, ni chien, pas l'ombre d'une chèvre. L'écran est tout blanc, tout propre, stérile. Il ne se passe absolument rien ici.  Peut-être que ce n'est pas la bonne heure, pas le bon jour. Retour à la maison. Nous gardons l'oreille aux aguets.

22h, nous croyons percevoir une sorte de rumeur, des grondements, des piaillements. Mais les vagues sur les rochers nous perturbent, nous doutons. Retour sur la place. En quelques enjambées impatientes nous déboulons sur une place noire de monde. Des enfants pour un bon tiers du public... Tous les sièges sont occupés, bien des gens debout. Nous nous approchons. Moussa est devant l'écran blanc, face au public. Il parle en wolof. On distingue à peine ce qu'il dit, d'ailleurs je n'ai pas tout de suite saisi qu'il ne parlait pas en français. Le bruit ambiant est énorme. Ça discute, ça crie, ça se bouscule, ça gesticule et ça s'interpelle. Quelqu'un nous fait signe d'avancer. Les enfants assis sur la dernière rangée de chaises sont vivement expédiés ailleurs. 

- Allez ouste, c'est pas pour vous, la séance du soir, laissez la place aux grands (ça me fait plaisir d'être traitée de "grande")
Les gamins se faufilent entre les chaises, prestement casés au mieux. L'orateur commence à manifester de l'agacement. Il fait de grands gestes, de grands pas face au public, il essaie d'interpeller, de retenir l'attention.
... Bon, puisque personne n'écoute je continue en français.."
Super qu'on se dit Laurent et moi. On va savoir de quoi il cause. Mais vu le bruit ambiant et les sonorités particulières du sénégalo-français, on capte rien du tout à son discours.  Il semble que l'ensemble du public se désintéresse aussi de ce monologue.
Mousssa lève les bras vers le ciel, "Et M... j'abandonne, envoyez le film !"
Le public se calme un peu, puis tout à fait. C'est presque incongru ce soudain silence, à peine le temps qu'on s'étonne. Des murmures reprennent, à droite, à gauche, un peu partout. Puis un éclat de rire, un autre, quelques autres... Mais bon, on peut suivre l'intrigue et très vite les images nous captivent. Enfin quand y'a pas de voiture qui passe. La route est juste derrière l'écran alors il arrive que des phares éblouissent  et on ne voit plus rien du tout pendant quelques instants. Mais c'est hors écran que nous sommes le plus fascinés. Il y a maintenant des scènes un peu crues... On ne comprend toujours pas les dialogues en wolof vaguement sous-titrés en français très approximatif. Mais la gestuelle des acteurs, les mouvements, les expressions sont très explicites. Un mot, un geste, les gamins hurlent de rire, ils crient, ils se tapent sur les cuisses. Les hommes engueulent une actrice qui paraît être une vraie putasse.... elle malmène un brave ministre intègre... si si si ça existe au Sénégal, au cinéma. Les femmes poussent des petits cris et chuchotent.chèvre Le long de la route, les moutons poussent des bêlements réguliers, les chèvres donnent la réplique... qui ponctuent efficacement les dialogues. L'action se complique, les relations entre l'homme et ses deux femmes sont tendues. .. trois ânes passent derrière l'écran, leur silhouette est fantastique. L'un d'eux un peu plus curieux passe la tête sous le drap, pardon sous l'écran. Hilarité et adhésion totale du public. 

aneLe bestiau nous brait un bon coup dans les yeux... Les deux potes de l'âne font le tour et passent devant l'écran. C'est du cinéma 3D mais La compréhension des images se compliquent. Un gamin assis par terre rampe un peu trop vite pour les chasser. Il s'emmêle les pieds, les mains, la tête dans les connexions du lecteur vidéo. ... Ecran noir. Mais où est la télécommande ? Moussa revient devant le public hilare.
"J'ai oublié la télécommande chez moi. Nous allons résoudre facilement cet incident. "
Il tergiverse avec les techniciens. On attend, on papote, on s'informe, on rigole. On en profite pour connaître les derniers potins. Quelqu'un fait passer des biscuits, des dattes. C'est l'entracte en quelque sorte. On est vraiment bien là au chaud sous le manguier. 
Nouvelle intervention de Moussa "nous allons chercher la télécommande à la maison, on ne peut pas faire sans. Attendez nous quelques minutes, ce ne sera pas long". Puis il s'éloigne vers sa voiture avec les techniciens.
Alors, les spectateurs qui n'ont vraisemblablement pas tout compris quittent progressivement leur place. L'espace se vide dans la bonne humeur et comme chacun sait, la bonne humeur c'est contagieux. Donc l'espace se vide. Vraiment c'était un excellent film, nous aimerions voir la fin . Nous attendons stoïques.  Lorsque Moussa revient après plus d'une demi-heure, (nous sommes trois sur les bancs) et il annule la séance. 

Le soir suivant, "Madame Charrette" nouvelle projection, toujours avec Moussa qui est héroïque dans son genre. Au 1er tiers du film, coupure de courant, je m'étonnais aussi que ça ne soit pas arrivé la veille. 


Quand Popenguine fait son cinéma, c'est dans la joie et l'insouciance. Le réalisme illumine la fiction, les acteurs hors écran sont époustouflants de naturels et les images 3D ne sont pas virtuelles. Quant au spectateur, il ne sait absolument pas ce qui l'attend. C'est du cinéma à haut risque. 

village plPour les jours prochains de nouvelles rencontres sont prévues dans les villages de brousse et une grosse journée avec les pêcheures de Guéréo. Et puis toujours notre intense vie sociale associée à de rares moments touristiques. Toutefois nous avons prévu une escale d'une journée à Saint Louis avec Birane et Diarhère. st louis
Le temps se rafraîchit et les moustiques se planquent. 30/32 ° dans la journée et autour de 20 °le soir. 
Les codes de fonctionnement, le rythme du quotidien, tout ce qui manque de superflu, tout ce qu'on gagne d'essentiel.... nous apprenons une autre vie et nous aimons cette vie là. Notre retour est imminent. Ce sera étrange l'opulence dans la petite maison de Velaux.... JanouB

 

 

 

 

 

VAUCLUSE (Evasion sanitaire-2020)

La pandémie de Coronavirus fait parler d'elle en France
MARDI 10 MARS 2020- CAS RECENSÉS :
- en France : 1784
- en PACA : 90
- dans les Bouches du Rhone : 37

On aime entendre que ces malades viennent d'ailleurs, qu'ils ont été confrontés à d'autres malades, ailleurs toujours, et que si on a du pot, ça peut s'arrêter là. Y'a pas encore de règles sanitaires strictes, sauf les messages de l'OMS, (consignes d'hygiène élémentaires, comment se laver les mains, comment éternuer, comment tousser, comment se moucher...)
- Dis Laurent, le petit camion nous attend devant la porte... On s'évade quelques jours ?
Grand soleil. Ça sent rudement bon dans l'habitacle. Avant  l'hive, j'ai probablement aspergé les rideaux avec de la vanille ... Je peux pas m'en empêcher, je suis accro à ce parfum. C'est en chantant que je rapatrie à bord tout le linge utile. Si l'espace était plus vaste, je danserais. Je ferais valser torchons et serviettes qui tomberaient parfaitement empilés dans les équipets

cc

 

Presque midi. Nous voilà échappés. Ah le sympathique ronronnement du petit camion. Pour une fois, la maison n'a pas couiné au moment d'activer l'alarme. Si ça se trouve, la sirène est en panne. Honnêtement, je m'en fiche complètement. Et je crois bien que Laurent aussi, car il s'est à peine gratté le front avant de mettre le contact. Et moi, souveraine en ce monde minuscule, je m'installe, le museau proche du pare-brise, les fesses décollées du siège. J'ai envie de prendre la route en plein museau... Bon vous affolez pas. C'est juste le temps d'amorcer la descente de la colline et je me cale à bord. Position Matayou, mon assise yogi perso, les bras en appui sur les accoudoirs... Le dos bien calé au fond du siège; vue est imprenable.

Nous jasons Laurent et moi... de n'importe quoi, pour le plaisir de communiquer... Même pas de notre destination puisqu'on ne sait pas précisément où on va dormir ce soir. Un petit vent de liberté murmure à mes oreilles. Je rêve de navigation. Le cap global au compas du bord ce serait le mont Ventoux...  Mais au compas comme vous savez, on tire des bords. Et Laurent toujours en phase avec moi, commence à se perdre à Salon de Provence. On tournicote dans la ville, vous l'avez compris, on tire des bords carrés. Saturés de hasard, on finit par suivre les flèches autoroute-cavaillon.

Après c'est toujours tout droit. Jusqu'à Malaucène. Le temps de traîner sur un vaste marché de producteurs locaux, boire notre premier café des vacances au soleil en terrasse "bar du marché"... On zone dans la ville, on monte au belvédère. Une bien jolie pause que Malaucène nous offre.

malaucene malaucene belv mal

Nous voici à Bédouin et affamés. Pique nique champêtre avec les dentelles de Montmirail en sentinelles dans la brume de beau temps.  Le village de Bédoin dispose d'une multitude de parkings, tous vides en ce moment, réservés aux voitures de tourisme. Je n'ose pas imaginer les queues et l'affluence d'été. Pour les camping-cars, face au camping, il y a une aire autorisée, payante par borne. Il y a aussi immense parking dédié avec services à  la sortie de la ville. Celui-là est gratuit, sur macacam. Le camping sauvage n'est pas toléré. Nous choisirons pour la nuit notre formule favorite, chez l'exploitant, Le domaine Les Vaudrans Ste colombe. C'est un chouette espace aménagé sous les arbres, herbe tondue de peu, cinq beaux espaces matérialisés par tables et bancs "pique-nique". Nous y sommes seuls avec les chants d'oiseaux. Une ambiance champêtre comme je les aime. Un sympathique paysan nous accueille, qui fait du vin et du miel de lavande... Notre avitaillement de base s'enrichit. Bédouin est un magnifique village (y'a que l'églilse qui est un peu lourdaude et massive). Nous avons aimé nous perdre dans les venelles empierrées. Quelquefois ardues à monter. Bédouin, nous y reviendrons.

bedoin

MERCREDI 11 MARS 2020

Nous prendrons la route du Mont Ventoux, partiellement fermée. On se gare devant le chalet Reynard, d'une absolue mocheté. Le GR empierré monte derrière vers le sommet. Le vent souffle avec violence. C'est un monde de roches et le crâne pelé du Ventoux est tragique dans ce monde hostile. 1/2 heure de crapahutage en se tordant les pieds dans les caillasses... et ce maudit vent qui nous transperce. Laurent est un peu à la traîne.
- Laurent, ça va...

- Bof, tu trouves ça chouette ?
- Non, et pas agréable en plus. On redescend ?
- Si tu veux...
Le message est clair. On est en bas en quelques enjambées, où le désert du chalet nous accueille. Retour vers Bédoin-Malaucène. Puis cap vers Beaumes de Venise. Là, on a nos entrées. Le domaine Bouletin vraiment bien équipé nous attend. Toute cette route est dédiée au tour de France, de vastes espaces sont aménagés sur les bas-côtés, je crois bien que ça me tenterait de venir y poser nos roues pour quelques jours, cet été, si les champions passent par là. Laurent ne partage pas mon engouement. Bof, pas grave, on fera autre chose.

JEUDI 12 MARS 2020- cas recensés en France : 2876
- en PACA : 151
- dans les Bouches du Rhone : 67
- dans le Vaucluse : 4

C'est comme si notre espace de vacanciers étaient isolés du monde. Nos voisins sont souriants et décontractés. On ne s'évite pas, on se communique les bons plans. Laurent et moi optons pour un départ découverte du plateau des Courens.

courens Au départ du domaine viticole c'est un vrai plaisir de se lancer dans les collines qui dominent Beaumes de Venise. Des terrasses maraîchères ou viticoles s'offrent au soleil et c'est dans une ambiance très printanière que nous partons à l'assaut de ce sentier. La piste confortable monte à travers une belle forêt méditerranéenne. En hauteur la vue se dégage et nous offre la ville sous toutes les coutures. La descente par l'autre versant est plus acrobatique. C'est un chemin de ravine creusé directement dans la roche, des pas hasardeux. C'est pas terrible pour mon dos, mais j'adore cette descente. courens

SAMEDI 14 MARS  2020- cas recensés en France : 4500
- en PACA : 279
- dans les Bouches du Rhone : 131

Le danger se rapproche, le virus est entrain de prendre le dessus. Faut peut-être pas traîner dehors. Nous écourterons nos vacances. Décision immédiate. Nous serons chez nous en fin de matinée. Juste le temps de faire quelques courses... et de se rapatrier à la maison, sans passer par la case Olivier, dont nous frôlerons quasiment la maison. Guère de regrets, à cette heure, ils sont tous au boutot scolaires ou professionnels.

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VENDREDI 20 MARS 2020- cas recensés en France : 10995
Il y a maintenant une semaine que nous sommes rentrés. Le coronavirus fait des ravages. Tout le monde s'accorde à dire que le pire est à venir. Nous avons bien entendu suivi les interventions de nos chefs d'état. En conséquence, nous avons organisé notre vie à l'intérieur de notre monde qui se résume aujourdh'ui à deux personnes.

J'aime bien cet isolement obligé. Seuls à bord. Comme sur Lune de Miel, c'est aussi une occasion inespérée de retrouver notre mode de vie simplifiée, au jour le jour, comme d'une traversée transatlantique. C'est l'occasion rêvée de se débarrasser de toutes les contraintes superflues. C'est l'occasion rêvée de ne faire que ce que nous avons envie de faire. Comme sur Lune de Miel, je concocte avec trois fois rien, des pâtes, du riz, des pommes de terre pour en faire des mets de luxe. Comme sur Lune de Miel, nous reprenons l'habitude de faire notre pain. Comme sur Lune de Miel nous disposons de l'essentiel et nous nous passerons avec légèreté de tout le reste. Nous sommes moins actifs que sur le voilier, c'est vrai, mais il y a le jardin qui nous attend avec un sympathique programme d'entretien (physique pour nous, esthétique pour lui). J'ai aussi sous la main, et c'est une aubaine, la gym d'entretien à laquelle Annette m'a initiée. Comme sur le voilier, notre destination reste hasardeuse... les délais imprécis.

Ce qu'il y a de mieux sur terre, c'est vous. Où que vous soyez, nous ne sommes pas loin de vous. Nos pensées voyagent et se rencontrent. Elles s'en moquent du virus. On n'est jamais aussi seuls qu'on croit.

A vous toutes et à vous tous, cordialement. La main droite sur le coeur.

 

 

 

 

 


 

VOSGES-ALSACE-TOURAINE ET RETOUR (2021)

camping

 

EN PASSANT PAR LA LORRAINE

padoux
Padoux-88-Sainte Libère

4 juin 2021

Top départ, casi en temps et en heures... Pas de souci d'alarme, pas de serrure qui coince. Quant aux dérapages incontrôlés sur carrelage mouillé... J'ai résolu ce dernier  risque. Pour la première fois de ma vie, je me suis contentée de passer l'aspirateur avant le départ. Et hop là, que la crasse reste où elle est, je ne veux pas le savoir... Je m'en fiche d'autant plus que je ne serai pas là pour la voir... Le retour sera un autre monde. En attendant, que vivent les vacances !

En tirant des bords, notre cap vers le nord-Est, passe par les Cévennes. Un court et agréable détour le temps d'embarquer ma soeur Annette à bord du petit camion. Annette est une passagère remarquable, discrète, détendue, et pas compliquée pour deux sous. Notre séjour dans les Vosges s'annonce fort bien
 

clocher Rambervillers
le clocher de Rambervillers

Nous y retrouverons notre grande soeur Thérèse, et ce sera un séjour d'une petite semaine intense de contacts familiaux, mais aussi quelques retrouvailles. Bien du bonheur avec mes amis d'enfance. Laurent prisonnier des trois soeurs s'accomode avec sa décontraction légendaire à nos improvisations, à nos discussions, à nos échanges quelque peu hermétiques. Tout ça avec le sourire...

Si vous ne connaissez pas les Vosges, faut que j'vous dise. C'est un petit pays extraordinaire.

Les prairies couvertes de fleurs, les immenses forêts d'épicéas aux branches étalées, aux troncs parfaitement droits, les champs de blés encore verts. Les fermes au milieu des prairies... et les vaches. c'est une nature paysanne profonde et généreuse. Tel est le pays, tels sont les Vosgiens. C'est le seul endroit au monde où lorsque vous êtes invité, vous repartez avec un p'tit kek chose, à vous seul destiné. Pratique qui se conçoit entre intimes pour chacun de nous, mais dans le doux pays des Vosges, quel que soit votre niveau de relation, quand bien même vous ne seriez que de passage, vous ne pouvez pas repartir les mains vides.

Bult Village
Bult-88

Je suis aujourd'hui émerveillée de penser aux petits trésors déposés dans la soute du petit camion. Josiane, que je connais trop peu,  m'a touchée plein coeur, en m'offrant sur le seuil de notre départ une chouette peinture réalisée à partir d'une photo coucounet, image de mer, de voilier, de traversée... Ce beau tableau va rejoindre à Velaux celui de Richarde; oh qu'ils vont bien s'entendre ces deux là. Rien que d'y penser, j'en pleure encore d'émotion. Lune de Miel ne quittera jamais mon coeur, et mes amies y veillent.

 

 

 

 

nANCY
Nancy-Place Stanislas

Nancy

QUE NOTRE ALSACE EST BELLE !

10 juin 2021

cigognes
Les cigognes sont de retour !

Notre première étape en Alsace sera à Fellering. Nous y retrouverons la chaleur et la joie de vivre de Fabienne,  la douce ambiance de sa maison. Le parc de Wesserling, c'est toujours le même enchantement. Un univers paysager fort ludique toujours fortement imprégné de cette époque laborieuse des ateliers textile qui ont fait la gloire et la richesse de la vallée. Nous y découvirons aussi l'étonnant jardin de Paulette, un amour de jardin d'un amour de jardinière. Y'a des personnes comme ça, aussi rares que discrètes qui s'enchantent de créer du magnifique avec la nature, les arbres, les herbes et les fleurs. Un incroyable espace dont il est difficile de s'extraire. Départ de Fellering,  la soute du petit camion va s'enrichir d'un p'tit kek chose...

Nous avalerons goulument la route des crêtes pour une pause isolée, (carré d'herbe, protection des arbres) à quelques pas du Grand Ballon. Mes escarpins de marche (ça tient à la fois de la chaussure orthopédique et du  chausson de danse-pointes souples, talons moelleux) s'adapteront parfaitement aux sentiers de rando caillouteux ou herbacés du club vosgien. Mes articulations arthorosiques vont même pas se rendre compte à quel point je les sollicite. Une pause dominante, vue imprenable sur les sommets.

- Dis Laurent, la crête toute blanche, au dessus des nuages, c'est les Alpes ?

- Oui, Madame, répond, un marcheur qui prend à peine le temps de ralentir propulsé par ses batons de marche.

C'est le pays des merveilles.

La route des crêtes nous rappelle l'urbanisation lointaine, des escadrons de motos grimpent. On perçoit à peine leurs rugissements, couverts par le grelots des troupeaux. Le gazon d'altitude s'éclaire du jaune tendre des pensées sauvages.

Route des crêtes depuis le Grand Ballon

Nous descendons vers l'Alsace par le Markstein, mais ce col ne nous convient pas. Trop organisé pour les skieurs, trop articificiel. Bitume et macadam, squelettes de remontées skis...

Notre délice  sera sur une  portion de la route des crêtes presque déserte hors quelques vélos courageux ou un peu fous.

Nous ferons une halte de deux nuits au lac de Longemer. Version camping ce coup-là. Presque personne, de grands espaces dans l'herbe, des sanitaires irréprochables et un  tarif vraiment économique. Y'a pas de doute, dans les Vosges, on sait vivre. C'est sûr, tourner autour d'un lac, c'est moins épuisant que de crapahuter dans les Hautes Vosges, c'est un autre charme, idéal pour le vélo.

Nous pousserons vers le nord de l'Alsace, par la vallée de la Bruche jusqu'à Stutzheim.

église de Stutzheim

Encore une belle histoire d'amitié. La pause café chez Patrick et Arlette. Quel plaisir de passer ce moment inattendu avec eux, puis les retrouvailles avec Danièle et Lucien. Un accueil cinq  étoiles, pour des relations détendues, une véritable ambiance de vacances. L'occasion aussi de découvrir un village discret de l'Alsace qui mérite le détour. Dans le petit camion nous reparlerons de ce court séjour à Stutzheim avec émotion Laurent et moi. Nous évoquerons la passion de Lucien pour les avions, leur incroyable disponibilité pour leurs petits. Leur gentillesse et leur courtoisie nous inspirent une profonde admiration.

Riquewihr

Retour vers le sud, cap vers le vignoble alsacien par la route du vin. Quel incroyable et magnifique pays. Cependant, nous avons fait une courte pause à Riquewihr, qui n'est vraiment plus le sympathique village que nous avons connu dans les années 1970. Rien que le parking pour le petit camion, 8,00 euros pour 3 heures, parcmètre obligé. Quant au village, boutiques touristiques et restaurants plus ou moins prestigieux aussi colorés qu'artificiels. Nous avons été fort déconcertés et très déçus. Arrêtez vous plutôt à l'un ou l'autre de ces charmants villages qui jalonneront votre route à quelques tours de roues. Souvenez-vous de Kaysesberg. Patrie d'Albert Schweizer, ça se rate pas ça. Il y a là un sympathique camping, peu coûteux et la ville est un authentique petit bourg, accueillant, fleuri, aussi reposant qu'alsacien dans l'âme. J'ai adoré retrouver cette belle ambiance toute proche de celle que j'ai connue ado quand je faisais les vendanges dans les côteaux qui dominent la ville; Pour rappel à Thérèse, c'est la famille de Geneviève Bohn qui m'invitait à ces moments inoubliables de récoltes et de dégustation " vins nouveaux"

Kaysesberg-68

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JARDIN DE FRANCE, C'EST TOURAINE... (Rabelais)

PANO VILLANDRY
VILLANDRY ET SES JARDINS

La transition entre Alsace et Touraine, se fera en douceur par le Jura.

DOLE

DOLEDôle, la capitale est une ville déconcertante posée entre le Doubs et la Loue.

 

Les flâneries le long des quais nous mènent obligatoirement à la maison natale de Louis Pasteur.

 

 

Mais nous ne manquerons pas la magnifique Collégiale Notre Dame (qui date du XVème) qui domine toute la ville. Quel beau pays, et que de bonnes gens. Une pause sensationnelle.

 

 

 

 

 

 

 

DOLE

ST ETIENNE DOLE

 

ST ETIENNE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

morvan
Brassy Morvan

 

 

Voici venir les avenantes morvandaises. Imposantes, insouciantes, couleur caramel clair, elles paturent dans d'immenses prés. Les jeunes mères couchées sur le flanc ;

des jeunes veaux qui gambadent ;  belles images de maternité apaisée.

 

Le petit camion se trouve lui aussi des envies de paturages, nous lui offrirons donc cette pause champêtre.

 

D'un village à l'autre des rubans de route complètement déserts. Prétextes à de jolis tours vélos d'une forêt à une prairie, d'une prairie à une forêt, en pentes douces.

Parfums de fougères humides, de fruits rouges et de sous-bois. C'est le lait qui doit sentir bon.

 

 

 

 

Balzac a beaucoup écrit sur le jardin de la France. Il clame la douceur du climat et l'art de vivre des Tourangeaux. Il se moque d'eux aussi très gentiment, en reprenant le célèbre dicton , et s'interroge :

" -Tourangeaux veux-tu de la soupe ? -- Oui. -- Apporte ton écuelle ! -- Je n'ai plus faim. 

Est-ce la joie du vignoble, est-ce la douceur harmonieuse des plus beaux paysages de la Francce, est-ce la tranquillité d'un pays où jamais ne pénétrèrent les armes de l'étranger qu'est dû le mol abandon de ces faciles et douces moeurs ? À ces questions, nulles réponses. Allez dans cette Turquie de la France, vous y resterez paresseux, oisifs, heureux"

Ainsi va la Touraine...

villandry
villandry

villandryvillandryvillandry

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

villandry
jarin de l'amour-Villandry

 

 

A Villandry, c'est la force de la nature domestiquée, un peu, beaucoup, passionnément... on ne peut pas louper les jardins de l'amour.

Quatre carrés symboliques :

l'amour tendre (coeurs séparés par des petites flammes,

l'amour passionné (coeurs brisés qui dansent la farandole),

l'amour volage (ailes de papillons en billets doux pour la légèreté des sentiments mais aussi les cornes de l'amour trompé,

l'amour tragique (lames d'épée qui évoquent les duels et fleurs rouges du sang répandu.

 

 

Nous y voici donc, Laurent et moi, "paresseux, oisifs et heureux", au milieu de nos amis Tourangeaux.

 

 

- Dis Laurent, t'as remarqué que nos amis de Touraine, ils ne changent pas d'un poil...

- Bof, un peu quand même... non ?

- D'accord, quelques rides, quelques affaissements malheureux, quelques poils blancs.  Mais ça, ce n'est pas important.

- Ah, bon, alors là, tu me rassures.  Mais alors, c'est quoi qui change pas ?

- L'amitié forte, exprimée par la vivacité du regard, le sourire désarmant, et les mains tendues et le partage du temps et de l'espace. Et se retrouver toujours au fil des ans, avec le même enthousiasme. Tout ça quoi, qui fait la force de nos liens avec la Touraine.

 

La Touraine, c'est aussi une sympathique escale à Chinon, quel bonheur de déambuler encore dans cette ville idéalement aménagée pour le tourisme. Vous vous garez en haut du château et une navette gratuite vous dépose en ville.

dozonnerieMais Chinon c'est aussi le Domaine de la Dozonnerie, les vallées basses.

Nous y rencontrerons la famille exceptionnelle de Jean François et nathalie DELALAY.  Au bord de leur vignoble, ils mettent à notre disposition un bout de pré qui domine la ville de Chinon, espace dédié au camping-car fort bien aménagé. Ce sera une soirée barbecue inespérée. Quelle soirée extraordinaire.

 

pot chinonDans l'après-midi, nous avions goûté le vin de Jean François dans une joyeuse convivialité. Plus tard, il rejoindra le petit camion avec sa compagne, et une bouteille de rouge pour l'apéro... Partager du rire avec des inconnus sympas,  ça se fait aussi en Touraine.

vue chinon

 

Allez rendre visiste à ces vignerons peu ordinaires. Leur vin est excellent et votre cave vous en remerciera.

 

 

 

 

 

 

 

 

- Dis Laurent, tu trouves pas qu'on devrait revenir vivre en Touraine ?

- Si,  je crois que ça me plairait...

- Wouhaou ! Tu laisserais la petite maison de Velaux ?

- Bof, on peut trouver mieux pour moins cher au bord de l'Indre, du Cher ou de la Loire. Et on aurait plus de place...

-  Oui, mais ça sert à rien de voir grand si les enfants et leurs petits sont à des années lumière de chez nous...

- Tu sais, je suis pas sûre que ce soit idéal. Nous avons des souvenirs heureux de Touraine, peut-être que ce serait mieux de pas y toucher.

- Ouhais, ??? ??? ???

 

maraichines 1Ambiance romantique, ambiance nostalgique, ambiance un peu feutrée à bord du petit camion. Chacun de nous deux rêve dans son quant à soi.... Un peu d'exotisme nous ferait du bien. L'idée de tirer un bord vers le marais poitevin nous séduit tous les deux. Un léger bord vers l'Ouest, cap Magné... Faut pas traîner, le temps devient maussade.

 

Ce sont les maraîchines aux belles robes fauves qui nous accueillent. Ici elles ne regardent pas passer les trains. Leur monde est aquatique, elles arrivent là, déposées par des barques... vous imaginez le transfert, d'une île à l'autre à travers les méandres des canaux.

 

 

maraichines 2

L'averse prévue vers 14h, s'est déchaînée à 11h, mais notre enthousiasme reste intact. Et puis nos ponchos tout temps sont épatants. Même l'appareil photo de Laurent s'y lovera. Il est vrai que la faune du marais s'est planquée et se fait fort discrète. Cependant, le marais poitevin pour un tour de deux heures en barque avec batelier pour nous deux, c'est un luxe formidable, surtout sous la pluie. Nous avons adoré.

marais 1

marais 3

marais 2

LIMOUSIN

DÉJÀ DÉBUT JUILLET, CIEL NUAGEO-PLUVIEUX, 

annoonce

 

 

 

Nous quitterons la douceur du Marais Poitevin et de ses divines maraîchines sous la pluie... Mais c'est pas grave on fait route vers le sud. Ça devrait s'améliorer. Le Monsieur Météo du bord y croit, alors moi aussi.

Notre première pause sera très mystique. Le site inattendu et magnifique de Charroux (Vienne) et de son abbaye Saint Sauveur, qui date de 784 donc de Charlemagne dont subsiste la tour érigée en son honneur et reconnaissance.

saint sauveur

Tour
Monastère Saint Sauveur et Tour Charlemagne

Brive la Gaillarde nous offrira une pause touristique appréciable.

brivebrive

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Dis Laurent si on campait au bord d'un lac pour changer ?

- T'en vois un sur la carte ?

- Oui pas loin, un petit bord à tirer d'une vingtaine de kilomètres, le lac de Causse. On y va

- On y va...

Un espace sympa au dessus du lac, dans l'herbe. Raisonnablement fréquenté, finalement on s'y trouve bien malgré les averses qui nous tombent dessus. Fin d'après-midi, Monsieur météo a dit que le soleil revenait. Top-là, avec les ponchos dans le sac à dos, sait-on jamais avec la météo. Une belle virée d'un peu moins de 10 km, tout plat. Ça me va super bien. A quelques minutes de notre campement, la pluie se remet à dégringoler. On arrive au pas de course à bord. Mais notre espace de vie n'est pas adapté pour nos ponchos dégoulinants, nos chaussures et chaussettes à essorer... on fait comme on peut. On se déshumidifie, on s'étrille, on se douche... et d'un coup :

- Dis Laurent, ça fait longtemps que t'as cette marque rouge à l'arrière de la cheville.

Il se contorsionne, n'y voit rien. Je récupère le miroir... et l'image le laisse perplexe. Mais pas longtemps, une Miss Tique (oh la vilaine) s'est incrustée sous la peau. Heureusement nous disposons de l'outil hightech de lutte contre ce parasite et j'ai vite fait de l'extraire. La blessure de Laurent est rouge mais pas trop, et puis c'est dimanche. Je désinfecte tout ça à l'alccol et on verra demain.

Demain, au saut du lit, mon premier regard est pour la cheville de Laurent. Quelle horreur. La rougeur est devenue violette et s'est étalée sur tout le mollet, jusqu'au milieu de la jambe. Elle s'enrichit de très jolis dégradés de roses-mauves, mais bon, ça veut dire quoi ? Laurent appelle un médecin local, secrétaire d'accueil :

- lequel est votre médecin traitant ?

- Je suis en vacances, il est à Velaux mon médecin traitant.

- Désolée, personne  ne peut vous recevoir. Vous devez aller aux urgences de l'hôpital.

- Les urgences pour une morsure de tique ?

- Oui Monsieur, allez y dès ce matin...

Hop là, on y fonce. Une dure matinée s'annnonce pour Brive la Gaillarde où donc nous retournons. Après une heure trente d'attente, le médecin de garde, un vieux barbichu pas commode, n'a pas pris trois minutes pour regarder la cheville de son patient. Aucun doute, c'est une super réaction avec risque d'infection. Donc 15 jours d'antibiotiques et tout ira bien... au revoir Monsieur.

Pendant cet épisode médical, le soleil est revenu en grand. On peut pas avoir tous les malheurs en même temps, semble-t-il. Changeons d'ambiance.

- Dis Laurent, si on suivait les conseils de ma soeur et qu'on se déroute vers Collonge la Rouge.

- Bof, pour y faire quoi ?

- Du tourisme pardi. Thérèse m'a dit que c'était un village paisible et original, juste ce qu'il nous faut . En plus sous le soleil... Peut-on rêver mieux.

- Si tu veux. Faut juste trouver un endroit pour poser le petit camion;

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Et j'ai ce qu'il faut. Un pré mis à notre disposition par des éleveurs de canards à 2 km de Collonge... le rêve. Et nous ne regretterons pas cette étape. le village est à la fois, très original avec ses pierres  rouge-sang, son aspect tranquille, un peu touristique mais pas trop. Les deux kilomètres qui nous  y mènent à travers la forêt sont joyeux et décontractés. De l'apaisement, ça nous fait vraiment du bien. Nous revoilà en vacances...

 

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AVEYRON-CAUSSES DE CEVENNES

decouverte de Marcillac le Vallon et de ses maisons de pierre rose. Pâle rappel de Collonges mais  un charme réel.

Courte pause à Céré cere 1

Puis une pause sportive à Salles la Cascade, parce que la Cascade faut se la grimper et c'est raidasse pour nous. Vous noterez en passant le charmant sourire de Laurent.

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le vert en lutte contre le minéral et c'est spectaculaire

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Encore une étonnante échappée  "CHAOS DE NIMES LE VIEUX". Ces ruines ont été façonnées depuis des millénaires par l'érosion, le vent, l'eau, l'air...On y retrouve au gré de notre fantaisie des marmites géantes, des monstres effrayants et de petits elfes qui courent à travers les éboulis, un peu comme nous, pendant plus d'une heure, quel régal.

 

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Notre dernière étape sera à Florac Trois rivière. Une ville d'eaux comme on les aime. Un camping quasi familial, pour une dernière soirée d'esprit vacances.

 

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COUCOUNET - VOILE-MEDITERRANEE-ATLANTIQUE

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Avec LUNE DE MIEL-MEDITERRANÉE

Lune de Miel, notre Brise de Mer 40'

à travers Méditerranée et Atlantique.

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BONNE ROUTE

ELBE - 2011

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Martigues - Elbe

  

 

COUC0UNET - 2011 - Elbe Estivale - 01 
 
Presque partis, aout 2011 
velauxLa maison est enfin en mode passif, nous pouvons la boucler, ce geste que nous n'en finissons plus d'attendre. Comme d'hab, nous devons nous frotter à l'inévitable alerte d'intrusionn alarme, à l'ultime tour de clé. C'est un rituel, à chacun de nos départs, au point que j'intègre de manière systématique ce petit quart d'heure de faux départ. 0n rouvre, on observe les codes couleurs, Laurent tripote les capteurs... il secoue un volet ou l'autre... 
Je ne comprendrai jamais pourquoi ça remarche. J'ai quelquefois le sentiment qu'il suffit que Laurent s'intéresse à une panne électronique pour que l'engin intimidé se ressaisisse. Il vaut donc mieux que je ne m'en mêle pas. Je laisse faire celui qui a le don pour et stoïque je rêve sur mon caillou dehors. ils sont si coutumiers ces faux-départs, que sur ce bord du portail, je laisserai probablement l'empreinte de mes fesses.  
Puis vient enfin le vrai  départ.
Notre ami Claude toujours fidèle et disponible, incontournable complice de nos embarquements sur Lune de Miel (LDM) nous pilote jusqu'à Martigues avec la voiture de Charles et l'incroyable fatras qui manque encore à bord. Genre la louche pour la soupe, râpe pour les carottes, gâteau que j'ai fait avec des restes de fruits et les trois cagettes de fruits et légumes frais de madame Couette... 
Oh zut, j'ai oublié ma pince à épiler, et ma crème de jour. Comment donc, personne ne veut faire demi-tour ? ... Ouf, j'ai pensé à l'épilateur électrique... J'aurai les élégances que je peux... 
 
Donc c'est une nouveauté, nous partons cette année en équipage avec Claire et Charles. Ils sont accros d'expériences  navigation, mais surtout ils sont amis d'Annette et CLaude, et même si nous ne les connaissons quasiment pas, nous sommes confiants et heureux de les accueillir à bord. 
D'emblée nous les aimons bien parce qu'ils sont joyeux, attentifs l'un à l'autre, respectueux de leur environnement ; ça nous saute vraiment aux yeux et c'est important pour Laurent et moi. Notre navire est précieux, nous aimons le traiter avec délicatesse. 
Claire et Charles sont à bord depuis jeudi, cela leur a permis de se mettre en place tranquillement et de compléter un peu l'avitaillement, surtout au niveau du frais. 
A notre arrivée le bateau sent bon. Il est tout nickel propre et prêt à partir. Nous planifions notre départ pour samedi, pont à 7h30, cap vers le Sud Est. Soirée tranquille à quai, on papote gentiment. Claire et Charles récupèrent leurs gilets de sauvetage et leurs harnais. Moment intéressant que nous n'avions jamais pris... Mais comment ça s'enfile ces fistrouilles, brassière ou culotte ? Charles s'entortille dedans en suivant les conseils judicieux de Claire.
Nous ne sommes pas certains que ce soit la bonne métode, mais cette petite culotte façon string lui va comme un gant. harnais
Imaginons ça sur un vêtement de quart, décidément il me plait bienharnais 2 l'ami Charles. 
 
 
 
Ludovic et Christine (Philia) voisins de quai décident de partir en même temps que nous pour quelques jours vers le Var. Nous ferons une partie de route ensemble. Pourquoi pas ? 
Nous voilà prêts, armés, avitaillés, une petite page de lecture avant d'éteindre la lumière. Même pas ! La lumière s'éteint toute seule. Nous sommes toujours à quai et une grave décision se discute dans notre cabine.  
- Quelle est la nature de votre détresse ?
- Nos batteries servitude en mort subite !
Donc impossible d'envisager une traversée de nuit... N'oublions pas que l'idée c'est d'atterrir à Elbe... Et zut. Remise en question proposée au réveil. 
Au saut du lit, le moral est en  berne. On se dit que finalement, on n'ira peut-être pas à travers la Méditerranée. 
Dimanche nous ne trouverons pas de magasin ouvert pour ça, et si nous attendons lundi, un méchant coup de vent va nous bloquer pour plusieurs jours ; Ludo, notre homme ressources de ce dur moment, nous conseille de partir et de racheter des batteries quelque part sur notre route. 
Hop là, on dégage...et on verra. Mais le doute s'est installé à bord, pas de frigo (plein à ras bord de frais, pas de lumière pour la nuit, manquerait plus que la batterie moteur nous lâche aussi) 
Nous avançons petitement, sans vent, au moteur avec l'aide plus symbolique qu'autre chose de la grand voile. La Côte Bleue et la baie de Marseille sont noyées dans la brume. 
A bord, nous continuons de faire connaissance. Le moral revient. Apéro, joyeux, horaire instauré 11h50 - 18h50, Charles assume à fond.
Une petite visite des calanques de Cassis s'impose. La calanque d'En vau est inabordable et bien trop touristique. Dans la calanque de Port Miou des  bouées ont été posées et la plupart sont libres. ça c'est un sympathique changement. Mais les navettes incessantes encombrent quand même furieusement les mouillages. 
A 16h nous nous installons dans le port de La Ciotat. Nous y trouverons les batteries de rechange et nous y attendrons que passe le coup de vent de N/W annoncé violent jusqu'à mardi. 
batterie

 

 

 

Mercredi 10 aout 2011 
8H00 Sortie de La Ciotat, direction Porquerolles. On joue avec les résidus de houle et le pas de vent jusqu'au travers des Embiez. Et puis moteur. C'est d'un monotone... 
Au large de Toulon, on renvoie la voilure. La houle d'environ 50 cm nous balance, Charles et Laurent que l'inaction fatigue décident de tangonner le génois. 
Claire est au piano et moi je glande. Décidément, ils sont au top nos équipiers... 
A peine une petite heure de voile et puis moteur. Nous arrivons sur la plage Notre Dame de Porquerolles à 15h, de quoi s'offrir une sympathique soirée de mouillage. 
Lorsque Laurent prend le temps de ranger un peu la GV, il  s'aperçoit qu'un rivet du vit de mulet s'est barré... Tiens, ça me rappelle quelque chose, s'agirait-il encore d'un  "vis de mulet"... 
La caisse à outils qui se la coulait douce depuis quelques jours au fond de la cambuse apparaît dans le carré. Elle s'y vautre un bien long moment car Charles et Laurent décident de déboiter la bôme pour faciliter l'accès au six rivets de fixation, profitons-en pour tous les remplacer, des rivets tout neufs, ça va guérir le mulet de tous ces vices. vit de mulet
Claire et moi perplexes, nous commentons le mieux qu'on peut c'est à dire fort bêtement la plupart du temps, mais on rigole histoire d'encourager nos deux mécanos. 
Ils finissent, juste pour l'arrivée de Ludo et Christine à l'apéro. Charles a envie de tenter la chaise de mat, et nous propose une petite révision de la drisse de grand-voile. En voilà une bonne idée. La chaise de mat, qui se la coulait douce dans le coffre à boxon, reprend du service. Charles tenté par les cimes, s'attelle à la chaise... Fichtre au niveau deux des barres de flèches
ça secoue dur, vite redescendez-moi. chaise
Ce sera donc Ludo volontaire acrobate, es spécialiste en coupe de drisse qui s'y colle. Ludo rigole, il pense que nous ferions mieux de continuer à l'accompagner sur la côte varoise.... 
Jeudi matin un petit tour pédestre, vers la Plage d'Argent, resto sympathique sur la place du village, mais Porquerolles et son agitation nous minent. Nous décidons de faire un saut de puce jusqu'à Bagaud et attendre vendredi le vent annoncé très favorable (SW 4 à 6) pour la traversée. (un petit hic, que nous négligeons, la mer est annoncée forte au nord de la corse) 

vendredi 12 aout 2011 traverséé

7h30 l'équipage est opérationnel pour attaquer la traversée continent-Corse. Car notre intention est de faire une pause au cap Corse avant de repartir pour Elbe.  Mais  faudra se coltiner environ 140 milles de pleine mer... La météo est idéale. 

Elle se confirme en idéale croisière dès la sortie des calanques de Port Cros. Laurent installe les voiles en ciseaux pendant que Charles envoie notre première ligne de pêche. Allure régulière à 5nds avec une petite houle d'environ 0,50m qui nous berce gentiment ; la mer est régulière un peu sombre parfois, mais l'allure est fort sympathique et nous nous réjouissons de cette fenêtre météo. L'ambiance à bord est fort agréable et nous sommes tous confiants. Une petite panne de vent, nous en profitons pour jouer à 'Pyramide'. L'intérêt de ce jeu, c'est que nous devons trouver ensemble un mode de communication orale pour résoudre des énigmes. Je trouve utile de jouer à ça avec des presques inconnus et puis c'est vraiment ludique. On joue, on rigole, on communique. Le vent en profite pour revenir. L'allure reprend plein vent arrière. Nous alternerons les allures avec tangon, sans tangon, toutes manoeuvres qui ravissent nos équipiers que leurs expériences de navigation titillent et qui ont envie de bouger... et de faire bouger... 

Claire fort impressionnante pète la forme. Elle a un secret :  de longues périodes passives, lovée dans les quelques coussins qui ne la quitteront plus, elle va d'un point à l'autre du voilier et teste tous les accueils possibles de siestes réparatrices. Elle devient experte en la matière.

sieste 1

 claire 2

En fin d'après-midi, nous passerons au grand largue, la meilleure des allures et nous serons rattrapés par un banc de dauphins qui nous ignorent superbement en frôlant notre coque. Claire et Charles sont à la fois déçus par la vitesse de leur passage mais enthousiastes aussi d'avoir croisé ces sympathiques et élégants mammifères. 

Nous avons déjà établi des rites désormais incontournables qui nous lient. Celui de l'apéro un peu avant 19h nous permet de planifier la nuit... 

 apéro eauPrépa apéro ?  Ben oui, apéro pastis bien entendu !

 

Qui quart quant ? Pas de règle précise, on fait comme vous voulez. J'en profite pour rappeler que je n'aime pas le crépuscule et que le coucher de soleil me stresse... J'en profite pour rappeler que j'adore être seule au moment fort de la nuit et revenir au lever du jour... Pas d'souci dira Claire !  Finalement on ne fera pas du tout comme ça. On fait des quarts d'impro... C'est intéressant aussi. Claire et moi nous prenons le premier quart. 22h, la nuit est tombée. Claire est à la barre, sympathique allure de largue. Loin sur l'horizon une belle étoile isolée monte dans le ciel. L'étoile grossit, se rapproche. Il s'agit vraisemblablement d'un feu de mat. Charles dort à l'avant, Laurent somnole dans le carré. Nous observons indécises le rapprochement du feu de mat. Et puis ça ne fait plus aucun doute, il nous fonce droit dessus. Notre vitesse dépasse 6 nds, ajoutés aux siens, nous aurons vite fait de nous croiser... Il ne manifeste aucune intention de modifier son cap. Encore un qui s'est endormi au volant... Je ne me pose pas longtemps de question de priorité, m'est égal quel vent nous porte. Simplement je propose à Claire de nous écarter de sa route... Et surtout pas lui couper, sa route ! Mon point de vue c'est que nous n'avons aucune idée des intentions de ce voileux et s'il n'en n'a pas, vaut mieux pas anticiper là-dessus. Il est aussi manoeuvrant que nous, qu'il fasse ce qu'il veut, nous on s'éloigne ostensiblement. Qu'au moins il connaisse notre intention et ne fasse pas de manoeuvre malheureuse au cas où il se réveillerait en sursaut... et se poserait d'inutiles et tardives questions de priorités... Elle est d'accord enfin pas trop mais pas le temps de tergiverser. Elle  s'écarte sur babord.

Ce voilier prédateur passe assez près sur tribord pour que je vois une silhouette recroquevillée à l'arrière du cockpit, parfaitement pelotonnée dans ses polaires sombres. L'envie me démange de lui corner fort aux oreilles, Laurent qui  jaillit de sa couchette s'oppose. 

- Arrête, tu vas réveiller Charles !

- Dommage ! 

Dors toujours tu ne nous auras pas, espèce d'irresponsable prédateur ! On aurait pu le caresser de près celui-là. Quand on pense à la place qu'il y a tout autour, on se demande quand même quelle sorte de malchance nous  précipite ainsi l'un sur l'autre. Heureusement que deux anges gardiennes veillaient avec grande constance.

A part ça c'est le ballet régulier des navettes îles-continent qui arrivent de loin et ne posent aucun problème de route. Même pas un filet dérivant en vue. La lune quasi pleine nous accompagne de son sourire éclatant ... Au moment où je relaie Laurent dans la couchette nav, notre allure s'accélère, on fonce à plus 7nds. Laurent décide de prendre un ris... Claire stoïque continue la veille. Elle a pris pas mal d'avance sommeil dans la journée, ça lui réussit super bien. 

Ensuite Charles cède sa place à Claire qui finira gentiment la nuit dans sa cabine avant. Lorsque je sors du carré vers minuit, le vent nous pousse grave et la mer se forme. Laurent décide de prendre un deuxième ris. Un peu contraint par mon angoisse, il se harnache, une petite brassière tout en ficelle, qui le maintient joliment.... et qui le fait rigoler ; 

- Franchement, c'est une vue de l'esprit ce truc, c'est bien pour te faire plaisir. 

L'idée qu'il a envie de me faire plaisir me va tout à fait. Au boulot. Je reste au piano pour jouer de la corde... Charles au trente-sixième dessous affalé à l'arrière vomit de bon coeur... 

Le deuxième ris adoucit notre allure. Pfuit, on a bien fait. Les creux se forment. Des gueules noires festonnées de blanc s'ouvrent tout autour de nous, des cavernes de 2 à 3 mètres de profondeur qui nous fondent dessus pour nous avaler tout cru. La lune donne à cette mer forte des allures terrifiantes. En même temps c'est magnifique mais je n'en mène pas large. Nous sommes copieusement secoués, et le pilote automatique tient magistralement la route. Je passe de longues heures debout devant la barre à roue, le coeur au bord des lèvres à fixer l'horizon et l'écume qui nous éclabousse. Faut surtout pas que je me baisse, faut surtout pas que je baisse la tête... Oh là, là, je suis mal, mal, mal... Charles admire le paysage entre deux accès de vomi... et trouve le moyen de rester souriant. Quel homme étrange. 

Laurent a la bonne idée de prendre la barre, histoire de surfer sur la houle et négocier les crêtes en douceur... Nous nous apaisons tous... Mais c'est bien dur tout ça. Je me recouche à deux heures du matin. Je laisse Charles un peu plus lucide avec Laurent mais dormir, faut pas y compter. Quel bordel dans ce bateau. Les gamelles valsent dans la cambuse et les couvercles claquent pour rappeler leurs casseroles en vadrouille; Les bouteilles du bar font la danse du ventre et se choquent et s'entrechoquent, Qui a enlevé les bouteilles d'eau qui font tampon. Tant pis, je ne suis plus en état de remettre les choses à leur place. Ne me faites pas me lever, je vous vomirais dessus. 

Je me relève à 5 heures du matin, noir c'est noir...

La lune presque pleine  aggrave  cette noirceur au delà de son faisceau qui m'éblouit. Où sont passées les  joyeuses clartés, les  splendeurs de la voie lactée.... Vite par pitié dieux de la mer et du ciel, envoyez moi une étoile filante.... que je me sente soutenue. Comme toujours le ciel reste sourd comme un pot de chambre plein de cambouis. Complètement déprimée je me cramponne à la barre pour pas paniquer.  Charles n'est guère plus vaillant. Y'a que les coups de pioche des vagues et le bordel du carré pour assurer l'animation. Ambiance morbide. Nous ne croisons pas âme qui vive dans ce monde torturé.

Je guette le jour qui se lève petitement, laborieusement dans des couleurs bleuâtres peu réjouissantes, c'est bien long tout ça.nuit

6h du matin, Charles réveille Claire... Elle nous scie sur ce coup-là. On est tous vasouillards, vomitifs et plaintifs, et Claire, 

 - Oh moi ça va, j'ai eu un peu du mal à m'endormir, y'avait du bruit quand même, mais j'ai finalement bien dormi une fois habituée au bazar local. Avec mes boules quiès, pas de problèmes ambiants.

Elle pète la forme. Nous revoilà toutes les deux à faire un demi de nos deux quarts. L'aube dévoile l'ombre de la Corse. A l'Est un train de nuages se forme sur l'horizon. des wagonnets gris qui s'alignent et qu'on voit monter lentement vers le ciel encore gris. La mer bastonne toujours les flancs de LDM, j'en ai vraiment marre. Le soleil se lève d'un coup, monstrueusee pomme d'amour écarlate.

Des filets de nuages lui passent devant, le découpent en tranches, comme un énorme cheese burger... On lui croquerait dedans... J'en oublie mes nausées. 

- Dis Claire t'as pas l'impression que le calme revient.

Si, si, doucement mais sûrement, l'écume se dissout, les creux s'aplatissent, et le vent demeure. On avance vraiment bien désormais, la bonne ambiance revient. 

A 7h nous passons la cap Corse et le phare de Giraglia... Nous voici plein nord. De l'autre côté de la mer dévastée.  Nous sommes enfin tout à fait à l'abri. L'équipage est au complet, plus ou moins alerte... Et la mer devient sympathique. 

- Si on va à Elbe, environ 40 milles on y sera vers 16h, qu'en dites-vous ? 

Nous sommes une équipe fort courageuse, vote collectif adopté pour Elbe. Pas de pause en Corse. Super, on est au moteur et la mer est  bleue, calme, belle, normale quoi... Profitons donc, nous sommes là pour ça, tous les quatre.

Nous nous laissons porter au delà de l'île de Capria au lointain, masse grise qui nous ravit. Nous réparons à tour de rôle notre manque de sommeil dans les cabines redevenues accessibles. Claire repart à l'assaut d'une zone extérieure non exploitée pour dormir à fond. 

Elle hésite un peu, fait un nid de ses coussins sous les voiles, pousse son chapeau sur son nez, et zou, c'est parti pour un tour de rêves... Peut-être qu'elle dort, peut-être qu'elle somnole, peut-être qu'elle s'imprègne de sensations en corps à corps avec le pont.... Elle réapparaît toujours souriante et détendue.  Elle me fascine.jouyeuse

Ainsi passent une petite huitaine d'heures. 

Un peu plus de 16 heures.  Nous voici au Nord d'Elbe, une petite baie qui s'appelle Viticcio, Une calanque qui a séduit Charles et Laurent sur la carte.

Sympathique mouillage de mer Thyrénéenne, LDM planté profond dans  ton joli sable, te souhaite joyeux bonjour...

 

NB : PARADOXE DU PLAISANCIER ELBOIS :

"avoir le coeur au bord des lèvres et l'estomac dans les talons "   

BILAN DE  TRAVERSÉE 

départ  : 12 aout 2011, 7h30  - Port Cros (mouillage Bagaud) 

arrivée : 13 aout 2011, 16h15 - Elbe - Vitticio (cap Enfola)

Distance parcourue :  176 mille en moins de 29  heures (dites moi si je me trompe), ça ferait une vitesse moyenne de 6 nds, un record pour LDM, dont  11 h de moteur... 

 

Elbe Martigues

Charles adore la vie Ellebaise...

charles debout

- Enfin, Charles !  On dit Elboise...

- Ah bon, tu crois ? Dommage !

 

 

 

13 aout 2011 - Viticcio - Elbe

Un agréable mouillage plein sable, une petite plage familiale, un bel et bon abri de détente après douloureuse traversée.Où d'excellentes habitudes se confirment.La tendance E/SE nous incite à monter vers le nord ouest afin de passer à l'W vers Porto Azuro dès que la météo nous autorisera. Nous avons tous les quatre envie de visiter ce pur joyeux de la terre Ellebaise, pardon Elboise.

Mais nous voudrions faire un saut à la capitale Portoferraio. C'est sur notre route. L'accès mouillage est peu agréable très portuaire et plutôt moche. On se plante dans la vase molle à proximité d'un chantier désert au sud du port et c'est là que mes ennuis commencent. J'en ferai pas tout un plat, mais en poussant la cuisse gauche en extension maximum pour me hisser à terre, (depuis l'annexe qui gigote sous mes pieds)  un peu trop vite, un peu trop violente, des trucs qui ne sont plus de ma jeunesse, je pousse un cri de douleur. Zut alors, pourvu que ça passe. C'est parti pour une gêne  qui me taquine mais n'en parlons pas encore, après pause sur un caillou pour me rechausser, je repars en boitillant à peine. Je soupçonne un réveil d'arthrose. J'ai l'habitude n'est-ce pas. A quoi bon inquiéter l'équipage ?

Notre première pizza, excellente, offerte par nos équipiers.pizza

Géniale, du coup, je n'ai plus mal, ni cuisse, ni hanche. En piste pour du tourisme à terre. Chacun à notre manière. Nos deux couples se séparent. j'ai personnellement besoin d'un peu d'autonomie...

Portoferraio, jolie ville estivale mais pour y séjourner,  l'idéal c'est à mon avis de prendre une place au port. Il est quasi désert. Nous préférons tous les quatre la tranquillité des mouillages. Quelques renouvellementS de vivres frais avec la caisse du bord. Vers 18h nous quittons la ville sans aucun regret et continuerons notre cap NW pour passer la nuit à Cavo.

 

14 aout 2011 - départ Cavo Elbe

Pas trop frais le matin au réveil, aucun de nous n'a dormi correctement... Même pas Claire, c'est vous dire l'horreur de la nuit. Le mouillage est affreusement agité, rouleur, et pourtant la mer est belle... Zou on s'casse !

Oubliez vite cet endroit et n'y plantez surtout pas votre quille...cavo

La météo nous tourne le dos. Le vent passe à l'W, dommage pour Porto Azuro. On se rapatrie vers le golfe de Procchio qui  nous a plu à l'arrivée, à la découverte d'un autre abri. Génial. 

Nous avançons au près une allure vraiment agréable, Claire et Charles se relaient à la barre et joue avec les penons. Ils optimisent notre allure, que la vie est belle quand on joue "à la recherche du vent perdu". Seulement voilà, quand la vie est belle faut bien qu'une nouille dans le potage  vienne perturber la soupe marine... Les hommes ont repéré des bouées intrigantes... Comme si on avait quelque chose à faire de ces baudruches. Je ne veux pas me détourner pour ça. On a des lignes de pêche qui traînent à l'arrière c'est pas le moment de faire des looping de barre à roue... Ils insistent, le mer est belle, on est tranquille, et puis c'est bizarre ces bouées. On a bien cinq minutes !

Que ça m'énerve, oh là là !  Je les laisse à leurs enfantillages, et je vais m'allonger dans le carré. Évidemment ils se croient sur la plage et jouent au ballon avec les bouées qui les entourent. Évidemment  les lignes de pêche n'aiment pas ces cons tours... Évidemment je me désintéresse de la question. Mais ça m'énerve oh là là  vraiment trop.

Finalement, ils coinceront les lignes et seront obligés de noyer les rapalas qui ne libéreront pas pour autant le voilier. Des rapalas tout neufs qui n'ont même pas eu le temps de faire leurs preuves. Mais ça m'énerve oh là là, un cran de plus....

Lignes qui sont coincées oui mais où ? Pour peu que ce soit dans l'hélice, nous voilà bien. Et ça m'énerve oh là là, encore un  cran de plus...., 

C'est Charles qui se collera à la plongée pour libérer le navire.charles plongée

Il a de bons yeux...!

 

 

D'interminables minutes de questionnements et d'indécision... Que ça m'énerve oh là là et j'explose... et je sors du carré pour râler.

Quand j'ai fini de radoter et de les traiter globalement de tous les noms de sinistres marinades, je me calme et j'oublie vite... Mais y'a comme un malaise à bord. J'ai sûrement dit des trucs fort peu sympas oui mais encore ? Y aurait-il un problème de fond ? 

Et là c'est intéressant voyez-vous parce que ça fait à peu près une dizaine de jours que nous cohabitons et ça se passe plutôt bien. Charles et Claire sont des équipiers efficaces, souriants. Ils paraissent à l'aise à bord ce qui nous simplifie grandement la vie. Ils ont vite compris ce qui était important pour nous... ils sont vraiment supers. J'adore le sourire de Claire, sa gentillesse immuable. J'adore la bonne humeur de Charles, j'adore leur harmonie qui m'apaise... Les petites manies des uns et des unes sont plutôt rigolotes. Je fais le maximum pour les ménager.... Parole, si, si, si ! Alors pourquoi je merdoie... moi toute seule ronchonneuse dans mon coin. D'accord, j'ai mal dormi parce que je ne supporte plus la position allongée depuis que je me suis blessée à Portoferraio, je me réveille avec des crampes infernales. Mais bon, c'est pas une excuse. Si je m'installe la patte gauche en l'air, et si j'économise mes pas, avec les diantalvics qui vieillissaient dans un tiroir, je tiens la douleur à distance. Pas de quoi pourrir l'ambiance.

Alors quoi ?

Un moment régulation de groupe s'improvise. Si on élève le ton, c'est juste à cause du chuintement de la mer sur la coque et de la distance avec Claire à l'avant du bateau. Et je me retrouve en les écoutant, face à une évidence : je ne peux dire "je voudrais surtout pas déranger" que si j'ai la possibilité de disparaître.... Le fait que je sois là est en lui-même pour l'autre, à un moment ou à un autre un dérangement...  et d'autant plus que nous sommes embarqués ensemble. Zut j'avais pas mesuré l'importance de ce détail d'autant plus important qu'on se connaît si peu. 

- Y'a pas d'souci" redira Claire, nous étions d'accord sur ce principe de nous accepter mutuellement et de nous accommoder. Faut juste pas oublier de faire avec. 

D'accord ! Message reçu 100 % les amis. 

L'ambiance à bord s'allège. On essaie l'un et l'autre de respecter les attentes individuelles, manifester moins d'impatience, c'est pas compliqué finalement. Ce sera je crois, le seul moment vraiment difficile dans notre cohabitation parce que du coup chacun de nous a pris conscience qu'il avait la possibilité de transformer cette croisière en paradis, et on s'en donne la peine de bon coeur. 

Grande forme morale pour poser l'ancre dans le golfo della biodola. Un site de rêve, une toute petite calanque bordée de villas verdoyantes, une toute petite plage avec juste un bar quasi désert. On s'y installe avec enthousiasme et la soirée s'annonce géniale. Le problème c'est que la fiesta sur la plage se réveille vers 22h avec un Dj hurleur et des sonos à perforer les boules quies... Quelle horreur

- Je crois qu'on fêtait l'anniversaire de Paolina, le DJ n'arrêtait pas de crier son nom.di procchio

Éclats de rire de Claire

- Mais non Charles, c'est pas une nana Paolina, c'est la plage en face et probablement le nom de la boîte de nuit.

- Ah bon, tu crois ! 

Finis les fantasmes Charles, Paolina n'est guère fréquentable pour les sages personnes que nous sommes.

Du coup on déménage vite fait de l'autre côté du cap, au moteur et nous nous posons cette fois dans une vraie calanque digne de ce nom, golfo di Procchio

 

Mardi 16 aout 2011 Di Procchio

Ici c'est vraiment le paradis. Claire et Charles décident de partir à la découverte de Marciana. Nous disposons des horaires de bus et des possibilités de déplacements. Laurent les dépose sur la plage avec l'annexe. Nous nous retrouverons en soirée pour l'apéro à terre.

Je n'ose pas l'avouer mais je n'ai aucune envie de crapahuter à terre avec ma patte folle. Nous passons une journée de rêve tous les deux à bord. Et ça c'est fichtrement requinquant comme paradis. flute

Laurent me joue de jolies romances à la flûte. 

Je chante avec lui, à pleine voix . Orphéo négro me transporte d'allégresse. J'aperçois une dame sur sa terrasse accoudée, au milieu des arbres. Où sont les jumelles ? Je l'observe, fort indiscrètement j'en conviens. 

Laurent s'arrête de jouer. Magnifique, la dame applaudit... Laurent prend une pause et son air modeste,

- Non, tu crois, c'est pour moi  ?

Puis il reprend la pose musique et les notes filent sur l'eau,  résonnent sur un courant pur. 

Fantastique Laurent !  C'est un moment inoubliable, le plus beau de toutes nos vacances. 

Plus tard nous retrouverons nos deux amis complètement vannés, tout plein de soleil dans les yeux et fort contents de leur échappée. Ils auront droit bien entendu comme tant d'autres fois au concert de flûte  plus ou moins hasardeux de Laurent dont l'état de grâce est un peu retombé. 

Depuis que nous avons quitté la mer houleuse davant le cap Corse, nous naviguons ici dans des eaux remarquables. Faible gradient de pression qui se maintient comme jamais, brises thermiques sympathiques, nos petites navigations se font au moteur forcément mais dès que c'est possible à la voile et le moindre souffle nous y pousse...

 

allure de spi même, c'est vous dire combien nousclaire 1 sommes comblés.

Fichtre, elle assume Claire !claire 3claire 2

 

COUCOUNET ESTIVAL 2011 - ELBE 4

Mercredi 17 aout 2011 - Elbe

La météo reste au beau fixe, je suis toujours douloureuse du côté gauche mais si je m'économise, je garde la douleur à distance respectueuse. J'aimerais tant passer par St Florent, étape  Corse que nous avons ratée à l'aller.Mais Laurent n'est pas d'accord parce que la météo va nous apporter de la houle dans le mouillage. Donc cap vers Maccinagio, ce sera pas mal non plus.

Adieu sympathique île Ellebaise...Départ Elbe

On sera beaucoup au moteur, relaxant même en s'aidant de la GV et du génois. Nous maintenons une allure de croisière à environ 5 noeuds avec des pointes à 6 pour faire joli sur notre quarantaine de milles. Le mouillage de Maccinaggio est vaste, calme, l'idéal pour la baignade pleine mer.... c'est une experte qui vous le dit, mais c'est surtout Claire et Charles qui expérimentent avec bonheur.

 

18 AOUT 2011. Après le Cap Corse

Nos amis ne connaissent pas les Lérins et nous on adore. En piste pour notre périple retour, nouvelle traversée en vue, qui s'annonce bien tranquille. C'est toujours le faible gradient de pression qui promet de beaux jours. Super. Nous ne sommes pas franchement pressés. 

Cap Corsecap corse 2cap Corse 1

Départ à 8h 45, allure idéale de grand largue. Vers 10h le spi nous démange. Allez zou, c'est parti. Laurent et Charles à l'avant, Claire au piano et moi à la barre. Sauf que le génois veut pas céder la place et se coince en tête de mat... Que de fantaisies avec nos équipements. 

Heureusement que nous avons le temps de réfléchir, de bidouiller, de décoincer les drisses rebelles. Une sérieuse révision de tout ça s'impose au retour. Main d'oeuvre à recruter. Olivier, José, au secours  !

Notre sympathique allure attire des convoitises. Une passagère clandestine séduit Claire, entre avec elle en sympathie. Compagnie discrète pour un petit bout de route de quelques heures en mer. Elle teste la stabilité de la bôme, joue l'équilibriste sur les écoutes et fait du charme à l'équipage.

Dommage que la Noiraude et Ouin-oin soient pas là, ils auraient adoré papoter entre gente animale. 

J'entends d'ici notre Ouin-Ouin, clando

- t'as d'beaux yeux tu sais !

Et la noiraude mécontente,

- Bof, en même temps ça vaut pas un regard vache.

Claire n'a pas testé toutes les options de relaxation. Et des fois on la cherche... la finaude, elle en trouve des planques incroyables pour dormir, pardon pour méditer en paix. Elle se déguise même en sarcophage !

neyy pont

 

 

 

 

Et toujours le même qui bosse ! 

 

 

Cette fois, la nuit s'organise mieux pour moi. Je reprends le quart que j'aime en milieu de nuit avec Claire. Je suis en grande forme. Ma compagne s'installe dehors sur le plat de la cabine arrière, enfin plat pas vraiment car elle se cale je ne sais comment sur l'annexe enroulée et s'endort gentiment. 

- Si t'as besoin n'hésite pas à me réveiller !

Sûr,  si j'ai besoin ! Je n'ai pas l'habitude d'avoir quelqu'un en veille passive si près de moi au milieu de la nuit et j'aime bien la savoir là. Je ne me sens pas seule du tout et c'est bien agréable. En même temps je surveille presque autant son repos que la route, manquerait plus que je la perde en mer. Il est 2h du matin. A plus de 50 milles des Lérins, les lumières de la Côte d'Azur apparaissent. Je me demande si le GPS débloque pas. Laurent qui vient de me rejoindre confirme notre atterrissage dans plus de 8h. 

Il se recouche. Je fredonne mon répertoire favori de chansons colo... en silence.nuit mer

Au bout de deux heures, les lumières de la côte m'entourent, à bâbord, à tribord, comme si j'entrais dans une baie. A part ça, totale solitude. Je vais jeter un oeil sur la carte... Je comprends que la côte n'est pas régulière, et que nous sommes assez prêts pour commencer à repérer tous les bords côtiers. Bon, il reste quand même une quarantaine de milles à parcourir.  Une légère brume égare la côte bâbord. Me voilà de nouveau avec les seuls scintillements de tribord. Puis, le soleil qui se lève montre clairement la côte, de tous les côtés, à peine une ombre maintenant qu'elle ne scintille plus. Ouf , je peux aller dormir... Charles et Laurent prennent la relève. Claire assume toujours sa veille passive ! 

Cette traversée de 113Mn Maccinagio (cap Corse) aux Lérins (Cannes) nous aura pris 25 heures avec 16 h de moteur mais aussi de sympathiques allures de spi... et pas de pêche. Là c'est un total fiasco. 

Le pire c'est que quelquefois de joyeux gros thons viennent narguer notre bord. Ils cabriolent, sautent en surface et ignorent nos vieux rapalas qui ont repris du service. Moi, je suis bien contente, ils sont vraiment beaux, chatoyants dans le reflet des vagues et ils débordent de vitalité. L'idée de les assassiner me désole. Mais pour venger nos équipiers, je leur propose pour plus tard une orgie de thon en boîte, asperges en boîte, tomates fraiches et mayo... Na !

Faut dire que questions repas on assume vraiment bien et à tour de rôle. Entre les mises en bouche apéro, la cuisine créole de Charles, les sandwiches exceptionnels de Claire et ses pommes de terre en ragoût ou mes préparations plus traditionnelles, on s'offre de vrais régals et question saveur on rivalise. Nous savourons tous les quatre à bord de ce navire. C'est pas cette année que la navigation va affiner ma silhouette et je crains même qu'elle alourdisse celle de Laurent... 

Au Lérins y'a de la place et on s'y  sent bien. Claire et Charles partent à l'assaut du monastère de St Honnorat.ldm lerins

Je n'ai toujours pas envie de marcher. Je me réserve pour aller flâner demain dans les eucalyptus de Ste Marguerite. 

D'ailleurs Charles nous invite au resto. Super, du coup je retrouve l'envie de me frotter à  l'échelle de bain. 

"Lune de Miel aux Lérins"

caillouxBien entendu l'accostage en annexe dans les cailloux est bien hasardeux. Je tire un peu la jambe. Le resto est fermé et on se perd dans la forêt... La nuit devient noire.  Claire essaie désespérément de lire les rares panneaux, moi je m'impatiente. Je voudrais bien me fier à notre sens de l'orientation singulièrement en défaut ce soir-là.  Et surtout me poser à bord. On a l'air de quatre pas trop malins. 

Je passe une vraie mauvaise nuit, et je pense que ma blessure interne ne s'arrange vraiment pas. Nous avions envisagé de faire une pause à Cavalaire pour rencontrer la fille de Claire et l'idée nous plaisait bien. 

Alors on s'organise. D'accord pour Cavalaire, mais je voudrais bouger le moins possible. "Pas d'souci" dit Claire, on te met en accident de travail. Tous les quatre d'accord "mais faut pas que ça te dérange"... Allons donc... 

A Cavalaire on prend une bouée en merdouillant un peu... mais au moins nous sommes bien installés et à peu de frais. Et puis c'était une vraie bonne idée. Julie et son compagnon que nous retrouvons à quai sont vraiment chouettes. Ils  retournent à bord avec Claire et Charles pour prendre contact avec LDM. Laurent  et moi, nous préférons les laisser en famille et nous poser à terre pour reposer ma jambe. Plus tard on se retrouve au resto.   Nous passons une soirée très agréable  repas plutôt raffiné pour une clientèle de passage. C'est vraiment un excellent moment familial. 

Maintenant, je ne ferai plus grand chose à bord car le moindre mouvement me fait vraiment souffrir. Nous prévoyons une courte escale aux Embiez. Laurent et moi restons sagement à bord pendant l'exploration à terre de nos invités. Charles est choqué car c'est une période de mise en valeur du travail de Mr Ricard et de sa Fondation partout sur l'île. Un peu indigeste cette opulence d'images du Monsieur Apéro. apéro

Charles est tellement dégouté que Laurent et lui envisagent de faire l'apéro à l'eau pétillante désormais. Je m'inquiète gravement pour eux.

 

 

 

Le phare de Cassidaigne

(dangereux haut-fond de Cassis qu'on distingue sous le phare)cassidaigne

Nouvelle escale au Frioul, encastrement laborieux à Morgiret. Ces courtes pauses ont permis à Claire et Charles de mieux connaître nos îles aussi différentes que magnifiques. Laurent et moi restons sagement de garde à bord.

Et puis retour à Martigues. 

Claire exploite pendant la navigation une ultime relaxation, sur la plate-forme arrière.

plate foremFaut oser quand même !

 

 

 

 

 

 

 

BILAN, d'après le livre de bord, 21 jours à bord de Lune de Miel.  ÉQUIPAGE :  Claire, Charles, Laurent et moi.

Milles parcourus 550 Mn pour 62 heures de moteur. Tout plein de chants et de flûte à bord, tout plein de siestes dans tous les coins possibles du bord, tout plein de repas très élaborés à tour de rôle, et de sympathiques restos offerts par Claire et Charles. Tout plein d'échanges animaliers ou politico philosophico romanesques... quelquefois graves mais toujours souriants. Tout plein de manoeuvres et d'expériences aussi hasardeuses que réussies. 

Tout plein de routes à la voile. Peu et même aucune corvée grâce au partage... (sur ce coup là, c'est Laurent qui endosse le costume skipper mais ça ne l'exclut pas de toutes les vaisselles)

Et surtout, la découverte d'une île Toscane avec  deux amis tout neufs.

Dégâts matériels :

  - deux rapalas et quelques centaines de mètres de fil à pêche.

Dégâts humains : 

- Allo Docteur, ici c'est pas la Noiraude...  C'est une qui marche plus que sur un cylindre.

- Allons bon, comment vous avez fait ça ?

- Peut-être en montant sur un quai, et patati et patacrac !

- Vous affolez pas, c'est juste un claquage musculaire, un p'tit hématome de rien du tout dans la cuisse, un peu d'arthrose dans la hanche peut-être. Repos, anti-douleur, appui sur des cannes...

- Vous n'y pensez pas Docteur, je peux pas faire ça à mon Ouin-Oui, appui sur des canes, pauvres bêtes... et pourquoi pas des canes blanches tant que vous y êtes ?

- Des cannes j'ai dit, des tiges, des bâtons... des béquilles enfin ce que vous voulez... pas des canardes... et pas longtemps !

- Ouf, merci Docteur !

Marseille "entre les îles"...marseille

 

 

 

 

 

VAR-CÔTE D'AZUR 2009

Croisière cabotage le long de nos côtes en Méditerranée

La Ciotat

Esprit vacance es-tu là ?
Vacance = état d'une charge, d'une place non occupée.
Ou bien , Vacances = période de congé des travailleurs...

29 juin 2009

Ces deux visions du mot vacance me plaisent bien. Sauf que si nous avons l'esprit, nous n'avons pas la matière. Le dos de Laurent ne se remet pas d'aplomb. Il s'est levé comme ça un matin tout de travers après quelques acrobaties nocturnes (à priori solitaire ?) et depuis il donne dangereusement de la gîte à babord. Notre départ n'en finit pas de se compromettre depuis bientôt deux semaines. Cependant, Velaux, lundi 29 juin 2009, au saut du lit. Laurent a des fourmis dans les gambettes. Il fait quelques pliages d'assouplissement. Et ça ne se passe pas si mal. Il est 8h du matin, j'émerge à peine. Laurent s'étire. Ma parole, le voilà parfaitement vertical.

- Saute du lit, si t'es d'accord, on quitte Velaux. !

Pensez si je suis d'accord. D'autant plus, qu'on a encore plein de trucs à bord qu'il faut finir avant de partir. Et qu'on a laissé en plan. Mais Laurent balaie tout ça d'une pichenette. Il faut impérativement passer nos bosses de ris dans le lazzy bag. C'est la seule chose qui importe dit-il. Peu de chose en somme. Et oui, il a dit, il pourra le faire... On est presque parti. Youpi ! Notre ami Claude nous dépose à Martigues dans l'après-midi. Ami Claude, que serions-nous sans toi ?

Nous resterons un jour au port de Martigues, histoire de tester la mobilité de Laurent à bord, et de nous mettre bien à fond dans l'esprit vacance. Nous nous attelons ensemble à l'installation des prises de ris. Quoi d'autre encore ? Il me semblait qu'il y avait une foultitude de bricoles à finir, et voilà que d'un coup, le navire est tout à fait opérationnel. Peut-être suffit-il de décider que nous sommes prêts !

Mercredi 1er juillet 2009 .
J'ai oublié de vous dire que la première innovation révolutionnaire de cette année, c'est une escale à Marseille Vieux Port. Car LDM, (Lune de Miel), n'a jamais posé sa quille dans la Vieux Port, inconcevable non ! Pour l'heure, l'ouverture du pont de Martigues est annoncée imminente. Je balance mon seau de rinçage en même temps que les amarres. Pour une fois notre quille ne piétinera pas de longues minutes impatientes à l'entrée du canal. J'adore ce départ bousculé, il imprègne notre départ d'une poussée dont nous avons grand besoin. L'air est doux dans le canal. A l'ombre du bimini, les quais défilent joyeusement. Salut Petite Venise Provençale !

C'est quoi ce joli sillage parfaitement symétrique de part et d'autre du safran ? Juste un p'tit oubli de nos anodes qui surfent gentiment sur le dos... Allez mes jolies, retour dans votre casier. Baguenauder dans l'eau, c'est pas le moment. On a de la route à faire. Le vent est au SW, passé le cap couronne, on attaque la côte bleue hardiment. Vitesse moyenne 4,5 nds. La mer est plate, juste un peu frisée avec jeux de lumière et d'ombre, LDM (Lune de Miel ) un rien joueur donne l'impression de sauter d'un carré de lumière à une tache d'ombre. Mais c'est de marelle qu'il s'agit ici, pas de saute mautons. Nous sommes quasiment seuls à naviguer. Si seuls et si proches des côtes dont les mouvenemts lointains, reflets de pare-brise, éblouissements de vitres, couleurs de vêtements, silhouettes animées nous permettent d'imaginer toute ces vies qui se bousculent à terre. Les pôvres ! Ce ne sont pas des images sans paroles. Entendez le pchouit, pchouit, pchouit si familier, si doux, si délicieux de la coque et le froissement de l'écume sur la mer. Panne de vent en début d'après-midi. Le cap Méjean n'en finit pas de s'arrondir, il y a longtemps que le Frioul esquisse ses côtes dans la brume d'été. Mais il ne se rapproche guère. D'un coup Marseille apparaît au fond d'une baie immense et la brise revient très soutenue. Nous fonçons entre l'Estaque et le Frioul à plus de 7 nœuds. A l'ombre il fait trop frais alors que je me love au soleil.

vieux portEntrée du Vieux port, bordé par les remparts roses du Fort Saint Jean à babord, par les jardins verdoyants du Pharo à tribord, dominé par les scintillements de Notre Dame la garde en hauteur. Grandiose. Le quai d'accueil est fort encombré. Entre les navettes touristiques, les canots et embarcations qui croisent et dépassent n'importe comment, le ferry-boat qui lambine au milieu, où se caser? Réponse immédiate. Un zodiac de la Société Nautique de Marseille (SNM) vient à notre rencontre pour nous guider en lieu sûr. Bien commode tout ça et inespéré. Amis navigateurs, le Vieux Port de Marseille, c'est la totale sécurité. J'ai beau êre une habituée piétonne des quais, me voilà encore toute esbaudie par la majesté du lieu. Voilà, je le dis tout net, c'est un des plus bel endroit qu'il m'ai été donné d'aborder. Le club est très luxueux, les plaisanciers sages. Notre place à l'écart de la circulation nous permettra une nuit très calme. Pour 26,50 euros la nuit (navire de plus de 12,20m) c'est un tarif très attractif. Il a tout pour séduire ce Vieux Port. vieux port

Nous passons la soirée chez Karine, Jo et Shana. On ne se prive de rien cette année !

Jeudi 2 juillet 2009
Mouvement social à Météo France, pas de météo marine. Nous sommes sous régime de brise (si ça n'a pas changé depuis hier) nous décidons d'une petite escale en calanque de Sormiou. Nous tirons des bords sympathiques entre le château d'If (que je n'ai jamais vu de si près) et le le Frioul. Avant le platau des Chèvres le vent bascule et nous avançons petitement les voiles en cisaux. Ce qui nous laisse le loisir de détailler les roches. 

jaïre planeNous jouons avec la silhouette changeante de Rioux selon l'angle par lequel on l'admire. Imposante et rassurante, elle protège son troupeau d'îles : Tiboulen qui se confond avec Maïre, Jaron, Jaïre,. On repère des nuées d'oiseaux qui y nichent. Jusqu'à l'ïle Plane, une brume épaisse estompe les formes dès qu'on s'éloigne un peu. Dans les falaises verticales où se nichent les calanques nous mettons un point d'honneur à repérer l'entrée de Sormiou sans le GPS. Fastoche ! LDM pioche son ancre dans le sable avec un joyeuse pensée à vous autres, anciens compagnons de croisière qui avez profité avec nous de cette calanque sauvage et calme en d'autres temps. L'année dernière Dorine y a inauguré son gilet de sauvetage. Et comme l'année dernière, les rafales de vent y sont régulières et fortes. La météo aurait-elle évolué à notre insu.

sormiou

Vendredi 3 juillet.
Toujours mouvement social à Météo France, on se la coule douce à bord. Soirée sereine et rêveuse. Dans la nuit quelques rafales nous bousculent. Mais rien ne laisse prévoir le violent coup de canon qui ébranle tout le mouillage à 5 h du matin. Aussitôt quelques gouttes frappent notre toit. Pas un pet d'air. Des grondements lointains se rapprochent à grands galops. Nous voilà en vigilance orange, parés, mais à quoi au juste ? Nous passons la tête dehors pour voir un peu ce qui se passe. Une déchirure illumine les nuages, en quelques instants elle s'étire jusqu'au sommet de la paroi qui nous fait face. Une rude secousse ébranle toute la calanque. La foudre a frappé fort. Un craquement de ciel après l'autre. Le bombardement s'intensifie. C'est effrayant et terrible. En même temps, je ne suis pas inquiète. C'est bien la première fois. Il manque à ce spectacle la brutalité du vent qui accompagne en général les orages. Sans le vent, c'est un orage qui ne se prend pas au sérieux. C'est pour du beurre dirons-nous. Et c'est un bien joli spectacle que je quitte à contrecoeur pour m'abriter des trombes d'eau. A travers les hublots les éclairs illuminent le carré de leur lueur blafarde. C'est une nuit idéale pour les sorcières. Tenons-nous tranquille.

Samedi 4 juillet 2009
Départ début de matinée, cap sur l'Ile verte. Nous aurions pu y être abrité du NW mais nous avons choisi des fonds de sable à 10 mètres de profondeur et nous sommes trop près du passage du Bec de l'aigle, donc pas mal agités par des courants et remous divers. Vers 11h du soir, le plus fastueux des feux d'artifice nous est offert sur la Ciotat. Notre loge est la meilleure et nous en profitons un max. Plus tard, je reste longtemps dehors, fascinée par les petites barques de pêche qui tournent et virent au pied du Bec de l'Aigle. Feu rouge, feu vert, en alternance dansent dans le chenal, un coup babord, un coup tribord, je ne m'en lasse pas. Imaginez ces images de nuit dans le silence de la mer.

Dimanche 5 juillet 2009
Fatigués par les courants qui nous arrivent du cap, nous décidons de tenter l'un des mouillages en bord de plage de la Ciotat. Nous choisissons celui des Capucins. Et là nous sommes vraiment bien installés. Est-ce d'avoir été un peu secoués la nuit précédente ? Est-ce d'avoir fait trop d'extentions ou de contorsions en pliant la grand voile ? Voilà que Laurent recommence à se tenir de traviole et grimace au moindre mouvement. Il tente un bain dans l'après-midi, quelques mouvements sur le dos, porté par l'eau de mer... Nouvelle série d'anti-inflammatoire...

Une bonne nouvelle, la météo marine est revenue. Elle aurait mieux fait de continuer sa grève. Revenir pour nous annoncer un long coup de vent sur toute la zone, incluant Côte d'Azur... Zut alors, on était bien là. Force 4 à 6 annoncée, nous décidons de rester là jusqu'à lundi.

la ciotat 1la ciotat 2

 

 

 

 

 

 

Port de la Citotat

 

 

 

 

 

 

Lundi 6 juillet 2009.
Laurent n'est vraiment pas en forme. Les rafales secouent le bateau. Nous décidons de profiter du mauvais temps annoncé pour passer en phase repos. Nous avons la chance de trouver une place au nouveau port de la Ciotat. C'est moins chouette que Marseille mais nous sommes parés pour voir passer les mauvais coups du vent. Plus tard, dans quelques jours nous aviserons. La seule chose que nous connaissons de la Ciotat c'est ce port où nous avions fait une courte escale avec Sybille et sa famille en 2003 et la base de planche à voile, du temps que Laurent et Jo s'y offraient de grands frissons sportifs... Tourisme à la Citotat donc. Si le temsp est trop pourri, on ira au cinéma. Quand je vous dit qu'on part pour des supers vacances !

************************************************************** * INTERMEDE * ********************************************************************

- Alloo, je voudrais parler à la Noiraude s'il vous plaît.
- Ne quittez pas, je suis son fils...
- Merci Monsieur, dites lui que c'est de la part de son ami Grignot'âge. - ... ... ...
- Allo, - Allo, c'est toi la Noiraude ?
- Oui, salut Grignot'âge, alors t'es où ?
- Sur Lune de Miel, j'ai tout fait comme tu m'as dit.
- Tout va bien alors ?
- Oui, enfin, je ne sais pas... Je voudrais ton avis. Toi, tu as beaucoup navigué avec ces personnages à petites oreilles, tu les connais bien. Crois-tu que je peux quitter ma cachette et me montrer ?
- Bien sûr, pourquoi ne pourrais-tu pas ?
- Parce que j'ai mauvaise réputation moi. Je ne suis pas comme toi, une bête à cornes, nonchalante, gentille et maternelle. A force de t'entendre parler de tes nav, je voulais vivre ça au moins une fois dans ma vie avant de finir en estoufade dans une cocotte en fonte. Mais je n'ai pas prévu de naviguer coincé sous le plancher d'un voilier. Mariné dans les eaux saumâtres des fonds, avant de finir mariné au vin rouge, c'est pas comme ça que je voyais ma vie. Et si j'en sors pour qu'on me précipite par dessus bord pour conjurer la malédiction de la bestiole à longues oreilles, quelle horreur. J'ai pas appris à nager dans mon champ de luzerne...
- Tiens, tu me fais rire. Ne crains rien, ils sont braves les deux longues pattes et petites oreilles. Tu n'as qu'à apparaître le matin au p'tit déj avec ton plus beau sourire et en frétillant de tes longues oreilles, ils vont t'adorer.
- Avec une carotte entre les dents peut-être ?

PS : pour les fondus de Coucou.net, ceux qui sont peu habitués aux finesses psychologiques du monde marin. Il faut savoir que le personnage à longues oreilles est complètement tabou et porte une poisse colossale aux navigateurs. Il est absolument interdit de séjour à bord, que ce soit sous forme de terrine ou de peluche. Afin de ne permettre aucune prise à la malédiction sur les embarcations amies qui me lisent, je ne le cite que par des métaphores. Je ne voudrais pas qu'il se manifeste chez eux à travers leurs systèmes informatiques. C'est donc de ma part un clin d'oeil taquin à nos amis en partance pour l'atlantique. Vos aventures seront plus palpitantes que les miennes et j'attends de vos nouvelles avec impatience. Bonne nav ! JanouB

Porquerolles

Vendredi 10 juillet 2009 -Bassin Bérouard- la Ciotat
4ème jour de tourisme à la Ciotat. Nous sommes amarrés en avant et c'est pas terrible car le quai est particulièrement bas. Assez facile pour descendre, après un grand écart, il suffit de se laisser tomber par terre, mais pour monter c'est nettement plus acrobatique, voire quelque peu hasardeux. Tensions, extensions, poussées, tirages, élongations. Nos vieilles douleurs se réveillent. Passons sur ces désagréments secondaires.

PORTAu coeur de la ville, découverte d'un marché fort agréable mardi matin. Flânerie sur les quais du Vieux port qui se transforme en foire artisanale et touristique en soirée. Babioles et trouvailles en tous genres, parfaitement inutiles pour la plupart donc indispensables aux vacanciers. Laurent a falli acheter une toile peinte à la bombe... Ouf, après réflexion, y'a pas de place sur nos murs. La maison de Velaux l'a échappé belle.

Nous avons visité le musée des Frères Lumières. Retour aux origines du cinéma qui était en ce temps là de l'ordre de la science plus que de l'art cinématographique. Nous avons été captivés tous les deux avec un rien de nostalgie aussi. La chapelle des Pénitents Bleus propose une expo peinture sur le thème de la " musique " un vrai régal. L'ambiance à la Ciotat est très festive et très agréable. C'est une ville sage en même temps. Ambiance très familiale. J'aime bien. A bord le vent hurle dans les haubans, ça cliquette et ça grince dans tout le voisinage. Nous sommes contents d'échapper aux aléas du mouillage avec des pointes de vent qui s'affichent à plus de 35 noeuds. On se lève le matin avec 15° dans le carré, les petites laines sortent des placards. Nous profitons de notre désoeuvrement pour travailler sur le court métrage de " Mon Village ". Le deuxième jour, j'ai la sotte idée de vouloir prendre une douche chaude au port. Les sanitaires sont de vraies étuves et j'ai vraiment froid en remontant à bord. Pas de pot. Après ce coup de chaud et froid, j'éternue cent fois et dans la nuit je couve une bonne fièvre sous la couette. Saint Paracétamol intercédez pour moi.

Samedi 11 juillet 2009. Accalmie météo. La queue de mistral résiduelle annoncée force 3 ...4 nous séduit. Filons vers l'Est. Dans la matinée, nous traversons la baie de la Ciotat, belle allure de largue, vitesse 5/6 noeuds. Je me love au soleil. Ma toux prend du recul. Au niveau de la Baie d'Alon juste avant Bandol, les creux sont plus profonds, pas loin de 1 mètre, le vent passe arrière. LDM est poussé sous les fesses. Il adore ça ce bateau farceur. On fait des bonds en avant. Pas forcément confortable mais on fuse sur l'écume. Du coup on ne s'arrêtera pas à Bandol. Joyeuses pensées Amis Bour ! Vous savez bien, en méditerranée, il faut toujours profiter de ces momnets bénis.

Nous avons bien fait de pas traîner, à 15h, notre vitesse tombe en dessous de 2 noeuds, le génois se ramollit... Moteur ! Au niveau du Cap de Carceirane, une accélération soudaine nous permet de renvoyer le génois seul. La mer est beaucoup plus calme ici, et notre balade devient fort agréable avec une vitesse constante de 5 noeuds 1/2. Pas de doutes le cap Cepet est une frontière météo très précise. Nous traversons la petite passe des îles d'Hyères lumineuses sous le soleil. Nous les laissons à tribord. Nous décidons d'aller nous abriter à l'Est de la pointe de l'Estérel, Presqu'île de Giens que nous savons agréable. C'est immense et nous posons notre ancre par 8 mètres de fonds avec 40 mètres de chaîne. Il y a quelques herbes superficielles mais l'ancre les traverse sans problème. Vu la longueur qu'on aligne, totale sécurité. C'est ça qui est chouette dans les vastes mouillages, on s'étale, on s'étale... Un voilier qui lui, ne s'est pas assez étalé dérape pendant que les propriétaires visitent la côte. On le voit partir sous une rafale force 6, et dériver lentement; ça vous rappelle quelque chose de nos aventures ? Laurent souffle à fond dans sa corne de brume pour prévenir les plus proches voisins. Concentrés sur leur pastis, ils ne voient rien venir. Finalement ils réagissent magistralement au moment où le fuyard va les percuter par l'arrière. Ils arrivent à le retenir. Ils le mettent à couple et attendent jusqu'à 21 heures que les chanceux propritaires récupèrent leur bien. (pas bileux pour deus sous, ils ont joyeusement festoyé à terre en prenant leur temps. Décidément ça me rappelle quelque chose !) Nous voilà pour de bon dans le monde de la plaisance et de ces petites surprises !

CÔTEDimanche 12 juillet 2009
Les vents sont annoncés de flux d'Est, La protection ici devient douteuse. Il va falloir déménager. La mer est à 17° les baigneurs sont rares et l'immense plage très clairsemée. Mais où sont donc cachés les estivants ? Nous décidons de traverser la passe et rejoindre Porquerolles juste en face de nous. Nous quittons le mouillage à 17h15, alors qu'un rideau de brume tombe sur la mer. Nous avons observé qu'il y a deux moments favorables pour s'installer dans un nouveau mouillage. C'est en matinée vers 10h, quand ceux du matin sont partis ou en instance de départ et que les suivants ne sont pas encore arrivés. Ou alors entre 19h et 20h, quand les locaux quittent tardivement les lieux pour rentrer au port. Ils sont légions à laisser d'immenses trous dans le mouillage après un dernier apéro à bord. Lorsque nous traversons la passe par vent arrière avec juste le génois, on croirait croiser un boulevard. Les embarcations de toutes les sortes et de toutes les tailles pétaradent ou fusent de tous les côtés. Des voiliers tirent des bords dans tous les sens. Ca ronfle, ça vrombit, ça chuchote.... Bruyant et agité. Nous ne risquons pas de nous endormir mais faut pas rêver non plus.
Lorsque nous sommes au milieu de la passe, la presqu'île de Gien et toute la baie de Hyères sont noyées dans le brouillard. Devant nous, des collines grises et des forêts de mats... Il semble qu'il y ait un monde fou à Porquerolles. A tel point que j'ai un doute, c'est des mas ou les troncs des arbres ?
- Dis Laurent, tu crois que c'est une bonne idée d'aller se fourvoyer par là?
- Mais oui, t'inquiète pas, on a besoin juste d'une petite place pour LDM.
Il a raison. Il doit bien y avoir une centaine de bateaux au mouillage mais cette baie d'Alicastre, à l'Est de Porquerolles est immense. Fonds de sable, nous mouillons dans un vaste espace par 6 mètres de fonds. Je dormirai tranquille.
Lorsque la nuit tombe, le vent aussi. Le mouillage devient étrangement calme. Les bandes de brumes se répandent tout le long de la côte. BRUME MER

A 22h, nous savourons cette nuit magnifique à l'abri du cockpit, enveloppés dans nos petites laines. Depuis que j'ai pris froid à La Ciotat, je n'arrive plus à me réchauffer. Oublions ça, la soirée est si belle. Le brouillard a absorbé nos voisins. Les feux de mouillage jettent leurs éclats dans la grisaille. Leurs reflets scintillent dans l'eau sombre comme de grosses étoiles tombées du ciel. Il pleut de la lumière dans le silence de la baie d'Alicastre. Nous sommes seuls au monde. Porquerolles est un lagon magnifique.

 

******************************************************************INTERMÈDE********************************************************************* - Allo, bonjour, je voudrais parler à La Noiraude.
- Ah, c'est toi, bonjour Grignot'age. Quoi de neuf ?
- C'est beau, c'est magnifique. C'est tout comme tu racontais. La mer, l'écume, le vent, la navigation. J'adore. Et j'ai même pas le mal de mer. - Alors tout va bien !
- Oui, enfin non, pas vraiment c'est pour ça que je t'appelle.
- T' es sorti de ta planque quand même ?
- Oui, bien sûr. Ils sont trop gentils à bord. Ils m'ont installé un abri dans le casier à casquettes. Un vrai nid de douceur. En plus je suis parfaitement calé. Super, vraiment ! Ils ont rigolé quand ils m'ont frôlé avec leurs pieds nus sous la table du petit déjeuner. Ils m'ont tout de suite adopté. Nous nous amusons, et nous baignons dans la tendresse, faute de profiter de l'eau de mer. A part la fraîcheur de l'air et de l'eau, c'est super.
- Alors où est le problème ?
- Le problème c'est que depuis que je suis là, il leur est arrivé quelques misères. Lui, il se déboîte le dos en permanence en plus il s'est brutalisé un orteil en courant à l'avant du bateau. Il marchait à peu près droit maitenant il boite. La femme tousse, tousse. Elle frissonne, elle a tout le temps froid. Tu crois que c'est de ma faute, que je leur porte la poisse ? Je n'ose plus les regarder, je culpabilise à mort.
- T'es vraiment cloche toi. Tu n'es pas responsable de tous les maux qui tombent sur les humains, qu'ils soient à bord ou à terre. Ils sont assez grrands pour faire leurs misères tout seuls. Probablement qu'à bord tu vas devenir leur mascotte. Quand un humain croise un truc à poils, à queue et à quatre pattes, il en fait toujours sa mascotte. j'ose dire que tu leur es indispensable.
- T'as peut-être raison car ils sont toujours aussi aimables avec moi. Pas un seul regard douteux, pas une seule allusion désobligeante. Ils ont renouvelé ma provision de carottes bio et avec les fanes, s'il vous plaît. Il me dispensent joyeusement leurs caresses. J'aurais jamais cru que ça me plairait d'être traité aux petits oignons. Tiens, j'ai bien fait de t'appeler. Tu m'as redonné confiance en moi. Merci !
- Pas de quoi. Celui qui n'a pas de doute n'a pas de conscience.
- Hélas, chère Noiraude et le poids des traditions pèse lourd sur la conscience !

La Léoube

Mardi 14 juillet 2009. Baie d'Alicastre Porquerolles.
Réveil secoué à 8h. Coup de vent NE annoncé notre abri promet de devenir inconfortable. Décision quasi immédiate de filer vers le nord du bassin, Miramar la Londe par exemple. Même pas le temps de boire un café. Le vent forcit à vue d'oreilles. Nous filons au prés très serré avec deux ris dans la grand voile et un bout de génois. On bondit sur l'écume, vitesse plus de 6 noeuds. Forcément un peu brutale comme navigation. Mais jouissif en même temps.MER FUITE

Au milieu de la passe on  croirait chahuter dans les remous du canal de la Dominique. L'écume déferle à l'avant.  Le pont sera briqué de neuf par la mer. Il n'y a plus grand monde qui navigue. Seul entre la côte et les îles, LDM chahute avec les vagues et s'en donne à coeur joie. Pour Laurent et moi,  malgré la capote, quelques giclées d'embruns qui décrassent la figure... Nous restons stoïques comme toujours.
On se rapproche de la côte. Progressivement la mer se tasse. Notre allure devient franchement agréable. Les embruns ne frappent plus la capote pour inonder le cockpit. Ouf nous pouvons respirer librement !
Bravo,  il est là le site de rêve. Derrière la pointe de Léoube à l'abri d'un magnifique rocher envahi de pins d'alep. Un vrai trou à cyclone. Je vise une trouée de sable entre les algues par 6,50m de fonds. Visons juste pour aligner nos 30 mètres de chaîne !
Il est dix heures du matin. On a toute la journée pour surveiller notre mouillage. Comble de bonheur c'est le désert.
C'est fort intéressant, une fois que nous y sommes, d'autres voiliers viennent tenter cet abri. Beaucoup dérapent. Et le vent commence à nous fatiguer les oreilles. La météo du soir annonce du calme dès cette nuiT. Ouf !
Blottis derrière la capote nous guettons le coucher du soleil sur la presqu'ile de Giens. C'est vraiment chouette.
C'est très étrange la vie de plaisancier. Nous sommes scotchés à bord à cause de la précarité de la météo. Nous menons une vie très contemplative, entre observation des oiseaux qui tirent des bords pour rejoindre la plage, spectacle des autres voiliers et de leurs mouillages plus ou moins hasardeux, lecture intensément, travail informatique sur le court métrage pour Laurent, concertation pour les choix de coupe, de sons... Pause repas, café, vaisselle... Eventuellement toilette très sommaire !

Concert de flûte traversière tous les soirs, Laurent fait au vent une concurrence déloyale.FLUTE
J'adore !

Mercredi 15 juillet 2009
Le temps s'est bien radouci. A 4h du matin, je me suis levée stressée par des poussées violentes de NE. Je suis restée 1h sous le cockpit à veiller dans la nuit claire. Les nuages s'effilochaient autour de la lune. Les îles du Levant au sud faisaient de grandes taches grises à l'horizon. Des éclairs intempestifs, silencieux, loin vers l'Est annonçaient de l'orage. Une fois sortie de la couchette, j'étais prête au pire, apaisée. Le vent est tombé d'un coup. Les éclairs ont disparu du ciel. A 5h, je me suis allongée toute habillée dans le carré avec une couverture, prête à réagir si le temps se dégradait. Mais j'ai dormi comme un loir jusqu'à 9h du matin.
La météo promet des brises estivales.  Le régime idéal est annoncé pour demain. Ce matin la temprérature de l'eau affiche 24°, nous sommes en marche vers les vacances.
En fin d'après-midi un voilier s'installe à babord, distance très respectable. Une fine et joyeuse équipe s'y agite. Ils nous intriguent car ils jettent une première ancre à l'arrière. Ils y ajoutent une deuxième ancre et long de chaîne. Diantre, qu'est-ce que ça signifie et puis, est-ce bien raisonnable ? Un bon moment plus tard, tout le monde passe à l'avant du bateau. Ils se rassemblent en poussant de grands cris autour d'une voile colorée qui pourrait être un spi. Nous ne comprenons pas ce qu'ils mijotent. Peu après, quatre d'entre eux sautent à l'eau. Les autres envoient le spi  (au mouillage ?). Une écoute flotte jusque
dans l'eau, que l'un des nageurs maintient. L'autre écoute est nouée aux deux points d'amure du spi qui se gonfle joliment comme une baudruche. En voilà une étonnante balançoire. Ça braille à bord et ça braille dans l'eau.
- Lâche la drisse.
- Lâche pas l'écoute.
- Cramponne toi
- Qu'est-ce tu fous, retiens la drisse...
Un des nageurs se cramponne à la " balançoire ".  Le vent est léger, une quinzaine de noeuds mais il secoue l'écoute. ll'acrobate est vivement traîné, soulevé au ras de l'eau, replongé. Il en fait de l'écume celui-là.
- Oh zut, oh la là, ouille ouille ouille
SPI LEOUBED'un coup en même temps que la balançoire s'élève dans le ciel, le garçon comme une araignée au bout de son fil gigote en l'air.
- Youpi, ça marche, je vole, je vole....SAUT SPI
Il s'assied sur son cordage, il se met debout, il se bascule en " cochon pendu ",  suspendu par le spi et balancé vaillammant par les courants d'air. Un bien joli spectacle et des sensations terribles que ces jeunes garçons et filles se disputent.
Plus tard nous pourrons parler à l'un d'eux qui s'est approché de LDM à la nage. Il viendra récupérer sur une clé USB les photos faites par Laurent. Quelle agréable compagnie au moment de l'apéro ce jeune garçon de 16 ans. Il navigue en famille et cousinage depuis qu'il est né... L'eau, la mer, la voile sont vraiment ses éléments.  Il est plein d'enthousiasme. Un bien beau monde. Oui, mais,
jeudi matin, météo du matin, chagrin. Et vlan, la dépression s'était comblée sur l'Algérie. Une autre se forme juste sur nous. Y'en a marre. Nouveau coup de vent annoncé force 7/8 vendredi soir, samedi toute la journée, la nuit et journée de dimanche. (Force7/8 pour ceux qui n'ont pas l'échelle beaufort en tête, ça représente une moyenne de 35 noeuds soient 70km/h). Ne parlons pas des rafales et de leurs vagues traîtresses. Mais alors ce sera quand l'été ? Pour l'heure, tout le monde aux abris.   Vous feriez quoi vous ? Chiche on rentre ?  Ras le bol de ces coups de vent. Un coup de l'Ouest, un coup de l'Est, mer
chahuteuse et vent capricieux. Vous croyez que c'est de la plaisance ça ! En même temps, aujourd'hui régime de brises, on pourrait en profiter pour continuer vers l'Est. On ne fera pas grande distance sous  brise, Une quinzaine de milles à la voile, ça paraît jouable. Cap sur Cavalaire peut-être !

****************************************************************INTERMÈDE**********************************************************************

- Allo, bonjour, je voudrais parler à la Noiraude s'il vous plaît.
- Oui, c'est moi bonjour. C'est toi Grignot-age ? Encore quelque chose qui cloche ?
- Hélàs, je suis très inquiet, je voudrais savoir comment réagir ! C'est bien embêtant ça.
- Bon de quoi s'agit-il ?
- Tout allait bien et d'un coup, voilà l'ambiance à bord devenue très morose. Je ne comprends pas. Leur mal de dos recule, leur toux s'éclaircit, ils ont retrouvé tous les deux leur verticalité. Ils ont l'air plutôt en forme. Mais ils ronchonnent et tous les deux en plus, et je ne sais pas comment leur remonter le moral. J'ai même pas intérêt à me trouver dans leurs jambes.
- Oh, je connais ça, c'est inévitable, ça fait partie des vacances en mer. Ils rouspètent parce que le vent est trop violent, jamais dans le bon sens. Ils rouspètent parce qu'ils ont froid. Ils rouspètent parce qu'ils se croient prisonniers de leur mouillage. Ils rouspètent parce que les voisins font du bruit, parce que quelqu'un dérape sur leur chaîne. Ils rouspètent parce que l'eau est trop froide, le vent leur casse les oreilles et la houle leur donne mal au coeur. Ils rouspètent parce les moteurs voisins puent.  Ils rouspètent parce que la vaisselle tinte dans les équipets et que les bouteilles de vins chantent dans leur  casier. Ils rouspètent parce que leur vie est précaire. Ils rouspètent parce qu'ils ont envie de rouspéter. Rien à faire contre ça !
- Je ne comprends pas. Si c'est si chiant la voile, pourquoi ils naviguent et surtout pourquoi ils appellent ça de la plaisance alors là, je comprends vraiment pas.
- Parce que tout ça est passager. Dès que la météo s'arrange, ils boivent un pastis ou un whisky  pour évacuer le mal au coeur et l'alcool leur ouvre de beaux horizons. Bientôt ils seront émerveillés, souriants et tendres. Après l'esprit bongon, y'a l'esprit bourbon... Et vive la plaisance !
- Et je fais quoi en attendant l'esprit bourbon ?
- Planque-toi dans ta couchette et dors !

 

Cavalaire sur Mer

eudi 16 juillet 2009/ cap sur Cavalaire.
Nous quittons notre sympathique abri vers 11h au près serré, mer calme,beaucoup de brume qui s'estompe peu à peu. La côte que nous longeons est verdoyante et nous parle d'espace paisible. Voici le Fort de Bregançon (résidence officielle de vacances pour nos Présidents !). C'est une forteresse austère, que l'îlot (sur lequel elle est souveraine) protège de ses remparts. Sauvage et fier. Un bien bel endroit, qui a quelque chose de secret. Nous le contournons avec un peu d'étonnement.Emerveillement aussi.
Le vent tombe d'un coup. Moteur !
Jusqu'au Cap Bénat de jolies petites criques découpent l'épaisse végétation des rivages et ourlent la côte de sable doré. Corniche des Maures, c'est absolument magnifique. J'ai envie de chanter " à la claire fontaine "... Et d'ailleurs je chante, du coup Laurent aussi ! Bonne ambiance à bord !
Le cap Bénat dévoile l'immense baie de Cavalaire quasi déserte. Tout au fond, nous distinguons des taches blanches parfaitement alignées. Un champ de bouées (amarrages organisés) Totale séduction car là nous pouvons attendre le coup de vent annoncé en dormant sur nos six oreilles, (faut pas oublier les longues de Grignot-âge !)
Formule économique, 23,50 euros la nuit, ça nous va tout à fait bien.

Samedi 18 juillet 2009/ Tempête à Cavalaire.
Je ne dirai plus que les prévisions météo dramatisent leurs annonces par principe de précaution. Les vents annoncés 8 affichent 45 nœuds en moyenne et des rafales à 55 nœuds à l'anémomètre. Je voudrais pas vous affoler mais ça nous fait du 100 km/h ça. tempete 1
Ça déferle sec sur le pont de LDM. À notre arrivée nous étions 3 au mouillage. Aujourd'hui le port affiche complet et dans notre champ de bouées les voiliers côte à côte dansent une drôle de sarabande.
- Dis Laurent, t'es certain que nos amarres vont pas péter ?
J'ai à peine fini ma phrase que notre voisin tribord d'un coup file nez de travers et en marche arrière. Les amarres, qu'il avait maladroitement passées en patte d'oie par l'étrave se sont cisaillées à force de frottements et tiraillements sauvages. Les agents du port qui veillaient au grain, ont vite rattrappé le navire et relogé sur sa bouée. Les équipiers cette fois ont doublé les amarres, deux de chaque côté de l'étrave.

Ce que tout bon marinier devrait faire systématiquement.
tempete 2Le vent hurle et gronde, LDM donne de violents à-coups sur ses amarres.Par moment il donne l'impression de se cabrer comme un animal rétif.J'aime pas du tout.Nuit bien agitée. Tapage nocturne sans trêve ! Je ne résiste pas à la tentation de me lever juste avant le soleil, convaincue qu'il se passe d'étonnantes visions dans la baie. Faut pas que je rate ça !
Image d'une baie en folie. La mer est grise. L'écume argente les vagues qui se coursent et se bousculent dans l'anarchie la plus totale. Pas une lumière dans la ville. Gris, blanc, gris, tout est gris.

Dimanche 19 juillet 2009.
Changement de décor autour des bouées. La mer est devenue sage. Les plagistes sont ressortis de leurs abris. Les parasols rivalisent de couleurs et les engins de plage sillonnent toute la baie. Estivale mais trop habitée. Quelques courses de frais, fruits et légumes, un peu de viande, jambon.
Cavalaire ville ? Rien à dire sur Cavalaire. C'est une ville nouvelle, bord de mer, plage, bars et restos...C'est juste le paradis des fondus de la plage. C'est pas du tout notre cas.
Vite, cap sur les Lérins. Nous quittons le mouillage à la voile sans un bruit et en douceur. J'adore ça. Comme nous avons trop d'énergie (épatant les panneaux solaires) Laurent décide de passer en mode dessalinisation. Renouvellement de notre stock d'eau douce, vive l'eau de mer recyclée. Nous voilà de nouveau autonomes.
Je ne vous ai pas encore parlé de la manie de Laurent, vous savez celle de mettre sa ligne à trempette. Je ne l'avais pas jugé utile parce que c'est d'un intérêt mineur. La ligne donc se traîne langoureusement comme il se doit dans notre sillage ... Cap Lardier... Cap Taillat... Et vl'a t'y pas qu'au niveau du cap Camarat peche

alors que nous nous laissons gentiment bercer par une douce allure de largue, le moulinet est pris d'une belle envolée de ligne et d'une longue plainte qui siffle... Pendant pas loin d'une demi-heure, rude combat entre la ligne, un gros thon rouge et Laurent... Nous voilà avec plus de 5 kilos de poisson frais qui remplissent le frigo. J'en mets une bonne partie au sel. (ceux
qui veulent manger des acras de thon ou un aïoli au thon à l'automne,faites vous connaître !) Le reste (8 repas prévus) sera accomodé dans les jours qui viennent. Nous sommes très affairés à bord. Du coup je ne vois pas passer le cap de Saint Tropez. Nous allons bon train.
Le cap Roux finit d'aligner ses crêtes rouges. Nous avons nettoyé toutes les traces de pêche au thon, rempli le frigo et nous traversons la baie de la  Napoule avec enthousiasme et en tirant des bords à 7 nœuds.
Salut Cannes, mais nous avons notre dose de vie citadine. Nous irons nous cacher entre les îles. Nous posons notre ancre, vers 19h dans 6m de fonds sable. Entre l'île Sainte Marguerite et l'île Saint Honorat. Une vaste étendue de mer émeraude qui donne envie de s'y plonger tout nu. La vie est belle à bord de LDM.

INTERDMEDE
- Allo, la Noiraude, c'est ton ami Grignot-âge !
- Oui, salut Grignot-âge, toujours en forme, y paraît que ça bastonne
dans ton coin.
- Oui, bof, juste un mauvais moment à passer. En vrai, j'ai d'autres soucis et beaucoup plus graves. Il y va de ma survie. Mes gentils navigateurs côtiers, viennent de se tranformer en brutes sanguinaires.
Ils ont harponné un royal thon aux belles couleurs brillantes, si tu les avais vus. Ils ont un immense couteau tout fin, un vrai carnage à bord. Quelle folie meurtrière les a pris ? Maintenant je suis mort de trouille et je ne sors plus de mon casier à casquettes. Je guette à travers les visières dès que l'un d'eux s'approche et je me fais tout petit. Tu crois que je vais subir le même sort ? Le plus effrayant, c'est qu'ils ne sont guère doués au jeu du couteau. Ils réussiront à m'occire mais après moult ratés de leurs canifs tremblants. AU SECOURS !
- Oh, du calme. Sors plutôt de ton casier. Ils ne sont ni fous, ni cruels. Avec eux, même les araignées sont domestiques. Il peut toutefois leur arriver de vouloir exterminer certaines espèces animales. Cas de légitime défense dirons-nous. Pour neutraliser le vandalisme des rats dans les greniers, pour lutter contre la voracité des fourmis ou des cafards qui dévalisent la nourriture ou pour se protéger des insectes suceurs de sang. Toi, n'as vraiment rien à craindre de tes deux équipiers. C'est dommage pour le beau thon rouge mais c'est un dangereux prédateur. Songe à toutes les petites espèces, sards, sardineaux et
maquereaux ainsi sauvés de la gueule féroce du thon. Tu imagines ce qu'un thon boulotte en une journée ! Tes gentils navigateurs côtiers oeuvrent pour la sauvegarde des petites âmes de la mer.
- Wouha ! Tu m'avais pas dit que j'étais à bord d'un voilier militant. Donc je fais partie d'un mouvement de lutte pour la survie et la promotion des petites espèces animales ou humaines. J'adoooore ! Merci la Noiraude ! J'ai toujours rêvé de militer pour une juste cause.

Les Lérins-Port Crau

Jeudi, 23 juillet 2009
Trois journées de rêve aux Lérins, entre terre, mer et... ciel. Nous sommes entourés de petites embarcations qui viennent là pour la journée. Pour échapper à ces envahissements, nous explorons les deux îles. Dès 5 heures le soir, le mouillage se vide. Retour à bord de LDM. C'est tout à fait fantastique de se sentir aussi seuls et abandonnés. L'ambiance paisible du Monastère de St Honorat nous séduit et Laurent prend date pour octobre. abbaye

ste margueriteNouveau projet dans l'air. Laurent n'est jamais en panne d'idée. Il me fascine.
Le vent nous joue de mauvais tours. La houle nous frappe assez durement et nous nous levons à 5h du matin fatigués par des calages hasardeux dans notre couchette.

Forte houle annoncée pour demain, encore un mauvais coup qui nous vient de l'Ouest ? Nous n'avons pas été touchés par la grâce de St Honorat. Allez on s'casse de ce paradis. Oui mais où ?
Laurent après cette période de retraite spirituelle a des idées de grandeur. Allons y pour un changement radical, cap sur
Golfe Juan. napoule

L'intérieur du Golfe de la Napoule est une rude affaire. Les fonds sont approximatifs, entre 3 et 7 mètres. Au milieu de la passe le sondeur descend à toute allure. Laurent rivé aux cartes marines me pilote depuis le carré.
- C'est bon, avance en gardant ton cap... bien.... 20° tribord... super
continue tout droit... Attention, ralentis, je viens faire une photo...
- Oh, y'a pas 3 mètres de fonds là.
- Oui mais c'est plat, continue...
J'en conviens volontiers, la baie de la Napoule, Cannes au fond et l'Esterel qui domine c'est très photogénique. Mais est-ce bien raisonnable de s'attarder ? Il semble que oui. Après la photo qui m'aura coûté bien des suées, nous sortons de la passe.
Golfe Juan, un port pour les grosses unités à moteur. Y'a donc pas de voileux ici ? Ah tiens, un p'tit d'à peine 18 mètres au milieu du quai 22. Allons nous y frotter. Nous voilà dans la cour des grands. Nous ne resterons que deux nuits, on nous autorise le tarif " public " moitié prix. Si trois nuits on passe au tarif passager, on double la mise. A savoir, le bloc marine annonce 35 euros la nuit et c'est vrai. Mais la facture ajoute un forfait pour l'eau, un forfait pour l'électricité (dont nous n'avons pas besoins 3 euros par jour-mais c'est un forfait) et 60centimes pour la météo). Ce qui monte la facture nuit à 43 euros, tarif public.golfe juan
Finalement c'est pas terrible ce port, la ville est quelconque et je m'y ennuierais bien vite. Les égoûts se déversent à cent mètres de la plage.La foule s'y vautre sans préjugés. Les résidents des puissants yachts qui nous côtoient vivent luxueusement à bord. J'imagine mal, Madame avec sa petite trousse de toilette qui se pointerait aux sanitaires juchées sur ses escarpins.. Donc pas de sanitaires. Ne faites pas de détour par là si vous n'êtes pas obligés.
filetsnasse

Samedi 26 juillet 2009
Puisque nous expérimentons le monde des gros bourgeois repus, allons-y pour un autre test. Cap sur Saint Tropez. Environ 22 milles à prévoir dans d'excellentes conditions. Une belle et bonne navigation. Profitons un max. Cap Dramont, nous revoilà. Vers 15 heures nous nous rapprochons de la côte. Une bande de brume s'est levée au ras de la mer comme un écran. Qu'allons nous trouver de l'autre côté du miroir. Mais c'est étrange quand nous nous rapprochons de cet écran, il donne l'impression de reculer. Sur la carte marine, Laurent a repéré dans le Golfe de Saint Tropez l'anse des Canebiers. Un site magnifique très peu fréquenté depuis que La Madrague, propriété de Brigitte Bardot ne fait plus recette. Tant mieux ! Nous entrons dans un mouillage clair et lumineux. Où est passée la brume ? Plage déserte, magnifique forêt de pins parasols, forteresse de St trop qui nous protège... Nous mouillons par 10 mètres de fonds, dans la vase, et ça LDM il adore, ça lui rappelle l'Etang de Berre, comme chez lui... Et puis, une petite cure de boue, ce sera excellent pour sa vieille quille. Par contre dans la passe ça circule fort. Dommage, tous ces remous qui agitent notre si belle anse. St Trop c'est trop.
st trop 1
Dimanche 27 juillet 2009
Les yachts rentrent tôt au port. Il faut avoir le temps de se pavaner sur les quais. Du coup la soirée et la nuit nous appartiennent. Délicieusement calme ! Mais dès 10 heures du matin les incessantes navettes reprennent.. Et puis la vie des riches, finalement ne nous paraît pas si terrible que ça. Et puis les fichiers météo annoncent un nouveau coup de vent en fin de semaine. Et puis nous sommes attendus chez la maman de Laurent. Les engagements avec la famille, ça rigole pas, hein les enfants ?
Pour le moment, vent annoncé variable 2/3, on fera avec, cap sur le retour. Quelle histoire pour sortir de St Trop. Le vent est très sympa, pas de houle annoncée. Nous tirons des bords pour dépasser la bouée de danger Basse Rabiou, puis pour rejoindre celle de la Moutte. Ce serait super,on avancerait à 5/6 nœuds. Sauf que les bolides qui nous croisent et nous dépassent lèvent une houle épouvantable dans des ronflements de moteurs d'avion. LDM amortit les secousses mais c'est pas la peine de se risquer dans le carré. Casse-figure garanti. Nous mettons une heure pour quitter cette zone outrageusement motorisée. s trop 2

Des fois un hélicoptère en prend un comme ligne de mire, il tourne autour et desssus pendant un bon quart d'heure, puis choisit une autre cible. Nous sommes bien contents
qu'il ignore les petites gens que nous sommes. Bien du tumulte tout ça !
Une multitude de yachts à trois ou quatre ponts, telle une colonie de cloportes en fuite éperdue s'enfonce dans la brume. Une foutue bande de pollueurs qui font à peine l'effort de nous éviter. Puanteur, agitation et vacarme. Rendez-vous mondain en baie de Pampelonne ? Je comprends ici, ce que le terme de "plaisancier " a de péjoratif.
Revenons à notre monde humain si modéré. Déjà le cap Camarat. La mer nous est favorable et on déroule les milles sous notre quille à plus de 7 nœuds. Cap Taillat, Cap Lardier, direct au sud vers L'île du Levant qui se dessine dans la brume. Au sud du Cap Bénat, LDM s'essouffle, le spido annonce moins de cinq nœuds. Une aubaine pour Laurent. Vitesse idéale pour la ligne de pêche. Envoi immédiat. Un quart d'heure plus tard , il a piégé un cernier commun du plus bel effet. Une belle grillade de poisson à chair blanche et raffinée nous est promise pour ce soir.
J'avais rêvé de me poser magistralement dans l'anse de la Reine Jeanne pour la nuit. Mais elle est interdite, domaine de Brégançon, lieu protégé de haute sécurité, privilège des Présidents français. Dommage un abri qui porte mon nom façon royale ça me parlait bien. Laurent a trouvé mieux. Au sud de Port Cros, une petite anse isolée et sauvage, juste pour moi... Anse Janet (il est fort hein avec ses cartes !) Donc cap au sud.
Nous dépassons l'entrée de Port Cros archi comble, mais entre Bagaud et Port Cros, nous voilà deux voiliers qui se font de loin des risettes depuis leur ancre. J'ai trouvé un carré de sable au milieu des algues. Totale sécurité. port crau

 

 

Que la vie est bonne à bord de LDM.
Pour fêter notre retour au beau monde on s'offre l'apéro suivi d' un rosé gris pour le délicieux poisson frais. Ambiance euphorique à bord sur le soleil qui se couche dans le silence de Bagaud. Au dessus de l'île une nappe orange offre ses dégradés de lumière. Plus tard lorsque le soleil a été avalé par le haut de l'île, le ciel s'irrise de rouge...que l'eau reflète. Nuit idéale.

 


Au matin ,à peine les yeux ouverts, les narines dilatées par une chouette odeur de café frais, je sors du carré émerveillée par cette petite crique sauvage, sable fin que protège une large pinède. A l'avant de l'étrave, je vois arriver à la nage un homme tout nu, complètement tout nu , de A à Z (surtout le Z... !) comme un qui naîtrait de la mer.
Un échappé du jardin d'Eden ? Il se rapproche avec élégance en nage indienne. A quelques brassées de moi, il se bascule sur le ventre. Il lève la tête. Un regard clair que je connais si bien, illumine son visage ruisselant. Laurent ?


INTERMEDE
- Allo, la Noiraude, c'est Grignot'âge, bonjour !
- Salut Grignot-âge, alors t'es sur le retour.
- Ouhais, ça me plaît cette promenade en mer. Je cohabite super bien avec mes équipiers. Nous passons de longs moments intimes. Je me blottis entre eux deux. Je voudrais pas avoir l'air de me vanter mais je crois qu'ils adorent mes longues oreilles. Moi qui en avais honte. Ils m'ont appris qu'elles sont soyeuses et douces et que c'est un pur bonheur à caresser. Mais c'est surtout leur taille qui fait rêver. Ils les tripotent dans tous les sens. Ils les veulent directives, en tourne-bouchon, en polarisation verticale, en polarisation horizontale... Ils s'interrogent sur les qualités réceptive et
acoustiques de mes beaux organes d'audition. Mais y'a pas que ça. Ils m'ont aussi débarrassé de mes préjugés et de mes complexes. C'est une vaie cure de jouvance cette croisière. Et j'ai vu tant de beaux endroits, mon carré de luzerne aura changé de dimension.
- Oui, bon s'agit pas de prendre la grosse tête non plus !
- Rien à craindre. Je voudrais en profiter pour t'inviter avec notre ami Ouin-Ouin le Canard, tu sais le 10 août,

c'est la saint LAURENT, Tu viendras dis ?couch sol

 

MINORQUE 2007 - Velaux, Fornells

20 juillet 2007.

On oublie trop souvent un aspect incontournable du départ en croisière. C'est à la fois, le plus important, et le plus pénible. C'est celui du préparatoire à terre, l'instant d'avant départ. Depuis des mois on en parle. On rêve d'un ailleurs encore indécis.carenage

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La seule certitude, c'est de partir, quitter le terre à terre. Bien des soirées à deux, nous trompons le quotidien. Sur notre terrasse de Velaux, Laurent et moi, nous scrutons la nuit. Au delà de l'Etang de Berre, plein sud, les collines de la Mède nous promettent la Côte Bleue. Nous savons la mer à portée de quille. Et nous rêvons ensemble.

Nous allons libérer Lune de Miel de ses amarres dans quelques mois, dans quelques semaines, zut alors, dans quelques jours déjà. Le temps se précipite. Serons-nous prêts lorsque notre équipier va sonner à la porte ? Incroyable ce stock de matériel à embarquer, les toiles, l'annexe, la survie, le linge, le carburant... Et tout cet avitaillement. Combien de navettes brouettes ? Entre la maison et la voiture, la voiture et Lune de Miel...
ldm pnton

Ouf, nous y voilà ! A la maison, la serrure du portail tout neuf a été revue, graissée, ajustée, caressée en vue de sa longue immobilisation en position fermée. Même moi, je l'ai testée...Une éventuelle canicule peut chauffer le fer, y'a de la marge. 
Vendredi début d'après-midi, Roger et Marie arrivent à Velaux. Départ imminent. Les hommes ont soigneusement empilé ce qui reste, essentiellement les denrées de produits frais et des liquides. La voiture est bourrée jusqu'à la gueule. Laurent a bouclé toutes les portes, activé l'alarme. Nickel, tout super bien. Tout le monde dehors, dernier tour de clé du portail.... Pardon, qu'est-ce qui se passe ? Ça coince, ah bon, où ça, qui ça ? Non ! La serrure ? Oui, ça coince salement même irrémédiablement ! Laurent pousse, tire, secoue, en vain, impossible de bouger la clé. Roger vient à la rescousse. Impossible, on a beau secouer ce maudit portail, secouer cette maudite clé, suer, suer, (surtout suer...) la clé reste fichée, scotchée à son trou, cette conne. Pause pour tout le monde. Laurent se gratte les cheveux. Il toise son portail en fronçant les yeux, oh la la, ça va mal. Il se gratte encore un peu le front. Voilà, la décision est prise. Il se résout à rouvrir les accès maison, direction l'atelier. Il met en marche l'alarme par inadvertance, quelle importance, ça au moins ça marche. Il reparaît, allure martiale et décidée, armé de ....sa meuleuse d'angle et d'une longue rallonge électrique. Non, mais c'est qui le patron ici... Instant bidouille à la porte de sortie. Ça grince dans la serrure, ça se rebelle, mais Laurent aura le dernier mot... et finalement la clé finira par se soumettre. Je voudrais que vous imaginiez cette image extraordinaire de trois quidams en attente derrière une voiture bourrée de bagages, et un mec sur le départ, en bermuda et birgenstocks, qui lime sa serrure pour pouvoir la fermer. Notre amie Marie ne doit pas être trop tranquille de confier l'avenir de son mari à deux ostrogoths aussi désorganisés que nous. Mais c'est une dame discrète et mesurée. Je crois qu'elle a plutôt trouvé ça marrant. Merci Marie pour ta patience.

 

Samedi 21 juillet 2007. Martigues, panne n°1

Silence totale dans la nuit de nos couchettes. Sommeil à quai de trois futurs navigateurs bien tranquilles. Un quart d'heure avant que sonne le réveil, Laurent, Roger et moi sommes opérationnels. Nous attendons cependant quatre heures du matin pour appeler Fos Port Contrôle et demander l'ouverture du pont. A cinq heures nous nous présentons en même temps que les premiers grincements de pont annoncent notre libération. sortie martC'est la première fois que nous quittons le port de nuit. Y'a un monde fou. Les lumières inhabituelles donnent à notre départ une dimension mystérieuse. Très vite l'armada d'embracations se disperse. Vive la solitude.  Un souffle d'air nous caresse le visage. Je n'ai pas le temps de passer par la phase contemplative. Laurent veut en profiter pour envoyer la grand voile. Pourquoi pas, c'est archi-calme. Roger impatient de passer en phase opérationnelle se poste au pied du mat, hardi petit. Et m.... la drisse se rebelle. Elle s'accroche autour de la lampe de pont. Comment ? une facétie de matériel ? Nous ne sommes pas encore partis et déjà notre installation merdoie. Roger doit commencer à avoir des doutes sur l'équipage, moi, à sa place .... 
Lui, non pas du tout. Dès cet instant, il démontre à quel point il est capable de rester stoïque. C'est lui qui s'harnache à la chaise de mat et c'est Laurent qui le winche. Moi, je reste zen, je barre... Pas bien méchante la récupération de drisse, mais ça ne fait guère sérieux.
Sortie de Port de Bouc, nouveau troupeau d'embarcations en sortie du canal, on s'étale dans le bassin. Cap sur la mer, cap sur Fornells, environ deux cents milles, vent au départ N/NE force quatre puis cinq à six, quasi arrière. On décide de tangonner le génois. Le vent passera à l'ouest puis au Sud Est. Nous naviguons la plupart du temps au grand largue, une allure de rêve, vitesse moyenne de déplacement six noeuds avec des pointes à plus de huit noeuds. Idéal. Le hic, c'est que la mer est agitée, houle croisée, de bons creux qui secouent, et que le mal de mer me prend sournoisement l'estomac et sans prévenir juste avant la nuit. La météo nous annonce une traversée musclée, et moi je dégobille. Dommage que je sois si vieille, j'ose même pas pleurer de déception. Dans ma semi-présence, je remarque par moment que la mer a une couleur inhabituelle, grisâtre, ou bleu nuit, selon la lumière. Mais elle est très agitée, et nous sommes bien bousculés. En fin d'après-midi, une échappée de dauphins en goguette me met en joie, bref enthousiasme que de nouvelles nausées sabordent. 
Nous avons parcouru deux cent dix milles en trente-cinq heures. A une allure idéale, et avec quatre heures de moteur. Retranchons les trois quarts d'heure du canal de Martigues et les manoeuvres de mouillages, en deux fois, la première ancre a été posée dans l'herbe..., nous avons fait moins de trois heures de moteur. Franchement c'est inespéré comme traversée,

roger merparlez-en à Roger et à Laurent.... C'est la plus belle traversée méditerranée que nous ayons faite, et c'est celle dont j'ai le moins profité à cause de mon état semi-comateux. J'ai de vagues souvenirs de ferry qui nous ont souvent croisés pendant la nuit. Il valait mieux, ça me tenait réveillée pendant ma veille. j'ai pris un quart laborieux de une heure du matin à trois heures du matin. J'ai repris à cinq heures du matin car je ne voulais pas rater le lever du soleil, mais je n'étais franchement pas en état de l'attendre. Les hommes ont assumé sans moi, je me suis peut-être un peu laissée aller parce que je pouvais me décharger de mes responsabilités sur Roger.... Allez savoir... J'ai passé la journée à frissonner soit à l'arrière du cockpit, soit dans la couchette du carré... Tu parles d'une traversée.

Dimanche 23 juillet. 16 heures . 40°03,90'N/ O4°08,10'E.

Arrivée musclée à Fornells. Côte nord de Minorque. C'est une immense baie très profonde ; Nous choisissons le bord Est, loin du port et de l'agitation de la ville. Cala Salada. Ouf, je me sens revivre. C'est l'un des premiers abris lorsqu'on arrive. Il est peu fréquenté et on s'y loge facilement.

Nous croisons quelques téméraires qui sortent de l'abri...
sortie mer

Nous organisons notre vie au mouillage, un petit air de plaisance souffle sur le pont.

Lundi 24 juillet 2007.

Une journée sympathique au mouillage et à terre.

cala pequenaNous déambulons avec Roger à travers les sentiers qui traversent des forêts sauvages et giboyeuses. Il n'en revient pas de croiser ici autant de plumes familières, palombes, perdreaux, colombes... Il nous apprend un autre art de vivre, celui de la forêt sauvage. Il détaille avec beaucoup de délicatesses un perdreau qui passe pas loin, son vol au ras des arbustes, les nuances de son plumage, ses piqués dans les broussailles. Pas de doutes, il a une fibre affective profonde avec le gibier à plumes. Et de conclure " non seulement cet oiseau est magnifique mais en plus il est délicieux à manger "... On peut donc aimer joliment, il est même sentimental Roger quand il parle de la forêt. Et en même temps il peut la dévorer. Cela me fascine.


Mardi 25 juillet 2007.

Le coup de vent qui sévit dans le nord du bassin, et plus particulièrement Golfe du Lion et Provence nous amène des vents guère sympas pour sortir d'ici. La mer au large festonne largement, à l'entrée de Fornells, elle asperge copieusement les rochers. On est bien ici, pourquoi s'y frotter ? Monaco Radio nous promet de belles échappées météo dans les jours à venir, patientons, farnientons, bullons, nous sommes là pour ça.

Mercredi 25juillet 2007 .

Cala de Algayerens 40°03,00'N / 03°55,30'E .

Au moteur, une dizaine de milles de Fornells vers l'ouest.
Le vent promis ne nous a pas gonflé le génois, dommage. Nous apercevons une large ouverture dans les roches, mais l'entrée du mouillage nous paraît incertain, parfaitement invisible. 
Il faut vraiment déborder l'entrée de la baie pour revenir au fond et découvrir le passage entre les rochers. 
C'est bien ça ! Discret, exactement ce qu'il nous faut.
alguerien

Il y a deux plages tout au fond parfaitement abritées du S/SW, ouvertes au nord, mais le temps s'est stabilisé. La mer se calme. Nous choisissons la " playa pequena ". 
Génial, par deux à quatre mètres de fonds, on mouille dans le sable sans problème. Il y a peu de monde. Eau limpide, magnifique. 
Plus tard, nous découvrons à terre une lagune sauvage et très peuplée, refuge d'une multitude de tortues. Ce site est digne des plus belles images de caraïbes. Si vous venez pas là, ne le ratez pas.
 


INTERMÈDE N°1

- Allô, Docteur, ici c'est la Noiraude, vous souvenez-vous de moi ?
- Bien sûr, ça alors, la Noiraude, d'où sortez-vous ?
- Oh la la, il m'en est arrivé des trucs, je vous écrirai mes mémoires un jour, mais là tout de suite, j'ai un problème
- Allons bon, je vous reconnais bien là, dites-moi, que vous arrive-t-il ?
- Voilà, Docteur, je suis à bord de mon navire préféré, j'ai retrouvé mes deux potes favoris, à peine différents, enfin si un peu quand même. Mais franchement, c'est que du bonheur. Et puis, voilà, dès qu'on a pris la mer, je me suis sentie fatiguée, déprimée, nerveuse. La mer était moche, le navire me paraissait hostile, j'avais la bouche pâteuse, dégoût de parole... Le moindre geste me coûtait un effort colossal. J'avais juste envie de dormir, dormir et plus jamais me réveiller. J'ai peur, je crains que ce soit grave ?
- Mais non, la Noiraude, ce n'est pas grave du tout. Ce sont juste les effets pervers du mal de mère.
- Mal de mère ? Docteur, voyons, y'a longtemps que je suis sevrée.
- Je vous parle du mal des transports, le mal de mer, la Noiraude.
- Ah connais pas ! Mais c'est vous le Docteur. Et je fais quoi pour guérir.
- Prenez votre mal en patience, forcez-vous à bouger, à rire, admirer les vagues, les oiseaux, appréciez vos amis à leur juste valeur, et même un peu plus. Nourrissez vous convenablement, buvez beaucoup. Surtout ne parlez plus de peur et réveillez vos rêves.
- Vous croyez que ça suffira.
- Je crois pas, j'en suis certain, bonne nav la Noiraude.

 

 


 

 

 

Minorque sud. Ciudadella,

Vendredi 27 juillet 2007. 39°59,60'N 03°49,70'E.
Onze milles au moteur sur une mer très calme. Navigation relaxe. Un p'tit tour de reconnaissance dans le port de Ciudadela, absolument magnifique. Quel coup d'oeil, ses villas somptueuses qui bordent l'entrée de la calanque, ses quais animés.ciud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La première calanque, "es Frares" , deux renfoncements étroits sont déjà bien habités. Dommage ! La suivante, cala "en busquets" est désormais organisée en pontons. Marina toute neuve et fort accueillante. Mais le mouillage y est interdit, et l'entrée affiche "NO ENTRAR-FULL". Aucune possibilité d'offrir une pause à notre quille ici. Au ralenti, nous pénétrons le petit bassin bordé de "Minorquines" aux lignes longues et élégantes. Les quais sont rustiques et animés. C'est l'ambiance d'une petite ville très active, pêche et tourisme. C'est un peu au sud, à la sortie du port que nous poserons notre ancre. "Playa Degollador". Roger se mouille allégrement le premier pour aller porter une amarre dans les rochers et stabiliser Lune de Miel par l'arrière. C'est un bien bel endroit. Une fois ou l'autre, un mini-raz de marée se fracasse dans les rochers, Lune de Miel danse comme un bouchon. On se cramponne aux haubans, mais on ne voit pas le monstre qui provoque ce chahut. Surprenant mais rare.
Avec l'annexe nous retournerons en ville. L'accueil nous déçoit. Pas de quai pour les embarcations auxiliaire. Nous devons nous enfoncer tout au fond du port, à la mise à l'eau des barques. Nous nous sentons comment dire, "tolérés mais mal aimés". Nous déambulons dans le centre historique. C'est vraiment plein de charmes authentiques cette ville.

lau ja

Mais quelle chaleur ! Je crois que le tourisme de Ciudadela est destiné aux estivants qui arrivent par les navettes inter-îles, en voiture ou en bus depuis Mahon. Pour la plaisance, c'est pas le top.

 

 

 

Samedi 28 juillet 2007.

La météo s'annonce idéale pour contourner l'ile par le Sud. Nous partons avec enthousiasme et très vite la mer et le vent nous offrent une allure magnifique. Nous sommes tous les trois en pleine forme, et Lune de Miel nage dans l'effervescence.

phareLe vent est au Nord-Est, allure de bon plein dans une mer très sage. Le bleu profond du bon temps avec quelques ridules qui n'annoncent pas l'âge ingrat des météos nerveuses. Je me sens enfin en croisière. Nous barrons à tour de rôle, nous filons comme le vent, avec des pointes inespérées à huit noeuds. Au sud de Minorque nous devons soit contourner l'Ile del Aïre, soit passer dans le chenal. Il est annoncé à 3 mètres de profondeur au milieu. Laurent bien entendu veut tenter ça. Ce n'est pas si simple de garder le cap. Nous prenons progressivement le vent de face, l'allure change, les rafales nous poussent au lof. Et nous ne devons surtout pas nous écarter du milieu de la passe sous risque d'ensablage.

roger barreNous sommes tous les trois concentrés sur ce passage, Roger magistral à la barre, Laurent cramponné à l'écoute de grand'voile pour pouvoir choquer rapidement en cas de survente.Et moi ? Je m'imprègne d'images et de sensations pour le plaisir de vivre ça et celui de vous le raconter. Après-midi bleu.
roger merLes eaux sont limpides à l'abri du bout de l'île. La lumière scintille sur un tapis d'émeraudes. Que la mer est sympathique et attirante. Je vous jure c'est tellement beau, si on s'arrêtait, j'y plongerais... Des journées de navigation comme ça, j'en veux tous les jours.

A seize heures nous entrons dans la passe de Mahon, capitale actuelle de Minorque. Cala Teulera, face à la citadelle Isabelle II de la Mola.

citad

C'est vaste et on peut se poser où on veut. Cinq mètres de fonds annoncés "sable de bonne tenue". Faut pas croire tout ce qui est écrit dans les bibles. Nous reprenons plusieurs fois notre mouillage. Il s'agit de terre et de sable fin, une sorte de boue dure et compacte. Laurent tire trop tôt vers l'arrière pour s'assurer de la prise, ne laisse pas à l'ancre le temps de s'enfoncer. On dérape lentement mais sûrement à chaque tentative. Le vent souffle force cinq, rafales à six, l'ancre aura bien l'occasion de se tendre, y'en a marre ! Laissons faire la nature (dixit Laurent) Vous devez bien vous doutez que ça ne me plaît qu'à moitié. 
Fort anxieuse, je passe la soirée à ajuster les repères à terre qui me prouvent que l'ancre résiste. Et la nuit à guetter derrière le rideau de la cabine arrière dès qu'une rafale me réveille et c'est bien souvent. Joie incontournable de certaines nuits au mouillage, petits yeux bien bouffis au lever. Roger me taquine en voyant ma tronche mais il m'avoue aussi que ça lui est arrivé de se lever dans la nuit pour jeter un oeil. 
roger terreAlors hein ! Y'a que Laurent qui a dormi sur ses deux oreilles cette nuit là. Je l'ai même entendu ronfler.

Nous aimons beaucoup Mahon. Nous y prenons nos marques pour le départ imminent de Roger, notre agréable équipier.

Toutefois, le coup de vent qui secoue le Golfe du Lion, Provence et Corse depuis quelques jours, perturbe notre ciel. Parole, ça souffle dur par moment, et il fait froid à l'ombre du bimini. Mais pour la découverte de la ville à pieds, c'est idéal.

Lundi 30 juillet 30 juillet 2007.

Réveil pour tout le monde à sept heures trente. Il s'agit de trouver un quai pour déposer Roger et ses bagages à proximité de son embarquement vers le continent. Merci à Marie-Jo qui nous a prêté son mari ces quelques jours.


roger

Roger, l'équipage restreint de Lune de Miel, s'est un peu senti abandonné après ton départ.

Pour nous consoler, en soirée nous sommes allés visiter le Fort Isabelle à deux coups de rames de chez nous. Si tu reviens par là, vas-y, tu seras captivé. 
A la nuit tombé, l'appel insistant du "Petit Duc" nous parle de toi. C'est la pleine lune. Magique ! 

Mardi 31 juillet 2007.
Une vraie journée de vacances. Le vent est tombé. Nous tournons gentiment autour de notre ancre. Un coup au sud, un coup au nord... Vision panoramique de Cala Teulera. Je déclare l'eau trop froide pour le bain. Il fait doux sous le bimini. Nous décidons d'en profiter toute la journée à bord. Flemme quand tu nous tiens ! Quelle bonne vie, nous avons là.

Minorque Albuferas-Colom

Mercredi 1er aout 2007 - 39°58'N - 04°16,60' E

Nous avons passé hier une journée de grand ménage à bord. C'est pas qu'on encrasse tant que ça la cabine ou le carré, mais à force de s'éparpiller, de poser vite fait n'importe quoi, n'importe où, ça me démangeait de faire l'espace un peu plus net. Comme disait la Noiraude en nous regardant d'un oeil sournois, "une femme n'y retrouverait pas son nourrisson dans votre boxon".

Aujourd'hui, la météo annonce du sud, nous prendrons donc la route vers le nord, cap Isla Colom, moins de dix milles nautiques. C'est vraiment un magnifique espace entre île et terre. De jolies plages dans des petits creux abrités... et une foule considérable d'embarcations qui entrent et qui sortent... Mouillage vraiment encombré. Un corps-mort disponible. trop tentant. Laurent se précipite à l'avant avec un cordage et je me mets à la barre. Hardi petit, face au vent, au ralenti. Manoeuvre impec et facile. Quel confort d'un coup ! lorsque tombe le soir, l'espace se vide en une heure. En sirotant notre pastis bien frais, nous dégustons un moment génial. Arrive l'heure du contrôle officiel du mouillage. Un grand homme en uniforme, la cinquantaine avantageuse, pilote son zodiac à travers les bouées. Il prend des notes... Allure fort intéressante à la Harrisson Ford (vous voyez ce que je veux dire les filles). A notre niveau, il ralentit, un grand sourire, "Holà !" et continue son chemin. Du rêve plein les yeux. Donc, nous sommes autorisés à rester là. Deux jours sur bouée gratuite. C'est pas beau Minorque !

es graoQuelques mots sur ce site, ne le ratez surtout pas, si vous passez par là. En arrivant du sud, juste avant l'île de Colom où nous sommes mouillés bien à l'abri du vent du sud, il y a une grande anse de sable fin, un petit village,"Es Grao"

et un accès balisé à terre, lagune des Albuferas. Ce village d'Es Grao, que nous avons abordé en annexe, est un magnifique endroit pour des vacances en famille. Les habitations à louer y sont nombreuses. C'est calme, à quinze kilomètres de Mahon (Maö), la capitale. On y trouve l'essentiel pour des vacances isolées et tranquilles. Et cette lagune ! Sentier de sable fin à travers une grande forêt de pins et chemins à travers d'énormes bouquets de joncs et d'asparagus. Des buissons verdoyants où les oiseaux en sécurité ne s'effarouchent même pas à notre passage.

albuferras 1

Danièle et Dominique (de DDT) nous aurions aimé que vous puissiez jouir de cet endroit avec nous.

albuferras 2

Ici, pas de pêche, pas de chasse. Faire silence. S'asseoir, prendre le temps d'entendre et de voir. Pur instant à engranger. Au retour, nous cédons le passage (priorité à droite oblige) à une tortue nonchalante qui mâchouille son brin d'herbe en nous croisant. Prends ton temps, ma belle, nous n'avons que ça à faire.
Fin d'après-midi, nous n'avons plus de pain, c'est moi qui m'y colle pour cette fournée. Option farine intégrale. Ouha, ça fleure bon la boulageaille dans ce navire.
Jeudi soir. Vraie journée de plaisance. Le total bonheur. Je me sens tellement bien, que je m'offre enfin mon premier bain de mer.


Vendredi 3 aout 2007.

On a bien fait d'en profiter. Nous sommes réveillés au milieu de la nuit par une agitation incroyable. Que disait la météo du soir ? C'est quoi ce cirque, ça devrait pas secouer autant !
C'est vite l'enfer. Laurent excédé de se faire bousculer par les mouvements intempestifs déménage dans le carré à deux heures du matin. J'ai toute la place pour me caler, je me rendors aussi sec, mais mal. Nuit chaotique, en sécurité puisque nous sommes sur bouée, mais très inconfortable. Le vent est passé au nord. La houle rentre à fond de train. Nous sommes vraiment malmenés et ça grince dans tous les coins du navire, et ça hurle dans les haubans. Qui c'est qui parlait de plaisance ? Le jour s'est levé, mauvais poil pour tout le monde, Noiraude comprise. Toujours grand secouage à bord. Météo annoncée, NE force quatre à six pour deux jours. Sans espoir d'amélioration immédiate, tempête sur le continent, mer forte... Cassons-nous vite fait. Petit-déjeuner ? Pas le temps, pas envie. D'abord, retrouver le havre si doux de Mahon. Vite sortir d'ici.
Nous quittons le mouillage avec trois ris dans la grand'voile et trois ris dans le génois. Petit toilage de midinette, mais Laurent ne veut pas se risquer à des manoeuvres scabreuses, on ne sait pas comment sera la mer à la sortie de notre abri.ldm mer

Très vite nous prenons une allure au travers, qui serait sympa si la mer l'était. Aussi petitement toilé que nous sommes, nous fonçons sur l'écume à plus de sept noeuds. Impressionnant. Le safran qui entre en vibrations au delà de six noeuds et demi nous offre un concert qui nous démoralise. Je crois que je n'ai jamais vu la méditerranée dans cet état. Les creux peuvent dépasser trois mètres. Ce sont les plus terribles. Ils nous bousculent salement. Nous plongeons dans les creux, il n'y a plus d'horizon. Les vagues sont courtes. Lorsqu'on court sur les crêtes, l'écume crache sa bave sur l'horizon. Drôle d'effet. C'est fort impressionnant et magnifique. Les vagues se brisent sur nos flans, éclaboussent le pont qui ruisselle. Les coups de déferlantes arrivent quelquefois par l'arrière. Les poussées au cul de Lune de Miel sont alors bien trop violentes. Restons vigilants. Nous nous relayons pour barrer. Guère de souplesse dans la conduite. On ne croise pas âme qui vive, même pas un goéland qui aurait envie de se faire décoiffer. Ma parole, y'a que nous dehors ! J'aimerais bien qu'on ralentisse. Ça va trop fort pour mon âme délicate. Nous sommes perplexes. Nous avons souvenirs de creux bien plus impressionnants que ça en atlantique. Notre problème c'est l'effet que ça fait ici. Cette mer n'est pas assez vaste pour d'aussi grosses vagues. Les creux et les bosses de houle n'ont pas de place pour s'étaler. Ils se poursuivent à toute allure et nous talonnent à coups de trique, et sans relâche. Des rafales plein les voiles, de la violence plein la coque, à peine une heure de déferlements, une éternité !
Oh la, la ... Que c'était long !


ouf, remparts

 Les remparts de la sympathique citadelle de la Mola apparaissent. Dès que nous entrons dans la passe de Mahon, le calme revient. J'adore Mahon et le mouillage de Teulera. En plus, y'a plein de place pour se poser.

 

 


Nous laisserons le sud de l'île aux plaisanciers du dimanche. Un peu de tourisme à Maho, en voilà une bonne idée. Pour info, le club nautique de Mahon affiche complet, le prix de la place pour un bateau de douze mètres est de soixante-dix-huit euros par jour. Ne venez pas à Minorque avec l'idée de profiter des ports, l'option résidence-hôtel est plus sûre et surtout plus économique.

 

Minorque, Cala Moli

Lundi 6 aout 2007. 40°0O,40' N - 04°12,00'E

Nous sommes saturés de vie citadine. La météo nous met un petit vent du sud dans les voiles, donc cap vers le nord. La Cala de Addaya, nous inspire.On y va tranquillement, voiles et moteur. Profitons-en pour faire de l'eau douce. Le guide (Imray 2007 est assez nul). Il aligne mise en garde sur mise en garde, alors que l'approche est balisée. C'est vrai que la cala se présente comme un très long couloir bordé de petits îlots et de cayes qui pourraient être traîtresses par mauvais temps.

passe1

passe2

 

 

 

 

 

Mais d'une part, les rochers affleurants et les taches claires des remontées de sable sont très visibles. D'autre part, l'entrée vers le port est parfaitement balisée par des bouées en S, vertes et rouges, qui canalisent la marche de manière très sûre. Aucun problème vraiment. Quant au port, il affiche complet, (tarif 2007 pour 12/14 mètres: 63 euros). Le mouillage prometteur de l'avant-port est minuscule. Il est encombré de bouées privées et l'espace disponible n'accorde de places que pour trois ou quatre mouillages par six mètres de fonds. Il vaut donc mieux arriver assez tôt si vous voulez vous caser dans de bonnes conditions. (l'heure idéale, nous semble être le début d'après-midi). Il est possible de s'engager très profond dans la lagune, terres sauvages et inaccessibles. C'est plein d'algues, et les fonds remontent très vite. Avec nos deux mètres de tirant d'eau nous ne sommes pas allés très loin. Par contre, nous avons exploré en annexe, et au delà de la zone du port, (fonds de sable et de vase), c'est un vrai champ d'algues. Prudence selon votre type d'ancre, la tenue risque d'être douteuse.  Dans le port d'Addaya, il n'y a pas grand chose, mais un petit supermarché local permet de refaire du plein de produits frais. L'eau est livrée par des camions citernes. Nous avons la chance de pouvoir nous caser devant le port au sud de l'islas Monas. C'est génial. Parfaitement abrité, de tous les vents et de la houle. C'est merveilleusement calme. Nous avons pas mal crapahuté d'une cala à l'autre et dans les rochers. On s'y plaît.

cala moli

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une longue matinée, safari photos, entre Addaya- Cala Moli_ Punta Nou-Cous et plus au nord, au delà de la lagune.

panoLe village de Na-Macaret. D'ici deux ou trois ans, nous ne reconnaîtrons certainement pas les terres intérieures car un immense programme d'urbanisation estivale est annoncé et une multitude de lotissements ont déjà posé leurs premières pierres. Dans les quartiers actuels, une maison sur 5 est à vendre. Est-ce projet juteux ?

La météo annonce un coup de vent sur Lion-Provence. L'endroit est idéal pour attendre que les cieux se calment. A propos de vent, nous observons que les BMS  Nord/Ouest, qui sévissent entre Lion-Provence-Corse et Ligure, génèrent dans la zone météo de Minorque des vents de Nord-Est assez forts, et surtout lèvent une houle très pénible sur la côte nord. Qu'il faut prendre en compte pour vous déplacer, même si le vent local est modéré. Surtout si vous marchez dans une allure que vous avez souhaité idéale.

Mardi soir, la météo ne s'arrange pas. Toujours Nord/Est, quatre à six, avec en prime des ondées orageuses. C'est toujours le mistral du nord qui met la pagaille ici. Quelle époque !

Mercredi 8 août 2007. 
La météo s'aggrave. Cette nuit le vent doit passer au Sud/Ouest dans les Bouches de Bonifaccio, avec un BMS sévère, pas gâtés les expatriés en Corse. Ici, on annonce du NW force sept... (environ trente noeuds) au minimum pour cette nuit et demain toute la journée.  Nous voici prisonniers d'Addaya. Laurent s'ennuie à bord. Alors il a une idée fumeuse. "Si on relâchait une dizaine de mètres de chaîne (on a déjà 30 mètres dehors) on prendrait la bouée juste derrière nous. Elle paraît libre depuis deux jours. Comme ça, si notre ancre ripe, nous serons quand même tenus... par l'avant;

- Et si le propriétaire arrive ?
- Y'a peu de chance, pas en pleine tempête. Sinon, on lâche notre cordage, et on sera toujours tenu par notre ancre qui n'aura guère été sollicitée.
- Et si notre ancre se mêle à celle du corps-mort ?
- Aucun risque, le vent va tourner NW donc de l'autre côté...
- Et si, et si.. et si...

Elle est osée, cette manoeuvre, je trouve. Nous allons squatter une bouée privée... Nous aurons 50 mètres de chaîne à l'avant, alors y'aura forcément un mec qui se posera dessus... Et le mêli-mêlo de chaînes au départ, y as-tu pensé ?

Et patati, et patata. Plus d'une heure de réflexions, de cogitations, d'anticipations, et de contradictions. J'ai beau réfuter, plus je dénigre, plus il a envie de tenter le diable. Bon, on le fera mais on se calme, d'abord.

D'accord ! Entre le dessert et le café, nous engageons la manoeuvre. Ouf, c'est fait, Laurent est ravi, c'est toujours ça de pris sur l'adversité. Si complications, ce sera pour plus tard. Nous voilà, amarrés parfaitement au calme, comme a promis Laurent. 

L'art de vivre pleinement l'instant présent, c'est quelquefois d'envoyer le futur aux oubliettes. Dégustons l'instant sécurisé de notre trou à cyclone.

laurent

 

INTERMÈDE

- Allô, bonjour, c'est la Noiraude, je voudrais parler au Docteur !
- Bonjour la Noiraude, qu'est ce qui ne va pas encore ?
- Ah Docteur, il faut que je vous dise, il m'est arrivé un truc génial.
- Mais alors vous n'avez pas besoin de moi, pourquoi m'appelez vous ? 
- Vous dites que je me plains toujours alors là, pour une fois, j'ai un truc dans l'âme qui me chatouille, qui me démange, qui m'ensorcelle. A qui d'autre le dire ? Vous m'écoutez ? 
- Bon, allez-y la Noiraude, je vous écoute. 
- Merci. Voilà Docteur. C'est la mer qui m'a fait ça. Je l'ai reçue. Vous comprenez, comme si elle était pour moi, pour moi toute seule. On naviguait. J'étais à l'avant du  bateau. Il y avait par le travers des vagues énormes, qui déferlaient sur le pont. Quelquefois, l'écume me brûlait les yeux. Alors je pleurais. Je fermais les yeux. Le navire chassait par l'arrière. Ma panse glissait sur le pont. C'était rigolo, excitant. Je rouvrais les yeux. Il y avait autour de moi tout plein d'ondes mouvantes, d'un bleu profond, qui m'encerclaient, qui bourdonnaient. J'étais seule, absolument seule, sur la mer dévastée par le vent. L'écume giclait sur la coque et les embruns me ruisselaient sur l'échine. C'était glacé. C'était grandiose. Comprenez-vous Docteur, depuis, j'ai enfin repris du poil de la bête. Mon cuir traité au sel est devenu souple, mon crin bien brillant. J'ai retrouvé l'oeil vif et mes vingts ans. Et mes gros sabots ont envie de danser la bourrée... du plancher des femmes.

 

        

Minorque, Addaya

Samedi 11 aout 2007. Puerto Addaya - Mouillage -

A partir de dix heures du matin, le mouillage s'anime, et s'encombre, essentiellement des Français. Cela signifie que la mer est navigable. On ne voit plus l'écume qui dévore les rochers en bavant joyeusement à l'entrée de la cala. Sortons de notre léthargie. Le vent devient sud, nous irons le long de la côte nord. De nouvelles étapes nous sont promises. Pourquoi pas vers Fornells. Nous aurons ainsi bouclé notre tour de Minorque. 
Heureusement que le vent est nul quand nous quittons notre lit de vase. Je tire la chaîne au guindeau, mètre par mètre. Laurent à grands seaux d'eau de mer récure les maillons englaisés par gros paquets. Et Lune de Miel piétine sur place. Vous vous souvenez de Barbate les enfants ? Voilà, tout comme pareil exactement. Mais là on a mieux joué, car nous avons rentré peu à peu tout le mouillage dans sa baille tout beau, tout propre. Vingt minutes de détartrage. Nous n'avions jamais mis autant de temps pour lever une ancre. J'en transpire encore. 
Nous sortons gentiment du mini Fjord de Puerto Addaya. Le village de Na Macaret magnifiquement éclairé resplendit dans les rochers. Nous étirons le S qui sinue à travers le relief sous-marin. Les îlots affleurants, grosses taches claires au ras de l'eau, nous narguent discrètement. Mais la lumière les trahit. Le chemin comme à l'aller est parfaitement balisé. Totale sécurité. On prend le rythme lent du chenal. On prend dans les images, le secret du maquis. On prend dans la lumière, la sagesse du port de pêche. On prend et on s'imprègne d'une bienveillante nonchalance. Puerto Addaya est une étape vraiment sympathique. Pour info, Le quai d'accueil permet aux bateaux du mouillage un approvisionnement en eau potable. (1 euro les 100 litres). Il n'y a pas de cybercafé.ayada

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Samedi 11 août 2007. Fornells

fornells

L'arrivée nous permet d'apprendre qu'on peut s'ancrer sur bouée. Le mouillage est gratuit mais n'est possible que pour deux nuits (par semaine). Prendre la bouée nous séduit beaucoup car des orages sont annoncés et il faut s'attendre à de sérieux coups de vent. Cette partie du mouillage est envahie d'algues, donc la tenue est plus que douteuse. Géniale l'option bouées. Les bouées rouges devant le port sont destinées aux petites embarcations (moins de douze mètres). Les bouées blanches (aux embarcations intermédiaires (+ de douze mètres) et les jaunes aux très grosses unités. L'inconvénient des bouées blanches et jaunes, c'est qu'elles sont de l'autre côté de la cala, donc assez loin de la ville.  Une petite virée pédestre. magasinage dans la ville lointaine. Et puis faut s'en retourner chez nous. C'est le moment que choisit le moteur de l'annexe pour tomber en panne. Pas dramatique. Après tout on a des rames, une petite demi-heure de traversée en ramage, c'est pas la mer à boire... On se lance donc,  parfaite synchronisation de gestes. Sauf que le vent du sud a développé une houle très pénible qui roule depuis le fond de la cala. Elle ne nous aide pas la vache ! (bon, je raye l'allusion à l'animal, je vais désobliger la Noiraude, qui n'a d'ailleurs pas l'air dans son assiette aujourd'hui) C'est un vrai boulevard que nous traversons. Incroyable ce qui circule ici. Annexes de tous gabarits, jets skis, skis nautiques. Va-et-vient constant de yachts, voiliers, minorquines. On n'était pas loin de risquer la collision avec nos coups de rames pas toujours si sûrs, entre la houle de fond et les déferlantes provoquées par les engins. Mais ça nous a permis d'accoster, de faire quelques courses de frais  et d'envoyer les messages n°3-4 depuis un bar.  Ah, la généreuse, la savoureuse "cerveza grande" servie si fraîche, si mousseuse... Pourvu que ça nous coupe pas les bras pour le retour, la bière, c'est pas mon truc en temps normal. Requinqués à fond, moi, un peu pompette...  On embarque nos courses, on saute dans l'annexe. tentative sans conviction de mise en route du moteur. Qui bien entendu boude toujours. Ramer ça déssaoule non ? on se télescope nos manches. je brasse de l'écume mais je n'avance guère. Un canot un peu rapide nous asperge et nous pousse dans les amarres d'un yacht en nous dépassant.
- Bon sang, rame...
- Bin toi, rame pas tant !
On se traite l'un et l'autre de tous les noms imbéciles qu'on peut inventer, ça grince dans les boudins. Arrive tout doucettement un petit canot, un gentil garçon brun, style ce qu'il y a de mieux comme y faut... Et ce sourire, ah les filles, vous auriez vu ça ! Je capte le mot "ayudar".. "Si, si, si... gracias mucho" que je réplique aussi sec... On a vite fait de lui balancer notre cordage. Son moteur fait moins de trois chevaux, nous allons donc à travers le chenal gentiment tractés par ce généreux hispanique. Nous admirons le paysage. C'est assez rigolo de traverser dans cet équipage. Il nous dépose délicatement à l'arrière de chez nous. Je lui baragouine une invitation à boire un verre. Il n'a pas le temps. Il est attendu, un peu plus loin, sur un autre voilier, une autre planète. Dernier sourire ravageur, virement d'hélice et il disparaît. Y sont supers les Espagnols, vous trouvez pas ?

Sérieux coup d'enthousiasme dans notre moral. Faut se ressaisir et comme nous ne doutons plus de rien. demain on désosse ensemble le moteur hors-bord. D'accord moi, je ne servirai pas à grand chose. Mais je serai solidaire de Laurent à fond. Je peux lui passer les outils, ranger au fur et à mesure les petites pièces indispensables qui ne demandent qu'à se jeter à l'eau... Et puis, il va m'expliquer d'autres mystères mécaniques...

brico lauPresque au saut du lit dimanche matin, on pose notre moteur sur la plate forme arrière, délicatement couché sur le flanc. On ne met pas longtemps à voir que la turbine de refroidissement fixée sur l'embase du moteur a perdu tous ces pétales.  Laurent ne jette rien, je le maudis assez pour ça. Il y a sous le plancher du carré une cache personnelle avec un tas de fourbi dont je ne veux même pas entendre parler. Voilà-t-y pas que dans ce boxon innommable, il a trouvé l'hélice qui irait "à peu près" sur l'arbre de son moteur hors-bord. C'est l'à peu près qui me séduit. Elle a plus de vingt ans d'âge cette hélice, autrement dit, elle est comme neuve. Elle a six pales au lieu de trois. Elle est bien trop longue, un chouia trop épaisse... Et la goupille de l'embase n'est pas adaptée à sa fixation. Broutilles tout ça ? D'accord ! Grattage, limage, découpage... Le seul outil qui nous fasse vraiment défaut, c'est un marteau.

Quelques heures laborieuses, minutieuses et appliquées. Fin de soirée, l'instant de vérité ronfle. Qu'il pétarade bon ce petit mais indispensable moteur. Ça mérite bien une autre "cerveza grande"... hein Laurent !

Le soir s'en va. Un arrivage massif d'émigrants français a envahi le mouillage. Les estivants qui viennent de traverser. On se frôlerait presque tellement les bouées sont proches les unes des autres. S'agit pas qu'un non initié vienne poser son ancre à proximité. Prudence si vous passez par là. La nuit tombe. Le tonnerre s'annonce de loin, les éclairs déchirent les nuages. Nuit tumultueuse.

Lundi 13 août 2007. - 40°02,20'N - 04°09,80'E.

Une petite heure au moteur pour passer de l'autre côté du cap Fornells, revenir sur nos pas en prenant notre temps. Le ciel est bordé de gros nuages noirs vers l'Est, et des averses sont promises. Pas la peine d'aller très loin. Nous laissons la cala Pudenta à tribord, qui s'enfonce au milieu des rochers et nous nous engageons dans la baie vers la Calla de la Olla.

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Le vent annoncé SW, doit nous permettre un moment des plus agréables au bord de cette jolie plage. Beaucoup de places, fonds de sable. Trois voiliers au mouillage. Nous avons juste le temps de poser l'ancre avant que tombe la première pluie. Un rêve!

 

INTERMÈDE

- Allo, c'est la Noiraude, urgent, c'est urgent, où est le Docteur ?
- Allo, bonjour la  Noiraude, je suis là, que vous arrive-t-il de si urgent?
- Ah Docteur,  bonjour, c'est une horreur mon bon Docteur. Je suis trahie, bafouée, humiliée, désespérée. Je ne ferai plus jamais confiance à aucun humain, ils sont pires que les taurillons les plus primitifs. Docteur, sauvez-moi, je ne peux plus m'arrêter de beugler.
- Calmez-vous, respirez lentement la Noiraude et dites-moi un mot après l'autre ce qui vous arrive.
- Dans la cabine arrière, c'est insoutenable, j'ai vu, j'ai vu, ah , je ne peux pas le dire, je souffre trop.
- Allez doucement, prenez le temps de respirer et dites-moi, calmement. Qu'avez vous vu la Noiraude dans la cabine arrière.
- Docteur, pardon, je  beugle encore. Voilà, il y a dans la cabine arrière des jolis portraits d'une petite vachette qui me ressemble comme une soeur. Ils ont osé me remplacer, ils me jettent au museau les images de ma rivale. Ils n'ont aucun respect pour moi. Je ne suis pas la seule, je ne suis pas l'unique... Docteur je ne guérirai jamais de cette trahison.
- Mais voyons, la Noiraude, je suis tout à fait au courant. que vous êtes bête à force d'être vache. C'est de vous les portraits. Je les connais imprimés dans les draps de la couchette. C'est un cadeau, un clin d'oeil des neveux. Si, si, si, c'est Delphine et Denis qui ont déposé cette délicatesse pour que l'équipage pense à vous. Il n'y a pas de rivale. Alors, heureuse ?
- Ah Docteur, vous êtes bien bon, mais je ne vous crois pas. C'est écrit "Pâquerette". Je ne suis pas une fleur, je suis une vache. Je ne m'appelle pas  "Pâquerette", c'est débile comme nom de vache.
- Mais "Pâquerette" c'est la signature de l'artiste. Vous ne comprenez rien. Vous êtes une animale foutu bête. Vous n'êtes pas du genre qui raisonne, mais de celui qui résonne, avec beaucoup de vide sous vos cornes.
- D'accord Docteur je vous crois. J'ai compris. J'arrête de beugler. J'arrête de ruminer. Je suis peut-être bête mais pas idiote. Je ne suis pas sûre de résonner, mais je suis capable de panser...

                            

Minorque, Arenal d'en Castell

Mardi 14 août 2007.- 40°01,50'N - 04°10,90'E

Réveil grincheux. Pas terrible par houle de Nord/Est, la calla de la Olla. Elle nous charrie les senteurs infâmes de la station d'épuration qui est derrière les immeubles. Plus grave, nous avons été secoués comme des pruniers toute la nuit parce que le vent de terre nous a mis au travers de la houle résiduelle. Elle nous a brassés mollement mais continuellement. Nous avons tous les deux des courbatures. On se tient le dos de traviole et on marche comme des petits vieux. Cassons-nous vite avant de retrouver nos vertèbres en miettes.

Levée de mouillage qui ne traîne pas. Les falaises qu'on longe sont vraiment chouettes. Pas un pet d'air, tranquilles au moteur. Nous ne ferons que quelques milles. Un très p'tit tour à Cala Pudenta que nous n'avons pas pris le temps de voir d'assez près hier. Elle nous paraît étroite, encaissée, prisonnière des rochers. Arenal d'En Castell est plus attirante.

en castel

Une grande plage de sable, en demi-cercle fermée par des falaises. Ambiance très estivale. Ici la houle de N/NE n'entre pas. Ouf ! Quel bien être de retrouver un mouillage sage et reposant. Quel bonheur d'y décontracter nos vieux os à l'ombre du taud. Images : deux voiliers dans le mouillage plus LDM.

 

Début d'après-midi, la plage se peuple de parasols.

castelQuelques canots s'installent à proximité. Les engins de plage commencent à nous tourner autour. Mais c'est plutôt sympa. Pédalos, matelas qui dérivent, bouées colorées... Et puis un engin bizarre, moteur très discret. Tout rond, protégé à la base par un gros boudin. De face, il me rappelle l'ancienne cireuse électrique de Thérèse (enfin sans le manche). De profil on dirait un fer à repasser... Y'en a des rouges, des jaunes, des blancs... C'est très gai sur l'eau. Et alors, ça c'est inouï, à bien regarder leur course, on s'aperçoit que ce sont des engins tamponneurs. Autos tamponnantes aquatiques. J'avais jamais vu ça. C'est mieux qu'à la foire ici.

Mercredi  15 août.

Quelle nuit sympathique. Quelle ville agréable. Nous avons trouvé un supermarché très bien équipé, de fruits, légumes et surtout viande fraîche. Les boucheries sont quasi inexistantes partout où nous nous sommes arrêtés. Et souvent le choix en produits frais est restreint et peu alléchant. Quant au pain... Celui du bord est nettement meilleur. Donc je projette pour un de ces jours, grâce à nos achats, une méga ratatouille, et pour ce soir, des spaghettis  bolognaises, des vrais comme à la maison avec de la vraie viande... Pour le dessert des vrais fruits qui on l'air juteux et savoureux... Y'a des jours comme ça où on nage dans l'opulence.

Nous avons fait un long tour ce matin. Déposé l'annexe contre les rochers au bord de la plage encore déserte. Tout le maquis qui borde la côte est destiné à un immense projet de résidences, les routes d'accès sont bétonnées, les parcelles déjà tracées. "Bonnin-Sanso, s'affiche partout, c'est le grand manitou de l'urbanisation de Minorque. En attendant qu'il finisse de tuer le paysage,  l'accès le long des falaises est encore possible. Nous avons donc crapahuté vers l'Est, de l'autre côté de notre baie. Nous dominions l'entrée d'Addaya, avec la grande île et la petite île, et sous nos pieds le village de Na Macaret.

na macaret

C'était marrant de voir tout ça depuis la terre. Nous aimons bien les villages avec leurs maisons trop blanches. Même les toits sont blancs. Franchement, teindre les tuiles en blanc, c'est une  bizarre idée, mais il faut l'avouer c'est très seyant à Minorque. Je délire un instant en imaginant le mec qui rénove le blanc de ses tuiles, debout sur le toit en brandissant un pistolet à peinture...

Allô Saint Météo... Le Mistral de Provence et Lion fait rien que nous embêter. Nous revoilà avec une promesse de Nord Est violent dès demain. C'est fatal, nous n'avons pas le choix. Retour aux abris. Mahon, ça nous paraît bien comme choix. C'est devenu familier, un peu comme chez nous. Et puis c'est la capitale. Avec un peu de chance nous y trouverons l'hélice idoine et plus sûre pour le hors-bord.

Jeudi, 16 août 2007.

Nouveau départ en douceur et à la voile. Je n'ai pas eu le temps de tester les cireuses tamponneuses. J'aurais bien aimé faire un p'tit tour de ce manège là. Si je peux, je reviendrai à En Castell rien que pour ça. Nous avons été très sérieux hier. Nous avons profité de la sérénité de notre mouillage pour gratter la coque (sous-marine) de LDM qui promène la mousse de Martigues depuis trois semaines à travers la méditerranée. Moi, je cramponnais l'annexe contre le bateau et Laurent à plat ventre dans le fond du canot, avec le balai brosse récurait sous l'eau. Rude boulot, mais quelle révolution dans notre allure. Aujourd'hui au départ, petit vent de NE (il arrive comme promis), on affiche huit à dix noeuds à l'anémomètre, vitesse moyenne plus de six... Les falaises se déroulent sous nos yeux, plus haut les étendues désertiques du bord de mer. De la solitude, du calme et de la volupté. la mer commence à se bosseler mais nous fendons la houle avec enthousiasme. Un excellent moment de navigation comme je les aime. Pas pressée d'arriver à Mahon.

Paragraphe culturel, clin d'oeil pour José et tous les accros de la mayo... J'ai lu dans un livre que parmi les différentes guerres entre Français et Anglais pour s'approprier Minorque, Richelieu en 1756 ayant été vainqueur fit servir à Paris un banquet pour fêter ça. Son chef cuisinier fraîchement débarqué de Minorque accommoda pour ce festin une spécialité minorquine, savoir-faire importé de Mahon,  "la mahonesa", genre d'aïoli locale, qui devint notre mayonnaise.

 

 

Minorque, depuis Mahon à terre.

Mercredi 22 août 2007 - Mahon Minorque

Bien encombrés les abords de Mahon quand la météo se dégrade. Nous testons deux nuits un mouillage à l'entrée de la calla Longa. J'aime beaucoup cet endroit, une vision élargie de la ville, les cloches qui sonnent le dimanche matin. couch sol mahon

Des couchers de soleil magnifiques dans le ciel torturé. Accès relativement rapide dans la cité par la cala Corb. On y trouve un abri pour notre scooter de location. A pieds, c'est une petite demi-heure du port à travers le maquis...  Laurent trouve l'endroit trop agité par les navettes commerciales et autres qui vont et viennent entre le port et le large. Le Maître a dit, donc nous retournons à la case départ, mouillage de Teulera derrière l'isla del Lazareto. Nous nous y savons en sécurité en attendant des jours meilleurs. Les péripéties de mouillages sont ici fort distrayantes. Entre deux coups de tonnerre, nous échangeons avec enthousiasme les commentaires qui s'imposent. Y'en a des, y sont vraiment pas doués. Un peu tout le monde, mais pas tous en même temps. C'est ça, qui est marrant.

La dépression annoncée est sur nous, à fond depuis hier. Nous nous réfugions dans le carré. Les haubans sifflent. Le ciel est couleur de crépuscule. Et les nuages noirs qui arrivent du nord laissent présager une journée  bien arrosée.  Le vent quelquefois recule, il gronde de beaucoup plus loin. Puis le grondement enfle, le pavillon claque, les drisses se caressent, ça gémit, ça grinçouille. Maintenant la rafale est sur nous. Lune de Miel ondule. Il roule un peu. Wouhou, Wouhou, Wouhou... Vent tout doux, y es-tu, m'entends-tu ?  Les mouvements sont lents, mais on ne tient pas en place. Et la pluie recommence à grêler sur le toit. Moi, je pianote pour vous en attendant que ça passe, Laurent sur l'autre PC trie les photos. L'ambiance est calfeutrée dans notre intérieur. La pluie peut toujours danser sur le pont, ici c'est chaud, intime.

la mola mahonHier, Laurent toujours réactif a profité de ces conditions, idéales pour la lessive. Premier trempage sérieux du linge à plat sur le pont. Un peu coincé par les cordages pour pas qu'il s'envole. Savonnage sur la table du cockpit, en ciré, malgré l'abri du taud plastique. Nouveau rinçage sous la pluie. Opération séchage à l'arrière ou le long des filières dès la prochaine éclaircie. L'eau de lessive m'a permis aussi de faire un sérieux nettoyage à l'intérieur. C'est fou tout ce qu'on peut faire avec un seau d'eau douce.

mahon terreTourisme à terre. Deux lourds pingouins attifés bermudas, k-way et bol passoire sur la tête qui écrasent une pauvre motocyclette de leur double densité. Elle ne réagit pas trop mal la mobylette. Sur le plat, elle  fonce, pouet-pouet-pouet... Mais le Monte Torro (358 mètres d'altitude) est une dure épreuve pour elle. La montée est laborieuse, moins de deux noeuds. Montera, montera pas ? C'est l'aventure ! 2 pingouins

On patine pour aider dans les virages, mais on ne recule pas. La descente, c'est délirant, au moins trente noeuds dans les oreilles. (si je vous le dis en kilomètres, je rate tous mes effets...) Trente noeuds, c'est au moins force sept (avis de grand frais, je vous signale que dans ce cas on annule les sorties sur l'étang de Berre. C'est vous dire, notre goût du risque et comme on fuse sur notre pétrolette) En sortant des virages, on pique de l'avant. Ça peut enfourner une mobylette ? Heureusement qu'à l'arrière j'assure comme contrepoids. On a dévoré le bitume dans tous les sens. De sympathiques transversales champêtres, des villages blancs aux volets verts. Ce sont les deux couleurs incontournables de Minorque. D'immenses propriétés agricoles ceinturées de murs rectilignes. Les parcelles aussi sont séparées par ces murs de pierres taillées, parfaitement ajustées. C'est grandiose. Les champs ont été récoltés. Ils sont maintenant désertiques. La terre rouge et désolée crache des hectares de caillasses. Les bosquets de chênes verts ça et là, dévoilent à peine Les ruines de Talayots ou de Taulas, héritages de la préhistoire. Et piquent notre curiosité. Une pause historique s'impose.

talayot  Nous sommes bien chanceux.  Nous passons entre les gouttes, de long en large et en travers de l'île. Alayor, Mercadal (par le Monte Toro) Ferreries. Ici et là, quelques vaches paisibles lèchent les cailloux. Rien à voir avec la vie estivale côtière. Une vision extraordinaire depuis le cap Cavalleria, dont les parois verticales brisent les vagues très profond, tout en bas... Délicieux vertige. Par le sud une longue virée à Ciudadella, et les secrets de son centre historique. Trois excellents jours par monts et par veaux (dirait la Noiraude). Une terre sauvage et séductrice.

Demain nous nous rapprocherons de Mahon pour récupérer Hadrien et Peter. Pas de place au port. Un mouillage sur bouée est possible. On s'en contentera. La météo est toujours irascible. Mais un vent de jeunesse va investir le bord... 

INTERMÈDE

- Allô, C'est la Noiraude. Je voudrais parler au vétérinaire.
- C'est moi, bonjour la Noiraude, que vous arrive-t-il encore
- Ah bonjour Docteur ! J'ai besoin de vos lumières. Mais d'abord faut que je vous dise, je suis très déçue par l'équipage.
- Vous ne leur faites pas assez confiance vous savez. Je suis sûre que vous avez encore tout faux. Ils vous adorent, d'ailleurs tout le monde tombe sous votre charme
- Oui, enfin pas si sûr. Figurez-vous qu'en ville j'ai vu sur une affiche le taurillon de mes rêves. Incroyable non ? Il était au premier plan de l'image, dressé sur ses pattes avant, la corne avantageuse, l'oeil flambant. Il m'invitait de son regard pénétrant, il me dévisageait. Impossible de résister. Je suis tombée en amour aussitôt. Alors j'ai fait des sabots et des pattes pour aller le rejoindre dans son arène. Y'a pas eu moyen. L'accès de la piste est interdit aux  vaches. L'équipage n'a rien voulu savoir. Ils ont prétendu que ce n'était pas ma place.
- Ils ont eu raison, vous savez, l'arène ce n'est pas un endroit pour une vache paisible.
- Mais je suis une aventurière moi. J'ai besoin d'un mâle fougueux et combati.
- Vous savez, c'est quelquefois sanglant et pas toujours sympa pour le taureau d'être dans l'arène.
- Vous croyez que c'est plus sympa de pousser les cailloux au milieu d'un pré désertique.
- Personne ne demande aux vaches de pousser des cailloux.
- Mais Docteur, elles sont obligées ici, pour se nourrir. Les herbes sont rares, y'a pas d'eau, c'est le désert. les vaches sont maigres, neurasthéniques... J'ai communiqué avec elles. Vous savez, je parle comme une vache espagnole, moi. Elles m'ont envié mes formes rebondies, mes lignes rondes et amples. Elles m'ont fait pitié.  En plus elles doivent produire du lait, pour le fromage de Maô, appellation d'origine s'il vous plaît. Je leur ai conseillé de faire appel à l'Europe. De se grouper en mouvement L.B.
-LB, comme Laurent Becker, c'est pas votre chef de bord ?
- Mais non, LB, c'est Lutte Bovine. Y'a déjà L.O (Lutte Ovine, vous connaissez ?) Les vaches minorquines doivent défendre leurs droits à un herbage frais quotidien. J'envisage de rester là comme meneuse de comité. Qu'en dites-vous ?
- Dites-moi, la Noiraude, derrière votre idée si joliment militante, y'aurait pas comme une intention de vous échapper ? Y'aurait pas le regard de braise d'un jeune taurillon fougueux qui vous attend dans le sable chaud ?   

 

Cala en Porter Hadrien & Peter.

COUCOUNET n°8 - 2007. Mahon

Vendredi 24 aout 2007
Il suffit que notre équipage s'enrichissent de vacanciers enthousiastes pour que la météo plombe notre ciel. Nuages lourds, tombera, tombera pas ? Vent de rage, la chaîne de mouillage est prise de frénésie. A peine avalé le petit déjeuner, la pluie nous rafale dans les hublots. Désolée les jeunes, j'vous jure, la météo de novembre ne date que de ce matin.  Hadrien et Peter ne se démontent pas pour autant et plongent comme des forcenés du  balcon avant de Lune de Miel à travers les tombées de grêle.

had plongUn rien guoguenards les enfants pour les facéties météo. Que c'est joyeux d'être jeune. Scotchés à Mahon, ça ne les démobilise pas. Le soleil réapparait. Palmes, lunettes, ils jouent aux marsouins, aux dauphins plongeurs, aux poissons pilotes, depuis le pont ou les hauteurs du portique. Ils passent un long moment à débusquer un poulpe plus loin vers la plage, le ramène à bord pour faire plus ample connaissance. La puissance de ses longs tentacules, ses énormes yeux glauques, sa gueule qui happe le vide. Animal archaïque qu'on ne se lasse pas de détailler. Totale fascination. Dieu qu'il est laid... C'est les mots en trop, nous l'avons désobligé. D'un coup de dos nerveux, il se propule hors du seau, tous ses tentacules jetés en travers. Cris et hurlements. Entre rires et terreurs. "Laurent, au secours, la bête descend dans le carré !" Laurent récupère cette étrange chose presque minérale, et insiste sur la question cruciale. 
- Allons-nous le manger ?
- Oui, oui, oui, disent les garçons.
- Mais qui va l'occire d'un fatal coup de marteau entre les yeux ?
Nous n'avons pas de marteau à bord. La bonne excuse que voilà pour rendre à son élément un poulpe qui ne saura jamais à quoi il vient d'échapper. Après l'opération sauvetage du poulpe, Hadrien et Peter jamais à court de ressources partent à la chasse aux oursins. Bonne idée, nos invités pour l'apéro seront ravis de s'en délecter. Nos invités, c'est inouï et c'est un gros morceau de chance, Jean du Sud, (Alias Yves Gélinas) sur sa route de retour vers le Québec a par inadvertance posé son ancre à côté de la nôtre. Incroyable non ! Quel bonheur de se croiser là.

had petr oursins

Dimanche 26 aout 2007 - Cala en Porter -39°52,10'N - 04°07,90'E
Le vent s'adoucit, toujours N-E.  Moment idéal pour un mouillage au sud de l'île. Petite navigation de 13 MN pour les garçons qui dévorent la côte des yeux et vautrés à l'avant jouent avec la vague d'étrave.

 

sud 1sud 2

On nous avait prévenus que les calas du sud sont inabordables en été, hyper touristiques. C'est  vrai. Mais nous avons trouvé de quoi nous y caser, et c'est un endroit magnifique.

Les garçons, sautent, et chantent dans l'eau.

Ils ne s'en lassent jamais. bain

A 18 heures le mouillage se vide comme par magie. Deux voiliers à l'ancre. Presque pour nous tous seuls, la baie. Le rêve. La météo locale annonce une entrée du Sud, mais je n'y crois pas. Discussions intenses, j'ai vraiment envie de rester là, et j'ai confiance. Monaco Radio et Hambourg météo font le même pronostic avec maintenance de Nord Est. Nous prenons le risque et queuh ! Nous avons bien fait !
cala covasCela nous permet à Laurent et à moi une longue échappée à pieds à travers les falaises, dont les garçons ne veulent pas profiter. Marcher, c'est pas leur truc. Ils gardent la maison en chahutant dans l'eau. Nous passons par la Cava d'en Xeroni, grottes naturelles hélas recyclée pour le tourisme puis nous rentrons en dominant les deux anses de la cala Covas, trouées de grottes et d'habitation troglodytes autrefois habitées. Je tenais tant à ce petit tour entre mer et falaises.
Nous devons rentrer sur Mahon, demain. L'avion de Peter et Hadrien n'attendra pas.
Trop rapide tout ça !

Mardi 28 aout 2007. Mahon
Les garçons sont repartis, nous trompons, Laurent et moi notre sentiment de grand vide en zonant à travers la ville. Une régate de vieux gréments (vieux modèles mais bateaux neufs ou rénovés comme neufs pour la plupart, dans tous les cas magnifiques) est annoncée de jeudi à dimanche. On se laisse éblouir en longeant le quai.

reg 1 vreg 2 hreg 3 hreg 4 hvoilres brunes

C'est décidé puisque la météo nous fait le "coup du vent" dès demain, nous profiterons du spectacle de la régate. Nous sommes au milieu du bassin, lorsqu'ils se mettront en route pour leur zone de jeu en mer, nous serons aux premières loges. Nous avons retrouvé une très joyeuse humeur. Au bord du quai, Laurent tire sur l'annexe. Je m'apprête à sauter dedans. "Pschui..ui...ui ...t..... " qui n'en finit pas. Merde, le boudin le plus grand des deux s'est enfilé sur une ferraille, oh, la, la. Que la blessure est vilaine. L'air se barre à toute allure. (Pensée émue pour Olivier qui a déjà vécu tel épisode avec nous). C'est pas le moment de s'attarder sur les souvenirs. Laurent replie la blessure (bien mou d'un coup, ce côté là), ça limite l'hémorragie. On se cale comme on peut sur le petit bord qui reste gonflé, je suis pliée en deux pour tenir fermé l'estafilade, et Laurent se dépatouille avec le moteur pour une remise en route urgente. Il y a plus d'un kilomètre à parcourir sur l'eau avec notre teuf, teuf, qui cale plus souvent qu'il n'accélère et ne redémarre pas à chaque coup. Plus de 20 minutes à résister. Bonjour l'angoisse ! On cahote sur le clapot, le boudin blessé se recroqueville, je coince la plaie si fort que j'attrape des crampes dans les doigts et les poignets, mais pas question de relâcher. Je ne bronche pas, j'admire le paysage avec des exclamations d'une qui ferait du tourisme. N'importe quoi, je veux juste du vide dans la tête.  Au lieu de ça, "Si jamais, on se retrouve à  l'eau, comment fera-t-on pour rejoindre Lune de Miel" que je pense en  boucle. "si je me retrouve aggripée au boudin avec de l'eau partout qui s'insinue..." "si Laurent ne peut retenir le moteur à moitié immergé..." "si la mer remplit notre barque, me fouette les yeux le nez, la bouche, zut c'est comment déjà qu'on fait la planche ?..." "si, si, si....
- T'as vu cette minorquine comme elle est belle toute en vert" que je dis...  On admire la minorquine, le vert c'est l'espoir... Teuf, teuf teuf... Dis papa, c'est quand qu'on arrive ? Oh que les prochains instants promettent d'être durs !
Notre embarcation commence à se remplir d'eau, il faut maintenant que je lève le bord blessé pour nous tenir hors des vagues. Aux crampes s'ajoute une intense brûlure dans le bas du dos... aïe aïe mes lombaires ! Je me tétanise. Laurent concentré sur le moteur joue des gaz et du ralenti tout à tour. Ca crachote, ça cahote, ça traviole et ça avance très très lentement, mais ça avance... Nous sommes au pied de Lune de Miel, j'attrape l'échelle. Stop moteur. Sauvés ?
- Faut que je lâche le boudin pour monter, tout l'air va foutre le camp d'un coup. Comment faire Laurent ?
- Pas grave on est arrivé, l'autre boudin est toujours gonflé ça ira... Allez monte...
Je me redresse douloureusement, un violent soupir s'échappe de l'annexe, comme un pet monstrueux trop longtemps retenu. Le fond du canot bascule. J'ai juste le temps de poser un pied sur l'échelle de bain et de me propulser dessus. Mais pas Laurent. Je le vois basculer sous l'eau toujours cramponné à son moteur. Il réapparait, de l'eau plein les yeux, les cheveux et la barbe qui gouttent sur son beau T-shirt. Il se rétablit plus ou moins sur le bout de canot qui flotte encore. Je lui envoie le palan qui permet de monter le moteur. Bordel complet, parce que le poids du moteur et celui de Laurent font basculer le canot. Quelques minutes de bagarre, des siècles d'attente ... Le moteur est arrimé au palan, je peux le remonter tout dégoulinant sur sa chaise.
Ouf, on peut enfin s'éponger ! Et ça ne nous fait pas rire tout ça ! J'ai affreusement mal au dos.  Un p'tit wisky !

Cala longa - Mahon - jour                                                                 Cala longa - Mahon soir

cala longa 1cala longa 2

Mercredi 29 aout 2007
Nous sommes contraints par les autorités portuaires de changer de mouillage. Nous nous replions derrière l'isla Plana. Les fonds sont constants jusqu'à très près du bord, 14/15 mètres. Le coup de vent est annoncé force 7 rafale à 8 pour la nuit et les 24 heures suivantes. J'aligne 50 mètres de chaîne. Dans cette espèce de boue sabonneuse, ça devrait résister. Et c'est parti pour un nouvel épisode à épier les rafales. 35/38  noeuds affiche l'anémomètre dans les moments forts.. (environ 70 km heure). Nous sommes parfaitement abrités de la mer, qui nous caresse de quelques ridules... Alors, c'est supportable. Sauf les haubans qui hurlent, le pavillon qui palpite frénétiquement, la gazinière qui grince sur ses cardans et le  bordel de tous les navires qui arrivent pour s'abriter et se posent souvent sauvagement. Ils ne tiennent pas compte du fait que le vent va  basculer complètement cette nuit. Y'en a donc, qui n'ont pas de météo à bord ?
C'est chaud le mouillage, mais en même temps c'est distrayant, captivant même. L'occasion de se faire des copains. Nous sympathisons avec un équipage de 4 mecs sur un Swan de 75 pieds... 250 m2 de grand'voile. Vous imaginez la taille des winches ? Même pas tous électriques. On va boire l'apéro à bord. Une rude chance de fouler le pont de ce monstre, de pénétrer les entrailles de son carré. Et de rigoler avec l'équipage. J'adore.

Vendredi 31 aout 2007. Mahon encore.
Les régatiers ne sont pas sortis hier. Laurent a nettoyé le moteur du hors-bord à l'eau douce. Il lui a ouvert le ventre. La panne était bête. Un espèce de macaroni caoutchouc qui sert de pompe était fendu. Nous l'avons ligaturé avec du fil à pêche. Il est reparti comme neuf.  Avec le kit de réparation, il a fait une magnifique "raponse" sur la blessure ouverte du boudin. De l'authentique chirurgie esthétique.

C'est raparti comme une nouvelle jeunesse pour notre canot. Si, si, si Hadrien ! Hélas mon p'tit canot rigide à volant et démarrage automatique est remis en question dans l'immédiat.
La météo s'améliore. Nous traverserons dès que la fenêtre sera bonne, début de semaine, j'espère. Nous sommes attendus en Alsace. Nous ne traînerons pas. J'ai grande envie de cette traversée ; Je n'ai guère profité du voyage à l'aller.  A Bientôt des nouvelles depuis Velaux. Bises. Janou B

   INTERMEDE

- Allo, bonjour, je suis la Noiraude, je voudrais parler au vétérinaire.
- Bonjour la Noiraude, comment allez-vous ?
- Ah Docteur, que je suis contente de vous entendre. j'ai besoin de vos lumières. Y'a un truc qui m'échappe. Voilà, nous avons reçu deux jeunes, un neveu de l'équipage et son ami.
- Oui, je suis au courant. Ils ne vous ont pas embêtée au moins.
- Oh non, surtout pas. Je sais me faire discrète. Ils ne m'ont même pas calculée. Ils étaient gentils, calmes, joyeux, tout bien comme y faut. C'est pour ça que je comprends pas.
- Qu'est-ce que vous  ne comprenez pas la Noiraude ?
- Voilà Docteur, je ruminais gentiment en me laissant porter par la mer. C'était tout doux, tout bon. On avait une toute petite distance à faire. Sur le pont, ça rigolait, on tirait des  bords sympas pour faire un peu route vers le large. Entre trois et quatre noeuds... De la plaisance quoi... D'un coup j'ai entendu des hurlements et le bateau s'est presque figé sur place. Je me précipite sur le pont. On avançait à moins de deux noeuds, freinés par les deux garçons qui avaient été jetés à l 'eau avec les poignets  entravés. L'horreur totale.
- ?
- C'était insoutenable. Ils plongeaient sous l'eau, ils donnaient de grands coups de reins pour se remettre à flots. Le sillage leur envoyait de grands giclées d'écume plein les yeux, plein le visage. Ils n'y voyaient rien. Ils avalaient de l'eau. Ils hoquetaient, ils crachaient, ils toussaient. Ils poussaient des hurlements terribles.
tractage- ?
- Au moment où le vent est tombé, j'ai pensé qu'on allait les laisser remonter à bord. Pensez-vous ! le chef de bord a mis son moteur et on a bondi à plus de quatre noeuds. Oh les pauvres jeunes gens. Ils n'avaient même plus la force de crier, ils se télescopaient, allaient n'importe comment. Quelquefois le plus jeune, épuisé par ses tentatives pour résister au courant se laisser glisser avec la corde et disparaissait dans les embruns. Il restait juste sa petite voix qui gémissait. "je vous en prie, ne m'abandonnez pas !"  Ils ont du attendre l'ultime châtiment. Passer sur un banc de méduse et être marqué du signe infâme de la gélatine. Alors seulement, le chef de  bord a ralenti pour qu'ils puissent remonter sur le pont. C'est inhumain de torturer ainsi des êtres vivants. Que croyez-vous qu'ils aient commis de si grave pour subir un tel sort ?
- ?
- Docteur, vous aussi vous êtes affreusement choqués. C'est pour ça que vous ne répondez pas ?
- Attendez, la Noiraude, je réfléchis. Je pense que vous avez tout compris de travers. Personne n'a jeté les jeunes gens à l'eau. Ils étaient volontaires.
- C'est idiot, pourquoi auraient-ils fait ça ?
- Les mystères de l'âme sont impénétrables. C'est un jeu pour eux, un défi.  Car il n'y avait aucun danger et si leurs poignets ont un peu souffert, ce n'était guère important pour eux. Ce qui comptait c'était de se lâcher, de recevoir la mer à pleins paquets, glisser à toute allure et jouer dans le sillage. Provoquer des sensations fortes, se faire peur, pour rire. Ils se sont bien éclatés sûrement. Y'a plein de manières de jouer ainsi avec des sensations un peu extrêmes. Les uns sautent à l'élastique ou en parachute, les autres roulent comme des bolides sur des pistes, y'en a qui montent à des sommets inaccessibles, les autres qui dansent toute la nuit. C'est l'art de tromper le quotidien et son ennui. Si le danger est réel, la sensation est encore plus violente, plus riche.
- Mais ce sont des fous, c'est puéril, superficiel, inconfortable et douloureux. Ce sont des malades. Je ne  comprends vraiment pas ce besoin. Vous me parler de quelque chose que je n'entends pas.
- En êtes vous certaine la Noiraude ? Réfléchissez. Je pourrais vous parler d'une vache un peu râleuse mais fort sympathique. Elle devrait chaque jour, sur son plancher, humer les brumes vosgiennes si reposantes, savourer son carré de verdure en famille, et regarder passer les trains. Au lieu de ça, elle embarque régulièrement sur un voilier qui la chahute, qui la bouscule, la rend malade... et fait tourner son lait.  Vraiment, vous n'entendez rien à ces choses ?


                       

Mare de Deu de Gracia Mahon

Couounet n°9 - septembre 2007

lundi 3 septembre 2007.
Minorque est toujours sous domination de Nord-est, virulent. Des creux annoncés de trois mètres de houle, quand on sait que les vagues scélérates font allégrement deux fois la hauteur annoncée, pas d'hésitation, il fait trop bon ici. Nous avons quitté le mouillage de l'Isla Plana pour prendre une bouée face à la ville. C'est génial comme option, et peu coûteux. Nous avons vraiment exploré tous les coins et recoins de Maô. On s'y sent désormais comme chez nous.

sa font mahonVendredi 7 septembre. Nous avons une folle envie de partir, ça fait trop longtemps que nous sommes scotchés ici. Consolation, depuis jeudi soir, se prépare la grande fiesta annuelle, de Mahon. Si vous passez par là début septembre, je vous la recommande."Mare de Deu de Gràcia". Elle tient, comme toutes les fêtes folkloriques, d'influences historiques, religieuses et païennes. Y'en a vraiment pour tous les goûts.
La folie démarre jeudi soir, avec la sortie des géants depuis la Mairie, en procession dans le centre historique de la ville. Musique, danses et chants les accompagnent. A 21h30, c'est le grand cri public d'envoi officiel des festivités. On sort pour l'occasion les "diables de Maô" par mégaphone, en choeur avec la foule. Fanfares à gogo. Ca promet et ça remue les tripes.
Vendredi fin de matinée. Toute la ville s'organise pour affronter l'ouragan de la fête pendant trois jours; les boutiques du centre ville construisent de vraies protections devant leur vitrine, ça cloue, ça visse, ça calfeutre. Les menuisiers ont du boulot par dessus la tête. Fin d'après-midi, toutes les vitrines sont occultées. Plutôt sinistre l'aspect des rues. Elles ont été couvertes de sable. De tels excès sont si redoutés que des postes de secours d'urgence sont prévus à chaque coin de rue. Les pavés sont couverts d'un matelas de sable. C'est rigolo de marcher en  ville comme sur une plage. Mais c'est préoccupant.
Tout ce sable en ville, c'est pour absorber le sang ? Les vitrines blindées, protection contre les violences, bagarres et projections de pavés ? A quoi faut-il s'attendre ? 
- Dis Laurent, tu crois que c'est recommandé de venir zoner par là ce soir ?
- Bien sûr, on ne va pas rater ça. On évitera la foule et si c'est trop chaud. On rentrera.
Qu'il dit Laurent.
Il est bien bon, parce que éviter une foule en délire c'est impossible. On est vite pris dans la masse. Mais  bon, ça chante, ça rigole, ça danse, laissons-nous faire. Pas d'émeute en vue. Le bruit est phénoménal mais j'ai pris la précaution de me boucher les oreilles. Je suis parée au pire. Pas de panique, y'a pas de raison et c'est bien joyeux tout ça.
Plus tard, la foule se centralise et se calme. C'est l'arrivée des Caballeros.jaleo

Ces chevaux sont de véritables artistes. Ils arrivent sur un thème musical unique qui se répète, se répète, se répète. L'homme-cheval comme un seul corps danse sur cette boucle musicale. Ses pas sont légers, magnifiques... Quelle maîtrise ! Les cavaliers costume noir et blanc, sont fiers et concentrés. Hors d'atteinte du public. Quel panache ! Lorsque c'est une femme qui monte le cheval, les figures deviennent plus sensuelles, magnifiques et inaccessibles. Quelle élégance dans cet équipage. Lorsqu'ils sont au centre de la place, la mélodie change de registre, une brusque montée de notes. C'est le signal. Le cavalier tire sur les rênes, le cheval se cabre. Il avance alors dressé sur ses pattes arrière. Ses pattes avant moulinent l'air devant lui à la recherche de son équilibre.  L'harmonie parfaite de l'instant d'avant vole en éclats. Tumulte et anarchie. C'est le moment que choisissent quelques fêlés complètement hystériques pour se jeter sous le cheval dressé. Le jeu, c'est de toucher l'animal quand il est debout; le top du top c'est de lui caresser le poitrail. Et y'en a qui ose. Folie totale. Juste avant que le cheval retombe sur ses quatre fers, les quelques fondus qui sont dessous s'éparpillent avec enthousiasme. Pensez, s'ils nagent dans l'euphorie, ils ont réussi à toucher le cheval. Petit tour fanfaron du cavalier sur la même rengaine, sur le même pas... Sortie d'un, entrée de l'autre. Les chevaux se succèdent, toujours sur le même thème. Et propose inlassablement le même jeu. Toujours le même défi pour les spectateurs. A certain moment, je me suis trouvée propulsée près du cheval par des tarés dont j'empêchais la ruée. La vitesse que je me suis rapatriée vers l'arrière... OUha ... Comment font les chevaux pour résister à ce bordel collectif. Ça me sidère. Peut-être que comme moi, ils se protègent les oreilles avec des boules quies...  C'est un excellent filtre. Après tout, ils ont juste à capter le rythme qui ordonne leurs mouvements. La folie des hommes ne les concerne pas.
Le mystère des vitres blindées, (il faut s'attendre à des coups de sabots malheureux dans le décor et la rue est étroite),des tapis de sable, et de l'assistance médicale est ainsi éclairci. forcément il doit y avoir quelques accidents... Ce sport équestre est fort prisé à Minorque. Il fait partie intégrante des festivités locales dans toute l'île. Etonnant mélange de frayeur, de défi et d'harmonie... Ce n'est pas le seul grand moment de ces festivités. Si nous avions été sérieux comme des Minorquins, nous serions allés à la messe.

 

Retour Provence

Coucounet n°10. Minorque, le retour. 2007
Samedi 8 septembre 2007.
Une météo acceptable s'annonce enfin. La mer s'est bien calmée et le vent annoncé sur Minorque Nord/Est 2/4, mollissant,  virant Ouest en soirée, Nord Ouest la nuit. Lorsque nous entrerons dimanche dans la zone Lyon/Provence, il passera Nord- Nord/Ouest faible à modéré. Nous commencerons au moteur, un peu de voile en tirant de petits bords au milieu, nous finirons au moteur, mais globalement, ça devrait être relaxe. Les creux seront de moins de un mètre. Ça nous va, mais nous mettrons sûrement 48 heures...
Onze heures du matin, nous quittons notre sympathique bouée d'amarrage. En passant près de Patricia et Bernard sur "Mama Bê", nos récents amis de mouillage, nous envoyons un signal sonore. "Adios, on se casse !" Patricia sort du carré, nous fait de grands signes suivie de Bernard couvert de mousse à raser. Il a ainsi des allures de Père Noël en caleçon. Plaisante image que celle de ce départ de Minorque. Nous sommes euphoriques.LDM NAV 1

Nous longeons la côte Est de Minorque. Voile et moteur, au plus près du vent, doucettement. Nous tirons un léger bord vers l'Ouest.
La côte nous est familière et nous passons un heureux moment à retrouver nos sites favoris. Un peu plus de quatre heures de navigation, doucement l'île s'efface.
La houle  nous arrive par le travers. Elle est douce. Elle caresse les flans de notre embarcation. Elle glisse sous sa coque, s'écrase contre la quille. Lune de Miel domine les vagues. Complaisant et joyeux de se mettre en route, il se laisse caresser. De belles retrouvailles entre lui et la mer. Les couleurs sont sombres, le soleil cuivre les creux de houle. Glissement, ronronnement, mouillures et léchages en tous genre. J'avais oublié combien la mer est belle. Béatitude totale.
En fin d'après-midi, Laurent me signale de jolies échappées de poissons qui sautent allégrement sur tribord. Ils sont  bien gras, argentés et brillent dans le soleil. Dans leur sillage, une bande de dauphins jouent et cabriolent. Jouent-ils à "attrape" avec les poissons ? Moment ludique ou moment féroce ?
A 19h30, Monaco radio envoie l'annonce d'un BMS sur Provence pour lundi soir, et dès dimanche un vent de NW assez fort à fort.
Consternation à bord, car si nous comptons arriver avant le coup de vent, l'entrée dans le golfe du Lion risque de poser problème avec le vent dans le nez, et la houle qui sera formée.
Sérieux coup au moral. Que fait-on ? Le plus sage nous semble-t-il. Tirer un long bord vers l'Ouest pour avoir un vent portant lorsque nous entrerons en Provence et devrons remonter vers le Nord Est.

Première nuit. Le vent est constant. Nous avons pris un riz dans la grand voile, et nous ajusterons le génois selon les besoins de notre allure. Nos veilles s'alternent de deux heures chacun. Je trouve que ça passe très vite. Nuit sans lune. La voie lactée diffuse une lueur discrète.  La mer est une ombre mouvante, trouble. L'écume qui se casse sur les bords de Lune de Miel explose de luminescences roses et vertes. Rien de rien à l'horizon. Que ce trou obscur vers lequel nous fonçons à environ 6 noeuds. Laurent dort dans la cabine arrière. Calée sous la capote, le nez au ciel, je chante dans les étoiles.
Je me sens merveilleusement bien. 6h15 du matin. C'est l'aube qui s'annonce, le ciel s'éclaircit, l'horizon se borde d'une large bande saumonée. Le soleil sort de ses draps. Je me couche.
voilesDimanche matin 9H30. Nouvelles infos météo. Ce n'est plus de la consternation, c'est une véritable dépression qui s'abat sur nous. Le BMS se développe plus vite que prévu, dès cette nuit, nous serons en plein dedans en quittant la zone Minorque.  Que décider ?
Laurent consulte ses cartes PC. Quel dommage d'avoir fait tout ce chemin vers l'ouest. Car nous décidons de virer vers l'Est, pour profiter tout de suite du vent de NW encore sympa. Lorsque nous entrerons dans la Zone Provence nous serons déjà à l'est et nous échapperons au coup de vent. D'ailleurs, quoi de plus réjouissant que d'atterrir à Porquerolles quand on est en vacances ?
Nouveau virement de bord. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais nous avons 220 miles à faire depuis Maô et nous les faisons en tirant des bords. C'est beau d'aimer la voile à ce point-là !
Le voyage prend ici des allures de cauchemar.

Le vent devient beaucoup plus fort et complètement aléatoire, selon que notre progression passe plus à l'est ou plus à l 'ouest de la zone. nav 2

La nuit qui suit sera épouvantable. Les veilles éprouvantes. Pour la première, vers minuit, lorsque je m'installe sous la capote, le vent force 5/6 forme une mer qui se hérisse. On roule sur des caillasses. Ca tangue, ça roule. Je n'ai pas le temps de m'assoir pour enfiler cirés et chaussures, je suis propulsée contre la table du carré. Cramponnons-nous bien. C'est prometteur vraiment, comme ambiance !  Nous avançons au près le plus serré possible, et ça chahute terriblement. C'est long, c'est dur et c'est déprimant.
nav 3Une heure de veille, on ralentit, panne de vent ? Je surveille la girouette. Le vent refuse. Je ne veux pas réveiller Laurent, tant pis pour le cap. J'abats de quelques degrés. Lune de Miel se relance, 5/6 noeuds, ouf... Mais je suis contrainte à cette manoeuvre trois fois en deux heures. Peut-être qu'on passera par la Corse, finalement. Laurent se lève. La Corse, ça ne le séduit que mollement. Même pas y rigole. Il a les yeux plissés, je ne crois pas qu'il ait pu dormir. Nous décidons de changer de bord, et repartir plus vers le nord, tant pis pour Porquerolle. Demi tour pour se remettre dans le vent. Je me couche. Dans le carré l'agitation est terrible, vaisselle secouée, bouteilles qui tintinnabulent, cardans de gazinière qui grincent, et ce vent qui souffle comme un orgue déchaîné. Sans parler de la gîte qui m'écrase contre la bande anti-roulis de la couchette. Qui dormirait dans ces conditions ?
A 4 heures du matin. J'aperçois le feu du cap Cepet loin à l'horizon. La côte s'esquisse grâce aux lumières des villes. Nous avons viré de bord je ne sais combien de fois. Un moment d'inattention et hop, on se retrouvait à contre, rugissement du moteur à 2000 tours pour tourner et se remettre dans notre axe. Le noir est absolu, on perd nos marques. Dis Laurent, c'est où le nord. La Grande Ourse aurait-elle bouffé Polaris ? Et le compas, qu'est-ce qui dit le compas... Je ne sais pas, j'en ai marre...  réduire la voilure, une demi-heure et puis renvoyer. Hisse petit ! J'en peux plus, si seulement le jour se levait. Nuit épouvantable. Lorsque le jour se lève, nous ne sommes pas frais Laurent et moi. La côte est à 30 miles, le GPS nous annonce que nous mettrons 12 heures pour arriver à Porquerolles. Encore ? Il est fou ce GPS. Nous décidons de réduire nos souffrances et d'aller vers  Bandol, moins près du vent; nous avançons sur une mer dure, des vagues courtes qui déferlent sur le pont et nous inondent les cirés. Et ça me glace. A 20 milles de la côte, la mer s'assagit. Tout le monde se calme. Mais le temps nous paraît terriblement long. On est gelé. Finalement le vent de Nord Est (allez savoir pourquoi) qui sévit sur la Provence à ce moment là, nous posera lundi dans la matinée, dans la calanque de Morgiou, avant le déchaînement du coup de mistral attendu pour la prochaine nuit. . Pas si mal. Mais on est dégoûté de la vie.
La soirée à Morgiou nous requinque. fal

La veille Laurent a pêché un joli thon germon que je vais cuisiner avec des pommes de terre grillées. De quoi nous réconcilier avec la mer.
Le coup de vent est largement confirmé mais la calanque est super bien abritée. Mon seul souci c'est que les fonds sont invisibles et nous ne les connaissons pas. Sable ou algues ? Laurent a tiré comme un sauvage sur la chaîne avec le moteur. Ca n'a pas bronché. Nous sommes presque tranquilles. Début de soirée le vent promis se déchaîne, force 7... On tient bon; Pour la nuit on ajoute encore 10 mètres de longueur, ça nous fera 50 mètres.  Si nous sommes dans les algues, est-ce que le poids de la chaîne va suffire à nous retenir. Plus on ne peut pas mettre car nous serions dans la falaise si le vent tourne. Il y a toute la nuit des accalmies et des reprises de violence. Nous nous levons plusieurs fois. Lune de Miel tire sauvagement sur sa chaîne mais reste prisonnier de son mouillage. Sécurité, sécurité, sécurité !
Mardi. 7h30.  Le vent paraît se calmer, mais nous savons qu'il va reprendre force 8 dans la matinée. Laurent prend la météo. Je profite de ce répit pour me lover dans les draps si doux. Ah que c'est bon. Une belle journée s'annonce, BMS d'accord mais notre mouillage a bien résisté. Nous sommes réveillés, nous aurons l'oeil, tout ira bien Il suffit de tromper cette attente en écrivant ce coucounet par exemple.
Je rêvasse... Une question de Laurent me réveille, une pointe d'angoisse.
- Dis-donc on est bien prêt des rochers.
Moi, relaxe et très confiante,
- Normal, on a rajouté dix mètres de chaîne, on doit être à une quinzaine...
Je  ne finis pas ma phrase. Un hurlement
- Merde on dérape !
Ruée de Laurent vers le moteur. Moi en pyjama. Ça ne souffle même pas tellement fort. Coup d'oeil circulaire. Zut on se barre vers la falaise. Laurent est au moteur et s'énerve et tempête.
- Tu vas démarrer saleté.
Il ne faut jamais insulter un moteur quand on est pressé de partir... Voilà, il boude. Impossible à mettre en route. Lune Miel recule, inexorablement.
En 3 minutes, il suffit de tendre la gaffe pour toucher la falaise hérissée de pointes traitresses. Vite une défense ! On est à un mètre des rochers. Je me bagarre avec un pare-battage dérisoire pour protéger l'arrière. Une première projection contre la roche. Raclement affreux de la coque, oh que ça doit faire mal... J'ai l'air fine avec ma défense, c'est dessous qu'elle serait utile. Dès que le rocher est contre, elle roule sur la coque... Nouvelle projection contre la roche... nouveau défoncement de matière... Je vous jure que c'est insupportable. J'ai l'impression de me déchirer. Une rafale nous éloigne provisoirement de quelques mètres.
- Vite Laurent, s'il te plaît démarre...
Heureusement qu'il ne m'entend pas, ça l'énerverait.
D'un coup, le ronflement du démarrage, suivi d'un rugissement d'accélérateur. Vite, on dégage.
- Tu crois qu'on a une entrée d'eau ?
Visite du carré, pas de pompe qui ronfle. Coup d'oeil à ma fenêtre de fonds, sécheresse absolue dans le carré. Coup d'oreille à l'arrière, pas de ruissellements...
Il semble que tout aille bien et que nous ne coulerons pas tout de suite.
Sauvons-nous de ce néfaste endroit. Je cours relever le mouillage. On est pris de travers, on  chasse, on recule, c'est folklorique mais bon nous sommes désormais au milieu de la calanque et nous pouvons prendre notre temps. Une fois l'ancre relevée, quelques brins d'herbe entre les dents, (le cure-dents, tu connais pas, stupide objet ?), nous décidons de fuir vers Sormiou, 

que nous connaissons et que nous espérons plus sûr. Nous longeons les falaises à l'abri du vent, guère de houle, mais de violentes rafales avec les effets de relief par moments. Le moteur peine pour avancer. Une éternité. Pourtant nous y voilà.

morg Sormiou est un havre magnifique. Nous y étalerons une fois de plus nos 60 mètres de chaîne quelle que soit la profondeur parce que la météo s'aggrave. Et advienne que pourra.
Les dégâts à l'arrière de Lune de Miel sont mineurs malgré les bruits affreux. Mon pare-battage a eu le mérite semble-t-il de dévier l'arrière et il a touché sous la jupe dans l'angle. La partie la plus résistante finalement. Il faudra refaire un peu d'enduits et de peinture. On a l'habitude. Quelle bonne idée la coque aluminium.
Nous avons retrouvé notre enthousiasme. Le vent se déchaîne. Trois bateaux dans le mouillage. Comme les voisins, je reste dehors, encapuchonnée, à braver les rafales. ja

Laurent dans le carré, surveille au GPS la danse de Lune de Miel autour de son ancre. On relève des pointes de vent à plus de 40 noeuds au dessus du pont.  Il ne doit pas faire bon en mer. Il paraît que nous nommes à l'abri ici. Restons joyeux. Panne de pain.

Laurent enfile son costume favori de boulanger. boulange

En voilà un carré qui sent bon la vie terrestre.
- Dis Laurent, c'est quand qu'on arrive à la maison ?
- Mercredi la météo annonce Nord-est, c'est super pour rentrer.
- Super mais ce n'est que de la météo...

     

 

 

Bec de l'Aigle, La Ciotat, enfin, presque chez nous !

INTERMÈDE

- Allo, c'est la Noiraude,  je voudrais parler au vétérinaire.
- Ah, la Noiraude, bonjour, alors, toujours en croisière.
- Oui Docteur mais nous sommes sur le retour. Je vous appelle de la pleine mer. La nuit, c'est beau vous savez. J'adore la voie lactée. Vous le saviez, vous, que les étoiles produisaient du lait. Je trouve ça merveilleux et ça m'intrigue. Alors je vais m'échapper sur la pointe des sabots. Je veux profiter de cette voie royale pour rejoindre mon joli clocher des Vosge.
- Vous abandonnez votre équipage en pleine mer, c'est pas sympa ça !
- Ils sont tout à leurs projets de rentrée. Il n'y a pas de place pour moi en ce moment dans leur tête.
- Vous savez la Noiraude, vous êtes un peu envahissante, mais vous me manquerez.
- Ne vous inquiétez pas Docteur, je les ai entendus dire que dès 2008, ils repartent vers le Sud Est de la méditerranée pour un autre long voyage. Vous pensez bien qu'ils vont m'embarquer. Alors, salut Docteur. Hasta luego !


                                                

MALTE 2006

Cliquez sur les différentes pages du livre (colonne de gauche, Malte 2006) qui correspondent à nos étonnantes étapes.

De Martigues à Malte par la Corse, la Sicile et la Sardaigne.... et retour par Messine, Iles Éoliennes, Iles Pontines, Toscane,

de l'été plein les yeux.

corse

mer

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pontines

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonifaccio

 Estival 2006 n°1. 22 juillet 2006.

Samedi matin, nos amarres sur le ponton frémissent. A quelle heure le passage possible sous le pont de Martigues ? Fos-Port-Contrôle nous annonce l'ouverture à 10h30
"soyez prêts à passer en même temps que le pétrolier qui entre vers Berre..."pont martigues
"Oui Monsieur, Merci".
Impec, je dispose d'encore une heure à quai. Elle va me permettre de lessiver le plancher du carré qui en a grandement besoin... Je n'aime pas partir en désordre. 10h10, je balance mon reste de seau savonneux dans le cockpit. L'arlarme du pont m'arrive assourdie.
"Range ton seau, ton balai, vite, les voitures sont à l'arrêt à l'entrée du pont". crie Laurent.
J'ai à peine le temps de me retourner. La lourde mécanique de levage ronfle et se met en branle... Nos amarres sont larguées sauvagement. Lune de Miel démarre sur les chapeaux de quille. Prêts à partir ? pas vraiment !
Pincement de bonheur dans le fond du coeur ? Etat d'âme inspiré de ceux qui s'évadent enfin ? Raté, ce n'est pas le moment ! Désolée, Pas le temps ! Il s'agit de passer le pont... C'est pas tous les coups pareil pour sortir de l'étang de Berre. Ou bien on piétine au pied du pont basculant pendant une demi-heure parce qu'il oublie de s'ouvrir, ou bien il ouvre un quart d'heure avant l'heure. Ce sont les facéties du pont de Martigues. 
On croise le pétrolier annoncé à l'entrée du canal. Vu de trop près, il est impressionnant. Il pue et fait un barouf pas possible.
"Laurent tiens bien ta droite, guère envie de m'y frotter !"
Belle embardée à gauche pour éviter les lignes de pêche tendues depuis les quais. Le pétrolier nous corne comme un sauvage. De sa cabine, le pilote s'agite et nous adresse des signes qui n'ont rien d'amical. Pourquoi tant de rage ?
"Laurent pousse le régime, les remous vont nous jeter sur le quai !"
On voulait de l'émotion, la voilà, à défaut d'un grand bonheur.

Enfin sortis du bassin de Port de Bouc. Cap sur La Couronne. Le vent est au sud ouest, force 2 à 3. La mer est belle. L'allure très confortable du bon plein nous permet une vitesse sympathique qui tourne autour de 5 noeuds. On oublie vite la Côte Bleue. Il y a un monde fou qui circule autour de nous. Marseille et ses îles magnifiques se dissolvent dans la brume. On avance ainsi très gentiment jusqu'à Cassis que nous dépassons vers 15 heures. Véritable ambiance de croisière. Pensées attendries pour Annette et Claude, Anne Marie et Gérard, qui nous ont permis quelques échappées par là au temps où nous cherchions à tromper notre impatience. Une éternité déjà. Nous partons pour une autre histoire.
Fin d'après-midi, le vent nous lâche. Lune de Miel se dandine sur la houle. Plong à babord, blong à tribord. La bôme se balance mollement au rythme du clapot. Le hale-bas grinçouille. Une indécente mouillure lèche la coque... Il faut s'échapper de tout ça. Moteur...
Vers 19 heures on aperçoit l'ombre allongée de Porquerolles qu'on laisse à une vingtaine de milles à babord. J'ai oublié de vous dire qu'on prenait direct le cap de Bonifacio, sud de la Corse. Le vent est revenu. Nous repartons au grand largue, une vitesse de rêve, 6 à 8 noeuds.

Je ne suis guère amarinée et je me sens vraiment comateuse au moment du crépuscule. Angoisse de la nuit qui tombe peut-être ? Je décide d'aller me coucher pour échapper à ce moment sinistre. Lorsque je me réveille vers 11 heures la nuit est totale. Une orgie d'étoiles inondent le ciel. L'horizon borde la mer d'une frange noire. Les étoiles filantes dans le fouillis de lumières tracent des lignes éblouissantes aussi fugaces que rectilignes. Les ferries et les cargos nous croisent, nous dépassent, nous poursuivent. D'énormes masses lumineuses, fort bruyantes lorsqu'elles nous voisinent. Cette route est un vrai boulevard. La fréquence VHf de veille, canal 16, ne permet aucun répit. stations espagnoles, stations italiennes et stations françaises se télescopent, et se parasitent mutuellement. Un incroyable bordel. Entre les PAN PAN, les annonces météo et les échanges des pêcheurs, difficile d'y retrouver le bout de son fil.
À deux heures du matin, le dernier ferry qui nous dépasse se fond dans la nuit et la radio ferme enfin son clapet. Nous voilà abandonnés dans le monde secret de la mer. Il pleut des étoile. Le pchuit-pchouit des vagues que Lune de Miel fend en douceur, quelques roucoulades de poulies, ronronnement de cordages... le silence de la pleine mer....
C'est le moment où m'envahissent les différents chocs affectifs que je viens de subir. C'est le moment où je fais le point dans ma vie, dans mes projets, dans mes attentes... C'est le moment où je secoue la tête, et le nez levé sur les étoiles, je murmure pour cette nuit magnfique des chansons que plus personne ne chante. Mon répertoire est vaste. Les mélodies de ma mère, les vieux airs de l'école communale, les duos de notre enfance à Annette et à moi. Je chante pour moi-même, une melopée que je murmure, respect du à Laurent qui dort à l'avant. Chacun son tour. Pour cette navigation, nous alternons les veilles toutes les deux heures. La température est merveilleusement douce, pas une once d'humidité. Le temps passe en chantant. 
Vers 4 heures du matin, un filet de lune se lève. Il éteint bien vite les étoiles et colore le ciel d'une lueur blafarde. Une heure plus tard, l'aurore accentue cette grisaille. Des nuages noirs salissent l'horizon. Des débordements d'orages annoncés sur le Var peut-être ? C'est sinistre. Je suis contente que Laurent se réveille pour prendre son tour de veille. J'épie le ciel qui s'éclaircit lentement puis devient ocre. Les nuages blanchissent. Ce sont de bons et gros cumulus qui s'étalent pépèrement dans l'azur. Je peux me recoucher l'esprit tranquille. La tempête n'est pas annoncée. arrivée
Mauvais réveil. Il est temps de traiter le mal de mer. Je suis complètement à la masse. Ne me demandez pas quelle heure il est.
"T'as pas un p'tit creux à l'estomac" demande Laurent... 
Non, plutôt un trop-plein... Je me recouche, me rendort aussi sec. Une demi-heure plus tard, effet pilule magistral. Je pète le feu. J'ai du bonheur plein la tête. La journée s'annonce magnifique. Le moteur ronronne gentiment et la mer est sympathique. Depuis l'aurore, Laurent a mouillé trois lignes pour multiplier ses chances de pêche.
Principe qui ne repose sur aucune vérité, comme tout principe, mais qui a le mérite d'entretenir la confiance en soi.
Le poisson ? Il ne doit pas y en avoir. Depuis des milles et des milles nous faisons notre traversée du désert. Rien, pas une âme qui vive. Même pas un oiseau. S'il y a avait du poisson, les oiseaux le sauraient et on les verrait chasser. Folle croisière. Je passe beaucoup de temps à dormir pendant cette journée. Du coup le soir, je suis en pleine forme ; ça tombe bien, la nuit tombe ! 

42°N01.509 7°E51.576 - 20 heures
Nous traversons le parc à jeux d'une tribu de dauphins. Il doit y avoir là au moins une centaine de stenellas. On en a plein les yeux. Rien de tel pour nous rendre incroyablement joyeux. A l'heure du crépuscule, c'est de très bon augure. Je me sens délicieusement bien. Hardis pour notre deuxième nuit de veilles échangées. Nous avons alterné moteur et voile, mais plus souvent le moteur. Cette deuxième nuit s'annonce très différente. D'abord nous l'abordons dans le silence et nous croisons très peu de navires. Lorsque je prends ma première veille vers 11 heures du soir, le ciel a bouffé l'horizon et ma vision s'arrête à l'avant du bateau. Je ne vois pas où s'arrête la mer. Je ne vois pas où commence le ciel. Les étoiles se chevauchent dans un chaos total. La voie lactée est la seule traînée de lumière. Comment l'atteindre pour se rassurer ? C'est très étrange d'avancer comme ça avec juste le ronronnement du moteur dans un espace totalement sidéral. Nous serions un vaisseau spacial et nous foncerions à travers les étoiles. Cette course dans la nuit est vertigineuse.
Deux heures du matin, Laurent pousse un cri, je tombe de ma couchette.
"Mince alors une baleine, juste à côté !"
Je me rue dans le cockpit, à moitié pas habillée et cul nu. Je me penche à côté de Laurent par dessus les filières. La houle nous berce de son chuintement sous la coque, mais on n'y voit vraiment rien. La nuit est absolue. 
"Comment t'as fait pour voir une baleine dans ce four ?
"Je ne l'ai pas vue, enfin j'ai vu une ombre gigantesque, (dans la nuit noire ?) juste là, à portée de main. Surtout je l'ai entendue.
"Tu l'as entendue ?
"Oui, un souffle énorme d'eau mouvante, comme si un monstre sortait des vagues, c'était terrible. J'ai jamais entendu ça Écoute, elle doit pas être loin"
J'écoute à m'en faire péter les tympans. Je scrute la nuit à me faire imploser les yeux. Hors le ronflement des vagues qui passent sous la coque, un peu plus rauque lorsque l'une d'elles s'échappe par le travers... qu'entends-je ? Que vois-je des mouvances d'ombres ? Rien d'exceptionnel en somme... Des dauphins peut-être. Lorsqu'ils naviguent en rangs serrés, à trois ou quatre, ils peuvent prendre des allures de monstres marins. Surtout dans le noir.
Il est grand temps que Laurent se couche.
A 35 milles de la côte corse, un feu à éclats nous interpelle alors que le jour n'est pas encore levé. On se concerte, on réfléchit, on sort la carte papier... Filet dérivant ou pas filet dérivant. On identifie le feu à 3 éclats des Iles Sanguinaires, devant la Pointe de la Parata. On doit longer la côte mais nous n'en n'avons la certitude que lorsque les lumières d'Ajaccio trouent l'horizon. 
Nous visons une petite calanque "Cala Conca", isolée, sauvage, peu fréquentée. nous mouillons très tranquillement dans le sable à 10 heures du matin, parfaitement centrés au milieu de la baie. Belle et bonne journée à bord à déguster notre première bonne bouteille. Belle et bonne journée à terre au milieu du maquis. Et la soirée donc ! Ah le bienheureux moment de se couler sous la couette sans autre pensée que celle de profiter...Nuit paisible et réparatrice. . 

Depuis Martigues, nous avons parcouru 210 milles. La traversée a duré 48 heures et nous avons fait 28 heures de moteur. Navigation typique de Méditerranée. Cala Conca, c'est un site génial qui nous plonge à l'intant dans l'ambiance estivale dont nous rêvons tous. Vaste plan d'eau bordé de rochers finement taillés. Une monumentale tortue de pierre dresse son bec vers le large et nous toise lorsque nous entrons dans la baie. Une belle plage de sable d'où démarre le sentier du littoral à travers le maquis et de grandes forêts de chênes verts.

cala concaMardi matin, nous partons pour débusquer une cascade, une source, un abreuvoir. On ne sait pas trop, c'est surtout un prétexte à se dérouiller les jambes. Deux heures sur le sentier du littoral à explorer les chemins de traverse pour découvrir celui de l'eau. Un mythe peut-être, mais la balade est sublime. Dans la baie que nous dominons, Lune de Miel gentiment tenu en laisse par son ancre, nous offre son plus joli profil pour la photo du jour.

Mercredi 26 juin 2006.
Départ en douceur pour une petite navigation d'une dizaine de milles. Histoire de pas arriver à Bonnifacio trop vite. On croise des dauphins égarés à deux milles de la côte, qui nous ignorent superbement. On avance au grand largue cahin caha selon le clapot. Le vent oscille de 1 à 3 noeuds. On fait des pointes à 4 noeuds, des ralentis à moins de 2 noeuds. Mais ce qu'on se sent bien dans ce navire si tranquille. 
15 heures, nous mouillons dans l'anse de Rocapina. Une ménagerie taillée dans les rochers dresse de fières silhouettes. Nous posons l'ancre juste sous un lion qui nous accueille sans sourciller. C'est bien bon tout ça !

Prochaine étape, bain de foule à Bonifacio.


Sardaigne

Estival 2/ lundi 27 juillet, début d'après-midi.

Nous pénétrons entre les somptueuses falaises de Bonifacio. Large goulet qui nous insinue à l'abri des murailles naturelles du port. Nous faisons silence, subjugués par ce merveilleux et impressionnant couloir. Nous décidons de mouiller dans la deuxième calanque de l'avant-port, la Catena.
Il n'y a que trois bateaux à l'entrée ; ça nous paraît tout à fait sympa et avenant. C'est souvent une aventure de pénétrer dans une calanque profonde, avec des remparts troués qui dominent. Le vent s'est levé pendant notre courte navigation et si c'était une bénédiction du ciel au portant, ça se retourne contre nous, lorsque le vent déferle à travers le goulet de la calanque. Impossible de manoeuvrer au ralenti pour poser notre amarre arrière dans les rochers. Lune de miel dérive par l'arrière, poussé de travers par les rafales. Les trois plaisanciers déjà installés hurlent de détresse pour leur mouillage dans lequel on risque de s'emprisonner. L'un d'eux finit par sauter dans son zodiac pour venir nous pousser et nous aider à nous placer convenablement. Son élan nous vautre contre un catamaran que nous avions choisi comme voisin. Lune de Miel pour ce coup là se montre un peu trop familier.
"Laurent, aide-moi à libérer les préservatoirs, pardon les défenses, enfin les pare-battages... je voulais dire". 
A bord du cata, ça taquine et ça rigole. Une bonne équipe semble-t-il. Qui retient comme elle peut, notre masse envahissante. Ils deviendront de très agréable voisinage. Je ne vous conseille pas ce mouillage par temps perturbé. C'est une vraie galère. Chaque bateau qui se place pose un problème. Car beaucoup d'autres arrivent en fin de soirée. Laurent fait une vraie police pour préserver notre mouillage. Efficacité remarquable. Il donne beaucoup de sa personne, n'hésite pas à sauter dans l'annexe pour prendre les amarres arrières et conseiller les skippers.
L'un d'eux a acheté son navire en mai. Il a traversé de Toulon, c'est son premier mouillage.Il est seul à bord. Dure école. Courageux le mec ! Il paraît qu'il y a des mouillages beaucoup plus abrités sur la côte est de Bonifacio. Mais c'est loin de la ville.
Et vraiment, une étape ici, malgré les difficiles conditions d'arrivée, c'est une étape de rêve.

Sympathique journée de tourisme en vue. Nous nous offrons un circuit pédestre depuis la Catena à travers un sympathique chemin, enchevêtrement de chênes kermesses et de rocailles. Nous longeons l'avant-port face aux remparts de la ville, puis à l'alignement plus paisible des habitations tassées l'une contre l'autre. La ville se dévoile au rythme lent de notre sentier sauvage. C'est vraiment génial. Nous quittons rapidement l'agitation du port, ses terrasses de bars encombrées et nous grimpons à travers la vieille ville. Les arceaux des églises s'appuient sur les murs des habitations voisines. On dirait que les maisons se tiennent bras dessus, bras dessous... Généreux et magnifique. Bien que harcelée de touristes, c'est une ville intime et tranquille  que nous retrouverons dans la chaleur adoucie du soir. Nous décidons qu'il faudra y revenir. En moto peut-être ?
Pendant ce temps là, la météo se dégrade dans le golfe du Lion. Je crois que Karine et Jo seront sous l'emprise d'un grand coup de vent le prochain week-end.

Samedi matin, 29/07/06.
Nous profitons de la météo houleuse qui se répand vers la Provence puis vers la Corse pour prendre le départ vers la Sardaigne. Très confortable avec toute la toile. C'est super. On taille notre route entre les îles à 7/8 noeuds. Plus de 30 milles à parcourir. Faut pas lambiner. Début d'après-midi, des pointes à plus de 8 noeuds, ça déboule sec. La circulation est intense, surtout autour de Porto Cervo. 
Peut-être qu'on devrait réduire. Nous sommes d'accord pour deux ris et réduction idoine dans le génois. On retombe à 6 noeuds. C'est nettement plus calme et plus sécurisant. Après tout on n'a pas le feu aux trousses. Et cette route entre les îles est fort belle.
Deux heures avant l'arrivée à la Cala Volpe, notre allure passe au prés très serré. Ouf, quelle bonne idée la réduction. La mer s'est sérieusement levée. C'est assez sévère comme navigation. On fait du rodéo, je déteste ça. On pose notre mouillage dans une agitation phénoménale, secoués comme des pruniers. Le vent s'affiche à 33 noeuds. C'est seulement lorsque nous sommes à l'abri de notre cockpit, dansant au bout de 40 mètres de chaîne et notre apéro aux lèvres que nous prenons le temps de nous étonner. Il y a dans le mouillage deux voiliers un peu en avant de nous, et tout autour nous sommes cernés par des yachts, vedettes, et autres bâtiments de cet acabit, trois ou quatre ponts minimums, autant de salles à manger, de séjours enluminés comme des arbres de noël. Les pilotes des annexes, esclaves civilisés en fin costume, chemisette et pantalons courts, font d'incessantes navettes entre la terre et l'un ou l'autre de ces riches bateaux. Pavillons de Malte, des Grenadines, d'Anglerre ou Hong Kong... Fréquentations inattendues pour Lune de Miel qui n'a plus qu'à bien se tenir dans son petit soulier, comme chantait Tino le Corse.

Mercredi 2 aout 2006. Route vers le sud Sardaigne
Le coup de vent s'étale sur toute la méditerranée. Progressivement il déborde vers Magdalena puis Carbonara. Nous traçons notre route le long de la côte sarde, quelquefois en tirant des bords selon les caprices des brises qui se conjuguent de plus en plus avec le vent du nord ouest dominant. Nous faisons entre 30 et 40 milles, par jour, pour 25/30 à vol d'oiseau. Certains caps se passent laborieusement. On s'abrite le soir et on repart le jour suivant après la météo de 9h30. 
Toujours vers le sud. Au départ c'est toujours calme. L'allure est au travers dans la sérénité. Lune de Miel est en parfaite harmonie avec la mer. Il donne l'impression d'effleurer les vagues. Les sommets de Sardaigne nous dominent, ombres et lumières de la côte, et la mer scintille. Le puffin de méditerranée nous fait de courtes visites. Sait-il que je le guette ? qu'il m'éblouit avec son costume tout moiré ? Comme son grand cousin d'atlantique, il joue avec la houle, la froisse d'un léger mouvement d'aile et remonte en quelques battements pour se laisser planer au ras de la mer. Il paraît aussi doux, aussi léger que l'écume qu'il caresse. Cet oiseau m'imprègne d'un bonheur tendre et profond. Voilà, ils sont deux, ils se croisent et se parlent. Ils plongent ensemble, se laisse dériver au ras de l'eau. Nouvels élans d'ailes, courts et délicats. Ils dessinent leurs immenses arabesques dans le ciel puis reviennent faire du charme à Lune de Miel. Notion d'éternité. Le temps se fige.
Début d'après-midi, le vent passe à l'ouest et se renforce. Il faut que Lune de Miel prenne le dessus. Il creuse son passage en force. La mer ne veut pas s'aplatir pour lui. Les chuintements de vagues contre la coque se transforment en chocs plus secs. On dirait même que ça rebelle par moment. Comment ça, la mer était d'accord et demandait qu'à nous aider et le vent se refuse ? Changement d'allure et de vitesse. De 4 à 5 noeuds nous passons à plus de 8, le bateau bondit, se couche... On cramponne la barre à tour de rôle. Des hordes de moutons se précipitent depuis la côte, la mer devient de plus en plus écumante. Vers le large. Elle se frise de blanc. 
Et si on prenait un ris ! Ce n'est pas trop tôt et ce n'est pas trop tard. Laurent en prendra deux. Réduction de génois adaptée. Ouf !
La mer se creuse. Heureusement la houle nous pousse, et nous fait gagner plus d'un noeud en vitesse. Quelquefois un peu de travers par facétie, quand on s'y attend le moins. On chahute sur la mer, ou la mer nous chahute, je ne sais pas trop. Nouvelle allure de rodéo et je ne m'y fais pas. Si on se raproche de la côte peut-être que la mer sera moins houleuse, le vent moins hurleur ? Virement de bord. L'écoute est passée je ne sais comment derrière le rail d'écoute de grand voile. Lorsque Laurent est prêt pour virer, elle se déroule un peu brutalement autour de ma cheville. Je m'en rends à peine compte. Notre manoeuvre exige une attention extrême.
Trois jours de suite, nous naviguons ainsi. Nous mouillons dans des conditions difficiles, à l'abri de la houle mais souvent pris dans les violents courants d'air qui déboulent des montagnes sensées nous protéger. Nous sommes seuls sur 3 ou 4 km de plage, on peut aligner la chaîne. Le vent nous hurle aux oreilles, mais le navire est stable. 
Anecdote de mouillage. Pendant la nuit, le vent tombe et notre petit déjeuner est toujours très serein. Tout en sirotant mon café, je remarque à tribord un truc bizarre, une sorte de tube noire, qui flotte à quelques mètres du bateau.
- Laurent regarde, c'est quoi à ton avis ce truc ?
- Pas grand chose, un tuba, y'a peut-être un plongeur qui admire notre carène. 
- Moi, je crois pas, on dirait que ça se laisse dériver.
- Un périscope alors, y'a bien eu chaque jour un hélico qui nous rasait la voilure. Peut-être que maintenant ils envoient un sous-marin pour nous espionner !
- Et si 'était une fortune de mer intéressante, on va voir avec l'annexe ?
- Franchement j'ai pas envie de me remettre à l'eau. C'est rien, d'intéressant, c'est si petit.
C'est à ce moment là qu'un raclement sur la plateforme arrière nous surprend. L'une de nos rames entraînées par le tanguage (et que nous avons oublié d'attacher en revenant de la plage) glisse discrètement à la mer. D'un bond efficace, Laurent la rattrappe in extrémis.
- Zut où est la deuxième ?
- Hé, tu sais, le périscope à babord qui se laisse dériver vers le large ce serait pas...
plongée immmédiate de Laurent dans l'annexe, avant que j'ai eu le temps de réaliser. Joli sauvetage de rame. Cet homme si vif m'épatera toujours.

Vendredi matin, 4 aout 2006.
Derrière l'île de Chirra. La météo nous décourage. La navigation sportive n'était pas au programme de cette croisière.
Nous décidons de rester ici, bordure du cap Lorenzo pour la journée. Super, si je jetais un oeil sur ma cheville. Elle me taquine vilainement depuis au moins deux jours et comme je dois me démancher le cou pour voir l'arrière du pied je n'ai pas pris le temps. Douche copieuse, Je frotte mon pied droit mais pas trop fort, ma cheville droite est bien douloureuse. Zut alors, regarde Laurent, elle est enflée. 

Allo Docteur !

C'est pas beau à voir. J'ai été dépiautée sur une large surface jusqu'à l'arrière du pied et des bizarres boursouflures jaunâtres cloquent sous ce décor rouge très vif. Pour un peu je verrais des étoiles ! Pas d'affolemement. Nous avons ce qu'il faut à bord. Laurent me lave soigneusement tout ça à l'antiseptique. Je ne bronche pas, vous vous souvenez que je suis héroïque quand je veux. Après un pansement tout propre, j'ai même plus mal. 
Demain nous espérons passer le cap Carbonara (tiens ce serait de là que viennent les pâtes...). Nous attendrons là-bas, la météo idéale pour traverser le canal de Sardaigne direction la Sicile.
Un peu plus de 150 milles à prévoir, une trentaine d'heures. Je vous en parlerai dans mon prochain message.
N B / c'est loupé pour le sud de la Sardaigne. La météo se dégrade. Le coup de vent de Provence se généralise à toute la méditerranée (force 9 annoncée et creux de 4 mètres... possible ça ?). Une dépression se déplace de Provence vers La mer Thyrénée, coup de vent au sud... Pas la peine d'y aller. On se concerte dans la soirée. 
Si nous partons demain matin, nous resterons dans un couloir intermédiaire entre le coup de vent de l'ouest et la dépression qui se développe au sud avec des vents de 15/20 noeuds. Au portant ça nous dit bien. Changement de nos plans. Départ direct demain matin pour la Sicile. Le réveil est prévu à 6 heures pour un départ avant 7 heures du matin. 
Depuis la Sardaigne, les cyber café n'autorisent que la consultation internet. Les lecteurs externes sont verrouillés. Donc impossible de transmettre les coucounets.
Si vous recevez ce message c'est que nous sommes arrivés en Sicile. 
Détails au prochain courrier. A +++ JanouB


Sicile

Estival 2006.3. samedi matin 5 aout 2006. janou sicile

Le jour se lève à peine. Les mélodies colorées de Glenn Gould atteignent en douceur mon profond sommeil. Mais c'est l'odeur suave du café frais qui me précipite dans le carré. Même pas 6 heures du matin. Laurent déjà au top a installé le petit déjeuner et fait griller du pain. Le mouillage est merveilleusement calme, sécurisant. La nuit s'éclaircit. La journée démarre dans d'excellentes conditions pour moi. Et  nous avons 165 milles de navigation prévue. Génial. Si on se maintient à 5 noeuds, nous avons 32 heures de nav à prévoir. Autant partir content. Laurent s'y emploie, je baigne dans l'optimisme. C'est l'instant béni d'avant le départ.

Petite note aux futurs plaisanciers de Sardaigne. Tout le long de la côte Est, depuis Bonifacio nous avons expérimenté quelques mouillages, dans le sable, le long de plages quasi-désertes, abris très sauvages, mais ce sont surtout des mouillages de beau temps. Nous n'avons jamais eu à prendre de bouées et aucune taxe locale ne nous a été demandée. Je rappelle que nous sommes en 2006 et que des bruits courts sur les pontons de taxes locales pharamineuses, fausse rumeur pour le moment. Même pas à la Cala Volpé manifestement de très haut standing, ni dans la crique estivale de la cala Frailis, près d'Arbatax. Venez en Sardaigne, vous ne le regretterez pas !
Mais pour l'instant nous on la quitte la Sardaigne et dans l'euphorie. Nous levons notre mouillage à la voile, en douceur. Départ au portant, grand-voile grande ouverte et génois tangonné. Bonne allure. Harmonie totale avec la mer. On se félicite et on se congratule réciproquement d'avoir fait un aussi bon choix de fenêtre météo. Ambiance souriante à bord. Pfschouit, Pfshouit... wouaou ! La mer inlassable et gourmande lèche la coque. Je suis bercée et je finis ma nuit en rêvassant vers le soleil qui se lève dans de belles couleurs orangées. Prochaine nuit en mer. Pourvu qu'elle soit aussi douce. 
A 10 heures le vent nous abandonne. Le génois se dégonfle au gré de la houle qui le ballote d'un bord à l'autre. Vitesse plan-plan, moins de trois noeuds. Abandon de la voilure d'avant, moteur. 
Fin d'après-midi, le vent se permet des familiarités. Des poussées insistantes sur l'arrière-train. OK, d'accord, on se retoile. Notre allure serait géniale, au grand largue. Hélas, la houle qui sévit à l'ouest nous arrive maintenant par le travers. Les creux d'un coup deviennent sérieux. Laurent a pris la barre. S'il n'y veille pas, le navire part au lof, les embardées nous couchent. Des accélérations à plus de 9 noeuds. Serait-on pas un peu trop toilé ? Lune de Miel est complètement asservi par la houle et se couche à ses pieds. Au sec...ours ! Une embardée un peu sèche me glisse au fond du cockpit. La traitresse. Impossible de me retenir. Ça me fait tout drôle. Coup d'oeil inquiet vers Laurent 
- Pourquoi aller si vite ? C'est pas la peine ! La houle est trop profonde pour que notre vitesse nous permette de "voler" dessus. On va se blesser. En plus, il fera encore nuit quand on va arriver si ça continue comme ça. On réduit ? 
- Oui, bien sûr !
La manoeuvre n'est pas facile dans cette mer bordélique. Pas question de se mettre face au vent. Laurent rampe au pied du mas. Il se cale le mieux possible entre les haubans. Je choque la grand voile, je me décape un peu pour lui permettre de descendre la GV en tirant sur les bosses de ris. Je surveille la mer, prête à réagir, au cas où elle nous ferait des siennes. Pas à l'aise du tout cette manoeuvre. Ça dure une éternité alors autant prendre 3 ris si déjà on y est ! ça calme tout de suite l'équipage. La houle est de plus en plus creuse. Malgré notre petite voilure on fonce toujours à 6/ 7 noeuds. Comment trouver à la fois, l'ombre des voiles ou du bimini, et une assise sûre ? Crampes diverses et variées... Tu parles d'une croisière !
Les ombres du crépuscule se teintent de rose-orangé. Lorsque la lune se lève, elle éteint les premières étoiles. Elle nous offre son trois-quarts le plus esthétique, son large sourire. C'est magnifique mais sa lumière blanche alourdit les ombres. Les vagues arrivent toujours de travers, plus haut que le franc-bord. De grosses masses noires qui se glissent sous la coque, au dernier moment... Seigneur, que c'est impressionnant. Le navire se déporte un peu, mais il tient bien la route désormais. Nous sommes ficelés dans nos polaires et nos cirés. 
- Je crois qu'on devrait s'attacher pour la nuit, ce serait plus ...
Vous n'allez pas le croire, c'est Laurent qui propose ça, l'air un peu pincé. Y aurait-il un vrai danger qui m'échappe ? M'aurait-il caché une météo moins optimiste qu'avouée ? Bon, je réfute illico cette idée contraire à notre mode de fonctionnement. L'essentiel c'est d'assumer ensemble. Hardis petits ! car petits on est vraiment dans cette mer dévastée. Je bénis la profondeur du cockpit remarquablement protecteur. Y'a toujours des vagues plus culottées qui frappent très fort, mais elles n'entrent pas. C'est juste pour nous faire peur. Alors justement, ne le répétez pas trop, mais cette nuit qui s'annonce dans la violence, me flanque une trouille épouvantable. Y'a que vous qui le saurez. Je ne voudrais pas affoler Laurent. 
On ne rencontre quasiment personne; deux ou trois cargos, qui nous croisent de très loin et ne posent pas question. Pas un seul pêcheur, ce qui nous étonne vraiment. Nous nous sentons bien seuls. Rarement une nuit m'a parut aussi longue. Impossible de dormir. J'ai même pas envie de chanter. Dommage pour la nuit, elle est si belle ! Mais je ne m'habitue vraiment pas à cette danse macabre de la mer. Brider son impatience. Se mettre en position de repli. Serrer les fesses à défaut de serrer les freins. Les noeuds défilent très vite, c'est la nuit qui n'en finit pas.
Cinq heures et demi du matin, prémices de lueurs. Guettons le jour. Enfin ! Il se lève laborieusement. Nos conditions de navigation ne s'arrangent guère. Il arrive que nous traversions des zones plus calmes, une houle plus longue, plus ondulante, un peu comme en atlantique. Une portion d'heure de répit et ça recommence les coups de heurtoirs et le passage en force. 
Un premier sommet apparaît, qui découpe finement l'horizon. On croirait voir apparaître les hauteurs de Pico qui domineraient la brume. Déconcertant. Ce sont les îles Egadi. egali
Début d'après-midi, nous sommes épuisés. La Sicile apparaît comme une galettes archi-plate, les fonds remontent, la houle s'adoucit. Ouf, on peut respirer plus librement. Il est grand temps.
Nous avons choisi d'atterrir dans le port de Marsala (quelque chose de bon à boire et d'inconnu. Évocation qui nous réjouit. On fait ce qu'on peut pour garder le moral).  Il est 14h 15. On a parcouru 160 milles dont 6 heures au moteur. La dépression annoncée entre le Var et la mer Thyrénée fait toujours la pagaille dans notre zone. Nous nous sentons vaseux et déprimés. Deux jours à terre nous feront peut-être du bien.

Mardi 08/08/06
Marsala ne vaut pas le détour. La ville n'a de sympa que le nom. L'ambiance au port n'est pas souriante. Et c'est cher (41 euros la nuit pour nos 12m.) Il vaut mieux filer direct sur Mazara del Vallo. (Une dizaine de milles en plus vers le sud, si les conditions sont bonnes ça vaut le coup- c'est parti !). Nettement meilleur ici. Les marineros sont gracieux, disponibles et blagueurs. Le port est à 25 euros la nuit pour nos 12m. Souvenez-vous qu'en Italie, il faut choisir les ports de la Ligue Italienne. Ce sont des petits ports de plaisance financés par l'état. Ambiance associative. Equipe très professionnelle cependant. On adore. Une rivière entre dans la ville. C'est le monde de la pêche. Les chalutiers sont rangés très serrés, comme encastrés les uns contre les autres. Il semble qu'ils ne soient pas prêts à ressortir. Aucune activité. Beaucoup d'hommes sont à terre, ils sont par petits groupes, ils papotent... Personne ne monte à bord. Décontraction totale. C'est pourtant pas dimanche. Partout des panneaux signalent les dangers du Marrubio, une espèce de montée violente des eaux le long des quais. L'équivalent de notre mascaret, j'imagine. Il n'est pas recommandé d' accoster sur les quais de la rivière...marrubio

Le premier jour la dépression se précise, il pleut des cordes. Génial. On va rester là deux jours; Que du bon en perspective. Le ventre chaud de Lune de Miel, la douceur de la couette. Le bonheur de se dire qu'on n'est pas en mer.On se calfeutre à l'abri de la tourmente. Entre deux averses, on crapahute en ville. Le centre historique est magnifique. Les paroissiens de la cité fête Saint Vito le Patron de la Cathédrale. Une semaine festive. Dans les églises, de riches costumes sont exposés sur des cintres. Des robes longues satinées, joyeuses ; des diadèmes et des parures en toc ; fort brillant tout ça ; Des vraies tenues de théâtre. Les familles viennent là choisir leurs tenues pour les processions du soir. Cet espèce de marché aux parures est très étonnant à l'intérieur des églises. Les gens discutent, échangent des tickets, des vêtements. Les saints figés dans leurs postures sont bien les seuls à se recueillir. Chaque chose a son heure, dans les églises aussi ! C'est une grande fête qui se prépare et les pêcheurs jusqu'au 15 août sont en vacances... On se disait bien aussi que c'était pas normal cette mer désertique.

chalutiers

Vendredi, 11 aout 2006
Nouvelle navigation d'une trentaine de milles. Toujours au portant. On retrouve des conditions de croisière. La mer nous offre une trève de houle, et le vent est toujours là. L'idéal quoi ! On longe des kilomètres de plages. Au delà des villes, Des sommets arrondis se dessinent. Donc la Sicile n'est pas une galette. Le petit port qu'il ne faut rater sous aucun prétexte s'appelle Sciacca. Comme abri ça laisse à désirer. Orienté nord ouest, la houle entre à fond dans la baie; On se croirait au mouillage. Mais nous sommes solidement amarrés, en sécurité. C'est l'essentiel. Et puis, nous sommes aimantés par la ville. Le port, essentiellement de pêche, est au pied de la vieille cité construite sur une butte fort sympathique. Pour grimper dans le centre historique on prend par hasard un escalier qui démarre à travers une végétation sauvage très prometteuse. Plus on monte, plus l'escalier s'élargit, plus il est en ruine. C'est vraiment magnifique. Il passe à travers des murs délabrés envahis de jardins à l'abandon. Lauriers roses, bananiers, bougainvillers, tout ça enchevêtrés, plein de recoins obscurs, protecteurs... C'est tellement rassurant la nature qui reprend ses droits sur la pierre ou le béton. Une plate-forme ou l'autre nous permet une vue panoramique sur le port et la mer. 

sciacca
La rumeur citadine s'amplifie. Nous voici au sommet, au coeur d'une ville ancienne écrasée par les constructions modernes. Entre les murs de béton et les murailles de verre fumé, se cachent des murs antiques, pierres taillées qui s'effritent. Partout où nous posons pied, nous avons le sentiment que la Sicile est construite sur des ruines. On devine le faste d'un peuple qui a perdu de sa puissance. Chaque détour de mur cache une autre ville. On construit ici un affreux immeuble moderne entre deux murs de pierre finement décorés. Aucun souci d'harmonie. Pour nous, habitués dans les vieux quartiers de France à voir du vieux rhéabilité par le neuf, le coup d'oeil est dérangeant à priori. Pourtant, si c'était ça l'authenticité. Les nouvelles constructions en fibres modernes ont l'aspect d'aujourd'hui et voisinent les murs vieillissant qui font leur bel âge. Comme les vieilles gens, ils gardent leur place, restent comme témoignage. Moi, j'aime bien ça !

Samedi 12 aout 2006
Départ encore une fois aux aurores pour aligner une cinquantaine de milles vers le Sud. Direction Licata, si possible; un arrêt est possible à proximité de Agrigente. Les fanas d'archéologie trouveraient dans cette province de quoi fouiller et découvrir. Les artistes scribouillards pourrraient visiter la maison natale de Pirandello. Le port recommandé aux portes de la ville s'appellent San Leone. Mais nous le croisons vers 13 heures, trop tôt pour s'arrêter. Cap Licata, donc. La mer est très plate, et le moteur ronronne en permanence. On a levé la grand-voile pour exploiter le moindre courant d'air... Mais c'est une vue de l'esprit. On se maintient à 4 noeuds et demi. Pas terrible mais la mer est magnifique. Depuis le Cap Bianco, elle a pris des tons turquoises. Une nappe de brume découpe le relief. Rocailles pelées qui protègent de vastes plages de sable clair. Désert absolu. Vision de rêve.
La mer s'éclaircit de plus en plus, elle était turquoise, elle devient bleu ciel. Etonnant. D'un coup, la côte disparaît, nous naviguons dans une vraie purée de pois. La mer devient blanche. Ho, on dirait du lait ! Radar, radar, ne vois-tu rien venir ?
Y'a pas de porte pour entrer dans le brouillard. Nous en sortons aussi soudainement que nous y sommmes entrés cinq milles plus tard. 
Nous avons parcouru 48 milles (une heure de voile à tout casser). Licata est un immense port. On mouille cul à quai, ancre posée à l'avant. Nous sommes un peu sonnés par nos 12 heures de moteur... A priori, c'est une ville dans la tradition des villes du sud que nous fréquentons depuis quelques jours. Ruines, rues étroites et encombrées sans trottoir. Venelles tortueuses, surprise d'un escalier de mosaïques colorées au milieu des herbes folles. 
Petite ville intime et bordélique. Plutôt sympa. Y trouverons-nous de quoi envoyer ce message ?
 


Malte

 Estival / 4 Malte Lundi 14 aout 2006.

Nous quittons Licata toute endormie à 6 heures du matin. La nuit s'estompe pour faire place à une lumière voilée. Emerveillement fugitif. Il s'agit de prendre le cap, faut pas mollir, car le vent ne nous aidera guère. Moteur, moteur, moteur ... même si des courants d'air miteux nous permettent de maintenir une vitesse régulière à 5,5 noeuds sans rouler des mécaniques que l'on maintient à 1600/1800 tours. Largement suffisant pour nous assourdir les oreilles au bout de quelques heures. Si vous faites cette route de nuit, vous ne risquez pas de vous endormir. Le trafic est énorme. Nous croisons des tas de ferrys, cargos et autres navires qui font route d'Ouest en Est. Ça trompe la monotonie du moteur qui n'est vraiment pas distrayante. Nous ne pouvons pas non plus compter sur les prises de Laurent qui a replongé ses lignes dès le départ. Niet poisson.
Vers 18 heures nous longeons les premières îles de Malte qui se confondent depuis la mer, Gozo et Comino. Une salve de tirs nous accueille sous les falaises de Gozo. Surprise ! ça nous paraît bien de l'honneur mais pourquoi pas ? À y regarder de plus près, on a l'impression que des feux explosent dans le ciel. Un feu d'artifice à 5 heures du soir, en plein jour... Ils sont fous ces Maltais.
Laurent a décidé de mouiller sur la côte nord de Malte dans le canal entre les îles. Nous longeons des reliefs archi secs, caillouteux, désertiques, bordées d'immenses falaises. Mais plus nous approchons de la côte, plus nous sommes estomaqués. 
Approchez-vous de l'anse pour y mouiller. Êtes-vous certains d'avoir envie de vous y abriter? 

comino
C'est une zone de cabanons sordides, branlants et miteux envahis d'un peuple qui se marche les uns sur les autres. InouÏ. Changer de mouillage ? Trouver plus exotique ? Jetez un coup d'oeil circulaire, c'est partout la même côte. A l'arrière des terres, des chapelles, des cathédrales aux dômes colorés et immenses écrasent les immeubles populeux. Pas idéale comme vision mais on est saturé de nav au moteur. ok, restons-là ce soir. Il fera nuit dans deux heures, le mouillage est calme... Si les résidents de la zone s'agitent en soirée, nous avons des boules quies...
Lorsque la nuit tombe, de nouvelles salves jaillissent sur les sommets. Pas de doute, ce sont des feux d'artifice. A terre une multitude de braseros s'allument, ça crépitent aussi au sol. Des odeurs de grillades nous tombent dessus avec la brise de terre... Ouha, que ça sent bon ! Si c'est comme ça, nous aussi on va cuisiner à bord. Nous avons acheté un rôti avant de quitter Licata, des légumes frais... Des grosses aubergines rondes et violacées très tendres, des longues courgettes toutes maigres en forme de crosse au bout. Mitonnade de légumes frais en pespective !
Les familles qui festoient devant leur cabanon sont d'une discrétion remarquable. Pas un cri, pas une radio... Si ce n'était l'aspect délabré de la terre, ce serait un mouillage de rêve. Que nous réserve Malte ?

Samedi 19 août 2006
Côte ouest et côte nord. Les anses sont peu éloignées les unes des autres. Ce sont quelquefois de vastes baies, bordées d'immeubles dont on ne saurait dire s'ils sont en construction ou en démolition tellement les murs sont délabrés. Rien de fini, ça pousse n'importe comment, pas l'ombre d'une verdure, pas un arbre, rien que de la pierre en ruine et du béton qui s'effrite. Un peu à l'écart, quelques hôtels plus ou moins colorés, paraissent bien luxueux dans ces ensembles qui bouffent tout le littoral. Les plages sont bondées, bruyantes, tout s'y mélange... baigneurs hasardeux, plongeurs en tuba, scooter de mers, canots de pêche, hors-bords qui tirent des skieurs, des ballons qui planent, barcasses touristiques pleines à sombrer... Le problème c'est que les baies sont immenses mais rocheuses avec des parois à pic, les plages sont au fond et minuscules, vraiment saturées.


Dès 5 heures du soir, les plages se vident en une heure et là l'ambiance devient très sympa. Quand un bar à karaoké ou un dancing ne se met pas à hurler jusqu'à l'aurore. Les bars alternent les festivités, un soir karaoké dancing, un soir bingo... Le bingo est ici le sport intellectuel le plus prisé. Chaque soir, où qu'on soit si c'est à proximité d'une agglomération, on s'endort avec la litanie des chiffres annoncée en anglais... Pas pire que de compter des moutons ... L'une de ces anses très isolée de toute urbanisation est toutefois fort sympa. Paradise Bay. Hôtel de grand luxe à gauche avec l'embarquement des navettes pour les îles voisines. Falaise inaccessible au fond, et toute petite plage familiale à droite. Deux jours de plénitude totale, seuls dans le mouillage dès la fin de l'après-midi.
Les autres mouillages peuvent être très agréables à condition de se tenir loin des plages, des villages qui les bordent et des embarcations sur corps morts qui envahissent les fonds. C'est toute une science mais on capte vite, c'est une question de survie. 
valetta

Lorsqu'on approche de la capitale Valletta nos yeux se sont habitués à la vision déprimante des zup qui s'étalent à perte de vue. On hésite quand même à s'y arrêter. Mais on a grande envie de visiter. Quelle approche. La mer entre en méandres dans la terre, comme des lacs qui se seraient infiltrés dans la ville. On zone pendant deux heures d'une poche d'eau à l'autre en espérant y trouver un mouillage. Il y quantité de ports, de chantiers, d'ateliers, de corps morts...

Mouiller par là paraît bien hasardeux. Finalement, on trouve une place dans le lazaret de l'île Manoel. Au port, tout au bout du quai, loin de la ville sauf qu'elle sévit sur l'autre rive, la rumeur est acceptable.
Nous avons appris depuis, que les feux d'artifices sont une tradition "chrétienne". Une fois l'an, chaque paroisse fête son saint en grandes pompes. Vu la multitude de paroisses, de chapelles, d'églises et basiliques qui ont germé sur l'île, ça tire les feux de tous les côtés et tous les jours. Des feux qui ponctuent les différents moments liturgiques. Et ça commence aux matines... Ces explosions permanentes et régulières rappellent avec un réalise saisissant l'ambiance guerrière des temps anciens. Ici tout est imprégné de l'ancien temps. Des temps très reculés d'avant JC, du début du christianisme et des temps plus proches qui parlent fort de pèlerinages et de Princes chevaliers. 
Diantre, nous sommes à Malte !

Nous sommes restés trois jours à Valletta le temps de flâner dans la ville historique vraiment formidable. Le temps de louer une voiture pour découvrir l'intérieur des terres. C'est tout aussi délabré que la côte, peu de végétation, quelques terres qui tentent d'arracher des légumes rachitiques à la roche. Des routes défoncées que nous appellerions des chemins vicinaux. Nous sommes allés débusquer le plus haut village de l'île, (environ 230 mètres), rigolez pas, vu l'état des routes il fallait bien du courage.
Le tourisme intérieur est magnifique. Les villages ont des allures médiévales. Ils se protègent derrière de magnifiques remparts, et les églises et les chapelles se disputent l'histoire avec les ruines antiques. La vie quotidienne n'est pas coûteuse. On fait ses courses dans des petites boutiques. Les légumes sont vendus sur le bord des routes, des camionnettes qui se déplacent. Sorte de marchands ambulants. Il n'y a pas de grosses unités de pêche comme en Sicile. Juste des petites barcasses sur corps morts qui encombrent le moindre mouillage.
Si on veut manger du poisson ici, c'est de l'animal domestique. Les fermes sont installées le long de la côte un peu partout. Le moral de Laurent remonte illico, il ne s'étonne plus de ne rien trouver au bout de ses lignes pas même une petite poiscaille malodorante.
Mais pour les plasancieurs,  la vraie merveille de Malte ce sont les deux petites îles qui lui font face, Comino et Gozo. comino 2

Des petites criques peu fréquentées car bordées de hautes falaises. Quelques embarcations viennent mouiller là pour la journée, des promène- touristes aussi. Mais leur qualité à Malte, c'est d'arrêter de bosser à 16h30. Ils n'envahissent pas longtemps les calanques. A 17 h, les mouillages se vident et le soir nous restons deux ou trois bateaux pour garder le site. Il nous est arrivé d'être seuls avec juste les grondements des feux d'artifice qui pètent toujours quelque part.
Si vous rêvez de longues plages de sables bordées de cocotiers, c'est pas du tout par ici. 
Mais si vous rêvez de mouillages déserts, isolés, planqués derrières des falaises, aux portes de grottes étranges, alors c'est vraiment un endroit pour vous. Lorsque vous voulez revenir à la civilisation, l'encombrement de la ville, vous replonger dans votre passé historique, vous trouverez à Malte de quoi vous délecter. 

Il y a à Comino un site fantastique, Blue Lagon. On mouille à l'entrée de grottes mystérieuses. Moi, j'aime pas les trous sans fond.
Mais Laurent est un mec, donc curieux et aventureux... comme vous devez vous en douter.
- Allez, viens avec moi, on entre à la rame, ça craint pas. Que veux-tu qui arrive ?
- Je sais pas moi, une vague déferlante qui nous brise à l'entrée de la grotte, une brutale montée des eaux qui nous étouffe à l'intérieur..
- Pourquoi pas un monstre marin qui surgit tant que tu y es...
- C'est bon, je viens ramer avec toi, mais on reste à l'entrée, d'accord.
- D'accord !
Tu parles ! La lumière joue à travers la roche. Des reflets turquoises et dorés dansent sous les roches. Et tout au fond de cette chambre marine, une lumière... Donc on y va... J'aimerais mieux pas, mais bon, la curiosité, ça c'est moi aussi... Merveille des merveilles, on longe un couloir qui s'arrondit. Il y fait très sombre mais la lumière est au bout, nos rames grignotent les lignes qui dansent devant nous. Nous admirons les failles au dessus de nos têtes, les éclats mauves et carmins de la roche, et la lumière toujours qui nous guide sous une large voute de l'autre côté du mouillage en plein jour. Allez y dès que possible, c'est extraordinaires et c'est à Comino. Le soir vous serez tous seuls pour veiller sur votre ancre. 
Mais c'est à Gozo que je m'installerais et nulle part ailleurs. 
Il y a sur cette île un endroit caché derrière un énorme rocher, joli rempart contre la mer, qui cache une anse magnifique.

djewdra
Un véritable amphithéâtre. Dwjedra Bay. Le soir nous étions deux voiliers dans cette immense marmite. Lorsque la nuit est tombée, assis sur la plate forme, à l'arrière de Lune de Miel, nous sommes restés Laurent et moi, seuls sous les étoiles. C'est ce qu'on croyait. Dans notre abri, la nuit était dense. Soudain des sons étranges ont circulé entre les failles des falaises. Des cris, des chants, des plaintes ?
- C'est quoi à ton avis ?
- Des chats peut-être, on dirait des cris de matous
- Et comment des chats survivraient-ils perdus au milieu de l'eau et coincés dans ces failles ?
- T'as raison, c'est trop violent, trop rauque.Écoute, Il y a d'autres cris, comme des vagissements de bébés... C'est peut-être une nurserie de sorcières. D'ailleurs on les entend voler sur leur balai.
- Mais non c'est pas des sorcières. Cherche pas. Ce sont des chats qui huent. 
- ?
La stéréo était parfaite et nos oreilles suivaient chaque déplacement. Les cris aigus appelaient les cris rauques. Les appels angoissants répondaient à des chants torturés. Ça fusait d'une paroi à l'autre, ça s'interpellait et même des fois on aurait dit que ça s'énervait. Et ça recommençait à geindre. Un espace bien étrangement habité. 
C'est la nuit des chats qui huent sur leur balai. Et c'est à Malte.

Mardi 22/08/03.
Ce soir nous nous abritons à Meliha bay car le vent de nord ouest sévit à nouveau et nous amène une houle pénible à Gozo. Demain, retour vers la Sicile, une soixantaine de milles, au moteur vraisemblablement. 
Ensuite nous remonterons par la côte Est.
J'aimerais tant voir syracu..U..u..se...!
C'est de là bas que je souhaite expédier ce message.
Reparlons-en dans quelques jours. En attendant. Salut à vous tous, à vous toutes et à chacun pour soi.
Janou B


Syracuse


J'ai quelque chose de fantastique à vous dire.
Ceux qui me connaissent bien pourront mesurer l'importance incroyable de cette nouvelle. Replongez vous dans l'ambiance. Des mouillages magnifiques protégés derrière des abris rocheux. La sérénité totale, des eaux translucides, couleur lagon... lisses comme des piscines... Me voyez vous venir. Si, si si, Hé ben si, je l'ai fait. Je me suis souvent promis que je tenterais tout pour me lâcher dans la flotte. Je crois vous avoir raconté les multiples tentatives à partir de l'échelle de bain pour hésiter, frissonner et entretenir ma panique pendant de longues minutes pour finalement craquer, me tremper l'arrondi des fesses et remonter vite fait me doucher... Non décidément ce n'est jamais le jour et mon maillot de bain depuis 10 ans n'a pas eu beaucoup d'usage. J'avais simplement depuis les Antilles abandonné tout espoir de nager un jour dans l'eau de mer depuis le bateau. Les occasions étant idéales aux Caraïbes, le temps était passé. 

Un matin je me suis réveillée ici avec la certitude que j'étais prête.
- T'en dis quoi Laurent, si je me jette dans l'eau, aujourd'hui ? Tu restes à côté au cas où ça se passerait mal ?
Vous auriez vu la tête de Laurent. A la fois réjoui, dubitatif et consterné. Et je le comprends car si je panique, il est sûr d'être noyé avant moi. 
Donc il se gratte d'abord les cheveux, avec l'air de quelqu'un qui se demande s'il doit me prendre au sérieux.
- Si j't'assure, je me sens bien aujourd'hui, faut que je tente quelque chose.
- D'accord mais tu prends un gilet de sauvetage.
- Pas question, tu sais bien que je déteste ça. Cet engin me retourne systématiquement sur le dos, et je ne supporte pas ça. 
- Bon alors la bouée fer à cheval.
- Top là pour la bouée...
Me voilà toute impatiente d'un coup.
ja nageOh là là comme c'était bon. appuyée sur la bouée, je me suis laissée dériver en barbotant comme Dorine dans sa piscine de bébé. J'ai fait quelques brasses pour revenir vers le bateau. Un peu prisonière de ma bouée tout de même... Mais je me suis sentie merveilleusement bien dans l'eau pour la première fois de ma vie.
ET POUR LA PREMIERE FOIS DE TOUTE NOTRE DÉJÀ  LONGUE VIE, Laurent et moi nous avons fait ensemble le tour du bateau, sans pause en plus... 
La deuxième étape est plus laborieuse. Laurent à proxité garde la bouée contre lui. Et je me lâche de l'échelle (sans hurler, si si c'est vrai !), je rejoins Laurent, et je reviens à l'échelle. Bon d'accord, ma brasse et laborieuse et chaotique, mais je me suis dépatouillée toute seule et sans bouée, SANS UN CRI, sans une larme.... Rien que de le raconter, j'en transpire encore. Mais ce qui est inespéré, c'est que j'ai envie de recommencer... 
C'est pas beau ça comme nouvelle...
Revenons à nos navigations, c'est ça le plus important pour vous, je le sais bien. 

Cap sur la Sicile, une soixantaine de milles au moteur, 12 heures, c'est pas l'idéal mais c'est comme ça. C'était le vent prévu 5 à 10 noeuds mais pas dans le sens prévu par la météo; il ne nous aidait guère. Première nuit dans un mouillage sympa derrière le cap Pasaro. 
Et enfin, cap sur Syracuse.
La baie est immense, à vue de nez (?) plus de 3 km de profondeur. On mouille à moins de 5 mètres de fonds, l'eau est d'un vert tendre, c'est sûrement du sable. Je lâche 25 mètres de chaîne, un si bel ocre, ça m'inspire de la sécurité et un peu de décontraction, c'est tout nouveau.  Génial le mouilage. Nous sommes trois bateaux à large distance les uns des autres. Pas d'évitage à craindre ici. A droite un modeste chantier naval, à gauche des marais, au fond une base militaire barrée par toute une armada de flotteurs sur chaine. Zone interdite. Nous n'avons jamais eu l'esprit plus tranquille que ça dans un mouillage inconnu. 

mouillage syr

Vendredi 25 aout 2006
La météo annonce plusieurs journées estivales, brises côtières. Nous avons passé une nuit idéale dans un mouillage d'un calme remarquable, avec les lueurs de la nuit qui tombe sur la ville. Formidable. Syracuse tient ses promesses. On se lève le coeur en fête. Nous sommes au top pour une longue flânerie en ville. Notre errance nous promène dans les sites archéologiques. Entre les colonnes des temples, on écoute les cris des taureaux sacrifiés, on frémit pour les gladiateurs qui s'entretuent dans le théâtre... Archimède sort de sa tombe pour nous expliquer une machine infernale. Artémis ne sait plus si elle est Diane, ni qui est son père. Apollon règne en patron sur la ville. Une brise sympathique à l'abri des arbres centenaires, de bon augure pour les prochaines navigations. Journée extraordinaire ! On en a plein les yeux et plein les tongs... Vivement la fraîcheur du mouillage car décidément la brise paraît bien soutenue...
Au débouché du quai, ma casquette s'envole, le vent nous coupe le souffle. Vision grand angle de la baie dévastée par la houle. Des creux d'au moins un mètre déferlent à travers tout le mouillage et ça souffle méchamment. 
- Laurent, tu vois Lune de Miel ?
- Non, pas pour le moment. C'est bizarrre, tu vois aussi 3 voiliers sur l'autre bord de la baie, vers les marais ? 
- ????
- On n'était pas si loin tout de même...
On scrute, On se décale, on force nos yeux à voir... Bien obligés de se rendre à l'évidence avec un coincement épouvantable à l'estomac. 
Lune de Miel, s'est fait la belle. Quel choc !
D'un coup une hallucination. Tout au fond de la baie, au delà des flotteurs militaires un voilier blanc, minuscule de si loin, al'air de se dandiner...
- C'est lui là-bas tu crois...
- Merde, il a été projeté contre la digue des militaires...
D'un coup la vie s'accélère. On ne réfléchit pas longtemps. Récupération de l'annexe, bien piteuse elle aussi d'avoir été malmenée contre le quai. 
Je décide de partir à pieds pour pas alourdir le canot et aller sonner à la porte des militaires et solliciter leur aide. On est sur leur territoire après tout. Et ils doivent être bien équipés. Surtout qui je monte à bord de l'annexe avec Laurent, telle qu'elle est chahutée, balancée contre le quai, on est certain de chavirer tous les deux aussi sec... si j'ose dire !
Une fois assurée que Laurent est en sécurité dans l'annexe, je cours vers le bout du quai. Hélas, c'est un cul de sac au niveau du chantier et ça ne communique pas avec le fond. Il me faut faire un grand détour avant de tomber sur des humains de l'autre côté du chantier. Du coup je me suis rapprochée de la zone militaire et j'ai une meilleure appréciation de la situation pour Lune de Miel. La vision  est rassurante. D'une part, Lune de Miel a été arrêté dans sa dérive juste derrière les bouées, (donc il n'est pas entrain de se fracasser contre le mur) d'autre part, il se dandine sur la houle, donc il flotte.  Les pêcheurs, les ouvriers des ateliers voisins, y'a un monde fou qui disserte lorsque je me pointe. Ils me regardent avec des sourires goguenards... Pas un ne parle français. Le chef du chantier naval vient vers moi. Il propose de téléphoner aux gardes-côte qui rappliquent une heure après en voiture. Pendant ce temps là, je ne quitte pas Laurent qui patine et se débat contre la houle pour arriver au voilier. 
Ouf, je le vois enfin sur le pont de Lune de Miel. Il plie d'abord le taud qui vole dans tous les sens et ça fait vraiment pas sérieux; ensuite il décide d'aller mettre une amarre sur le quai des militaires, histoire de s'assurer que le voilier n'ira pas plus loin. Il est désespérément tout seul contre les éléments. Je ne peux pas le rejoindre car il n'y a pas d'accès possible au milieu de ce petit bassin réservé. 
Plus d'une heure est passée. Les militaires sont venus parlementer avec Laurent qui piétinne et patine sur la mousse humide de la zone interdite. Les garde-côte enfin se pointent et me font comprendre qu'ils ne peuvent rien faire mais ils observent et commentent par radio... Une espèce de jeep "polizai" se pointe. Deux hommes à bord en civil. On s'explique en italien.. (?). Je comprends que l'un d'eux me dit.
- Il faut utiliser deux grosses unités pour tirer le voilier de là. Et pour nous ce n'est pas possible. 
S'il me propose autre chose, je n'ai rien compris. Ah si, le chef garde-côte en partant qui me dit, "si vous avez un problème appelez-moi" et il me laisse sa carte de visite. Un gros monsieur en costume qui parle anglais m'explique qu'il est "brooker maritime". Il a ce qu'il faut pour nous tirer de là, pour un bon prix (bon pour qui ? je ne maîtrise pas assez l'anglais pour le savoir), appelez moi demain matin. Il me laisse sa carte de visite.
echoueLa nuit tombe. Laurent a stabilisé le navire. Il est venu nous rejoindre. Il est trempé, nerveux, malheureux.
Il ne reste sur le quai que nous et des pêcheurs facétieux qui ont l'air de trouver ça comique et plus passionnant que la pêche. On nous présente Erwan, un Français qui bricole sur son bateau dans le chantier. On boit un thé avec lui. Il nous offre des gâteaux bretons. Quel réconfort. Il nous présente Massimo. Un brave gars d'ici... qui ne parle que l'italien! Le vent tombe d'un coup, la mer s'applatit. Il fait nuit mais Massimo retourne à bord spontanément avec Laurent pour essayer de "voir" en plongeant. On suppose que la quille s'est prise dans la chaîne des flotteurs militaires, car Lune de miel danse toujours sur place. Au toucher rien ne coince notre navire. Les deux hommes viennent me chercher. Jusqu'à 10 heures du soir, nous avons fait un millier de tentatives pour faire bouger le bateau, on n'y comprend rien. Il est envasé d'au moins 40 cm ça c'est sur mais rien ne le coince. L'amarre qui doit faire gîter le voilier sur une énorme bouée à moitié coulée, est à 300 mètres mais on est en bout de course de la drisse. On essaie en portant une amarre latérale d'accentuer l'effet de bascule. Toutes voiles déployées sous un pet de vent... Moteur à plein régime. Massimo a mobilisé un vieux pote à lui pour nous aider. Mais on ne progresse guère. Avec le guindeau on tire comme des malades sur les amarres qui se tendent au seuil d'éclatement... Si ça nous pète à la tête, on va se retrouver décapité, défiguré, lobotomisé... 
Massimo et son ami paraissent optimistes, on comprend que l'un évalue en 4 heures notre progression vers la sortie de 5 mètres... Laurent et moi on ne rigole pas, on penche hélas plutôt vers 5 cm... ou 5 mm. Deux heures du matin, l'heure est à la déprime. Le navire ne se sauvera pas. Demain, on peut envisager d'installer en haut du mat un cordage assez long en le montant sur une poulie. On attendra que la marée monte (dans la nuit on a perdu 20 cm d'eau...) Peut-être aussi que le vent nous aidera... Et puis demain, il fera jour! Finish nous annonchent les deux italiens épuisés. Je passe une nuit épouvantable sur la couchette du carré, je suis incapable d'aller m'allonger dans la cabine. Laurent plus fataliste dort comme un loir à l'arrière. 
Réveil aux aurores. Nos tentatives pour faire gîter le bateau sont toujours aussi nulles. Quel cauchemar, je n'ai jamais vu bête plus obstinée que ce navire qui refuse de bouger. Laurent décide de récupérer son amarre raboutée de plus de 100 mètres pour faire réussir notre tentative de gîte. Le responsable de la base militaire l'appelle depuis sa clôture. Laurent va le rejoindre en annexe. Quelle chance, il compatit en français mais ne peut rien pour nous. 11 heures du matin, la mer monte. Laurent quitte la zone militaire en annexe avec l'amarre qui doit nous sauver. Y'a du boulot en vue... Deux vedettes de la police se pointent à toute allure. Le même mec que la veille dans l'une. Quelques mots en anglais pour nous dire qu'ils prennent les choses en mains. A partir de là, c'est magique, même pas dix minutes. Ils ont les moyens de nous faire gîter. Et de nous faire glisser. 
Il me faudrait 10 pages pour vous raconter les détails de cette épopée. 
Donc ce qu'on sait aujourd'hui c'est que le mouillage est envahi d'herbes tendres (c'est un ancien marais), d'où sa couleur très pâle qui m'a fait penser à du sable, qu'il faut mouiller à plus de 8 mètres de fonds, là où il n'y a plus assez de lumière pour ce gazon maudit. Ce qu'on sait surtout, c'est que pendant notre absence le libeccio s'est levé d'un coup imprévisible comme toujours et qu'il a envoyé des poussées de sud ouest entre 30 et 40 noeuds ce jour là. Les deux autre voiliers ont décroché aussi, mais comme les occupants étaient à bord...
Remarquable : Une fois le sauvetage effectuté, le chef de police a demandé à Laurent de le rejoidre dès notre mouillage posé correctement. Aïe, combien ça va nous coûter et on n'a même pas eu le temps de prévenir l'assurance... C'était un dimanche. 
Laurent part seul pour négocier... Dixit le chef de police : "J'ai besoin des papiers du bateau et des vôtres pour rendre compte de notre action. Vous ne nous devez pas d'argent. On a fait notre boulot. Ecrivez juste aux autorités italiennes (on lui glisse trois adresses à contacter) pour remercier officiellement".
On nous demande juste de la reconnaissance adminisrative. Pas question d'argent. Première fois que nous voyons ça et c'est en Sicile... Une bonne claque aux mauvaises langues qui dénigrent cette belle île et je m'en réjouis. D'ailleurs c'est moi qui ouvre la bouteille pour fêter ça. 

Lundi 28 aout 2006
Tout est rentré dans l'ordre. Le libeccio n'a pas refait des siennes. On sait qu'il se lève avec la brise de terre vers 13 heures donc on reste à bord l'après-midi; ce n'est pas plus mal, car c'est le moment le plus chaud de la journée. Nous sommes remis de nos émotions et pas rancuniers. Syracuse nous enthousiasme. syracuseLa vieille ville est un trésor aligné d'architectures gothiques, baroques... antiques. Les gens sont calmes, sages. On s'y sent en toute sécurité. Encore un endroit où j'aimerais vivre.
Demain on entame notre remontée vers le nord, direction le détroit de Messine. Je dois être à Velaux le 15 septembre. On arrive sans se presser. Si je peux je vous enverrai un nouveau message avant Messine.

 

Messine-îles Éoliennes

 
Éstival 2006 - n° 6 Mardi 29 aout 2006.
 

Bilan de notre échouage:
Nous déplorons la perte d'une amarre neuve et d'une écoute de spi, qui ont coulé quand les policiers italiens nous ont si sauvagement fait gîter par surprise. Nous laissons derrière nous Syracuse, ses soirées gustatives au resto (car on avait besoin de se refaire un moral) et ses envoûtements.
Nous montons vers le nord de la Sicile. Première étape prévue à Cadena envrions 40 milles avant de se poser 25 milles encore au nord à Taormina pour réfléchir à notre passage de Messine.

dauphinsEn quittant Syracuse, dauphins encore dauphins. Quelle merveille de bestiaux !

Bientôt la silhouette grise de l'Etna déchire les nuages. On trouve un club nautique juste sous le volcan. Cadena, pas question de s'y éterniser. C'est sinistre. Le quartier du port est dégueulasse. La ville se délabre franchement. On ne sait pas pourquoi partout (la vieille ville de Syracuse souffre du même mal) les murs se couvrent de larges auréoles noires comme une maladie de peau incurable qui mangerait le derme. Bien dommage car ce qui résiste des monuments anciens est aussi de très belle architecture. Bien déprimant tout ça. Ici aucun effort de réhabilitation n'est tenté. On zone entre ruine et délabrement. C'est aussi la première ville de Sicile où nous rencontrons des immigrés noirs ou pakistanais pour la plupart... 
On est dans les quartiers nords de la Sicile, ça se confirme. 
Un jour plus tard, 25 milles plus tard, Taormina ! Une vaste baie, une belle zone estivale avec toujours l'Etna qui domine de sa sombre silhouette. Les roches de lave qui bordent le mouillage ont de drôles d'allures. Ici commence une végétation luxuriante. Tout autre chose et bien plus plaisant.

Notre première idée est de passer le mythique détroit de Messine et s'arrêter juste après pour reprendre nos esprits. Nous avons passé de longs moments de navigation à interpréter les marées, à faire des graphiques, à calculer le "meilleur moment". Mais c'est très flou tout ça pour nous. 
En gros, notre route sud/nord est la moins favorable. Et c'est vrai. Quel que soit le moment, nous avons presque toujours un courant contraire. Heureusement ce jour, il est modéré mais nous fait perdre jusqu'à trois noeuds. Heureusement que le vent nous porte. Avant Messine, c'est assez génial car le vent n'a pas encore tourné, la mer est plate et on avance à 6/7 noeuds au bon plein. Le passage en S se devine et je nous vois le passer comme une lettre à la poste. Laurent qui a renoncé à ses lignes de pêche chantonne dans sa barbe "allons à Messi.. neuh...  pêcher la sardi.. neuh.. ."
Le vrai danger est au niveau de Messine, une procession de navettes, cargos, tankers... Italie/Sicile qui traversent en permanence et dans les deux sens le redoutable détroit. 
Juste après Messine, le vent tourne et on doit passer en tirant des bords. On n'en finit plus de se rapprocher de cette porte étroite. Le goulet, Thyrénée/Ionienne, fait à peine un mille de large. C'est assez étonnant. On avance petitement, vitesse spido 8 noeuds, vitesse réelle 5 noeuds, moteur à 1500 tours.. On a trois heures de marée avantageuse. Il faut absolument passer pendant ce moment.
Il est 15 heures quand enfin on est de l'autre côté du miroir.
Le stromboli apparaît comme un gros gâteau au chocolat sorti encore fumant du four. Les îles éoliennes nous font de bonnes promesses, surtout que le vent redevient favorable et qu'on devrait vite échapper au courant qui nous contrarie de ce côté là. Basta pour Vulcano moins connu donc plus calme à priori... Les îles éoliennes pour nous sont peu fréquentées mais les Italiens, ils adorent. Le tourisme local y est déchaîné. 
Le mouillage de Vulcano est magnifique au pied du volcan. Mais les navettes font la queue pour s'y amarrer et on est secoué comme des pruniers par tous ces va-et-vient. L'une d'elles nous épate. Elle est posée sur ses pattes comme une énorme araignée d'eau ... Elle glisse à une vitesse folle. Quand elle ralentit, les pattes s'enfoncent dans l'eau et le bateau avance normalement. Moins rigolo, les émanations de souffre. C'est insoutenable.
Samedi 2 septembre 2006
Laurent a pêché un ENORME thon germont avant d'arriver à Vulcano.thon
Orgie de poisson pour quelques jours. J'en mets plein au sel, aïoli prévu à Velaux dans quelques semaines. Chiche les enfants ! 
On quitte Vulcano avec un mal de crâne atroce, est-ce l'abus de rosé pour accompagner le thon ou le souffre du volcan qui nous monte à la tête.
C'est malsain ici, cap sur Lipari. Génial Lipari. Une grande ville très coquette. Archi-touristique mais moins bousculée que Vulcano. Il y a beaucoup plus de places. Je vais essayer de vous envoyer ces deux messages d'ici.

Prochaine étape Capri. Dès que la météo nous sera favorable. 
Bisous à toutes et à tous.

Janou B


 

Capri-Pontines

  Estival 2006 - n° 7

lipari

Dimanche 3 septembre 2006

Nous quittons à regret le petit port si accueillant de Lipari. Nous quittons les îles éoliennes pour Capri, 130 milles de navigation. 
Nous savons que nous avancerons au près serré. Le vent est annoncé force 2/4, c'est une bonne route qui nous attend. Toute la journée nous alternons voiles ou moteur, voiles et moteur... Finalement, nous décidons de tirer un bord franc vers l'Italie, ça nous détourne de 30 degrés mais nous "fonçons" à plus de 6 noeuds. La VMG prend un coup de fouet, on gagne deux heures sur la prévision d'arrivée... 
Dans l'après-midi, je suis scotchée sur le bord du voilier, j'admire un arc en ciel qui défile dans le rejet des eaux du moteur. D'un coup j'hallucine.
- Laurent viens, voir ça c'est inattendu !
Laurent arrive, se penche par dessus la filière.
- Regarde, juste dessous, des gros champignons qui se laissent dériver entre deux eaux. Tu crois qu'il y a des champignons en pleine mer ?
- Faudra en parler à nos amis cévenoles, mais je crois pas. C'est peut-être un cargo qui les a perdus.
- Incroyable, t'as vu la taille du chapeau.
De belles couleurs brillent sur le dessus, lumineuses que la mer enrichit. Un brun doré qui s'ourle de grenat. Des jaunes brillants comme des paillettes d'or. Pour être si beaux, ils sont probablement vénéneux ces champignons.
Laurent me tire de mon observation béate.
- T'as vu, tes champignons, ils ont des pattes.
N'empêche que si les tortues nous avaient dépassés au lieu de nous croiser, j'en connais un qui se gausserait pas tant que ça.
Fin de soirée, le vent se détourne, pétole, moteur...

mer nuit
Je suis en pleine forme et je prends le premier quart vers 22 heures. La lune est déjà haut dans le ciel. Son bel éclairage éclabousse la mer. Elle a éteint la plupart des étoiles. Elle habite tout le ciel. Sa lumières est géante. On ne croise pas un chat. Le ron ron du moteur à 1500 tours, la mer toute plate qui étincelle, l'etouffement sourd des vagues à l'avant du bateau. Comme sur la plage par beau temps. Elles donnent l'impression de s'affaler d'épuisement sur la coque. A l'arrière l'écume phosphorescente de notre sillage, vert, bleu ou jaune ? Magnifique. Le souffle mouillé, intime des vagues qui se brisent sur les deux bords. Quelle plénitude.
A deux heures du matin, je prends un nouveau quart, juste avant que la lune se couche. L'horizon lui a ouvert une parure rose et orange qui illumine notre route. Et la lune se laisse glisser mollement dans ses draps pendant que moi, je marine dans ma polaire, car il fait frisquet. A l'horizon, les draps se referment, la nuit devient grise. Les étoiles peuvent enfin sortir du néant. Je repère mes lignes familières d'un éclat à l'autre. Des étoiles filantes fusent et disparaissent. A chaque fois, un choc, un émerveillement. 
Je repense à mon dernier coucounet, encore sous le choc de Syracuse, je n'avais rien d'autre dans le chou. Vous ai-je dit qu'avant Vulcano nous avions fait une étape à Milazzo. Ben oui, parce que je ne l'ai peut-être pas précisé mais à la sortie de Messine, le courant contraire nous a durement frappé. Nous avions 15 milles à faire, que nous avons parcouru en 5 heures. Arrivée de nuit à Milazzo, avec l'idée de s'abriter au port, de nuit c'est plus sage quand on arrive en terrain inconnu. On repère de très loin une immense raffinerie construite sur la mer. Chaque citerne, chaque cheminée est enguirlandée de lumières du haut en bas. Une véritable ambiance de Noël. Comme il fait nuit on ne voit pas de fumée, pas la triste allure d'une usine, on est bien surpris par cette forêt éblouissante. Le port est juste après. On y entre avec précaution, ça circule dur dans le passage. Cargos, tankers, navettes inter-îles... Quelle circulation et que des gros bâtiments. Le port est très mal éclairé. On y va sur la pointe des pieds. Où diable se trouve le port de plaisance. Ah, voilà, une dizaines de mats bien alignés. Approchons nous, oh merveille une immense place le long d'un "catway" et deux mecs qui nous attendent. Bien plantée à l'avant du bateau prête à leur balancer mes amarres, je baragouine en anglais que nous arrêtons seulement une nuit.
Impossible, Ils attendent un yacht à cette place. Le port est complet, qu'il me rebaragouine en anglais aussi approximatif que le mien. Où peut-on aller ? De l'autre côté, au mouillage sur ancre, c'est la seule solution ! Ecoeurée je repose mes amarres et réintègre le cockpit pour une concertation d'urgence avec Laurent. On zone une bonne demi-heure dans l'obscurité redoutable du port entre les entrées et sorties des gros navires. Finalement, nous repérons juste après la digue du port, un petit mouillage de corps morts. Nous nous y encastrons. Heureusement le vent est nul, il n'y a que la houle des ferries qui nous perturbe. Sur le quai de gauche une araignée de mer attend l'aurore pour reprendre du service. Sur le quai de droite un énorme ferry ronronne comme un matou géant. La nuit sera calme cependant. Même si on se lève trois ou quatre fois pour s'assurer que tout est en ordre lorsque le passage d'un gros navire nous réveille en nous secouant. 
A 7 heures du matin, nous sommes pressés de quitter cette zone peu reposante. Avec quelques regrets cependant, le fond de la baie, au dela du port promet une ville fort sympathique. Mais il faut aller mouiller ailleurs alors autant faire quelque milles (5) et changer de site, choix de Vulcano, dont je vous ai déjà parlé. 

Et Capri dans tout ça.

capri
Capri ça jette. Révolution complète de notre vision des îles éoliennes. Ville discrète, tourisme de haut vol, boutiques de luxe. Capri, de la mer, c'est comme une montagne qui se serait fendue en deux, la ville s'est construite depuis les hauteurs jusque dans le creux du vallon. Tout y est opulence. Les habitations, les hôtels, les arbres, les fleurs... C'est aussi l'île du silence. Tout le service se fait par engins électriques, livreurs, facteurs, bagagistes... Nous nous sommes offert une chouette déambulation dans la vieille ville, sur les hauteurs, gentiment portés là haut par le funiculaire. J'ai adoré, pour y passer un moment de détente totale. Je n'aimerait pas y vivre, cette vie feutrée, ce luxe, toutes ces facilités à la longue doivent peser. Evidemment le mouillage est du même topo et les yachts qui mouillent ici ont des allures phénomènales. Bien heureux que nous y soyons tolérés. 

Mardi 5 septembre 2006
Capri se perd très vite dans la brume épaisse d'une belle journée qui s'annonce. 22 milles en vue, cap sur Ischia, mouillage de San Angelo. Encore une merveille où Lune de Miel pose son ancre solitaire. A mi-chemin entre Capri et Ischia, perte de réception du GPS. Le GPS portable de secours, affiche la même défaillance, niveau de réception insuffisant. Donc nous ne sommes pas en panne. Nous sommes bien surpris tout de même car ça dure une bonne vingtaine de minutes et comme nous sommes à l'avant d'une large bande de brume ça n'a rien de rassurant. Connaissez-vous ce phénomène ? 
A propos de problèmes, Laurent a profité d'un mouillage en eau claire pour aller inspecter la quille du voilier. Suite à sa cure de boue, au pealing qu'il a subi dans le marais de Syracuse, toute la peinture a été poncée de très près jusqu'à l'epoxy, sur environ 40 cm, jusqu'à l'alu à l'arrière. Bon on rentrera comme ça. C'est un moindre mal, une sortie au port à sec était prévue cet hiver, ça fera partie des travaux envisagés.

Jeudi 7 septembre 2006.
8ème repas de thon, et c'est toujours un régal. J'ai improvisé du fenouil aux citrons confits pour changer un peu.Ca mouille le thon agréablement et c'est très goûteux. La météo affiche toujours du Nord ouest, quasi nul. Nous renonçons à l'idée de rentrer par la côte italienne. Les îles se dévoilent à profusion et elles sont magnifiques. Nous réfléchissons à une modification de parcours. 
Nous sommes à Ponza depuis hier. Cette ville nous enchante. Autant profiter de cette météo clémente pour vivre à terre, un peu. Dès que le vent passera à l'est, samedi ou dimanche, nous aimerions quitter les îles pontines pour prendre le cap des îles toscanes. Mais rien n'est certain. C'est toujours la météo qui décide pour nous. 
Anecdote pour finir. Nous gardons le thon qui reste au sel, donc en venant ici Laurent a remis ses lignes à la flotte, il ne peut pas s'en empêcher. A mi-parcours nous avons croisé l'îsola di San Stefano, encore un panier de belles images... de près c'est toujours mieux.
- Dis Laurent, t'as vu les marques spéciales un peu avant d'arriver ici, y'en avait deux dans la direction du port.
- Oui, mais je ne les ai pas vues sur la carte, elles doivent concerner la navigation à l'entrée de la ville, nous on passe derrière l'île, on s'en fout...
Donc on se rapproche des rochers. On est au moteur, c'est pétole, autant en profiter pour faire du tourisme. 
On voit soudain foncer sur nous un canot de garde-côte. Laurent leur fait de grands signes pour leur montrer sa ligne; franchement y sont pas un peu cons de passer si près, comme s'il n'y avait pas assez de place en mer... Laurent mouline sa ligne arrière le plus vite qu'il peut. Il me fait signe de laisser celle de tribord. Elle est plus courte et doit leur permettre de passer. Ils sont presque à notre niveau, ils ralentissent... trop tard... Ils calent. L'un ou l'autre se penche à l'arrière du canot, ils fulminent en italien. Nous on ne rigole pas, ils pourraient nous entendre et mal le prendre. Mais on se dit que c'est bien fait pour eux, ils avaient qu'à aller jouer plus loin. Finalement leur moteur se remet en marche et Laurent a rangé sa ligne qui semble n'avoir pas souffert. (ouf, encore un rapala qui a eu chaud !) Les gardes par gestes (ils sont trois) nous font comprendre qu'on navigue en zone protégée donc interdite à la circulation et... à la pêche. Je claironne bêtement : "mais c'est même pas signalé !"
Trois doigts tendus au large montre l'ombre d'une bouée qu'on devine à peine, que j'avais prise pour un voilier lointain... Derrière ça il faut passer... On s'excuse mollement, on se décape. Au revoir Messieurs, merci messieurs.... 
On attend que le canot disparaisse derrière les rochers pour remonter la ligne tribord qui a échappé à leur vision perçante. Et qu'y trouve-t-on, une belle daurade coriphène morte d'épuisement... Ça c'est un morceau de dégustation. Le goût de l'interdit, vous connaissez ?
Un vrai bonheur de naviguer avec Laurent.

A presto ! Janou B


Elbe-Toscane

     Estival 2006 : N° 8 - Elbe Toscane

phareSamedi 9 septembre 2006. Une petite course digestive, 9 milles de plaisance. Après une pause de toute beauté dans un vaste cirque de falaises, site parfaitement sauvage et isolé, (Isla della Parmorala). Faut quand même se souvenir que nous sommes en vacances et qu'on peut aussi prendre le temps de s'arrêter. Avec encore du bonheur plein les yeux. La lune apparaît au dessus des falaises, elle frôle le mas du seul voilier qui partage cette belle calanque avec nous. S'y pose quelques instants, "comme un point sur un i". La nuit est tombée et l'ombre rapproche les falaises. Toujours cette impression à laquelle je ne me fais pas. Il est temps d'aller au lit. Surtout que demain c'est 125 milles qu'il faudra dérouler de notre corde à noeuds. C'est décidé nous ferons route par l'archipel Toscan. Aussi touristique et prestigieuse que soit la côte, l'idée de replonger dans la folie urbaine nous dérange vraiment tous les deux. Naples, Rome, tout ça... on se dit qu'on peut le faire en train, ou en moto... Vous croyez pas ?
Je crois bien que nous ne respectons guère notre programme de vacances. Nous avions parlé d'aller en Tunisie et nous y tenions. Mais une fois arrivés en Sicile, nous nous sommes rendus compte que nous avions oublié nos passeports. D'où les modifications de parcours vers Malte. 
Les îles donnent une idée de l'Italie que nous n'avons pas envie de quitter. Les gens sont souriants, on se sent en toute confiance. Rien n'est sous clé, les commerçants sont honnêtes. On ne s'y sent pas surpeuplé. Notre seul regret, c'est la pénurie de chocolat et de bon fromages coulants. Peu de choses en somme. Surtout qu'il y a beaucoup d'autres saveurs, inhabituelles, et fort goûteuses pour compenser. Rien que la diversité des pâtes, un vrai festival. Quant aux antipasti, on s'en met plein la dégustation. Le vin aussi est fameux, (celui de Sicile a été une bien heureuse découverte) et bien entendu les incontournables pizzas dont nous avons revisité les saveurs et les couleurs. 
Une navigation de 24 heures sans histoires, alternance voiles et moteurs. La routine quoi. Peu de trafic en mer. Lorsque le soir arrive, les lumières de la côte italienne (à plus de 20 milles) nous offrent une nuit très vivante. Vers midi, allo ? ça tombe bien, une daurade est en ligne pour Laurent. Le délice de la mer, qui se fait décidément bien généreuse ces temps-ci.
Notre première étape en pays Toscan est GIGLIO, calla della allume. Encore un magnifique mouillage très tranquille et de toute beauté au milieu des rochers et des falaises. Dans la journée des canots s'éparpillent dans la calanque. La chasse aux oursins est ouverte. Fin d'après midi, avec l'annexe on s'offre de beaux détours à travers les roches affleurantes. Safari photo. On repère un insecte qui se débat tristement sur la surface de l'eau. Ses ailes détrempées, ne lui permettent pas de décoller. Il clapote, barbote, s'épuise. On se rapproche. Un énorme papillon de nuit tout gris, tout moche, tout malheureux. Ma maman disait, papillon du soir : espoir. Ce n'est pas permis de les tuer. (elle disait aussi, araignée du matin : chagrin) On y va pour notre opération sauvetage. Laurent le récupère avec sa rame, le pose sur le boudin avant du canot. On doute qu'il vive encore. Une bonne dizaine de minutes, on rame mollement pour pas l'affoler, on se laisse dériver. Le voilà qui frissonne, il déplace une patte avec prudence, il se tourne vers moi, me dévisage. Je me sens gênée par son insistance. Bon, tu décolles ou tu décolles pas ? Il semble que non. Peut-être que ses ailes ne sont pas sèches. Avec beaucoup de précautions on se décide à le débarquer au bord des rochers, à proximité d'une végétation protectrice. Laurent arrive à le poser sur sa rame, il la "verse" pour glisser l'insecte à terre. Une pauvre bête qui panique et déploie ses ailes brusquement. Il s'échappe dans un vol incertain, mais vers la mer. Va-t-il se rendre compte de son erreur avant de retomber définitivement épuisé sur les vagues ? On a passé un long moment avec le papillon. Les dévoreurs d'oursin sont partis. On rejoins Lune de Miel dans un isolement total. Assise sur le pont, je guette le vol lourd d'un gros papillon, mais en vain. La nuit tombe sur l'incertitude.
Après 22 heures, bilan météo. Laurent capte chaque jour celle d'Hambourg et il a bien raison de s'y fier, se dit-on. Donc nous savons qu'un avis de coup de vent est annoncé sur Lyon Provence (Mistral) à partir du samedi 15 sept. Qu'une dépression sur les Baléares, maintient le vent d'Est jusque là. La fenêtre idéale pour traverser vers Porquerolles, pourquoi pas Bandol, si le vent est vraiment bon... Mais nous ne voulons pas louper la pause à l'Ile d'Elbe. Donc nous écourtons notre petit bonheur de Giglio. Et l'Ile d'Elbe 35 milles au nord nous attend.


Lundi 11 septembre 2006

elbe
L'Ile d'Elbe, c'est une vision toute autre des îles. Nous mouillons dans une vaste baie où nous sommes tout seuls. La plage est bordée de pinèdes dans laquelle se cache un camping discret. Tout autour, des massifs verdoyants, des habitations modestes et pimpantes. Les gens sont détendus. Ils sont chez eux et on se sent chez nous. Magnifique non ? Le vent d'Est est annoncé pour plusieurs jours. Nous allons nous offrir une journée de tourisme. En quittant la plage, regards rapides mais attendris vers Lune de Miel. Vu la place qu'il a, il pourra s'ébattre tout à son aise au bout de sa longe. Nous partons rassurés. A pied ou en bus, le circuit découverte ? Nous n'hésitons que le temps de passer devant une location de scooters... perdue au fond d'une cour de ferme. Pourquoi pas ? Ah Mesdames, si vous aviez vu les deux gars qui s'occupent de cet espèce de hangar. Jeunes, beaux, souriants, affables, délicieux. Rien que d'y penser, j'en souris encore. 
Le scooter est mis à notre disposition, pour la journée et pour 28 euros, que nous enfourchons Laurent et moi en rigolant bien. Il est beau l'équipage. Ils ont l'air fin, les deux soixantenaires. Laurent avec son petit short bleu clair, et ses birgenstocks aux pieds. Et moi qui chausse l'espèce de casque qu'on nous prête. Sans visière, sans mentonnière, c'est juste une idée de casque, un bol qui tient par miracle sur le haut du crâne. Je me vois tout à fait comme une parodie de Soeur Marie Thérèse des Batignolles. Je me demande si nous sommes assez habillés pour grimper sur les sommets en "moto". Mais depuis le temps qu'on se couvre de ridicule, on ne risque pas de prendre froid.
Dans les lignes droites, Le scooter fonce à 50 à l'heure. Vous imaginez, c'est de l'ordre de 27, 28 noeuds. Heureusement, la forêt ne gicle pas ses embruns à tort et à travers. Sous notre cyclo, le bitume ondule à travers les eucalyptus, les sophoras, les pinèdes et les chênes verts. Des calanques immenses et magnifiques, promesses de futurs mouillages. Le long des coteaux des vignobles inattendus. Et puis la grande ville. Portoferrario, si jolie, si coquette, si vivante. Une île si généreuse se dit avec des mots simples. Oh là là, que c'est beau.
Reprise de la météo au retour. Monaco radio confirme : Pas d'avis de coup de vent en cours ni prévu, vent d'Est, pour les 36 heures à venir force 3/5 sur Ligure, 4/6 sur Provence. Tendances ultérieures, risque de coup de vent N/W pour vendredi sur Lyon Provence. Parfait.

Mercredi 12 septembre 2006
Nous voulons être à Porquerolles pour nous abriter du mistral jeudi soir. 180 milles à aligner, soit 36 heures de nav... Nous espérons faire mieux car nous serons dans des allures au portant avec du bon vent, mais on ne sait jamais donc on décolle à 6 heures du matin, allure tranquille au moteur. Il fait encore un peu nuit, pas tout à fait jour. Aube ou aurore ? Dans la matinée le vent d'Est s'établit. Allure de grand largue, c'est franchement génial, tout comme a dit la météo. Laurent a remis sa ligne à l'eau. On cravache la houle à plus de 6 noeuds. Un énorme thon rouge course le rapala. Youpi, Laurent l'a eu. Encore ! Mais que vais-je en faire ? On roule nos voiles, pour une heure d'atelier poissonnerie, atelier boucherie devrais-je dire. Elles sont gorgées de sang, ces bestioles. En deux coups de couteau, Laurent prend des allures sanglantes. L'horreur ! Disons-le franchement, j'ai vraiment pas d'estomac. Mes gélules belges ne sont pas loin. Ouf !
A midi, le vent tombe, retour du moteur. C'est l'heure de la récré pour les dauphins. Ils nous accompagnent jusqu'au bord du cap Corse. Ils sont une multitude. Ils jouent à se pourchasser d'un bord à l'autre du bateau. Ils font de grands sauts devant l'étrave. Ils passent sur un bord en nageant sur un flanc et nous narguent de leur oeil visible. Ils nagent sur le dos, sur le ventre, ils se frottent l'un contre l'autre, se télescopent. 
14h30, on dépasse le cap corse sans eux. On les retrouve quelques milles plus tard. Sont-ce les mêmes ? On a fait un sacré bout de route avec eux. Toujours la même réjouissance. Excellent pour notre moral qui a pris une claque avec la météo de demi-journée. 
Avis de coup de vent d'Est sur Lyon-Provence, jeudi à minuit (c'est à dire cette nuit) fin de validité jeudi 18 heures, orages, grains, rafales... Pile quand on doit arriver, c'est quoi ce gag !
D'ailleurs la mer prend une couleur bien sombre tout à coup et la houle se creuse. Pas loin d'un mètre. Violente, courte, croisée. Détestable.
C'est quoi qui s'annonce ? Consternation à bord. Nous on avait choisi la fenêtre idéale.
Il semble que le coup de vent se décale lentement vers l'Est. Rester en mer de Ligure, côté Est, est-il plus sage ? La mer et les vents, y sont annoncés plus cléments. Peut-on encore se fier à la météo ?
Choisissons l'option la moins pire. Modification de cap. on allait au 270 depuis le cap Corse vers Port Cros, Bagaud. On fera du 285.

Nous atterrirons à Saint Raphael, 
Rade d'Agay... agay
Et on avisera une fois à l'abri. En plus ce sera moins loin, on gagne une vingtaine de milles donc nous arriverons avant que ça se dégrade, peut-être. La nuit est infernale, les avis de coups de vent sont quasi permanents et les échéances se rapprochent de plus en plus. Les nuages ont noirci le ciel. Laurent a pris deux ris en fin d'après midi et on bouffe des embruns à 7/8 noeuds. Comme souvent mes sensations sont très partagées. Il y a ce souci de météo, l'état du ciel vraiment sinistre. Il y a une mer vraiment désagréable. Dans la soirée, la houle s'est encore creusée. Elle nous dépasse par l'arrière. Laurent relâche un peu de génois pour se tenir devant le déferlement des vagues. Lune de Miel adore ça. Il caracole et s'offre de longues courbes extravagantes. Aussi sympathique que ce soit quant à l'allure et à la vitesse du bateau, l'ambiance à bord est tendue. Au loin, des éclairs déchirent la nuit, quand cela va-t-il nous tomber dessus ? Pas un chat en vue. C'est la solitude absolue dans une mer qui ne nous veut pas du bien. Nos quarts sont chaotiques. Au milieu de la nuit le vent se durcit, je suis seule dans le cockpit et le spido affiche 9 noeuds et demi. Le temps que j'hésite à réagir, il est retombé dans la zone des 7/8. Aussi sec (si j'ose dire) une trombe d'eau s'abat sur ma capuche.
Nous finirons ainsi la nuit, sous la pluie, avec des poussées capricieuses du vent et Lune de Miel qui paraît glisser sur tout ça en pleine crise d'exubérance. A 10 milles de la côte on ne voit que du brouillard. A 5 milles aussi. A 3 milles, la silhouette de la côte se dessine vaguement. A un mille, une apparition. Un creux dans la côte, une route blanche qui s'arrondit au fond de ce qui ressemble à une baie, il y a même très nettement un camion qui roule, comme dessiné au crayon. Et tout autour un rideau de pluie. 
A 8 heures du matin, nous entrons dans la rade d'Agay, que nous avions découverte du temps qu'on explorait la côte avec Athor. C'est plus génial qu'avant. Mouillage organisé sur bouée. Sécurité totale. (Pour info, le vent dans le mouillage souffle pour le moment à 35 noeuds par rafales) c'est quand même bon d'être arrivé.

porquerolles
Nous attendrons que se calme la dépression pour filer vers l'ouest, Porquerolles.

Presque chez nous, à bientôt  à terre !

SARDAIGNE - 2003

Martigues /Asinara - Traversée

Côte Nord

Samedi 2 août 2003. Première vision de Sardaigne. C'est Italien...!
Ces premières îles du nord que nous avons longées sont arides, sèches, désertes.... Un tout petit village de pêcheurs où nous sommes abrités, Stintino, à l'intérieur du golfe d'Asinara. Paysage de granit rose magnifique et de maquis.... Sur le port, première dégustation de crème glacée italienne.... fondant, saveur, délicatesse dans le palais, fraîcheur...
La boulangère est notre premier contact à terre. Elle est jeune, elle est brune, elle est souriante et nous apprend nos premiers mots d'Italien. A presto !

Samedi 2 août 2003- STININO -Capo la Testa Mouillage de la Colba - 42 miles-
Nous devons traverser l'immense baie d'Asinara pour rejoindre le sud des Bouches de Bonifaccio, et passer sur la côte Est de la Sardaigne. Nous décidons d'engager un tour de l'ïle dans ce sens parce que les vents dominants doivent nous être favorables.... C'est une option dont la météo fera ce qu'elle veut. Vraiment ce quelle veut. Nous avons bénéficié d'environ deux heures de bon vent au largue, toute voile dehors. C'était extra. Et puis le vent a progressivement tourné et on a tiré des bords, de bons bords. Le passage de Bonifacio réputé si dur est passé en douceur sous une brise de force 2/3 où nous étions quasiment seuls à naviguer. Au loin, très au loin, noyées dans la brume, les falaises de la Corse paraissait intouchables. Le "Capo testa" est fantastique. Nous avons posé l'ancre dans une petite baie presque déserte au milieu de rochers étonnants. Nous avons fait 56 miles laborieux mais ça valait la peine. Le site est tellement extra que nous passerons une journée à déambuler entre des mammouths figés depuis l'éternité, des faucons prisonniers de leur vol, des drôles de personnages, mi-hommes, mi-bêtes, des loups, des aigles, gisants sculptés par la mer et le vent, tous droits sortis de l'antiquité. On a joué à "à qui elle ressemble cette roche à gauche, non l'autre à côté de la guenon ? Rigolo et défoulant. On a adoré cette crique. Mais en faisant l'andouille avec un gisant plus malin que lui, Laurent s'est fait mal au dos.

Le nord de la Sardaigne est une route formidable. On passe d'une île à l'autre, des paysages de rêve, Les îles portent des noms très évocateurs, "Razzoli" 'le point le plus haut fait 65 mètres ; Budelli avec le récif de l'Homme Mort ; La Maddalena qui nous est familière comme vaste zone météo ; l'isola Spargi ; Le plus beau mouillage se trouve sur l'île de Caprera, infesté de guêpes. On a fait un concours que j'ai perdu. Laurent en a exterminé 15 en les sabrant à l'opinel. Je trouvais plus subtil de les piéger dans une bouteille d'eau sucrée. Moins efficace. Je n'en n'ai eu que 12. Mais la technique hara-kiri en plein vol est terriblement risquée. Seul un homme peut le tenter. Nous n'avons pas lutté à armes égales sur ce coup là, Laurent et moi.
Nous avons fait des sauts de puce, 12 ou 15 miles chaque jour. On trouve toujours un abri presque isolé, avec très peu de voisinage. La promiscuité des îles implique une multitude de rochers. Une navigation attentive s'impose. La mer se hérisse de pics et de dents autour des côtes, beaucoup de roches à fleur d'eau ne sont pas repérées. Les dents de la mer, c'est ici. C'est passionnant tout ça. Du suspens, un peu de soucis, des merveilles de paysage. Et bien entendu pas de village à fréquenter. A propos de dents, je me suis fait mordre par une boîte de cassoulet. Très grave ! Ce genre de boîte qu'on ouvre avec un outil qui fait de beaux crans tout autour du couvercle. Donc j'ouvre ma boîte, je vide soigneusement mon cassoulet de canard pour le chauffer. Ce qu'il fleurait bon, sympathique comme tout. Je ne me suis même pas méfiée. J'ai voulu repousser le couvercle à l'intérieur de la boîte pour la compacter. Et vlan, mon doigt a dérapé. Je me suis retrouvée avec une main prisonnière de la gueule ouverte de ma boîte. Plantée jusque sous la racine de l'ongle cette vache de couvercle. Mais ça, vraiment c'est très douloureux. Même que j'ai pleuré. Pas d'inquiétude, j'ai de quoi me soigner.
Méfiez vous des boîtes de conserve désormais. Elles peuvent vous tuer par le botulisme ou vous mordre par pure méchanceté.

Lorsque nous passons à l'Est, le paysage change. Il y a de belles plages au milieu des falaises qui dévalent dans la mer. C'est la "Costa Smeralda" côte d'émeraude. Lune de Miel navigue en plein boulevard. On se fait doubler, croiser, dépasser par les navires des nantis italiens. Ils nous toisent du haut de leur yacht prestigieux. C'est bien bruyant tout ça. Nous dépassons sans état d'âme Porto Cervo infesté d'adeptes de la jet set et autres gros bourgeois repus qui ne vivent pas tous à crédit. Un monde qui nous ignore et nous le lui rendons bien. Des fois, l'un ou l'autre nous adresse un salut en passant. Mais je ne suis pas certaine. C'est peut-être un geste de coquetterie. Vous savez cette mèche qui tombe toujours sur le coin de l'oeil quand la chevelure s'échappe sous le vent... Dans le doute, je redresse aussi la mèche que je n'ai pas... Autant adopter les attitudes locales à défaut de parler la langue.
J'ai fini par être en panne de pain. Tentative de levain avec de la bière et de la farine, sur 24 heures. Nous avons ainsi récupéré quelques galettes comestibles pour tenir deux jours de plus.... Toujours pas de boulangerie à l'horizon.
Vendredi 8 août 2003, nous décidons de tirer un grand trait sur la Costa Smeralda, 38 miles annoncés et le vent nous est totalement favorables. Cap vers le sud, vers un autre monde.

Côte Est vers le Sud

Début aout. Une journée formidable, sous spi tout le long.... On avance à 7 noeuds, et plus sans faiblir. Laurent fait le ravi avec un grand sourire qui ne le quittera pas de la journée. Il en oublie son mal au dos. On s'accorde une pause en fin d'après midi à Cala Gonone. L'idée n'est pas brillante. On zone dans le secteur de grottes prestigieuses. Site touristique à outrance... Navettes en tous genres, locations de zodiaks, ça n'arrête pas toute la soirée. Vers 11 heures du soir quand enfin le mouillage se calme, c'est les bords de plage qui se réveillent. Sono primitive à pleine gomme dans les bars et les restos.... Il y a donc tellement d'abrutis en phase terminale dans ce monde ? Pour échapper à tout ça, on décolle tôt le matin, les yeux un peu pisseux d'avoir mal dormi. On a oublié d'acheter du pain et Laurent a de nouveau mal au dos. Mon doigt ne guérit pas bien. Il y a trop d'humidité autour de nous... Il gonfle autour de l'ongle, il est vraiment moche et hypersensible. La baignade m'est rigoureusement interdite par Laurent. Zut alors, j'avais un maillot tout neuf sous la main. Quel dommage... !

Samedi 9 août. Une belle navigation au largue le long d'une impressionnante chaîne de falaises granitique. La première marina que nous fréquentons se situe au pied du Monte Santu. Le site est exceptionnel. Nous sommes à peu près au milieu de la côte Est: Santa Maria Navarrese. On se replonge dans la civilisation. Premier souci, la boulangerie.... Plus tard on verra pour refaire un peu de frais, fruits et légumes.... en particulier. Pour le reste on peut tenir un siège de quelques mois. A propos, au bout de quatre jours de tupperware au sel, et à 3O° en moyenne, le thon de Jean et Denise, cuisiné avec une sauce bien épicée a été un vrai régal.
Demain on loue une moto pour aller voir depuis la terre de quoi sont faits ces superbes sommets qui nous font de l'ombre quand on navigue.Et puis j'essaie de trouver un site pour expédier ces messages.

enre les rochersGROSSES PENSEES ATTENDRIES A CEUX QUI SE MARIENT ou A CEUX QUI DEMENAGENT ou A CEUX QUI DEMENAGNET ET QUI SE MARIENT.MILLIONS DE BAISERS SALÉS À VOUS QUI VOYAGEZ DE SI BON COEUR AVEC NOUS.

 

 

Lundi 11 août 2003. Côte Est de la Sardaigne.
Nous venons de quitter la marina de Maria de Navaresse, juste un port mais très sympa dans un site exceptionnel ; la ville est à 3 km. Un calme remarquable et plein de places où se caser. Je vous conseille vivement cette étape. Sachez que la nuit nous a coûté 44 euros, avec l'eau mais sans l'électricité. Il aurait fallu investir 7,85 euros de plus et nous n'en n'avons pas besoin, grâce à l'énergie fournie par les panneaux solaires.
Dimanche nous avons loué un scooter pour une journée de folie à terre. Extra. L'engin qui nous a portés est tout neuf, et très luxueux, à mi chemin entre la mobylette et la Maraudeur... On ne s'attarde pas en ville, juste le temps d'acheter un carte de la région. La ville d'Arbatax, recommandée par le guide ne vaut vraiment pas le détour. Rien à y faire et le port est surtout industriel. Cette ville exploite le liège de l'arbre du même nom. C'est la seule activité. N'y allez surtout pas. Nous, on se casse en vitesse. On prend des petites routes qui doivent s'enfoncer dans la montagne. Une trentaine de kilomètres, trois petites communes. On voit d'abord dans un creux de falaise, des étages de maisons sobres, un alignement de murs blancs que les volets tachent de brun. Vilaines blessures à flanc de montagne. Pas de boutiques, une école. Un petit dépôt où on croit trouver pain, viande, légumes... Mais il est fermé. Il n'y a qu'un bar ouvert, ou un restaurant, et l'église. Les vieilles femmes que l'on croise devant leur porte sont habillées de longues robes noires très raides. Quelquefois, un fichu gris perlé leur couvre la tête, quelquefois c'est une capuche noire intégrée au vêtement. Elles sont maigres, le visage très sec, le nez étroit, de grands yeux perçants. Les vieilles femmes n'ont pas l'air commode de loin. Mais quand on les approche et qu'on les salue, elles changent instantanément de masque. Elles sont aussitôt souriantes et agréables. Quelquefois, elles sont assises à plusieurs au bas d'un escalier et papotent à voix basse. Elles font "coirauche", Elles sont d'une remarquable discrétion.
Les hommes aussi se retrouvent, à l'ombre d'un mur, sous un arbre. Ils semblent plus extérieurs. Lorsque nous passons en moto, je leur fais bonjour en passant. Je remarque leur air épaté. Nous sommes déjà passés. J'ai l'impression d'entrer dans un livre d'images. Fantastique ! Mais où sont les jeunes ?
Et les villages si vilains aperçus de loin, cachent d'étonnants trésors. Les murs des maisons sont décorés de fresques gigantesques. Ces peintures retracent des pages d'histoire, des scènes religieuses, des images du passé qui se mêlent à des images d'aujourd'hui. L'effet de relief est formidable. On n'a pas l'impression du tout que c'est du semblant. Quelquefois, le pignon d'une boutique est peint de fenêtres, de vitrines où sont étalées les marchandises, quand on tourne l'angle de la rue, on entre dans la vraie porte du magasin... saisissant.

Plus tard, nous traversons une zone de lacs joliment bleutés. Mais on n'y voit pas l'ombre d'une habitation. Personne, absolument personne ne fréquente ce site idéal.
Pour grimper au Mont Gennargentu (1834 mètres) nous choisissons le "passo corru e boi", ancienne route qui grimpe à 1273 mètres pour redescendre vers Tortoli. Elle a été abandonnée depuis qu'une voie neuve a été tracée dans le fond de la vallée. La nouvelle route permet d'éviter le col qui ne doit guère être praticable en hiver.
Mais cette route, quelle enchantement ! Encore une fois, nous sommes les seuls à l'utiliser. Au début elle paraît normale, sauf un peu défoncée par endroits. Pendant une vingtaine de kilomètres on grimpe tout doucement à flanc de montagne. Ce n'est pas une route ordinaire. La montagne ne se présente pas comme un immense bloc de granit qu'il faut grimper en lacets et contre lequel on se cogne. Pas du tout. C'est plutôt comme trois plateaux qui s'étalent en profondeur. La vue est très ouverte. Au premier plan qui borde notre route, on monte d'abord à travers des étendues de fougères, de bruyères et de rocailles. En second plan, où qu'on regarde, de magnifiques forêts de chênes liège, d'eucalyptus et de pins montent à l'assaut des chaumes. En arrière plan, tout au fond, de grands pics de granit roses et rouges, pointent leurs lances vers le ciel. Mais oublions le paysage. La route devient dangereuse. Elle est embarrassée de bouses de vaches, crottes et crottins de tout acabit, plus ou moins grillés par le soleil. On roule à trente ou quarante km/h, le thermomètre du scooter affiche 38°. Les vaches sont vautrées dans les broussailles, écrasées par la chaleur.. Les moins paresseuses flânent à travers la chaussée. Elles ruminent au milieu de leurs bouses en nous ignorant magistralement. L'une en équilibre au dessus d'un précipice se démanche le cou pour brouter d'inaccessibles pousses. Il est vrai que brouter ça ou des cailloux, le choix est bien pauvre. Et les vaches ici sont maigres... Les bouses et les vaches s'espacent. La route redevient plus claire. Laurent passe à 60 Km/h. Au détour d'un virage un peu sec, il sème la zizanie dans un troupeau de chèvres qui s'envolent presque tellement elles sont affolées par notre arrivée. C'est joli une envolée de chèvres. Un peu plus loin ce sont des cochons noirs qui traînent leur groin au ras des cailloux. Lorsque nous perdons de vue la garrigue, l'air se rafraîchit, on atteint le deuxième étage, entre 800 et 1000 mètres. J'éternue douze fois. La campagne se couvre de forêts. On caille mais on trouve ça délicieux. Nous passerons au ralenti au milieu des chevaux. Leurs pattes sont d'une finesse exceptionnelles et longues, longues....

 

Jusqu'à plus de 1000 mètres d'altitude on croise ainsi des troupeaux semi sauvages... Il n'y a pas de gardiens, pas de chiens, pas de maisons en vue... Au sommet, On slalome entre des moutons, avec leurs chiens cette foi. Des gardiens hargneux qui coursent systématiquement le scooter. Nous débouchons sur des chaumes grillés par le soleil. C'est le site que nous cherchons. "Bau e Tanca". Autrement dit, les ruines d'un village entier de l'époque néolithique. Un bel espace envahi de pierres plus ou moins empilées.... C'est l'époque nuraghique de la Sardaigne. nurageiCes sites, les "nuraghi" me font penser aux vestiges gaulois de Bretagne. C'est impressionnant et nous nous attardons volontiers à travers ces vestiges.. le thermomètre dégringole à 24°. Il fait bon, délicieusement bon flâner sur ces chaumes.
La route que nous continuons pour redescendre est de plus en plus scabreuse. D'énormes blocs de pierres sont descendus des falaises et la route est très encombrée. Laurent de nouveau roule au ralenti. Il est 17h30, on traverse un groupe de vaches avec les veaux sous elles. C'est l'heure du goûter des petits. Peut-être que la route est le terrain le plus stable pour téter dans de bonnes conditions. Notre passage ne les perturbe pas, absolument pas. Nous avons passé une journée hors du monde, environnés de silence et de lumière. Si un jour je veux rompre, je me souviendrai de ce pays.

Lundi 11 août 2003.
Nous descendons toujours vers le sud. Retour au mouillage et à la vie sauvage. Porto Frailis est à 8 milles nautiques. Petite promenade de santé avec une brise côtière sympathique....
Bavardage à bord :
- Oh mais ton doigt est guéri !
- Tu crois ?
- C'est super, tu vas pouvoir nager...
Voyons y de plus près ! A la lecture de mes loupes, je ne le trouve pas si net que ça mon doigt.
- Il est encore douloureux, j'aimerais mieux attendre encore un peu .... En plus, j'ai rangé mon maillot je ne sais où. Non, ce n'est pas possible !
- Ton maillot, pourquoi ? Va donc te baigner toute nue...

Vendredi 15 août 2003. Toujours vers le sud.fraili
Nous naviguons dans le golfe de Cagliari, nous avons fait quelques mouillages extras. La montagne progressivement se transforme en collines. Les côtes sont avenantes, de belles plages bordées de villas, de bosquets d'eucalyptus, de pins et de palmiers. Nous bénéficions toujours de brises côtières pas toujours favorables à la navigation mais bien appréciables dans les mouillages. J'ai quand même profité de ces conditions exceptionnelles de mer pour me familiariser avec les bains dans une mer turquoise qui ne cache rien de trouble dans ses fonds. J'utilise chaque jour l'échelle de bain et le gilet de sauvetage pour gigoter au ras de l'eau. C'est vraiment agréable; Un fois ou l'autre je fais preuve d'héroïsme. Je me risque en hurlant à quelques brasses du navire... Quel exploit ! Je suis loin d'avoir résolu mon problème avec le milieu aquatique, mais je ne veux pas vous pourrir la lecture avec mes problèmes personnels. Malgré la panique, ce sont de bons moments... quand je remonte à bord. La douche tiède à profusion, quel délice ! Je ne pourrai plus me passer du dessalinisateur à bord.

Nous sommes toujours en régime anti-cyclonique avec des brises côtières. Au mouillage, lorsque le soir arrive, la brise qui venait du large faiblit. Lentement, le soleil disparaît derrière les collines. Le vent devient nul. Le temps s'arrête. C'est l'heure bénie du mouillage, celle du hamac. Progressivement, la nuit s'installe, une brise légère pousse le nez du bateau vers le large. On tourne doucement autour de l'ancre. Lorsque la nuit est tombée, la brise de terre s'installe. Les odeurs chaudes de la terre envahissent le navire. Odeurs d'humus, senteurs des arbres, parfums des algues..... ou de plages... Le bateau se met de travers. On va subir la houle pendant une petite heure, se faire un peu bercer. La nuit tombe, la terre se rafraîchit. En même temps que la lune monte sur l'horizon, la brise de terre s'organise. Sympathique bouffée d'air frais qui va mettre le voilier le nez vers la plage et le restabiliser. Il trouve ainsi sa position de nuit, sage et calme. La lune peut continuer sa course vers l'ouest. Nous on est paré pour dormir au frais.
Depuis Porto Fraïlis, Passo de Quirra, Cala Pira, Baie de Carbonara, nous avons toujours trouvé des endroits protégés de la foule estivale et favorables aux mouillages forains. J'adore la Mer Tyrrhénienne. Il y a plein de mouillages aussi isolés que jolis et d'une tranquillité ! Peut-être trouveriez-vous que ça manque un peu de bars ou de thés dansants ?

 

 

Sud -Côte Ouest

Dimanche 17 août 2003
Nous sommes arrivés à Cagliari le soir du 15 août en espérant bénéficier de places au port, (la plupart des vacanciers finissent leurs vacances à cette date), et en pensant que nous profiterions de quelque festivité locale organisée dans la capitale de Sardaigne. Les ports sont quasi-vides et la ville aussi... Festivité ? Où donc ? C'est une très jolie ville, dont la partie ancienne est construite sur la falaise. Les remparts sont intégrés à la roche et c'est vraiment magnifique. Nous avons fait le chemin touristique comme il se doit. On enfile des ruelles tortueuses qui débouchent sur de chouettes esplanades, il y a quantité de chapelles, de basiliques, très fréquentées par les locaux. Les sardes sont certainement très pieux.
Je dois signaler la cathédrale Santa Maria vraiment merveilleuse où nous avons déambulé plus d'une heure subjugués par les plafonds, les murs, les petites chapelles et le musée. De l'art baroque à profusion, plein les yeux... Dans la basilique, c'était l'heure du culte. Elle était pleine de pieuses personnes très endimanchées. Le curé débitait de l'italien dans son micro. Des papillons de toute les couleurs voletaient autour des têtes plongées dans le recueillement le plus total. Mais ce n'était pas des papillons. C'était le mouvement des éventails que les femmes s'agitaient d'un geste mécanique sous les narines. Etonnant, cette ambiance de messe. Si j'avais été le curé, ça m'aurait vraiment dérangé ce mouvement permanent. Les gens ici font grand usage de l'éventail, même à l'église...
La plus grande surprise c'est que tout, absolument tous les magasins étaient fermés, on était samedi, mais il semble que ce soit la tradition, dès qu'il y a une fête de fermer boutiques, banques et services administratifs une semaine. Un peu comme au Cap Vert. Quelques rares bistros ou restos... On a quand même pu boire un coup !
Nous avons choisi le plus petit port de la Marina, un peu au hasard, nous avons bien fait. Il était sympa et pas cher. Je vous le conseille vivement, Marina del Sole, 24 euros la nuit, tout compris.

Lundi, 18 août 2003
A quelques milles de Cagliari, nous replongeons dans la vie sauvage. Nous avons passé une nuit à Capo di Pula, au bord du village antique de NORA. C'est un site qu'il ne faut surtout pas louper. Une ville romaine toute entière a été mise à jour. Elle s'est développée sur plusieurs périodes, de L'année 100 à 600 avant JC. On y retrouve les fondations des maisons, quelques murs qui donnent une idée de l'organisation de la cité, les thermes sont facilement identifiables, un temple avec 4 magnifiques colonnes en marbre gris et des rues magnifiquement pavées. Drôle de promenade, à la nuit tombée. Le mouillage avait un petit air d'outre tombe. J'ai beaucoup aimé cette ambiance unique. J'étais troublée. J'ai rêvé de ces pierres et mosaïques encore visibles sur les pavés, et je ne savais pas quoi répondre à cette question :
-Mais pourquoi les Romains ont-ils pris l'habitude de construire des ruines ?
Toutefois le mouillage à Capo di Pula a été très agité pendant la nuit et nous sommes contents de lever l'ancre dès qu'une petite brise nous caresse les oreilles.

Cap sur une autre crique de rêve. Malfatano.
Nous sommes à l'extrême Sud de la Sardaigne. Nous n'avons qu'une douzaine de milles à faire. Heureusement car le vent nous lâche très vite. On avance petitement au moteur, et la houle est pénible. Le paysage évolue; On quitte les longues plages de sable bordées de bosquets verts. La roche reprend sa place et tombe dans la mer. A Malfatano, nous retrouvons le site que nous aimons le plus. C'est une sorte de calanque prisonnière de caillasses et de collines d'où dévale un courant d'air bien agréable. La houle est coupée par les rochers qui bordent l'entrée du mouillage. Laurent n'a plus mal au dos
Lorsque le soir tombe, les rares embarcations venues s'expatrier ici retournent à leur port d'attache. Lune de Miel passera la nuit avec deux autres voiliers largement à l'écart de notre ancre.
Le tourisme à terre paraît très intense. Beaucoup de plages sont saturées de parasols. Mais ce monde-là ne nous concerne pas. Rares sont les touristes qui viennent de l'étranger. Même au niveau de la navigation. Presque tous les équipages sont italiens, même quand le bateau est immatriculé en France (Ajaccio, Nice, Antibes...). C'est même très fréquent.
Nous ressentons assez fort, l'identité Sarde et l'écart qu'il y a entre entre cette île et l'Italie. On nous a dit plusieurs fois, "ici c'est interdit, ici c'est payant.... nous devons en tenir compte ; nous sommes Italiens" Mais vous vous êtes étrangers, on vous laissera en paix.
Il est vrai que les autorités, les bateaux de douanes qu'on croise nous laissent une paix royale. Serait-ce vraiment différent si on était Italien ?
Cet échange aussi est significatif dans une boutique :
- Est-ce que vous parlez Français, ou anglais ?
- Non Sarde, mais bilingue.
- ?
- Si bilingue, le Sarde et l'Italien...

Jeudi 21 aout 2003. (à peu près... date incertaine).
Depuis Punto Pino, nous quittons le sud de la Sardaigne. Allons y pour une petite promenade en contournant la très large île de San Antioco, que nous verrons de loin. Au nord ouest de l'île nous nous engageons dans le canal de San Piétro, il est réputé scabreux avec des rochers affleurants pas toujours visibles et des hauts-fonds pas signalés. Mais nous venons du Sud et l'île de San Piétro est finalement facile d'accès. Nous posons l'ancre dans l'immense avant-port de CARLOFORTE, nous sommes les seuls au mouillage. Génial.

Carloforte, ville très touristique est envahie d'Italiens en vadrouille qui investissent les plages et la rue piétonne. C'est un peu comme Antibes. Petites ruelles intimes, escaliers qui débouchent sur des sites panoramiques remarquables. On est posé à terre. On se détend. Tout plein de bars et de panachés bien frais. Quelle opulence ! Lorsqu'on remonte à bord la vie intense du port nous fascine. Les navettes entre Cagliari, Arbatax ou Calasseta nous rappellent l'ambiance de Grand Bourg à Marie Galante. On se sent délicieusement bien dans cet endroit. Cette petite ville estivale nous offre un spectacle permanent, mais nous sommes au milieu de la rade. Nous ne souffrons ni du bruit des voitures, ni de l'agitation des bars, ni des remous des navires qui entrent et sortent de l'autre côté de la digue.  On perçoit juste une petite rumeur que couvre régulièrement le carillon sympathique de l'église. Deux jours de vacances à Carloforte, départ et surprise.
Au moment de remonter le mouillage le guindeau d'un coup peine, grince, patine... Je redonne un petit coup de vissage au frein.. et hop, hardi petit.... La chaîne monte avec une lenteur inquiétante... Je m'attends à ce qu'elle s'immobilise définitivement. Serrons les fesses, faute d'autre chose. J'ai beau scruter l'avant de l'étrave, je ne vois rien qu'une eau opaque et trouble.... S'il faut que Laurent plonge, aïe, aïe aïe ! Pour le moment, il a débrayé le moteur, la chaîne est verticale à l'avant, je dois être au dessus de l'ancre.
Je redonne une petite impulsion au guindeau, et hop, une apparition grise sous l'eau. Encore un petit coup, zut, alors, c'est notre ancre. Quelle est cette facétie ? Elle coince bêtement dans ses crocs une chaîne énorme... Réflexion, décision, action. Nous nous démenons avec Laurent pour glisser un cordage sur la chaîne captive, je redescends délicatement mon ancre.... Laurent dégage les mailles rouillées qui nous parasitent grâce au cordage. Plouf, Enfin libres !
Nouveau souci, on craint d'être en panne de gas-oil d'ici le retour. Nous savons que sur la côte ouest, la plupart des entrées de port s'ensablent et ça risque d'être scabreux de s'y engager pour faire le plein. On décide de le faire ici, ce n'est pas le pire... On nous annonce 2,20 mètres de profondeur à la station de carburant des bateaux de pêche, à condition de rester au milieu et de ne pas s'approcher de la digue d'un côté, du large de l'autre car bordés de récifs immergés. Je ne suis pas tranquille mais il nous faut du carburant.
Laurent dans le carré, les yeux scotchés à l'écran de son PC me dicte la route à suivre entre les hauts fonds... Quelle histoire ! Mais ça marche magistralement... à condition qu'il parle assez fort...
Désormais nous remontons vers le nord, nous faisons route d'un mouillage à l'autre. Des navigations du dimanche, entre 15 et 25 milles. Je me gave de bonheur avec cette croisière côtière idéale. Nous attendons le vent favorable pour quitter les mouillages, nous arrivons tôt dans les baies qui nous accueillent.

PORTIDEXXU. Un mouillage pas signalé dans le guide, épatant sous brise côtière. D'un côté il est bordé de dunes de sable, de l'autre de forêts de chênes verts. La plage pile en face est très animée, mais nous sommes tous seuls dans le mouillage.

CAP SAN MARCO. Magnifique et vaste. Nous nous installons au milieu de la baie, entre deux tours. Nous sommes à 2 km du village de San Giovanni. On se coltine la balade pour refaire provision de pain. Nous longeons un autre champs de ruines antiques avant de tomber sur la ruée des voitures vers les plages. Cela nous confirme que si les abris en mer sont presque déserts, il en va tout autrement du tourisme à terre. Le caravaning est très développé. Aux abords des villes les plages sont envahies. Dans les endroits où nous posons le bateau c'est en général tranquille et les baigneurs ne se marchent pas dessus, mais peut-être que l'accès depuis la terre n'est pas fameux, là où pénètre un voilier.

CAP SAN MANNU. Nous avons eu la sotte idée de faire confiance à la météo pour nous arrêter dans cet abri recommandé. Une nuit infernale. Le vent totalement contraire aux prévisions, pousse la houle dans le mouillage, dès notre arrivée on se dit que ce n'est guère fréquentable cet endroit, mais le vent doit virer à la tombée de la nuit. Loupé, il y a un coup de vent dominant du large qui fout la pagaille dans notre mer. Non seulement la houle est forte et nous ballote salement. Mais les touristes ont envahi l'espace avec leurs engins motorisés et font un raffut épouvantable. Il y a juste en face une toute petite île, "du mal au ventre", elle s'appelle. C'est là que nous aurions dû nous réfugier. A 6 heures du matin nous quittons cet enfer, ce maudit vent au moins doit être favorable à notre navigation... C'est un petit déjeuner bizarre ce matin. Il fait à peine jour, on avale chacun son bol le cul posé de travers dans le carré. On n'ose pas se parler Laurent et moi, nous n'avons que des plaintes à formuler et pas de temps à perdre. Pas rigolo tout ça. On se casse ? allez zou, j'empile la vaisselle dans l'évier, et en piste pour lever de l'ancre
La baie au petit jour est magnifique, les dunes brillent dans la lumière du soleil levant. La plage est déserte. On a mis les plagistes au lit avec leurs engins motorisés. quelle plénitude.
Ca se vérifie maintenant, la météo, c'est un jeu de hasard.... dès la sortie de la baie, le vent nous prend pile de face. Laurent de mauvais poil ne veut pas tirer de bords, moi, je suis dégoûtée, je n'ai pas d'opinion. Il décide de mettre le moteur. Après tout on a fait le plein de gas-oil. Une petite heure comme ça à travers des vagues de 1m50 à 2 mètres, juste assez pour l'inconfort... On passe laborieusement le cap San Mannu. Avez-vous déjà remarqué qu'après un cap difficile, la vie au quotidien devient plus savoureuse. Exactement pareil ce coup-là. Après le cap, le vent revient avec nous. Allez Laurent, rigole un peu, nous voilà repartis comme en vacances.
Une chouette navigation de 17 milles au travers. C'est l'allure que je préfère, l'amble du chameau... Un rien de roulis qui nous berce et le chuchotement de l'étrave qui fend les vagues. On oublie instantanément le cauchemar de cette nuit. C'est quoi déjà le Cap Mannu ???

Côte Ouest-retour

Nous voici donc à Bosa Marina. Encore un mouillage de plage où nous sommes les seuls à poser l'ancre dans le sable. Pourtant c'est immense et sympathiquement abrité. Il y a aussi beaucoup de touristes sur la plage, mais ils sont loin et nous transmettent juste une sorte d'ambiance de vacances fort agréable. Dans l'après-midi une exhibition de winsurf. On est au milieu du spectacle. Départ de la plage, la planche sous le bras, le harnais sanglé aux câbles des parachutes. la voile, comme une aile immense est à la verticale. Les surfeurs chaussent leur planche, ils se couchent dans l'eau, les câbles se tendent à l'oblique. la voile avale le vent et tire sur les câbles. On dirait que les planches vont décoller.ça démarre à une allure impressionnante. Les hommes comme des marionnettes sur leur planche utilisent les poignées manuelles pour diriger la voile. Lorsqu'ils veulent faire demi tour, ils se couchent dans l'eau. Et le parachute les redresse. Des espèces de tongs sont vissées sur la planche de surf, mais ces godasses ne tiennent pas aux pieds et régulièrement l'un ou l'autre se retrouve à l'eau toujours cramponné à son parachute. Il se fait ainsi traîner sur l'eau vers sa planche. Ils sont trois à s'exercer à ce jeu. Ils se croisent, s'évitent par miracle vu de notre fenêtre. Joli spectacle sur le plan d'eau. Jo, c'est un sport pour toi, cette glisse là ! Il y a aussi des véliplanchistes plus ou moins heureux dans cet espace. Les carambolages sont assez rigolos... De temps en temps ça braille. Pas un seul engin à moteur; une merveille cette plage. C'est la vie quoi.... la bonne.

Baie de Porto Conte. Cala Tramariglio.

Dernière étape de notre périple autour de la Sardaigne. Le vent est au sud. On a fait 22 milles au moteur avec une houle très chiante. Mais on oublie tout ça, ici c'est génial. Encore un mouillage idéal.
O
n s'est posé entre des collines plantées de pins et de cigales. Un peu comme chez nous quoi... Pas d'engins de plage bruyant, pas de bateaux en croisière qui s'amuse, juste quelques petites embarcations locales sur corps morts, juste une petite brise qui rafraîchit l'air sous le taud. Le soir on traîne sous les étoiles.
L'endroit idéal pour attendre la météo. Avec nos petites étapes d'un mouillage à l'autre, on a passé 5 semaines de navigation côtière de toutes beautés. Découvertes, isolement, bien-être... un peu comme lorsqu'on sort en mer le dimanche pour changer d'air, pénétrer dans de magnifiques paysages, et se réconcilier avec le monde; Ici, c'est tous les jours dimanche. On attend la bonne fenêtre météo pour traverser vers les Iles d'Hyères. Nous prévoyons d'atterrir à Port Man, île de Crau. Cela représente 170 milles, environ 35 heures de navigation. Départ demain peut-être. Si météo veut ....

Mercredi soir, je sais pas quel jour d'août, départ confirmé pour demain.

Prévision de Hambourg météo : zone Sardaigne/ouest Corse, pour jeudi matin : vent, sud 3 à 5. Après midi, sud/sud-est 4 à 5. Nuit de jeudi à vendredi, orageux, vent sud ouest 5, rafales 6/7 sous orages. Houle, 1,50 mètres. Pour l'arrivée dans l'après midi, zone Provence, Port Crau, vent sud ouest 5, mer peu agitée à agitée. samedi le vent passe au Nord, nord/ouest, avis de coup de vent sur Corse et Provence.
Discussion à bord :
- Génial, on a le vent, on va faire une traversée de rêve ! On sera arrivé juste avant la tempête.
- Dis Laurent, comment on fera sous les orages !
- On s'en fout, d'abord on les aura peut-être pas, ensuite dans notre coque alu on n'a rien à craindre...
- Sauf que sous orage en mer, je suis terrorisée. Rien que d'y penser, j'arrête de respirer tellement j'ai peur... Regarde, j'ai déjà les mains qui tremblent...
- J'te crois pas, ça c'est le café... Tu ne vas quand même pas refuser une navigation au portant ?
- !!! ??? !!!

jeudi 28 août 2003 . 7 H 15
Nous quittons la cala Tramariglio de la baie de Porto Conte juste après une dernière météo du large. Qui confirme celle de la veille. Un vent idéal bien soutenu pour faire route vers le nord, des orages tout autour du bassin, d'éventuelles rafales sous orages... Pas de quoi bouder une navigation au portant, a décidé le chef de bord, et je lui fais confiance. Enfin, je suis surtout foncièrement optimiste.
Au départ, des états d'âme un peu confus. Je ne suis pas parfaitement réveillée mais je suis quand même à la barre, en robe de chambre et en chaussettes pendant que Laurent pour une fois relève le mouillage. Il a envie de bouger. IL est plus joyeux que moi. La navigation à venir le remplit d'impatience. Je reste à la barre et peu à peu mes yeux s'ouvrent tout entiers. Nous longeons lentement au moteur la magnifique falaise d'au moins 60 mètres de haut qui borde le cap Cacia. Le site est tout bonnement extraordinaire; Nous nous offrons le luxe de louvoyer à travers les îlots semés le long des murailles de grès. Les roches ont des découpes troublantes. Lorsqu'on les approche de travers, de drôles de têtes nous font des signes de bon augure, un rien de notre imagination les anime. Mais lorsqu'on les frôle de plus près les nez s'aplatissent, les sourires se fondent dans les ombres de la roche, la barbe, les sourcils hirsutes se confondent avec les cailloux... la pierre redevient pierre, solitaire, inerte et silencieuse. Le soleil encore bas dans le ciel diffuse une lueur rose. Tout dans ce monde minéral est merveille. Imperceptiblement, notre route vers le nord nous éloigne de ce site. Mais il n'y a pas un pet de vent et même à vingt milles des côtes, alors que la Sardaigne se dissout à l'horizon, le moteur ronronne toujours. Laurent a envoyé le génois, histoire d'optimiser notre vitesse. On gagne ainsi un demi noeud, on avance donc tranquille à 5 noeuds et un peu plus...
A trente milles des côtes, ça se complique car le vent du nord des jours précédents à levé une houle sérieuse en mer. On se prend les vagues de travers, le courant nous ralentit... et nous sommes gravement secoués. Question confort, c'est pas ça du tout. Et le vent promis, soutenu, sud ouest, il souffle à moins de 6 noeuds... Restons patients, peut-être que cette brise de force 3 à 5 sera là dans l'après-midi... Pour tuer le temps, chacun son truc. Moi je me cale avec un coussin dans le dos dans le cockpit je rêvasse en admirant les vagues. Dommage, il n'y a pas un animal en vue. Les puffins me manquent. Laurent joue avec ses leurres, ses fils et son moulinet... La mer est bien jolie mais elle m'ensuque quelque peu.
Laurent me réveille en sursaut.
- Hé regarde, le repas de midi...
- Quoi, le repas, t-as déjà faim.
- Non, mais c'est moi qui régale. On va manger poisson.
Un joli poisson inconnu finit de frétiller dans l'épuisette. Il nous fera un repas, goûteux, délicat, inespéré. Elle a du bon à ce moment là, le mer.
On se traîne dans la houle, le moteur ronronne toujours. La mer s'agite de plus en plus, c'est de plus en plus inconfortable. Dans l'après-midi, elle dresse sa chevelure blanche tout autour de nous. C'est une vilaine vieille désordonnée. De temps en temps le pilote automatique est dépassé par les évènements, on part au lof, on accélère d'un coup... On est un peu bousculé. Laurent devient vaseux... Vite le radical traitement du docteur Belge... Une heure plus tard, c'est moi qui suis malade, j'ai droit aussi au remède anti mal de mer de nos amis Belges. Remède vraiment miracle.
Nous redevenons tous les deux actifs, joyeux, réveillés, détendus... Même on joue à Pyramide et on rigole de bons coups. On ne subit plus la houle, on s'y adapte. La nuit tombe vers 20H30, toujours de la mer, et toujours pas de vent. Des crêtes qui nous malmènent de temps en temps. Juste pour pas qu'on s'endorme.
C'est une nuit grise, sans lune et sans étoiles car le ciel est très couvert. N'oublions pas que des orages nous sont promis. Je redoute une bien longue nuit. Je regarde progresser l'ombre à l'horizon, et le miracle se produit à 21 heures, d'un coup notre génois se gonfle magnifiquement et on fait un bond à plus de 7 noeuds. Youpi, on envoie la grand voile. On est vent arrière, mais le vent pousse bien et malgré la houle toujours chiante avec des creux de 1,50 à 2 mètres très rapprochés, on avance enfin de manière sympa.
La nuit nous inspire, et nous n'avons envie de dormir ni l'un ni l'autre. On pense à l'avenir, à notre avenir, comment l'organiser pour continuer ensemble. On parle des prochains voyages. On imagine ce qu'on fera de Lune de Miel... C'est la nuit, alors c'est normal, on rêve. C'est génial de rêver ensemble.
Vers minuit ça se complique. Le vent a sérieusement forci, le pilote a du mal à tenir le vent arrière, on file quelquefois sur les crêtes à plus de 8 noeuds. Laurent décide de prendre 2 ris. On réduit ainsi notre grand voile de presque moitié et bien entendu on roule aussi un peu du génois, question d'équilibre.
Laurent chausse ses tennis, il se ficelle à son harnais. Avec la laisse qui lui pendouille derrière le dos, il s'arrime au pied du mat. Il est mignon comme tout avec son joli gilet rouge. J'allume la lumière du pont. Je déteste cette lampe crue, qui nous éblouit. la nuit devient toute noire. C'est effrayant. Mais faut bien réduire si on veut rester maître du navire. Je me mets face au vent et Laurent fait descendre la voile. Et là les soucis commencent. Je suis à la barre, et j'ai du mal à rester face au vent, à cause de la houle qui m'embarque de temps en temps. Je ne m'occupe pas trop de ce que fait laurent. Et je l'entends brailler.
- M....... il est descendu ou pas le premier ris ? Oh, réponds moi !
- Je suis sous le bimini à la barre, je la vois pas ta bosse de ris
- Essaie de voir, c'est laquelle que je dois tirer, la verte ou la bleue ?
Je récite, ça fait partie des bases que j'ai apprises par coeur quant à l'organisation de ce voilier.
- La première c'est la verte, la deuxième c'est la bleu.
- Bon, c'est laquelle qui descend quand je tire, la verte ou la bleue ?
Je sais pas, je ne reconnais pas le bleu du vert, c'est pas nouveau et ça te fais rire d'habitude. Pas la peine de s'énerver.
- Dis-moi si ça vient ou si ça vient pas.... J'y vois rien moi.
- Non y'a rien qui vient, tire encore...
- Et là, ça vient...
-.....
- M.... vas-tu me dire si ça vient ?
- Je peux pas te dire que ça vient puisque ça vient pas. Ta deuxième bosse de ris, elle coince. Je ne sais pas si elle est verte ou bleue, mais elle ne veut pas venir...
Dans le rôle de l'idiote empotée j'ai été géniale. Trois quart d'heures ça a duré ce cirque. Finalement, presque une heure du matin, la grand voile est enfin réduite. Laurent se déssaussissonne de son harnais. Ouf !
Enfin, j'éteins la lumière du pont; On retrouve le clair obscur de la nuit sans lune. Il n'y a que l'écume bleutée au ras de l'eau pour nous éblouir. On y voit un peu. Je me sens mieux. Aux voiles d'entrer en oeuvre.  Et le bateau ralentit, 5 noeuds, 4 noeuds, 3 noeuds...
- Qu'est-ce que tu fais, on s'arrête ?
- Ouhai, désolée, je crois qu'il n'y a plus de vent.
Les voiles battent tout ce qu'elles peuvent et la houle recommence à nous chahuter. Si vous pouviez voir notre air éccoeuré ! Moteur ! On roule le foc, on borde complètement la grand voile; Mais ce n'est pas possible, la houle est trop profonde, les vagues trop courtes et la bôme passe sans arrêt d'un bord à l'autre avec des grincements effroyables. Hé oui, Laurent, tu vas de nouveau chausser ton gilet rouge pour affaler la grand'voile et moi je vais encore stresser pendant une plombe parce que la lumière du pont nous éblouit et que nous n'avons pas la moindre idée de ce qui passe sur notre route
- T'en fais pas, on n'a pas croisé l'ombre d'un navire depuis ce matin. Et la voie est libre.
La manoeuvre d'affalement cette fois est rondement menée. C'est reparti, voile ferlée et moteur. On maintient difficilement nos 5 noeuds avec la houle qui nous freine et nous bouscule toujours. Les nuages s'effilochent sous les étoiles et n'augurent rien de bon. Nous sommes seuls et abandonnés dans une nuit qui se traîne.
Vers 5 heures du matin, Laurent dort depuis une heure. On change soudain d'allure. Je déroule le génois pour soulager le moteur et on accélère. Laurent a du entendre le roulement du winche car il se réveille.
Chouette on va couper les gaz et réinstaller la grand voile. Zou, c'est reparti. On avance à plus de 7 noeuds, allure de largue, avec une mer moins contrariante mais toujours très houleuse. Je dors depuis une heure, le jour est à peine levé.
- Vite viens m'aider, j'ai une super touche.
Je tombe de la couchette en ronchonnant, mais pas longtemps. La touche est géniale. Une superbe daurade coryphène. Ça c'est une excellente journée en perspective non ?

Dure journée pourtant. La mer se creuse de plus en plus. On avance entre 6,5 et 7 noeuds. Une bonne allure de largue avec des vagues qui passent par dessus bord et nous inondent régulièrement. Mais les milles défilent, c'est ça qu'est bon... A 15 h30 on entre dans la baie de Port Man. On croit toujours que l'arrivée au mouillage est le moment béni d'une traversée. En principe oui, mais ce n'est pas le jour. Le vent d'ouest déboule dans la baie en rafales très violentes. Notre première tentative d'ancrage décroche dès que Laurent amorce une marche arrière de test de résistance. La deuxième aussi. La troisième est la bonne. Je lâche 40 mètres de chaîne et 20 mètres de cordage. Plus on peut pas, y' du monde autour. Laurent tire avec le moteur, impec... On mange les restes de la daurade et on tombe dans notre couchette avec délice. Dormir, enfin dormir...

Un mouvement, un bruit, un choc ? Je ne sais pas quoi d'insolite me réveille.
- Laurent t'as entendu ?
Il se dresse dans le lit, les cheveux fripés et les yeux hirsutes. Pardon, je ne suis pas très claire non plus à ce moment là. Il sort la tête dehors pour savoir ce qui se passe. Il a les yeux grands ouverts mais je me rends compte qu'il ne voit rien. Il se recouche aussi sec.
- Y'a rien, dort tranquille.
Je me rendors instantanément. Bien entendu, instantanément des coups violents sont frappés contre la coque. Cette fois on bondit tous les deux en même temps.
- Vous dérapez, il faut réagir, crie un mec sur son canot à côté de nous.
Effarés, on s'aperçoit que le voilier en tirant sa chaîne et son ancre est gentiment passé à reculons entre deux autres navires et tout aussi gentiment mais sûrement glisse sur un troisième. La dame du bord a déjà ses pare-battages en mains et nous attend de pied ferme...
Il est 7 heures du soir, la nuit ne va pas tarder à tomber. Comment faire pour résoudre ce problème de mouillage qui se barre. On se concerte Laurent et moi. Entendez par là, qu'il se gratte les cheveux et que je réfléchis. Mais c'est lui qui trouve la solution. On a 60 mètres de chaîne de secours à l'arrière, il suffit de remplacer notre installation chaîne+cordage par ces 60 m. de ferraille. Si ça ne tient pas, suicide collecif.
On a fait l'animation dans toute la baie. Vous imaginez, Sortir de la cabine arrière les 60 mètres de chaîne pour les amener à l'avant. Maniller l'ancre là-dessus. Remouiller tout ce bazar. Une fois que tout est au fond, récupérer l'ancien mouillage pour le transférer à l'arrière. Y'en a plus d'un qui s'est demandé qu'est ce qu'on bricolait avec nos chaînes qui se faisaient traîner de l'arrière à l'avant, puis de l'avant à l'arrière, sur un voilier qui faisait des ronds autour d'eux. Epuisant. épuisant, mais efficace.

La nuit tombe lentement. Le croissant de lune descend derrière les chênes verts. Les rafales parfois couchent le bateau qui tire sur sa chaîne. Mais nous avons de la longueur, il est pas encore né le vent qui nous décrochera. Certain et sûr, notre nuit sera calme.
On attendra ici la météo favorable, dès que le vent passe à l'est, pour rentrer tranquillement chez nous. Nous devrions y être en fin de semaine et pour quelques mois. Venez donc nous voir dès que vous aurez un moment.

 

Termes de marine

Termes de voile à l'usage exclusif des lecteurs du "COUCOU.NET"

  • Sens maritime
  • Commentaire Coucou.Net

Vous pouvez cliquer sur les mots soulignés...

Affaler : faire descendre la voile (il n'y a pas de cordage pour affaler...). On libère la drisse qui a servi à hisser la voile, et si besoin, on aide la descente en tirant sur le tissu de la voile.
Quand la houle sévit, La Noiraude s'affale sur sa paillasse, le plus au fond possible du bateau.

Allure : direction du voilier par rapport à la provenance du vent. A partir de l'allure face au vent, (allure à laquelle on ne peut pas aller sans l'usage du moteur...) on passe par le près serré (entre 30° et 45° du vent), le près (45°à 55°), le près bon plein (60 à 75°), le petit largue (80 à 90°), le travers, le largue, le grand largue et le vent arrière. A partir du largue, les allures sont dites portantes.(le vent pousse sur les voiles par l'arrière).
Quand le vent vient de droite, la Noiraude met la paquerette du coté gauche (vu de derrière...) sinon elle lui chatouille les naseaux. Quelle allure !!

Alternateur : comme sur une voiture... il y en a un actionné par le moteur, qui charge les batteries mais comme c'est un voilier, le moteur c'est le moins possible. J'ai monté un alternateur supplémentaire (d'une 205 en modifiant le cablage) qui est actionné par l'arbre d'hélice. Avec l'action de l'eau qui défile sous le bateau l'arbre d'hélice entraîne ce générateur. Il suffit que le vent nous emmène à 5 Noeuds pour obtenir 5A et jusqu'à 10A à 6 Noeuds.
C'est un engin qui chante, et qui parfois pleure... pas loin de la scie musicale...

Amure : côté du voilier d'où souffle le vent. Par exemple si le vent vient de droite (en regardant vers l'avant du voilier), on sera "tribord amure". Et prioritaire en principe sur ceux babord amure...
Babord amure ça penche à droite, et Tribord amure à gauche... c'est pour que j'y comprenne pas tout !

Bastaques : cables amovibles, servant à maintenir vers l'arrière le milieu du mat, à l'endroit où est pris un étai. Si l'unique étai est pris en tête de mat, c'est le pataras seul qui suffit à maintenir le mat.
C'est des haubans qui traînent toujours où y faut pas. Ils ne tiennent pas en place.

.Bimini : toile horizontale, tendue sur une armature pour faire de l'ombre dans le cockpit.
C'est mon parasol, comme lui il fait de l'ombre ; comme lui, il est pliable ; mieux que lui il résiste au vent.

Bôme: gros tube horizontal servant à établir la grand voile sur un sloop par exemple. Il est fixé contre le mat à l'aide du vît de mulet, et réglé à l'aide de l'écoute de grand voile et du hale bas.
D'abord c'est même pas un tube, il n'est pas rond du tout et si on fait pas comme y faut, il distribue des coups à décorner les boeufs... Allo Docteur ?

Bord : c'est un côté du bateau... babord à gauche, tribord à droite. (Voir aussi virer de bord, tirer un bord..)
Et quand on est "à bord", de quel bord est-on ?

Border : tirer sur une écoute pour ramener la voile plus dans l'axe du voilier.(contraire de choquer)
Quand Laurent me borde au changement de quart, il ramène mes draps vers l'intérieur du lit. Quand il ouvre le lit, est-ce qu'il choque ?

Capote : toile tendue sur des arceaux pour protéger la descente (dans le carré ) et le cockpit, du vent, de la pluie, des embruns ou gerbes d'eau...
La capote de Laurent transforme son engin en cabriolet.

Carré : c'est l'espace de vie dans le fond du bateau. Salon, salle à manger, cuisine, atelier, station radio...
Y'a tout pour s'y sentir comme à la maison...

Choquer : laisser filer légèrement un cordage. On peut choquer une écoute pour l'écarter du lit du vent ou une drisse, pour détendre le tissu de la voile et changer ainsi sa forme (plus ou moins creuse)
C'est le contraire de border, à vous de voir si vous avez compris ce qui est dit plus haut... Pour simplifier, border ou choquer, ça permet à Laurent de jouer avec les différents cordages et de faire l'intéressant.

Cockpit : poste de pilotage, là où se trouve le barreur... mais c'est aussi l'espace de vie extérieur, la terrasse en quelque sorte.
C'est l'endroit idéal pour la veille passive, de nuit à l'abri de la capote, et pour la détente active, de jour sous le bimini.

Cotre : type de gréement comportant plusieurs voiles d'avant.
C'est surtout pas le style du bateau de Laurent. Nous on navigue sur un sloop, il ne doit y avoir qu'une voile à l'avant !

Dessalinisateur : appareil permettant de produire de l'eau douce à partir de l'eau de mer. Celui que j'ai installé fonctionne par un système d'osmose inverse. L'eau est pressée contre une membrane qui ne laisse pas passer le sel. La pression de 65 Bar est fournie par un compresseur genre nettoyeur haute pression, actionné par un moteur électrique. Le moteur consomme 30A et le débit est d'environ 60 l d'eau douce par heure..
C'est vachement bien dirait La Noiraude pour les pays où il ne pleut pas.

Drisse : cordage permettant de hisser et d'étarquer une voile.
Ohé ohé matelot, Ohé! hissez haut ...

Ecoute : cordage permettant de border une voile. L'écoute tire sur la voile au point d'écoute. Elle est manoeuvrée via des poulies de renvoi. La manoeuvre de Grand voile est généralement démultipliée via un palan, et celle des voiles d'avant via un Winch.
C'est tout simplement le cordage qui permet de border (en tirant sur l'écoute) ou de choquer une voile (en libérant l'écoute).

Empannage : passage (volontaire ou non... ) par vent arrière d'une amure sur l'autre. Plus le vent est fort, plus violent est son action au moment ou il se met à pousser sur l'autre face de la grand voile. Alors que la bôme était plaquée sur un bord, brusquement elle passe sur l'autre, et pendant le moment où elle est libre elle prend de la vitesse et l'énergie ainsi accumulée se libère sur ce qui est sur son passage... Danger mortel ! ¿ ¤ ¥ Allo docteur ??..!!
Elle est passée par ici, elle repassera par là...

Erre : le bateau en route à l'aide des voiles ou au moteur, a de l'inertie, il continuera à avancer après l'arrêt du moteur ou l'affalage des voiles. On dit que le bateau continue sur son erre.
C'est tout simplement son élan. Etant donné que le navire n'est plus propulsé ni par le moteur, ni par les voiles, s'il n'a plus d'erre, il n'est plus manoeuvrant du tout. . Mais que fait le pilote de ce navire ?

Etarquer : tendre le cordage qui sert à établir la voile (par ex la drisse). Cette action permet en déformant la trame du tissu d'en modifier la forme, et son effet au vent.
C'est fou tout ce que ça peut faire comme grimaces une voile ; ça se tire dans tous les sens, ça se déforme, ça se plie, ça s'affale, il suffit d'utiliser le bon cordage...

Etai : câble tendu entre l'étrave et le haut du mât (ou au = 4/5 avec besoin de bastaques ) qui maintient le mât vers l'avant, et permet d'y endrailler(attacher à l'aide de mousquetons) une voile d'avant (Foc ou Génois)
Pareil que pour un mur qui menace de s'écrouler, on étaie le mât... et c'est pas du provisoire, c'est du solide.

Ferler : plier et lier une voile (à l'aide de ferlettes) quand elle a été amenée sur le pont, ou sur la bôme pour la Grand Voile.
On noue des liens tout autour de la bôme pour saucissonner la voile pliée dessus. Avec des flots (n'oubliez pas qu'on est en mer) c'est du plus heureux effet.

Foc : voile d'avant. Il en existe différents types pour l'utilisation dans différentes conditions de vent, ou sur un enrouleur.
Nous, on a même un foc fétiche, il s'appelle "foc Pichon", c'est un type unique en son genre. On l'aime bien.

Génois : voile d'avant qui vient jusque derrière le mat quand elle est bordée. Le génois est généralement sur un enrouleur, qui permet d'en réduire la surface quand le vent monte, et de la ranger rapidement..
Là où y'a pas de gênois, y'a pas de plaisir...

Gîte : quand le bateau penche... sur le coté.
La gîte hélas perturbe quelque peu l'organisation du gîte... Elle y met souvent la pagaille, selon le bord adopté...

Gréement : c'est l'ensemble des éléments servant à établir les voiles. Le gréement courant est composé des cordages et le dormant des haubans et des étais.
Et si on disait que le gréement courant c'est les équipements mobiles du navire ? que le dormant c'est les équipements fixes !

Hale bas : cordage servant à tirer la bôme ou le tangon vers le bas pour en régler la forme. Le hale bas rigide est composé d'un tube télescopique dans lequel un ressort pousse vers le haut, maintenant ainsi la bôme en position horizontale, et du cordage décrit pour tirer vers le bas.
C'est un autre genre d'étai pour la bôme ce coup là. Des fois c'est du solide aussi.

Italienne : nom communément utilisé pour le cordage servant a manoeuvrer un enrouleur. Il s'enroule sur un tambour quand on déroule la voile, et on tire dessus pour enrouler la voile.
Quand on tire sur l'Italienne en jouant du tambour, le Gênois se planque aussi sec...

Ketch : type de gréement à deux mats.
C'est surtout pas le style du bateau de Laurent. Nous on navigue sur un sloop, il ne doit y avoir qu'un mat à l'avant !

Largue : allure de vent de travers
Quand le vent vient de travers, on largue tous les copains qui sont restés face au vent... Salut les régatiers du CVM...

Lofer : amener l'avant du bateau vers le vent. Contraire d'abattre.
Virer de bord face au vent.... c'est loofer, mais c'est pas loufoque même si c'est pas toujours quand on voudrait.

Mille marin : unité de distance correspondant à 1 degré de latitude. 1800 m environ. A l'aide d'un compas on peut ainsi mesurer une distance sur une carte en la portant sur l'échelle des latitudes (nord sud).
Si la conversion marche avec le convertisseur euro, prévenez moi !

Noeud : unité de vitesse. 1 noeud = 1 mille par heure
en prenant quelques milles sur plusieurs heures et un convertisseur euro, vous obtiendrez un sac de noeuds. N'insistez pas !

Partir au lof : quand le bateau n'obéit plus... et remonte au vent. Généralement suite à un angle de gite excessif, dans une survente (accélération locale du vent).
Ce sont les écarts de conduite du pilote automatique mais pas les nôtres....

Pataras : câble(s) entre la tête du mat et l'arrière du voilier.
Encore un hauban sur lequel il faut pouvoir compter, il protège nos arrières celui-là.

Près : allure permettant d'avancer contre le vent en tirant des bords de près...à environ 45° de part et d'autre de l'axe du vent.
C'est la meilleure allure... pour prendre le plus de temps possible pour arriver nulle part... Le charme incontournable de la navigation à voile...

Ris : prendre un ris c'est réduire la surface de voile quand le vent augmente. A cet effet la voile comporte plusieurs oeillets. On laisse descendre la drisse pour la fixer le bas de la voile sur un oeillet intermédiaire. Le tissu libre ne prend pas le vent. On peut le ferler pour que ce soit plus net...
Peu importe les moyens, c'est le résultat qui compte, en l'occurrence réduire la voile pour lutter contre les dangereux effets de survente. Mais des fois, ça suffit même pas....

Se mettre à couple : action d'amarrer un bateau à l'aide de cordages (amarres) parallèlement à un autre, en intercalant des défenses (pare battages). Au port quand il manque de la place, ou pour ramener un copain...
Si c'est Laurent qui le dit... Je suis personnellement peu favorable à l'accouplage.

Sloop : type de gréement à un seul mat. Une Grand voile et une voile d'avant.
Je me demandais si Laurent en parlerais de son type de navire.... pasque c'est çui-là le sien....

Spi : le spinnaker est la grande voile qui forme une bulle à l'avant. Elle est utilisée aux allures de vent arrière.
Appel d'offre : cherche équipier(ère) expérimenté(e) (de janvier à mai 2002) pour test envoi de spi sur Brise de Mer 40 aux Antilles. . Contacter le coucou net.

Tangon : gros tube (espar) maintenu contre le mât. Il écarte le point d'écoute d'un foc ou le bras d'un spi.
Je ne sais pas ce qu'il a Laurent a voir partout des tubes... c'est même pas rond, mais c'est ça quand même.

Tirer des bords: quand on ne peut pas aller directement au point voulu, on alterne les bords. Par exemple si on veut aller pile face au vent...comme on ne peut aller qu'à 45°...
Si on tire des bords, l'allure est au près..... C'est pas le moment de tirer l'italienne.

Vit de mulet : pièce servant à fixer la bôme contre le mat lui permettant les mouvements vers le haut et de gauche à droite comme un cardan ou l'articulation de l'épaule.
appelé ici vide mulet, ou même vice de mulet.... selon les circonstances.

Winch : cabestan des temps modernes. Sorte de treuil sur lequel on tourne un cordage et qui permet de multiplier la force de traction. L'effet de levier et la démultiplication permettent à un équipier de tirer plus d'une tonne à l'aide de la manivelle....
Le winch c'est pour ceux qui ont rien dans les bras et tout dans la tête.... ou un trop gros bateau pour leurs petits moyens...

Mise à jour du 25 décembre 2001