EUROPE DU NORD-CC

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01-06-08 de Velaux à Colmar-Markoholsheim

vendredi 1er juin 018.

Ouh, presque midi, enfin prêts ;  nous voilà engagés dans un contrat vacances en CDI ; ça nous fait tout drôle.

Cap vers le nord mais par des chemins de traverse. L'autoroute vers Lyon; ce serait trop facile... Laurent et moi, on adore la route Napoléon. Pourquoi s'en priver ? Petite pensée pour Alex et Olivier en traversant Manosque. C'est le printemps de Provence. La lavande commence à illuminer les champs. Les rouges, blancs, roses des lauriers débordent sur la chaussée. Il neige des fleurs de peupliers... J'ai l'âme en vadrouille. Sauf que... Une question insidieuse me turlupine. Ami Cyrill'ost, combien de temps je vais me cramponner à mes accoudoirs pour amortir les secouages de route. Aie mon dos, au secours ! (oh les enfants, je mets 2 C à accoudoir hein ?)

A l'entrée du village de Mison (04), nous trouvons un superbe parking, idéalement tranquille.Forcément, il est face au cimetière. La vue sur le village et les ruines du chateau médiéval qui domine est remarquable. Nous y passerons une nuit magnifique.

Mison

Totale harmonie dans notre esprit de vagabondage. Nous arriverons dans le Jura par Grenoble. La N85 nous mène gentiment à Cousance (39) . Un parking tranquille devant le presbytère au pied de l'église. C'est dimanche l'église est ouverte. Une petite ballade en campagne. Nous échangeons un regard prometteur : chiche !

Le temps de repasser au camion, celui de récupérer une ou deux partoches et la flûte traversière. Zut, le bedau ne nous a pas attendus et vient de fermer l'église. Vexés on s'installe pour un petit tour de flûte en plein air, sur la seule marche de l'église. A l'intérieur, c'est mieux, l'acoustique particulier dans la pierre, entre les colonnes et la profondeur de l'espace permet une profondeur de son remarquable. Et la flûte dans cet environnement chante magnifiquement. On croirait de l'orgue mais en beaucoup plus délicat.

Mais dehors, Ravel ou Satie ou  l'Ave Maria de Gounod, ça va fichtrement bien dans le paysage. Total bonheur.

 

Ensuite Je ne sais plus trop pourquoi ni comment, les impros de notre route nous annoncent Le Thillot. Nous sommes donc si près de Ramber ? Si ma soeur savait ça ! Donc je lui téléphone et top-là pour une pause dans son jardin. Soirée intime et inespérée avec Thérèse et Michel. La première excellente suprise que nous n'avions pas imagninée. A vrai dire, nous n'avons pas imaginé grand 'chose donc nous n'avons pas grand mérite d'être surpris.

Grandement étonnés aussi tous les deux  par la neige et les routes inondées au niveau d'Aydoilles. On passe à travers des prés luisants dans lesquels les chevaux broutent, les genoux sous l'eau. Les vaches sont planquées ou rangées à l'étable. Un cheval ça nage mais une vache ?

 

 

Mercredi 6 juin 2018.

Nous entrons en Allemagne au niveau de Markholsheim.  C'est un peu étrange de longer l'Alsace du sud vers le nord de l'autre coté du Rhin. Nous prendons la A5, cap Karlsruhe. Quelle déception. D'accord, les autoroutes sont toutes gratuites de ce côté-ci du Rhin et innombrables. Ben nous on trouve pas ça terrible. On en sort rapidement. D'abord, la qualité de la chaussée est déplorable. Des immenses dalles de béton pas recouvertes. On roule sur les rail des mines du diable, blong, blong, blong.... Une horreur pour mon dos. Ensuite, travaux et accidents alternent et les ralentissements sont réguliers. Un vrai bouchon (quasi arrêt) peut durer 20 km. Pire qu'une panne de vent en mer. Et puis, les poids lourds sont légions et gâchent les paysages. A part ça, de larges portions sans limite de vitesse donc sans radar, ça c'est plutôt bien.  Laurent, pilote très modéré, s'en fiche complètement. Allure tranquille au portant. D'une extrême courtoisie, Laurent reste à sa place et cède le passage à quiconque le suit. Il déteste être poursuivi.

Pfuiiiiiiiiiiiii.......t, à peine le temps de le voir passer, c'est un qui déboule sur la voie de gauche et disparait aussi vite qu'il est passé. Il nous a même pas vus.

PfuiIIt, pfuit, pfuit... tnut, tnut,  c'est celui qui nous dépasse et fait merci en passant. (enfin ça c'est surtout sur les nationales ou départementales)

.../...

06/06/18 de Markolsheim à Hamburg

Mercedi 6 juin 2018..Weiheim - Allemagne.

Plus nous pénétrons dans l'Allemagne, plus la verdure est dominante. Les forêts sont immenses et impénétrables. Pas mal de cultures aussi (céréales et pommes de terre). Pas de vignobles. Peu d'élevages. La Noiraude n'y trouverait pas de cousinage. 

Vers 13h00 nous repérons à Weiheim, un CC parking à l'entrée d'une immense volière dans un quartier très chic bordé d'une belle forêt. On y est tout seul. Trop bon ! Nous entrons dans un monde local incontournable. Partout où nous nous posons, de préférence en milieu de forêt, nous sommes tenus éveillés par du ramage nocturne... qui se transforme le matin en ramage diurne.. ceci vaut bien une flûte sans doute !

La visite de la volière est gratuite, profitons en pour nous y attarder.

jeudi 07/06/18 - N 51°31'16.31 - E 09°55'50.73

Il faut que je trouve une solution pour mon dos que rien ne soulage. Je décide d'adopter la posture Matouyou. (Cherchez pas dans un manuel de yoga, ça n'existe pas) c'est juste en référence à une grande reine de l'Egypte ancienne, épouse du pharaon Séti 1er. Elle trône parfaitement verticale les bras en appui sur ses accoudoirs depuis des millénaires à Karnak... Alors je m'inspire des anciens qui en savait plus que nous dans bien des domaines et je copie.Vous m'imaginez royalement posée sur mon trône camion, façon Matouyou, les pieds à plat, parfaitement dans le prolongement du dos. Rien que d'y penser, je me sens déjà mieux. Vue camion, c'est à dire panoramique. Les routes nationales ou départementales sont presque lisses, les villages magnifiques. Dans les sous-bois, la lumière est rosée. Les sapinières sont chauves depuis la base jusqu'à mi-tronc. L'écorce à vif donne l'impression de saigner. Etrange et un peu angoissant. Une excellente navigation en cours.

Gôttingen est une ville superbe, à la fois vaste et tranquille. Je m'y plairais à coup sûr si je devais y vivre. Pas de rues piétonnes, mais ce n'est pas la peine. La plupart des citadins circulent en bicyclettes et les parkings des vélos sont bien plus encombrés que ceux ces voitures. Nous aimons d'emblée cette ville, un peu gothique avec de belles maisons à colombages, des boutiques riches et colorées. A 11h, un concert de cloches nous déroute de notre circuit pédestre. Pas de clocher en vue. Hé non les cloches tintent le long d'une façade d'immeuble. Un lied de Shubert, rien que ça, avec ce qu'll faut de justesse pour qu'on le reconnaisse et ce qu'il faut d'à peu près pour le son de cloche. Scotchés sur un muret nous avons adoré. Ce qui nous a surpris c'est que les piétons et vélos ont continué de déambuler autour de nous, comme s'ils étaient sourds.

cloches gottingen

Les avenues sont bordées d'immmenses tilleuls dont le gigantisme nous émerveille. Notre petit camion dans un tel espace est un séjour enchanteur. Et toujours le ramage... Une autre étape dans une ferme nous offrira les mêmes petits bonheurs. Et tout ça j'ai oublié de vous le dire, sous une météo de plein été. On s'en fout, on est toujours à l'ombre.

Samedi 09/06/2018 N 53°34'03.00-E 10°01'38.64

Nous voilà à Hamburg. Mégapole de presque deux millions d'habitants. On arrive du sud à travers la zone portuaire. Coucou José. Ici, C'est le royaume de CMA-CGM qui rivalise avec China maritima. Ben dis-donc ! Bon la mégalo-pôle c'est pas notre truc. On prendra le métro pour un bain de vie citadine. On ira admirer la magnifique Rathaus et les berges nautiques qui sillonnent la périphérie. Mais nous serons heureux de retrouver notre petit camion au pied de l'église Sainte Gertrude... impasse au calme relatif à deux pas du métro, mais en bord de rivière et sous les arbres.

Dimanche matin, 9h, on décolle sous une envolée de cloches dominicales de St Gertrude... cap vers le Danemark.

hamburg rathaus

Allo, ami Cyrill'ost, J'ai plus mal au dos. Vive Matouyou. J'adope définitivement.

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11-06-18 Traversée Danemark -Suède

Lundi 11 juin 2018 à 13h50
Nous passons ce que nous supposons être une frontière. Y'a juste une grosse dame en habit vert au bord de la chaussée. Elle a des airs de la reine du jeu de cartes et je m'inquiète un peu. On ralentit. Elle nous fait signe de passer. Allez savoir pourquoi je respire plus librement.
 
Au Danemark, les autoroutes sont toujours gratuites et d'excellente qualité. Pas un seul radar ; peu de poids-lourds; ça c'est du savoir-vivre. Les aires de repos magnifiquement aménagées sont d'une propreté irréprochable, inox à tous les postes, cloisons comprises. En voilà des notions d'hygiène qui me comblent. Un rare confort de navigation.
 
HELSINSINDE - N 55° 22'23.15 ; E 09°36' 51.87
A 16h, nous arrivons sur un parking sauvage en plein champ, bord de mer, semi-sauvage... Impec. Lorsque nous sortons pour nous dérouiller les jambes et la tête, un gros lapin nous attend au bord du pré que nous devons longer pour aller sur la plage. Lorsque nous sommes à quelques mètres de lui, il s'éloigne en quelques bonds et se repose sur son arrière train en attendant qu'on se rapproche. Cet accueil du Danemark nous touche énormément.
La plage est déserte, bordée d'immenses arbres qui ressemblent à des hêtres.
danemark1 odense
Mardi 12 juin 2018 -ODENSE Les jours suivants nous traverserons d'immenses forêts, une campagne vallonnée et très agricole.Des éoliènnes isolées sont éparpillées dans les champs. Beaucoup de panneaux solaires. A Odense la pause s'impose. Nous ferons l'impasse sur le musée Handersen. Laurent et moi nous préférerons  flâner sur le marché . Nous déambulerons avec bonheur dans une ville très calme, rues couvertes de gros pavés. Heureusement peu de circulation hors les sempiternels vélos. C'est une ville peu fréquentée à ce moment de l'année. Mais où sont les 172 000 habitants ?
 
 N 55° 26' 30.83 ; E 10°25' 22.08 _ Stige dans le fjord de Odense est un petit port de plaisance. Les quais sont bordés de petits chalets colorés tout en bois façon cabanon,  mais les propriétaires rivalisent de soins et je serais bien embêtée pour en choisir un. L'espace qui nous accueille est en bord de mer, plage familiale et tranquille. Une étape de rêve.
Nous accédons à l'île de Copenhague par un immense pont absolument étonnant de 20 km de long. Magnifique et angoissant aussi.
- Et si on tombe, y'a pas de gilets de sauvetage dans le camion.
- T'inquiète pas, y'a des piliers, on trouvera bien à s'accrocher en attendant les secours.
Manque de pot, au milieu du pont, il devient suspendu. Un immense fleuve en dessous remue furieusement des eaux brunes. Je serre les fesses.
- Laurent y'a pu de piliers !
- Pas grave tu sais nager non ?
- Déconne pas, j'ai pas mon maillot de bain.
- On s'en fiche, 17° l'air, la baignade n'est pas aurorisée.
 
Nous traverserons Copenhague au rythme autoroute. Pas envie non plus de se tremper dans l'agitation d'une méga-pole... D'autant moins envie de s'arrêter que la circulation est fluide et confortable.
 
mercredi 13 juih 16h15 - 22° grand soleil.
A la sortie du pont qui relie le Danemark à la Suède une vraie frontière est matérialisée. A la sortie du pays, on nous ignore. Quelques mètres de plus, entrée en Suède. Une présentation rapide de nos papiers et même pas un regard dans le camion.
Entrée facile à Malmö. Nous dormirons sur la plage, la ville au nord, un magnifique petit port au sud. Magnifique.Nous voilà sur les traces de H.Mankell, quelle émotion.
 
flute laiodense 2
Jeudi 14 juin 2018. Nous traverserons Göteborg sans nous attarder, encore une ville portuaire trop moderne et trop agitée pour nous. La campagne suédoise est peuplée de régiments d'éoliennes. Elles ont beau afficher des dégradés de vert à la base et des dégradés de bleus clairs à gris vers le haut, elles envahissent l'espace. Le costume camouflage, c'est raté. Au nord de Goteborg, les forêts se vallonnent, des clochers pointus égaient les prés et les champs. Les espaces agricoles et sylvestres alternent. Nous nous sentons aspirés vers la Norvège.... 
Et nous y voilà,
Un joli policier habillé en vert forêt, d'immenses yeux bleus, et un large sourire  m'interroge en anglais.
- Où allez-vous en Norvège ?
 Comme je suis pas douée pour les langues germaniques, je simplifie.
- Je sais pas !
Il insiste, il veut absolument savoir où nous allons. Je réponds avec des mots que je connais.
- Je vais en vacances, quelque part, n'importe où...
Toujours très souriant, l'homme repose sa question à Laurent qui dit le premier truc qui lui passe par l'esprit.
- On va à Bergen.
Nouveau sourire vers moi,
- Votre mari va à Bergen mais vous vous ne savez pas où vous allez ?
Je me mets à rire 
- Normal, je vais là où va mon mari, "he's my pilote"
Le policier se met à rire lui aussi et demande à Laurent,
- Pourquoi Bergen ?
Et Laurent de lui "raconter" dans un anglais que je comprends, (le policier j'en suis pas certaine, mais il fait comme si et paraît même captivé)
- parce que nous sommes déjà allés à Bergen, il y a longtemps... et lui baraguine sa vie d'il y a 30 ans.
Faillot va ! L'homme sourit et nous fait signe de passer. Il ne nous a même pas demandé nos papiers.
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17-06-18 Fredercikstadt-Oslo

jeudi 14 juin 17h. N 59°11'15.35 ;E 11°11' 09.24
Pour notre première nuit en Norvège, Laurent se sent une âme d'aventurier. Il a trouvé sur son application gps préférée (Park 4 free),dédiée au CC, le parking de rêve. Promesse de total isolement. Le Gps nous envoie sur une piste macadam qui se transforme rapidement en piste tout court au milieu des nids de poules (dont certains gorgés d'eau dont la profondeur est difficile à estimer) et des caillasses. Il pleut des cordes, et ça tonne fort. Ambiance tempête. Quel raffut dans la cabine.
- Dis Laurent, t'es certain que c'est une bonne idée de continuer par là ?
- Pas le choix, je peux pas faire demi-tour.
A ce moment là, notre Gps embarqué annonce "accès non garanti" en même temps que se lève d'énormes rafales qui secouent les branches et griffent notre toiture. Je serre les fesses.
- Et l'annonce gps, ça va finir comment ? En sentier de rando ?
- On avisera, pour le moment y'a pas de problème.
Quand Laurent dit qu'il n'y a pas de problème je serais bien sotte de m'en créer. N'empêche que cette piste de forêt qui tournicote et nous chahute dans les ornières, j'aime pas du tout. Une bonne demi-heure de silence angoissé à bord. Laurent reste concentré sur son pare-brise qui devient opaque avec la pluie. Et puis, voilà un grand virage quasi à angle droit. La piste s'élargit, redevient humaine. Je pousse un cri.
- Oh là, là, que c'est chouette, j'adore.
Une belle route au bout de laquelle se dessine un petit port de plaisance. Les eaux sont grises et de gros creux agitent les moutons qui festonnent la surface. Le ciel est noir de tout noir. C'est saisissant. En même temps j'en mène pas large. Où serons-nous à l'abri ? Laurent se gare face au quai, face à la mer, sous des rafales de vent annoncée 8/9. Je vous garantis que nous si nous profitons d'un spectacle grandiose, on profite aussi d'un joyeux roulis à bord.  Et ça me plaît moyen. D'autant moins que la pluie se met à déverser à grands seaux.
- Laurent on pourrait avancer un peu, faire un quart de tour, se garer parallèle au quai, pour se mettre face au vent. Je serais plus tranquille.
Laurent rigole.
- Tu crois qu'on peut verser dans la mer...
- Ben, je sais pas, mais j'aime pas ce roulis.
Il se gratte le menton, observe l'écume qui s'est formée sur notre plan d'eau... Finalement se met au volant. Manoeuvre que nous ne regretterons pas car le petit camion se stabilise et le vent s'il ronfle fort sur le toit ne nous chahute presque plus. En face de nous un quai isolé avec juste un voilier amarré en longueur et une barge en bout de quai. Sur la barge un beau chalet quasi neuf.  La belle maison de bois sur sa barge est fort malmenée avec le vent de travers.
Laurent observe un brin goguenard.
- Elle est belle sa maison, mais c'est pas un marin le mec. S'il croit que ses amarres vont résister...

barge
Il est vrai que ça ressemble plus à des fistrouilles qu'à des cordages qui se tendent à fond et se relâchent avec une inquiétante violence. Même pas d'amortiseurs prévus. Quant aux taquets, on pourrait y retenir un vélo en toute sécurité mais une maison de bois de 40m2 ?
Bien entendu, un premier taquet explose et les fistrouilles volent sur le pont de la barge. Le mec sommairement emballé dans un burnous immense jaillit de son carré. Un vai modèle de viking. Les cheveux très clairs et très longs, une longue barbe... Le burnous ne tardent pas à lui battre les chevilles et vole dans tous les sens en envoyant des gerbes d'eau autour de lui. Son menton dégouline. Il met en route son moteur hors-bord pour lutter contre les poussées du vent. Et court d'un bout à l'autre de la barge. Je crois bien qu'il sait pas trop quoi faire. Le pôvre, le voià en grande détresse. Laurent se demande s'il serait judicieux d'aller le conseiller.. Pas le temps de bouger. Trois grosses voitures arrivent en catastrophe. Des agents du port en sortent emballés dans des cirés à toute épreuve. Le chef reste dans la voiture. (normal ?) Les quatre autre affrontent la tempête, s'arrêtent au mileu du quai. Héroïques les mecs. Ils observent et papotent très indécis pendant que le voilier à son tour se met à chahuter follement. Pendant ce temps le mec inondé de tous les côté, s'improvise un autre amarrage. Des fois j'ai ce genre de problème avec des bouts de laine emmêlés. C'est pour ça que j'ai abandonné le tricot. Finalement, l'un des agents sautera héroîquement à bord du voilier pour sécuriser les amarres. Mais pour l'homme à la barge, il se débrouillera tout seul.
Quelle belle et bonne soirée à terre pour nous autres. Y'a pas à dire, mais la mer déchaînée, elle est excellente à terre.

Le vent se calmera dans la nuit et nous ferons une autre étape dans des endroits plus sauvages mais plus calmes aussi.Le ciel sera nettement plus clément. Le plus remarquable à Frédérikstadt (au bord de la Gomma). Une ville formidable construite sur plusieurs îlots que l'on peut visiter de bout en bout avec une navette fluviale gratuire qui fonctionne comme un omnibus. Une merveille de liberté.

frederickstadt

Dimanche 17 juin 2018- 11h. N 59°57'56.80 E 1O 40'00.40 -15° OSLO A l'entrée de la ville, un panneau nous annonce un péage assez élevé dont j'ai oublié le montant, vu que nous n'avons pas passé de portique automatique pour payer. Nous avons compris plus tard que c'est une sorte d'octroi de terre, qu'il convient de régler lorsqu'on veut s'arrêter en ville, quelle que soit la durée du passage. Comme nous n'avons pas trouvé de "caisse" à priori la facture nous sera adressée à Velaux. Cette facture nous y attendra si jamais elle arrive avant nous.
Dimanche à Oslo, que du bonheur; pourtant il pleut des cordes. Nous sommes parqués dans un quartier très chic sous une allée d'immenses tilleuls à 1km du "sentrum". Pour échapper à une pluie torrentielle nous ferons pause dans une "cafétéria" locale pour une salade de saumon exquise accompagnée d'un immense bol de "café au lait" pure lavasse.. mais chaude. Nous avons adoré la ville d'Oslo, large, aérée, à la fois moderne et reposante. Différents musées dont celui de Munch mérite le détour, un immense espace socio-culturel résolument moderne et très agréable. Quelle chouette ville. Quand à la demeure royale c'est surtout un parc sympathique et des gardes qui jouent leur parade devant le royal escalier entre deux averses.

 

Ce que je voudrais dire de ces premiers jours en Norvège c'est que nous apprécions énormément, la gratuité des autoroutes et la qualité générale des routes. Nous avons aimé ne pas rencontrer de bouchons, de déambuler dans des villes où peu de voitures circulent. Nous trouvons partout des aires de pique-nique sympathiques proches des villes ou en rase campagne avec souvent des sanitaires irréprochables et toujours chauffés.
Nous rencontrons beaucoup de véhicules allemands, de rares hollandais, pas l'ombre d'un français à part nous et aucun véhicule du sud de l'Europe. Les norvégiens sont déconcertants. Ils vaquent, précoccupés uniquement d'eux mêmes. Je me suis étonnée que personne ne réponde jamais à nos saluts. Vous savez sur les sentiers, dans les lieux de relative intimité, on dit bonjour nous... Eux ils entendent même pas. C'est comme si on était transparent.

AÎe aîe... Non plutôt, Haye-Haye, c'est le bonjour traditionnel, mais ça ne parche pas plus que HI, ou Hello...

Par contre si on les interpelle, (au moins deux fois pour qu'ils réagissent), alors là, ils font de réels efforts pour nous comprendre et répondre à nos interrogations. Ce sont donc des personnes fort courtoises mais leurs règles de civilité diffèrent vraiment des nôtres. Et partout nous sommes accueillis avec de grands sourires. Mais faut se dépatouiller avec l'anglais, que tous pratiquent avec plus ou moins de bonheur... Avec leur accent local, on n'est pas toujours certains de ce que nous comprenons. C'est une rigolote gymnastique intellectuelle. Laurent sympathique avec les allemands que nous croisons. La question incontournable des allemands, c'est :

- vous êtes mariés à une francaise ? (comme si c'était incongru, et même pas il dément, le bougre)

ou quand ils réalisent qu'il est français,

- comment ça se fait que vous parlez si bien allemand  ?
-  Parce que je chante les lieder de Schubert.

 

 

21-06-18-Konsberg, vallee Numedal

numedal bandeau

jeudi 18 juin 17h30 . N 59°39'57.87 ;E 09°39' 00.93- 17h30  
Nous avons trouvé un super espace sur la place de la Mairie de Konsberg. Pays des mines d'argent pendant plus de 300 ans. Nous visiterons bien entendu le musée dédiée à tout ce travail. Nous y rencontrerons une dame charmante qui prévoit de venir nous rendre visite à Velaux. C'est notre premier contact avec une personne du pays. C'est aussi la première personne qui connaît un peu de français. J'espère vraiment que nous la reverrons chez nous.

Elle nous a conseillé la visite de la mine. Nous ferons donc un détour de quelques km pour nous embarquer à bord du petit train ouvrier de l'époque. (la mine a été fermée en 1958, en faillite) C'est un train miniature, des strapontins en ferraille fort rustiques, une lampe minable au plafond. Y'a pas la hauteur sous barreau, nous sommes donc contraints de nous assoir. Nous sommes quatre dans notre wagonnet. C'est un peu le train de la mine du diable. On ne voit rien du tout et pendant 3 km à travers les boyaux on se laisse secouer comme des pruniers dans un bruit infernal.(vivent les boules quiès dont exceptionnellement Laurent va faire usage). Tout de suite le froid nous mord de tous les côtés (6° annoncés 300 mètres sous terre). Nous débarquons sur un quai approximatif, enroulés dans nos polaires. Le guide débite son discours dans un anglais très nordique et à toute allure. On ne comprend pas tout mais ça nous donne quelques repères sur 5 km de boyaux, escaliers, échelles... une rude promenade mais passionnante. Quelles installations !

lau mine

Notre étape suivante sera notre première église en "bois debout-stavkirke". L'une des plus ancienne (1242) à Heddal.heddal

Nous flânerons dans le musée de plein air pour nous perdre entre les maisons rustiques et antiques en bois, dont les toits de terre herbeuse sont toujours très prisés par les constructeurs modernes. Faut dire qu'elles ont de l'allure avec leur toit d'herbes coupées en brosse. Quelquefois un arbuste y dresse un épi de verdure. Je suis émerveillée par ces maisons.

Les villages sont beaux avec tous ces chalets souvent noirs dont les rives des toits sont peintes en blanc. Lorsque les bois sont blancs, les rives sont bleues. C'est magnifique et nous en ferons moults photos.
Une autre nuit dans un village très rustique. Nous dormons au pied de l'église au mileu de prés troués de tourbières qui feraient le bonheur de nos amis Danièle et Dominique. La rivière y jette les joyeux reflets du soleil. Les boutons d'or en solarium illuminent les prairies. Quelle vie de rêve nous menons là.

 

 

kaprina

Et je vous présente modestement la maison de mes rêves.

Pendant 3 jours nous serpenterons dans la vallée du Numédal, à travers prairies égayées de lupins sauvages, les peupliers et bouleaux immenses. Les forêts d'épicéas se trouent pour nous permettre d'admirer la Lagen qui fuit à travers toute cette débauche de verdure.

Uvdal

Après Uvdal encore une aire de nuit idéale, Holmsvegen. Nous entamons ensuite la grimpée du massif montagneux. Les stations de ski, villages de montagnes aux maisons noires bordées de blanc dans la profondeur des sommets, immage saisissante; Au sommet, 1100 mètres, la température chute à 8° sous le soleil. La forêt se raréfie, bouleaux rachitiques et torturés par le vent. Roches et broussailles. C'est un pays rude et sauvage. Nous ne croiserons ni rennes, ni élans. Quant aux ours pour répondre à Jean Jacques, on ne les a vus que dans certaines vitrines et empaillés...

Ambiance totalement différente à Ceilo, devant le stade. Espace dédié aux entraînements des champions de ski biathlon. Une grande piste de tir carabine qu'entoure un circuit d'entraînement à la vitesse. Les athlètes se poursuivent sur des skis à roulettes en poussant sur leurs bâtons de ski. C'est assez déconcertant.

jeudi 21-06-18 - Heidfjord, assez proche de Bergen. N 60°28'11.18 ; E 07°04'17.21
C'est bien beau les merveilles de la montagne; Mais 8° au réveil ça donne envie de traîner sous la couette. Nous décollerons après un petit coup de chauffage dans la cellule. Montée à 1300 mètres, neige résiduelle servie sur des plateaux de roches.
Descente de la nationale 7, sur une fascinante corniche prisonnière d'immenses falaises qui bordent le fjord. Une multidude de cascades déboulent des sommets. Notre route souvent débouche dans d'interminables tunnels de 5 à 2km de long, en colimaçon quelquefois. C'est un peu étrange ces tunnels qui tournent en rond...   A l'arrivée, sur le quai en face de nous, Un gigantesque navire de croisère du genre qui terrorise un modeste voilier qui ferait route au milieu de l'atlantique... a déversé ses centaines de passagers perdus dans les boutiques.

Au bout du quai, des ouvriers montent le bucher qui sonnera officiellement le début de l'été et donnera lieu à la grande fête nationale de fin du printemps, "midsommar".

geilo

Ici donc c'est l'été, la température à 14h est de 12° avec un grand soleil.

Et moi, je vais faire ma deuxième lessive. Prochaine étape, Bergen.

 

23-06-18 de Bergen à Kristiansund

bergen

SAMEDI 23 juin 2018 Norheimsund - N 60°22'05.99 - 06°08'33.05
renovation bateauSur cette route commence un circuit qui durera quelques journées très exotiques... alternance de corniches, de falaises, de forêts et de prairies ... et de tunnels, de tunnels, et de tunnels. Ils sont étonnants ces tunnels. On peut y trouver des ronds points... de vrais colimaçons dans le ventre de la montagne. (le plus long fait 8km, mais la moyenne est de 2km) Les sorties révèlent des paysages majestueux avec des cascades qui déboulent sous la neige. Ils sont gratuits et fort commodes pour passer d'un fjord à l'autre. A Norheimsund, nous passerons de longues heures enchantées dans l'atelier de rénovation des bateaux anciens. C'est une sorte de musée dans lequel on déambule au milieu des ouvriers, des machines, des carcasses de bateau plus ou moins en état. Des quais sont aménagés qui permettent de monter à bord de certains d'entre eux.

DIMANCHE 24 JUIN 2018 BRATLAND - N 60°21'09.00 - E 05°26'11.18
bergenCamping à 16km de Bergen qui permet d'éviter l'octroi de terrre et de reprendre contact et commodités de vie citadine. Nous avons choisi notre séjour à Bergen un dimanche (comme pour Oslo) Pluie intermittente mais ça ne nous gêne pas trop. Il ne fait pas froid. (17°) avec de belles éclaircies. Nous achetons un "pass" chacun, qui nous permet de circuler en bus et tram jusqu'à 20 km autour de Bergen pour 5 € pendant 24h. Et on ne s'en prive pas. La belle ville de Bergen, si proprette, si calme, si sage... Comment elle est dans ses quartiers "nord" ? On a zoné un peu partout, quartiers chics et moi chics. Les immeubles sont plus ou moins cossus, les rues plus ou moins claires, mais c'est toujours propreté extrême, calme et sagesse. Pas de fadas en deux roues, pas de graffitis, pas de poubelles qui débordent, peu d'animaux et toujours en laisse. Bergen, et ses jolis quais propices à la flânerie. Un vrai bonheur de retrouver cette ambiance. Nous avons été surpris qu'en vingt ans, le marché aux poissons soit devenu un tel espace touristique. C'est plus animé que dans notre souvenir, moins secret ....
Nous avons déambulé une totale journée, transports en commun ou à pieds... Un vrai bain de vie citadine.

Du lundi 25 juin au 30 juin 2018, nous continuerons notre route vers le nord.
Il est peut-être temps d'une confidence. Vous ne devriez pas être trop surpris si vous nous connaissez bien. Au printemps, nos amis, Patricia et Yann, nous ont transmis de bonnes cartes et des tas d'infos concernant ce type de séjour en Norvège. Nous avons adoré nous pencher sur tout ça. Nous n'étions pas certains de pouvoir partir mais nous en avons grandement rêvé grâce à eux. En mai nous avons été "débordés" et nous avons rangé toute cette doc avec l'intention de reprendre tout ça un peu avant notre départ... Les journées se sont enchaînées trop vite. La veille de partir on n'était même pas certains d'être prêts ! Je n'avais pas eu le temps de passer la serpillère, ni de sécher nos draps..! Et nous sommes partis.
C'est lorsque nous avons passé la frontière Suède que nous avons réalisé l'ampleur du problème. Nous avions laissé toute la doc à Velaux. Nous avons acheté une carte de l'Europe du Nord en Norvège... et c'est tout ce que nous avons comme repère (les très grand axes routiers) et le GPS garmin dédié camping car. Par je ne sais quel miracle, il y avais le guide vert de la norvège dans la boite à gants. C'est avec ça qu'on avance, au p'tit bonheur la chance !
Vous devez bien vous douter qu'on adore cette manière de naviguer comme le vent nous pousse... On rate probablement des trucs mais on trouve de si bonnes surprises aussi. Ainsi nous passons d'un fjord à l'autre, on entre dans des vallées qui montent en altitude. Les sommets se pèlent, couverts de lichens étincelants sous le soleil. On pique-nique les pieds dans la neige. Des descentes vertigineuses nous ramènent le long des prairies et des forêts que bordent d'immenses bras de mer. Les cascades et les torrents sont terribles, d'une violence inouie.
Quelquefois un saut en ferry, nous permet de capter l'air du large.
La meilleure info du jour cest pour Voss, pas très loin de Bergen. Un atelier annonce vente de gaz... On s'arrête. Nous pouvons y remplir notre bouteille de gaz (il en restait 5kg sur 15kg) soit 10 kg pour 80 €. Nous allons pouvoir penser consommation eau chaude et chauffrage sans restriction. Notre petit camion frise l'opulence.

ferryEt pour varier nos émotions : notre premier passage ferry, une dizaine de véhicules font la queue, deux voies recommandées pour deux destinations au départ de Vangsnes, soit Helle, soit Dradvik; on choisit la file de Drakvik. Navigation d'un bon quart d'heure, le ferry acoste à Helle. Depuis le pont supérieur, j'observe tous ces mouvements et la longue ondulation des véhiculent qui débarquent à cette escale. Mais ça me paraît bien long tout ça. Et d'un coup, je repère à la sortie du ferry un bus qui était devant nous et tout de suite derrière notre petit camion qui suit docilement le troupeau. Pas de doute, je reconnais Laurent au volant,le regard droit devant lui. Mais c'est pas là qu'on doit sortir ! Les moteurs du ferry se remettent à ronfler, mince alors on va repartir. Me voilà bien.Je me précipite dans les coursives, me paume, me cogne à des portes closes. Je rêve ou le ferry a bougé ? Où c'est que je vais le retrouver Laurent ? J'ai même pas mon portable pour communiquer. Je perds encore de précieuses minutes à me tromper d'escalier et finalement débouche sur une autre plate-forme extérieure. Coup d'oeil dehors. Les voitures finissent leur petite ronde pour revenir au ferry et se mettre face à la sortie qui sera par l'arrière à la prochaine escale. Et je vois, oh miracle, Laurent dans son petit camion qui finit sont tour et revient dans la file des entrées...

Les traversées fjords sont très différentes de l'une à l'autre. Quelquefois on slalome entre des milliers de petites îles couvertes de lichens, la côte est archi-plate, et très découpée. C'est sauvage et désertique. J'aime bien. Quelquefois les rochers sont plus impressionnants et les ports plus habités. C'est toujours très chouette.
 
Quant aux aires de nuit, on choisit souvent les remparts d'églises. Les croix du cimetière en demi-cercle comme un troupeau obéissant les cernent. Et toujours l'eau du fjord qui ouvre l'horizon. On y est la plupart du temps tout seuls. Et nous avons toujours un peu de mal à quitter ces mouillages extraordinaires.

C'est sur ce circuit que nous choisirons la route "atlantique" avec ces quatre ponts défiant l'espace. Une sensation inoubliable sur le plus vaste de ces ponts au dessus de l'atlantique dans une boucle énorme qui donne le vertige. Emerveillement et pétoche irrationnelle mélangés. J'adore !

Dimanche 1er juillet 2018
Nous posons nos roues à Kristiansund. Un grand port dédié exclusivement à la pêche. Le long des quais nous guettons le départ des bateaus qui partent pour leur campagne en haute mer. Ils sont équipés de monstrueux canons à harpons destinés aux baleines. J'ai détesté ces engins de mort. Mais le départ majestueux de l'équipage m'a quand impressionnée. Là encore c'est à pied que nous prospecterons pour un resto (que finalement nous trouverons trop cher). Laurent voulait goûter le bakalao local... (ragout de morue, tomates et pommes de terre, bof !) Ce sera pour une autre fois

01/07/18 de Kristiansund à Trondheim

Ddimanche 1er juillet 2018- Kristiansund - 10h30 -20 °

Nous quittons la ville pour un nouveau circuit en bordure de la mer de Norvège. C'est une région sauvage, quelques chalets isolés toujours imaculés et souvent avec leur jolis toits d'herbe qui dressent leur crâne coupé en brosse vers le ciel. Un arbuste incongru sur la toiture lui fait comme un épi récalcitrant. Je ne me lasse pas de ces toits modestes. Mais pas toujours. Ils sont quelquefois très vastes, avec d'immenses terrasses qui les entourent. Des mulititudes d'îlots plats sont semés tout le long de la côte. Puis le paysage  change, nous entrons dans une zone très pastorale. Moutons et vaches y broutent une herbe grasse imprégnée d'ambiance marine; Les forêts sont superbes. Epiceas et Bouleaux dominent.  Les fermes sont à l'image de toute l'architecture locale, immenses et très belles Si ce n'est par le nom et la taille des fenêtres, on aurait du mal de dire quel bâtiment est habitation, lequel est grange ou écurie. Les pelouses sont parfaites d'un vert doré éblouissant. Les engins agricoles garés autour trahissent l'activité de ces belles demeures.Ce qui nous amuse Laurent et moi, la plupart du temps emmitouflés dans nos polaires ou nos pelisses, c'est que les gens d'ici depuis quelques jours, dès le premier rayon de soleil aussi discret soit-il, se baladent en short et en tongs, maillots sans manches, et sans le moindre frisson. Nous sommes épatés. En même temps, on s'y fait à la fraîcheur. Si la température se maintient à 12 ou 13°; à contidition que le vent nous glace pas le nez, on se sent très bien, avec nos vêtements d'hiver.

Lundi 2 juillet 2018 Joyeux anniversaire Dorine, 14 ans, que de belles années en perspective. Nous avons beaucoup de choses à partager encore.

Trondheimm - N 63°22' 41.88 - E 10°18'4 0.31 Stade sports d'hiver. Quel bel espace, nous nous y cacherons au bord d'une forêt. Les équipements sont grandioses, immense piste d'entraînement au biathlon,(carabine et patins à skis)  stade de saut à ski avec de vastes tribunes, des multitudes d'espaces dédiés à l'entraînement et à la gym. Les enfants, les familles, les sportifs aguerris avec quelquefois de vrais allures d'atlhètes se partagent ces ateliers de travail pour le corps. J'imagine l'effervescence et la population en plein hiver. Quelle folle ambiance promise ! Nous on se contente de déambuler et de flâner à travers la forêt ominiprésente. Nous avons beaucoup aimé cet environnement. Mais c'est pas ça qui va nous faire du muscle.
musee musiqueMais surtout Trondheim, c'est le plus fascinant musée que j'aie jamais fréquenté. Musées des instruments de musiques. Quatre heures ne sont pas de trop pour détailler chaque quartier des grandes salles qui exposent une multitude d'instruments de tous les coins du monde et de tous les gabarits. Un enchantement. Avec possibilités de les entendre. Ensuite un guide nous a conduits dans les appartements du musée avec une belle histoire de la musique en Norvège à travers les périodes politiques et économiques. Dans chaque salle, il se mettait au clavier et nous gratifiait d'une partition en live (clavecin, piano-harpe, piano forte, piano mécanique). Pour clore cette visite vivante nous nous sommes attardés dans les fauteuils du "jardin musical". Grande terrasse sur le jardin botanique annexée au musée, une tablette individuelle et casque à notre disposition pour écouter de la musique liée à l'histoire du musée et aux musiciens qui l'ont fréquenté ou aux instruments présentés. Un enchantement ! Le passage qu'il ne fallait surtout pas rater.

Jeudi 4  juillet - 2018. N 63°4156.31  E 11°05'00.78- grand soleil - 17° à 9h00
Nous avons quitté la E6 qui relie Trondheim à Narvik pour nous échapper par une transversale (la 17) qui va nous mener d'une île à l'autre...Face au fjord, option camping. bordure de forêt. presque seuls au monde... total bonheur !  Nous sommes toujours surpris de traverser le pays par des routes peu fréquentées, à quelques camping-car près, mais bien moins nombreux qu'en France. De nous caser dans des abris isolés ou des campings vastes, d'une propreté irréprochable comme partout dans le pays, et quasi-vides.

chapeau perceNous sommes partis à pied pour débusquer le "chapeau troué".Torghatten" Monstrueux rocher, que l'érosion à laminée de l'intérieur. Une immense cave s'est formée. Elle est trouée au fond, gigantesque fenêtre ouverte sur la mer.  Il faut crapahuter à travers les chutes de cailloux et de roches. Un sentier grossièrement repéré où on se tord allégrement les chevilles. Y'a intérêt à être bien chaussé. Puis le sentier se stabilise, ça grimpe sec mais stable. Un peu d'eau apparaît. Puis tout un torrent qui s'est trompé de circuit et envahit la terre. Bain de chaussures assuré. Pourvu qu'on continue pas à la nage... ! Les caillasses réapparaissent et la grimpée de plus en plus ardues recommence. Losqu'apparaît la cave, j'abandonne Laurent qui se lance à travers les rochers hostiles. Moi, je me trouve un gros rocher (avec dossier) plein soleil et face à la mer fort accueillant. Quel fascinant spectacle. L'express côtier croise au fond de la baie et moi je rêve.  Autour de l'île, j'imagine toute une population de vikings très blonds, vastement chevelus, broussailleux et fiers. Ils chahutent sur le pont de leur majestueux drakkar qui tire un large bord pour éviter la grande île qui s'étale au milieu de la baie. Peut-être veulent-ils rejoindre Bronnoysund. A bord de petites embarcations, les pêcheurs locaux les maudissent. Une femme agite avec fureur son espèce de palme en rosaux qui sert à rabattre le poisson. ça braille, ça crie, ça fulmine et ça rigole;  Que j'aime ce pays !

Jeudi, 5 juillet 2018.
Un vrai ciel d'été, 23°, grand beau temps sans vent. Pendant que Laurent prépare les photos à vous poster dans les prochaines pages, je fais un rapide tour vers une belle plage de sable. Première journée maillot de bain et trempage en mer.Je vous jure que c'est vrai. Ce qui est vrai aussi, c'est que j'ai tout juste trempé le bout des fesses. Y sont fous les nordistes de se mouiller dans ce bain glacé. Toutefois, j'imagine tout à fait Annette, de l'eau à mi-cuisses, qui s'asperge le haut du corps et se mouille en poussant des petits cris heureux.  Hein que tu l'aurais fait ?

Le temps va se rafraîchir dans les jours qui viennent. Mais c'est pas ça qui va tuer notre enthousiasme. Nous nous retrouverons après quelques passages ferry, en route vers Narvik.

 

Au p'tit bonheur la chance.

 

05/07/18 de Leland à Bodo

mer

jeudi 5 juillet 2017 - N 66°03'42.78  E 12°57'21.11  Une pause enchanteresse àl'église de Alstahaug, mais l'ambiance parking macadam ne plait pas à Laurent. Nous nous embarquons dans un circuit impro à travers des petites routes qui passent d'un village à l'autre en bordure de fjord. Nous ne sommes ni inquiets, ni pressés nous savons que la nuit ne tombera pas. Bravo pour notre persévérance. Nous dénichons au bord d'un tout petit port l'endroit inattendu et idéal. Nous sommes à Leland. Il est 23h. A peine avons-nous calé le petit camion que le vent se met à souffler en rafales et soulève une belle houle dans le port. Mais le reste de cette nuit de plein jour sera très calme;

port leland

Nous quittons Leland (leidfjord) 12h15 11° ciel gris gros nuages noirs qui glissent en ronde autour de nous. Encore un étonnnant tunnel de 10 km qui nous guide dans le ventre de la montagne. A 4 km de l'entrée, un panneau signale que nous changeons de commune. QUel soulagement la sortie à travers champs de lupins et bouleaux, lacs et tourbières. La montagne riante et fleurie d'un coup se minéralise; Les bouleaux et les sapins se rabougrissent écrasés sous des éboulis de roches. Gris, noirs et rouilles, d'autres images, d'autres couleurs pour un monde qui passe aux couleurs polaires d'été.

18h00 - température 9° latitude N 66°33', ligne virtuelle du cercle polaire. Une vaste étendue complètement minérale, les montagnes arrondissent leur dos sous le vent glacial. Malgré le soleil on se pèle. QUelle importance, ce site symbolique est fort sympathique. Pendant trois heures, nous foulerons cette terre pour la seule fois de notre vie très certainement. Alors je me remplis les yeux et je respire fort cet air exceptionnel. Je suis aussi fort troublée de penser que nous sommes à 6 km de la Suède. Peu de touristes. C'est super.
21h, ce serait bien de se trouver un coin tranquille pour la nuit.
Nous enroulons dix kilomètres de pierrailles, univers désolé et aride. Et d'un coup les remparts se relèvent, le monde sylvestre réapparaît. Nous longeons une rivière.
- Laurent t'as vu le clocher là en haut.
- Non, est-ce que je dois virer de bord ?
- Oui, tout de suite à tribord allez fonce...
Nous quittons le bord de rivière; cap sur une belle église, son sympathique cimetière en bordure de forêt, isolé du village... Encore un coin idyllique.
ROKLAND N 66° 57' 48.32 E 15°18'41.58 _ 12°
lau
Trois heures du matin dans ce Rokland aussi isolé qu'idyllique...
- Laurent, est-ce que t'as vu un pré avec des vaches quand on est arrivé ?
- Non, mais elles m'ont réveillé avec leur cri bizarre.
- Une vache ça fait meuh ?
- Ouhais, celles-là elles feraient plutôt mah ah....
- Oh là, là, d'où elles sortent ces vaches ?
- Elles ne sont que deux à se faire la conversation.
- J'ai jamais vu de troupeau à deux vaches.
- Et puis, y'a pas de pré dans le quartier, juste le cimetière et la forêt.
- écoute, leur modulation, c'est pas une modulation de vache ça.
- Non, c'est trop grave et trop guttural,
- Peut-être qu'elles ont l'accent scandinave ?
- Tu trouves pas que ça ressemble à des plaintes...
- Si, tu crois que ça vient du cimetière ?
- Non, je crois pas aux revenants, et au trolls non plus.
- T'as raison ça vient de loin. Ecoute bien, ça vient du fin fond de la forêt ça.
- Et si c'était des orignaux ? (clin d'oeil  pour Patrick)

samedi 7 juillet 2018
pont mer

C'est un grand jour, nous avons décidé de faire la traversée depuis Bodo pour atterrir aux sud des Lofoten Moskenes...Quatre heures de ferry. On change de monde très en douceur. Les falaises qui bordent le fjord tombent à pic dans la mer. C'est impressionnnant et magnifique. On s'éloigne de ce monde immense. Le ferry slalome entre des chapelets d'îles. Le chenal est bien balisé mais je trouve qu'on frôle d'un peu trop près des hauts fonds très visibles... Vivement la pleine mer. Le nez au mer ferry

vent glacé mais que m'importe. C'est avec un profond bien être que je retrouve les couleurs, les mouvements et les odeurs du monde maritime. Total bonheur sur le pont à l'avant du bateau, seule avec l'homme de ma vie.

 

09-07-18 lofoten Midi ou Minuit ?

soleil minuitsamedi 7 juillet, Moskenes - Lofoten

A peine débarqués, nous prenons le cap d'un village de pêcheurs, c'est le nom de lieu le plus court qui puisse exister "A" avec le point rond, accent scaninave. Je l'aime bien ce point. C'est celui que font les poètes sur le i quand ils s'appliquent à faire de jolis graphismes pour nous.. "A" C'est aussi le bout de la route qui traverse toutes les Lofoten.  Un agréable hameau de pêcheurs. Les séchoirs à poissons s'alignent dès l'entrée du village. L'odeur lourde de la morue séchée nous déchire les narines  bien avant les premières maisons. Quelques "rorbuers" ont été rénovés, voire construits de neuf, et sont loués en saisonnier. Les rorbuers sont les abris de pêcheurs, leur modeste lieu de vie. Les moderniser et les louer aux vacanciers, c'est probablement plus juteux et moins ingrat que la pêche à la morue. Quel étonnant village, au rythme d'un temps révolu et au rythme de la modernité. J'ai adoré. Nous avons beaucoup aimé nous y perdre.

Dimanche 8 juillet 2018. Aujourd'hui ce sera "cocoon.net" à "A" -  N 67°55'42.20 E 13°05'03.35

Il tombe des cordes, il fait froid... 9° sous la pluie, c'est un temps hivernale. Mais à bord du petit camion l'ambiance est douce et feutrée. On écoute de la musique, on baigne dans la tendresse et la conscience que rien ne presse et que nous sommes si bien là où nous sommes. C'est le bout des Lofoten, un petit bout d'éternité.
sechoir
Lundi 9 juillet 2017. départ 10h15 - 12° soleil voilé.

Des nappes de nuages mobiles flânent au milieu du ciel. Après une courte pause à Reine, capitale des Lofoten, très touristiques, nous prenons une route littorale inattendue. Les eaux sont turquoises avec des reflets d'or. Les prairies bordent la route et les moutons, agneaux et brebis s'attardent sur les bas côtés. Les plus jeunes se roulent sur le macadam au péril de leur vie (ou de la nôtre). Ah la belle insouciance de la jeunesse !

Lundi 9 juillet 2018 - plage de Flakstad. 16h - 15° N 68° 06' 04.83   E 13°14' 54.69
On commence à croiser plus de monde sur la route, les immatriculations allemandes si elles restent majoritaires, se partagent la route avec des Finlandais et des Norvégiens. Les Français et les pays du sud de l'Europe toujours aussi peu représentés. Nous avons toujours grand choix de stationnement pour le petit camion. Nous avons choisi un emplacement sur un rocher qui domine une magnifique et immense plage de sable blanc déserte à la sortie de la ville. La mer y est toujours turquoise. Une brise glaciale nous rougit le nez et nous n'avons guère envie de nous y tremper. Mais nous flânerons avec bonheur sur la plage. Puis nous reviendrons à notre hébergement un peu plus haut, sur ce rocher qui surplombe la baie, balcon de luxe pour notre premier soleil de minuit. Nous y serons très à l'aise pour regarder tomber le soleil dans la mer. Il devrait bien tomber car c'est une soirée peu nuageuse juste un peu très haut dans le ciel. l'horizon à 20h est parfaitement dégagé et il fait presque doux. 15°.

villege
A 22h, les nuages se sont effilochés et s'étalent sur la ligne d'horizon. On ne sait plus trop où commence le ciel ni où s'arrête la mer. Le soleil est encore un peu haut dans le ciel. Il n'est pas assez nord. Hé oui, ici le soleil se couche au nord... On décide d'aller faire un tour sur la plage, puis de regarder un film, histoire de tuer le temps. Vers minuit, le soleil a disparu derrière la barrière des nuages et de sympathiques filaments rouges, oranges et jaunes s'étalent à l'horizon. Plus le temps passe, plus cette lumière devient intense. Puis elle s'atténue.  Nous sommes restés un long moment songeurs, dans l'attente... A une heure du matin, la lumière recommençait à monter au dessus de la ligne de nuages... la mer et le ciel se sont fondus l'un dans l'autre, le jour se levait...
Pour avoir la chance qu'il se réalise, il parait qu'il faut faire un voeu entre le moment où le solei disparait sous l'horizon et celui où il réapparait. Et si c'était vrai ?
dragon
Mardi 10 juillet 2018 -11h 12° soleil. Nous reprenons la route vers le nord. Notre première pause sera à Nysborg. Un lieu réputé hautement touristique, une vraie fumisterie. Un village de Rorbuers reconstitués, tous neufs, avec des faux ateliers et des faux pêcheurs. Mais surtout et c'est bien le pire, aucun parking accesssible et une pagaille monstre pour sortir du piège de cette petite route. En plus il faut payer pour entrer dans le village alors que les vrais villages sont semés tout le long de la route, gratuits et sympathiques d'accès.

Par contre nous nous arrêterons au musée des Vickings et ça c'est un véritable enchantement. L'espace est immense avec des sentiers à travers les prairies. Des hall d'expos sensationnels qui retracent l'histoire et la vie des Vikings. Des ateliers ouverts avec mise à disposition de l'outillage. On peut donc si on le souhaite se bricoler un truc en bois, en cuir, en tissus, en laine... on peut même tenter le métier à tisser... Pour les gamins c'est une découverte extraordinaire. On y passerait la journée en un clin d'oeil. L'entrée au musée permet aussi un "tour" dans un bateau viking rénové avec juste une voile carrée comme moyen de propulsion. Juste douze passagers. Ah ça, j'ai adoré. Quel pot, y'avait du vent et du soleil. Au près, (oui, ça peut remonter au vent ces engins là) ça faisait frais mais au largue c'était génial. Trente minutes c'est peu, mais c'est bien chouette.

Mercredi 11 juillet 2018 Walberg N 68°12'13.88  E 13°

peche
Nous voici ce soir en camping paradis. Au fond d'un fjord, en prairie, très peu fréquenté et fort confortable. Vie de luxe pour vingt quatre heures. ça aussi j'adore !

 

24-07-18 - vestferalent-Narvik-Kiruna (S)

bandeau

mercredi 11 juillet 2018 - capmping Valberg - 16h45 - soleil- 14°
Le temps est magnifique. 24h dans un camping de rêve en fond de fjord. Nous avons pris le temps d'un grand ménage à bord. Le petit camion comme Laurent et moi, est tout pimpant. Prêt à reprendre la route.Nous montons toujours vers le nord des Lofoten. La route s'ouvre devant nous, tranquillement. Allure de croisière depuis plus d'une demi-heure.
- Laurent, t'as pasl'impression qu'on a oublié quelque chose ?
Pas de réponse.
- Dis Laurent ?
- Si, je réfléchis.
Et comme un seul homme on éclate de rire, mais c'est bien sûr. Nous avons laissé dans la sécheuse cinq kilos de linge qui tournent toujours dans le tambour. Demi-tour dès que possible. On entre dans le camping "incognito" sur la pointe des pneus. Ouf le quartier des laveuses-sécheuses est désert. On récupère nos effets avec soulagement, parfaitement secs pour une fois. Et on repart mine de rien.
kabelveg, petite ville dynmique et port de pêche animé avec une sympatique place bordée de bars et de commerces. Au moins deux bars, ce qui est opulent car les bars sont très rares dans ces coins là. Nous déambulons à pied, à la recherche du stationnement idéal pour la nuit. Y'a vraiment le choix
phare
A la sortie de Storvagan, une petite route nous intrique. Elle est balisée "musée des Lofoten". Nous remontons à bord pour voir ça de plus près. Il est dix-huit heures le musée (plusieurs bâtiments face à la mer nous donnent envie de pousser les portes). Bien entendu tout est fermé à cette heure tardive. Nous resterons en bout de l'immense parking pour une nuit tranquille dans un désert de bitume. Le musée tient ses promesses. Un aquarium vraiment bien équipé avec découverte de tous les poissons qu'on peut croiser (pêcher) en mer de Norvège. Les uns plus étonnants que les autres. Ce qui me permet de répondre à certaines de vos questions.Ici le poisson roi est la morue. Ce sont de gros poissons qui sont mis à sécher sur les palissades de bois dressées dans le moindre village côtier. (photo du mail précédent)  Ces poissons séchés sont ensuite traités et expédiés pour commercialisation. La morue que nous achetons fraiches chez nos poissonniers, nous l'appelons cabillaud. Mais c'est le même poisson.
Différents bassins permettent aussi d'observer des phoques "domestiques" qui tournent inlassablement en rond, se pourchassent et cabriolent. Un immense bâtiment plus didactique avec infos sur la pêche et jeux interactifs est le royaume des enfants. C'est vraiment une visite à faire avec eux, ou sans eux.
 

Vendredi 13 juillet 2018 - 11h - ciel couvert à 90°- 11°
Après une nuit à Fiskebol. Nous quittons notre stationnement sur le port intime et très calme. D'immenses plages de sable blanc avec toujours cette mer émeraude en fond d'écran. Et les raides falaises brunes qui longent la route. Alternance de tunnels. L'un, plus de 4km est annoncé. Une pente vertigineuse descend dans ce boyau. Le Gps perd le contrôle. Du coup le petit camion s'envole. Nous dépassons un randonneur encapuchonné sous son poncho plastique. (hé oui, il y a un bas-côté pour les vélos et les piétons) Vous imaginez quatre kilomètres de marche dans ces conditions. Heureusement pour lui, à part nous, y'a pas un chat. Le marcheur nous regarde débouler d'un air effaré. A la sortie de ce tunnel le paysage a radicalement évolué. De beaux champs de fleurs que la mer lèche inlassablement; Les montagnes à tribord se sont couvertes de prairies vertes. Les cascades réapparaissent. Les moutons cramponnés aux parois quasi verticales broutent, puis relèvent le museau, le regard perdu au bout de l'océan. Le soleil un peu négligent a oublié des taches de neige dans les plis des roches. Pas sérieux son ménage de printemps.
A l'entrée de l'île d'Andoya un pont vertigineux se dresse vers le ciel. Oh là, là ! Laurent, vas-y mollo ! Nous déboulons dans une île sauvage, des côtes déchiquetées, un bord de mer magnifique. C'est le  plat pays. Les falaises en recul ont arrondi leur dos pour laisser la place à des prairies fleuries. Une débauche de couleurs qui s'étalent entre les rares maisons.
plage
Samedi 14 juillet, Andenes. 16h00.
On ne peut pas aller plus loin. Nous sommes au bout des Vesteralen.  C'est le départ de choix pour les safaris orques et baleines. Et les annonceurs pullulent; Beaucoup plus de touristes et de campings-cars. D'autant plus que c'est aussi une escale depuis Tromso ou plus court pour l'île d'en face. Ici c'est le paradis des oiseaux. Ils nichent dans les moindres toitures qu'ils fientent allégrement. Et le ciel pullule, les nids ont couverts les tuiles et rebords de fenêtres. Leurs cris quelquefois nous déchirent les oreilles. Mais moins que les cigales à Velaux. En début de soirée, nous décidons d'aller faire un tour sur le port. Il faut donc s'engager sur la jetée. Nous devons dépasser des entrepôts. Sur les rebords de tuiles,des sortes de sternes, avec leurs belles ailes d'hirondelles, et des mouettes,  volent en cercles plus ou moins élargis.  C'est la patrouille de protection des familles. Nous nous arrêtons pour les admirer. Le cercle descend vers nous, nous aussi nous les intriguons. Et puis les piaillements deviennent plus stridents. Alerte générale. D'un coup, on ne sait pas comment, une cinquantaine de volatiles nous tournent autour d'un air très menaçant ; nous sommes  pétrifiés. L'un d'eux plonge sur Laurent, ses pattes frôlent son crâne. D'autres oiseaux plongent à leur tour. Laurent se jette au sol, terrassé par une attaque de vickings ailés. Il semble souffrir anormalement. Je m'approche, je l'aide à se relever.  La guerre continue au dessus de nos têtes en plongeons effrayants. On les chasse à grandes brassées. Mais ça leur fait pas peur. Laurent s'appuie sur moi et le plus vite qu'on peut, on quitte ce lieu maudit. Quelques enjambées plus loin, le calme revient. Nous sommes sortis de la zone agitée. Laurent s'appuie contre les rochers pour reprendre ses esprits. Il m'explique qu'il s'est emmêlé les jambes en agitant les bras (???) pour protéger sa tête. Mais c'est son genou gauche, le fragile forcément, qui a pris le choc. Pendant qu'il m'explique tout ça, nous nous faisons dépasser par un homme d'allure athlétique, en short et tenue sportive, qui court en petites foulées régulières. Torse bombé, épaules en avant, ventre et fesses rentrés. Quelle allure ! Le monde lui appartient à celui-là. C'est fantastique de le voir foncer si confiant vers la zone danger. Lorsque l'homme se rapproche de la "maternité" des oiseaux, la dizaine qui tourne en cercles réguliers commence à pousser des cris aigus et de plus en plus puissants. Une armada d'oiseaux arrivent du sol et d'autres coins du ciel. Ils sont bientôt une cinquantaine. Et leur cercle se concentre. Les piqués se lancent contre l'homme qui doit connaître le phénomène. Moins bête que nous, il ne s'arrête pas. Il rentre sa tête dans les épaules, et pique un sprint remarquable ; ça c'est du sport ! En quelques instants, l'homme et les oiseaux ont disparu, hors les patrouilleurs qui reprennent leur ronde de surveillance.
mouettes
Nous rentrons à bord fort secoués mais le plus dur est à venir. Lorsque Laurent découvre son genou, il a doublé de volume et il est amoché. Il s'allonge, je lui prépare un sac de glaçons, un doliprane (c'est tout ce que j'ai à proposer). Pendant qu'il se détend je fais un saut à la pharmacie, puis à l'office du tourisme... Tout est fermé et demain, c'est dimanche. Faudra faire avec. Lorsque je reviens, Laurent ne peut plus poser le pied par terre. Nous voilà bien. Nous décidons de rester là, jusqu'à lundi. L'endroit est calme, face à la mer, on aurait pu tomber plus pire comme lieu de réparation.

Jeudi 19 juillet 2018 - Holnvater - N 68°32'01.67- E 17° 16'40.07
Nous avons fait de très petites étapes en mode économique ;ça va pas fort pour nous deux. Probablement que j'ai fait un faux mouvement en voulant relever Laurent. Depuis trois jours je marche comme si j'avais mille ans. On se partage le doliprane; quelle fine équipe on fait. Mais le genou de Laurent a repris figure humaine et c'est le plus important. Depuis, nous avons fait de courtes et sympathiques étapes.

NYKSUND - village de pêcheurs très isolé et intimiste en pleine évolution. Les maisons abandonnées sont en rénovation et dans peu de temps ce sympathique endroit reprendra vie sur le mode touristique; Pour l'heure, il est vrai qu'il a l'authenticité des villages abandonnés mais un rien tristounet malgré son site remarquable. Génial pour y passer la nuit, face au soleil de minuit.
16-07im 217 - 207nyksund
Aujourd'hui nous sommes en mode champêtre. Au bord d'un lac, en lisière de forêt. Les endroits que j'aime par dessus tous les autres. A une trentaine de km de Narvik, qui sera notre dernière étape en Norvège d'où nous rejoindrons la Suède, (une cinquantaine de kilomètres) à la découverte d'un autre monde à la vitessse croisière que nous aimons. Le genou de Laurent enfle de nouveau. Quant à mon dos, il ferait mieux de se faire oublier. Cap sur Narvik.
peche

vendredi 20/07/18 Narvik "Sentrum"
Nous arrivons un peu tard, un parking à deux pas du centre, vaste ou nous pouvons nous isoler juste en dessous de l'hôpital. Moral en berne.

Samedi 21/07/18 Journée hôpital pour différents examens. L'accueil est chaleureux mais les attentes aussi longues que chez nous. Un cauchemar. Le diagnostic aussi; Laurent souffre d'une facture de l'os du genou. Plâtre. Rendez-vous lundi pour rencontre avec le radiologue et le chirurgien. On passe sur ce week-end pourri par la pluie et notre moral qui fait semblant de sourire.

Mardi 23/07/18. un peu au sud de Kiruna (Suède)
Laurent doit prendre son mal en patience. Pas d'opération à faire d'urgence mais question à reposer à notre retour. Nous devons faire de nouvelles radios dans 15 jours, là où nous serons. Le platre a été remplacé par une orthèse amovible qui lui permet de se doucher, presque confortablement; il a aussi investi dans des cannes anglaises hi-tech à pointe au cas on on serait pris dans la neige. Imaginez la vie dans un camping car que nous avons oublié d'aménager pour handicap. Quelle funeste erreur ! Comme toujours dans les cas extrêmes nous adoptons l'attitude totale complétude. Donc je deviens pilote (si vous me connaissez, vous imaginez mon enthousiasme !!!) et Laurent en limitant ses mouvements prend en compte la vaisselle et la cuisine...  mais surtout et c'est essentiel, le "copilotage" En cela il excelle. Avec son orthèse, il peut modérement marcher, on fait des petits tours quasi sur place. Question route, on se pose ici et là, pour un jour ou deux et on repart. Ca se passe super bien.
On joue aux échecs, à Pyramide, on jase, on boit l'apéro... C'est pas tout à fait l'ambiance des dernières semaines, mais nous profitons d'excellents moments. Savoir que rien ne nous presse nous remplit d'optimisme. Les vacandes continuent...
Traversé du parc national un peu avant Kiruna. Le petit camion se retrouve nez à nez avec un troupeau de rennes. Ils broutaient gentiment le bas-côtés. Et la lubie leur a pris de traverser devant nous au moment où nous passons. Je me suis arrêtée subjuguée. Ils nous ont regardé sans s'émouvoir. Un bébé, scotché avec les yeux dans les phares du petit camion dévisageait le pare- choc puis il nous a tourné les fesses.

Donc en en résumé,comme dirait Voltaire, (et c'est pas sa faute) tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Vous bilez pas, on a retrouvé une pêche d'enfer et on fait de nouveaux projets adaptés à nos nouvelles conditions de vie.

Bises à vous tous. Merci pour vos messages. Nous y sommes toujous très sensibles. JanouB

24-07-2018 départ Narvik- retour Suède

Mercredi 24/07/18  Gällivare - N 67°04'34.42    E 21°19'53.20

gallivare
Première journée de conduite, faut que j'vous raconte ça :
Je déteste conduire une voiture quelle qu'elle soit, ça nous le savons tous. Mais à quel point je déteste, vous ne pouvez guère l'imaginer. Quel mot serait assez puissant pour évoquer mon inquiétude ? Pourvu que je casse pas le petit camion de Laurent !  Rigolez-pas, il est petit ce camion mais camion tout de même. Pourtant, je me sens anormalement maîtresse de moi, dès que j'ai mis le contact. Après tout, sufit d'avancer en faisant atttention à tous les pièges de la route. J'ai du pot car les routes ici comme en Norvège sont très peu circulantes. Pour ce qui est du fonctionnement du véhicule, j'ai quelques soucis. Pas de rétro intérieur. Ce qui me gêne grandement car la visibilité à droite est quasi nulle lorsqu'on débouche ou croise une route. L'autre souci, c'est que, depuis pas mal de semaines, j'ai perdu mes lunettes de vue. Et c'est définitif. Donc je vois flou en vision intermédiaire et je vois rien du tout de près. Bon de près, j'ai pas trop besoin, jai repéré la position des aiguilles utiles et les couleurs. En intermédiaire avec effort, j'arrive à lire les gros chiffres. De loin (ouf!) j'y vois presque normalement... J'ai un autre problème qui amuse Laurent ou le terrorise, ça dépend des moments.Effet probable du stress, je ne désynchronise pas mes gestes. (Ne me demandez pas comment je fais au piano ?) Donc si je me gratte la joue gauche, le petit camion part à gauche, si je tourne la tête à droite, le petit camion part à droite... Forcément, je suis tellement stressée que je cramponne le volant comme une bouée de sauvetage. Tanguage est ici fort associé au roulage. Et le vent n'y est pas pour grand'chose. En plus, les concepteurs de cette mécanique ont eu la sotte idée de faire descendre le frein à main jusqu'au ras du sol. Le siège étant surélevé (les siège avant sont montés sur pivot et font office de fauteuil séjour aux escales) je dois quasiment me coucher sur la portière gauche pour descendre à fond le frein... C'est pas la meilleure des positions pour mon dos... Et je couine de temps en temps. Vivent les démarrages en côte. Je me réjouis d'avance et en attendant je reste lancée sur cette belle route qui file vers la Laponie.
Laurent est d'une zéniture remarquable. On avance avec modération. (trop vite à son gré... ?) Le premier circuit de plus de 200 km m'a permis de prendre en mains et en pieds, l'engin. Maintenant nous faisons des étapes plus courtes et je me sens plus à l'aise. Je ne tangue plus et je ne cale plus... Le petit camion et la légendaire patience de Laurent m'ont apprivoisée. Je dirais même qu'une réelle complicité s'est établie entre nous trois.

foret laponeEt puis au bout du chemin, je sais qu'il y a toujours l'escale. comme disait notre ami Serge, l'escale, c'est qu'il y a de meilleur dans la navigation,  En pleine forêt lapone, Laurent a trouvé un super espace détente, en bord de rivière. Au bout d'une piste à ornières mais je négocie ça pas trop mal. Immense, pas de manoeuvres compliquées pour se ranger. A distance respectable deux caravanes fermées. Quel bel endroit pour se ressourcer. Au réveil mauvaise surprise. Lorsque Laurent se lève, sur sa jambe, sous l'orthèse, s'étale un immense bleu qui couvre jusqu'au bas de sa cheville. Pas beau et préoccupant. Mais les piqures anti phlébite provoquent peut-être ce phénomène. D'accord mais si ça s'aggrave, paumés ici, on fait quoi ?
- J'ai pas mal, donc tout va bien.
Il détend un peu les scratches de chaque lanière de l'orthèse, histoire de limiter la compression. Le soir c'est le haut de la cuisse qui est tout bleu. Je ne suis plus tranquille du tout. C'est dangereux des vaisseaux qui pètent comme ça, sans un cri ? Nuit d'angoisse. Je me lève plusieurs fois pour m'assurer que Laurent respire normalement, qu'il n'est pas fiévreux... et observer sa jambe. Ce jour n'en finit pas de mourir et de se lever, une vraie nuit blanche. Au lever, la situation s'est stabilisée. Pas de nouvelles traces d'explosions sous la peau.
- Peut-être qu'il faudrait appeler le médecin de Narvik pour avoir son avis ?
- A distance, par téléphone, s'expliquer avec notre anglais scolaire et son anglais scandinave. Ou là là ! Déjà que c'était dur face à face.
- T'imagine, s'il faut baisser les doses de l'anticoagulant. Où c'est qu'on a va trouver une nouvelle prescription dans ce coin aussi merveilleux que perdu ?
- En plus, comme c'est moi qui pilote, on s'en sortira pas. Quand on sait où on va je galère, mais si je sais pas où on va alors là !
- Alors on fait quoi ?
- Le mieux ce serait que tu te poses, que tu bouges pas et ce soir on avise.
Mais nous ne sommes tranquilles ni l'un, ni l'autre. Ni le torrent qui nous envoie de si jolis signaux, ni la forêt qui murmure son silence ne nous apaisent. En fin d'après-midi, je me prépare un thé, Laurent observe les bulles de son eau pétillante. C'est pas la joie à bord
- Et si j'appelais notre médecin de Velaux pour lui demander son avis, au moins on parlerait la même langue.
- J'sais pas. A cette heure tu vas le déranger en pleine consultation. En plus il va même pas savoir de quoi tu parles. Comment veux-tu qu'il te conseille ?
- Oui, mais il aura un avis médical au moins. Et si j'appelle à un autre moment, il sera en visite ou chez lui. Je le dérangerai toujours.
J'hésite, je sais pas quoi dire à Laurent; c'est vrai, nous avons confiance en lui. Si ça tourne mal, je suis certaine qu'il nous dira vous auriez du m'appeler. alors ?
- Alors essaie, tu verras bien.
Comme ce fut simple et bénéfique. Notre médecin étant abonné de "coucounets" et les ayant lus, il était tout à fait au courant; Tout de suite très rassurant. En gros une fracture de la rotule ça guérit bien. Quant aux bleus c'est ce qu'il y a plus normal. Pas de quoi s'affoler. Le genou désenfle, pas de fièvre et marche tranquille avec le soutien des cannes anglaises. Tout va bien... Le temps est avec nous... Merci mille fois, ami Docteur, pour ce soutien optmiste. Nous en avions grand besoin à ce moment là.
A peine retrouvons-nous notre joie de vacanciers, que de grands cris nous attirent dehors. Une sorte de géant a longue barbe broussailleuse, âge indéfini car il marche avec difficulté et pas très droit, mais autour des yeux la peau est lisse, rose et jeune. Le regard clair et pétillant. Il s'empare d'un de nos fauteuils et nous ordonne de nous assoir. C'est quoi ce molotru? (Je reste debout vu que nous n'avons que deux sièges). Il pose trois bières sur la table et un limonadier très jolimnent décoré d'un gros poissons bleu et or. Je cherche des verres. Je m'assieds sur le marchepied du carré. Et là on se coltine pratiquement deux heures de délires plus ou moins éthyliques, plus ou moins paranos, affreusement machos, dans un anglais très approximatif arrangé en suédois, voire en allemand... Une horreur ! Il se prétend artiste. Laurent toujours poli :
- Vous peignez quoi ?
- Surtout des femmes.
- Ah bon, c'est chouette.
- Oui, je peins des vagins...
J'ai poussé un cri. "oh Non !"
Il a rigolé,
- c'est ce que je peins, mais chacun voit ce qu'il veut.
Moi, je vous le dis tout net, dans les coins paradis de scandinavie y'a pire que les ours à craindre. Laurent inébranlable faisait de louables efforts pour essayer de suivre et faire dériver les échanges sur des terrains moins troubles. Pas moyen. Finalement je me suis levée, me suis adressée à Laurent en français.
- Laurent faut qu'on y aille, tu dois marcher un peu avant le repas.
Laurent a traduit. L'artiste m'a regardée d'un air moqueur. Il a continué tranquillement à siroter son fond de bière, déblatérant sur Hitler et Trump, et les femmes (cherchez le rapport ?) avec de grands gestes désordonnés et en entonnant un thème nazzi. Mort de rire par moment, pour je ne sais quelles inepties qui tournaient en rond dans sa tête.
J'ai mis mes chaussures, j'ai tendu ses cannes à Laurent et la main au monsieur. Il a enfin compris. Il a fait silence. Il s'est levé pour nous saluer. Il a remercié Laurent pour la gentillesse de son accueil et il a disparu vers sa caravane à l'autre bout du terrain. Pauvre homme !
Nous avons fait quelques pas dans la forêt, jusqu'à un sympathique pont de bois. Nous avons entendu des hurlements, des cris à peine humains. Notre visiteur faisait-il une crise personnelle, des vocalises ? Pas rassurés, nous sommes rentrés à bord. Nous avons roulé notre auvent, plié notre tapis de sol. J'ai rangé les tables et les chaises extérieures et nous nous sommes rapatriés dans le carré. Prêts à un départ précipité au cas où. Après une nuit tranquille, nous avons quitté ce magnifique endroit.

02-08-2018- à travers la Suède Lapone

caribou
    
vendredi 27 juillet 2018 -Morjvarv - N 66°01420;20   E 22°41'10.13
Nous avons repassé le cercle polaire. Moins impressionnant que de l'autre côté, par la Norvège. Mais toujours des forêts d'épicéas, des lacs, une route très belle. Mais souvenez-vous, je suis au volant, les yeux scotchés au delà du bitume... Alors le paysage, c'est plus trop mon truc. Je veux détecter la moindre ombre qui évoquerait un renne car nous en avons retrouvés sur notre route. Les chemins de forêt sont balisés de leurs petits tas de crottes. Ils zonent dans notre coin, les caribous. Ils sont aussi à l'aise sur cette nationale que les cochons noirs dans les routes montagneuses en Corse. Infestées de moustiques aussi. On s'est fait mordre tous les deux par ces bestioles carnivores qui nous rappellent les vilains maringouins des Laurentides au Québec. Sales bestioles. Cette escales là est pourtant la plus belle de toutes les escales de ce voyage. Au bout d'une large piste, d'environ un kilomètre, une allée royale à peine cabossée. Elle aboutit à une large place de sable dur. Entourée de forêts, au bout du monde. Ici, je peux me sentir calme et en vacances. Trop belles ces claires forêts. Les sapins sont maigres et poussent par paquets. Ici, une maman semble prendre son petit dans ses bras . PLus loin un alignement de quatre ou cinq arbres parfaitement droits prêts à avancer en ordre serré. Ailleurs un attroupement de jeunes arbres un peu en désordre comme des enfants qui joueraient dans la cour. Ne manque que le ballon. Ou là encore, des arbres plus touffus en rond qui font papotage comme des femmes sur la place du marché. Et les traces de rennes à quelques pattes de notre petit camion. Tout un monde ici. Le sol est tapissé de myrtilles et de caillasses. Laurent y fait des petits tours pour marcher mais aussi pour se régaler. Le bonheur tient à si peu de choses.

Mercredi 1er aout 2018 - Torefors - N 65° 53'18.31  E 22°40' 49.13
fluteEncore une bien belle pause. Encore un long bout de piste. Encore un site parfaitement isolé et quasi désert hors quelques pêcheurs et six baigneurs qui quitteront les lieux en fin de soirée. Nous voilà en bordure d'une forêt de bouleaux, face à un bras de la Baltique. Ambiance caribou. Un ponton désafecté, site idéal pour Laurent qui n'en revient pas. Au premier lancé, magistral faut bien le dire, un esprit malin cramponne courbe sa linge et la retient. A l'approche un immenses brochet se torille en happant le vide. Notre chance c'est quatre jeunes gars, à peine arrivés avec leur combi qui sont venus aider Laurent a récupérer la bestiole. Ils avaient une épuisette, eux. On a partagé cette jolie prise avec des garçons plein d'enthousiasme en route depuis Angers vers la Norvège qu'ils venaient de quitter et sur la route de la Finlance puis de la Russie... Un bien beau projet.

brochet
Demain cap sur le camping,proxité de Luléa. C'est le temps de la laveuse-sécheuse. Y'a des impératifs comme ça auxquels nous ne pouvons échapper. Ce qui me permettra d'envoyer ce message.
Ensuite nous prendrons la route du bord de mer... en camping sauvage. Faut savoir de quoi elle a l'air cette Baltique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

07/08/18 golfe de Botnie

Nord de la Suède - Golfe de Botnie
Moron
Mörön N 65°29'01.69 E 21°57'32;04
Il y a maintenant quelques semaines que j'ai pris en main le petit camion. Nous nous sommes complètement adoptés mutuellement et avec Laurent nous formons un sympathique trio. Je me suis familiarisée au ronronnement du moteur et mon oreille perçoit avec plaisir ses différentes modulations. Finalement, je crois bien que j'y prends goût au pilotage de ce petit camion.
La route que nous pratiquons est une voie rapide style scandinave. C'est à dire qu'elle est à quatre voies ou à 3 voies, limitée à 110 km/h. Sauf que, à proximité des villages, elle est croisée par des transversales. La vitesse tombe à 70km/h voire 50 et ça repart. Certains panneaux dangers nous permettent d'imaginer de cocasses situations. .. Les icônes fréquentes d'un moto-neige ou celle d'un skieur en plein élan qui pourraient débouler d'un layon transversal, nous enchantent. Celui du renne en plein élan n'est pas différent de celui qu'on peut trouver sur nos routes forestières, à ceci près que chez nous, l'icône est un cerf... Fort étonnnant aussi des arrêts de bus en bord de voie rapide. Et régulièrement des espaces de retournement, la barrière de sécurité médiane est interrompue ce qui permet de faire demi-tour sur la voie rapide. Autrement dit, faut s'attendre à quelques surprises. Ce qui est génial et que j'apprécie énormément, c'est qu'il y a peu de monde qui circule; c'est d'un confort remarquable.
Et puis l'autre aspect qui va ponctuer tout ce périple au bord de la Baltique. C'est que nous quittons la voie rapide, pour nous engager dans des espaces de rêve mais... qui se méritent. Accessibles par des pistes plus ou moins chaotiques et qui nous posent quelquefois de sérieux doute; Auquel cas, on se pose provisoirement et on prospecte à pied. C'est ainsi que se concrétise ce merveilleux espace de Mörön. Bord de plage, qu'il ne faut pas rater si vous passer par là. Agréable diversion, Juste un tout petit port de canots locaux fort discret.
           
 canots
En bord de Baltique, la mer à peine aussi large que l'étang de Berre est bordée tout le long d'une multitude d'îles ou îlots peuplés d'arbres immenses. Une forêt s'imbrique dans l'autre. J'imagine une partie de cache-cache fabuleuse en canot à travers ces murailles vertes. La côte a du mal d'atteindre la pleine eau. Les joncs, les graminées ont envahi les bords et cachent de jolies petites criques de sable fin. Nous aimons longer cette côte, cannes anglaises et bâtons de marche à la main. Des sentiers sauvages nous ouvrent de sympathiques chemins dans l'herbe.
Nous traversons une forêt de bouleaux dont les pieds baignent dans l'eau saumâtre, puis notre chemin débouche sur l'immense prairie qui protège des habitations. Chaque résident à construit son débarcadère et son accès personnel à la mer. On passe ainsi d'un espace parfaitement sauvage à un espace parfaitement aménagé. Aucun signe ne permet de distinguer où commence la propriété privée. La nature est à tout le monde. A un moment, au débouché d'une forêt, nous avons perdu le layon qui traversait. Un homme ramassait du bois à proximité de son cabanon. Il nous a fait signe pour nous montrer où reprenait le chemin à travers sa propriété... Ainsi se partage librement l'espace dans ces beaux pays scandinaves. Ici, nous avons visité un minuscule musée qui retrace la vie des chasseurs de phoque. Il y a une centaine d'années, c'était le gagne-pain des familles locales. Une grande barque évoque les moyens rustiques de survie de ces pêcheurs-chasseurs, qui partaient en plein hiver pour plusieurs semaines avec très peu de moyens. C'était une longue barque à rames, ils partaient à cinq ou six. Pour dormir et se protéger du froid polaire, ils tendaient une toile au-dessus du fond du bateau. Tout se passait à l'extérieur. Des gamelles rudimentaires et une bouilloire en alu. Des tonnes de vêtements épais pour survivre au froid. S'il est vrai que la chasse aux phoques était barbare, elle ne faisait pas de cadeaux non plus aux humains. Et je frissonne encore en imaginant la cruauté de leur vie de misère à ces pauvres chasseurs. L'été ils vivaient de leurs potagers et d'un peu d'élevage.

foret carbousLes rennes (caribous) font aussi partie du paysage. L'hiver ils vivent dans les forêts côtières tout à fait librement. Il n'y a plus de troupeaux sauvages (nous a dit la conservatrice du musée);tous les animaux sont bagués. Lorsque la glace commence à fondre sur ce bord de Baltique, ils quittent la côte à la nage et se réfugient dans les îles voisines où ils passent l'été. C'est pourquoi on les croise sur les routes, et c'est pourquoi la trace de leurs passages est aussi visible dans le moindre layon.

vendredi 10 aout 2018
10-08-18 Lövsele- N 64° 17' 57.75   E 21°17'50.21
Encore un endroit exceptionnel dont Laurent a le secret. Une longue piste très chaotique sur plus de 5 km à travers une forêt bordélique. Jusqu'à un étroit sentier juste à la largeur du petit camion. Mais nous le savons tous, désormais, je maîtrise le volant et ne doute de rien. Hardi petit, on louvoie entre les branches qui fouettent le toit.
Laurent n'aime pas trop et au bout de deux kilomètre hasardeux nous décidons d'aller jeter un oeil à pied.... Bonne surprise. Il ne nous manque que quelques tours de roue. Nous débouchons sur une immense clairière avec la plage qui s'offre en contre bas. Encore un endroit de rêve qu'il ne faut pas louper si vous aimez les espaces sauvages et solitaires. Notre campement ici est idéal. Trêve estivale de quelques jours pour permettre au genou de Laurent de se solidifier en toute sécurité. Laurent a décidé de laisser un peu vivre librement son genou blessé et se débarrasse de temps en temps de l'orthèse. Mais les cannes le stabilisent et le rassurent.
Les 9 aout (St Amour) et 10 aout (St Laurent) sont pour nous depuis des lustres des dates que nous chérissons et festoyons. (Olivier et José s'en souviennent-ils ou bien était-ce juste important pour nous ?) Repas aussi joyeux que traditionnel : dés d'avocats salés en apéro, côtes de porc aux fins épices, mitonnées de concombres rissolés, crème de curry, et riz dorés échalote. Dessert : Magnum aux amandes... en prime dans nos verres, un rioja prestigieux soigneusement préservé pour l'occasion. Vu qu'il tombait des cordes, notre sympathique journée a gardé longuement son intimité. Le grondement de la mer déchaînée confondue avec le souffle rauque du vent dans les sapins... Oh là, là là, que c'était bon tout ça !
poudlardPlus tard, nous profitons d'une éclaircie pour déambuler à travers les sentiers. La forêt sous la brume a des aspects fantastiques, quelque peu abandonnée. Des arbres morts s'appuient sur les troncs vivants. Leurs écorces couvertes de lichens et de mousse sont décharnées. D'immmenses tapis de myrtilles s'éparpillent entre des bosses de fourmilières. Des monceaux de roches couvertes de mousses se disputent la terre avec la forêt. Parole, nous sommes entrés dans la forêt interdite de Poudlard. Dans une clairière, une énorme roche plate couverte de lichens blancs aurait pu accueillir le bal des licornes. Un énorme buisson de framboises sauvages nous a donné rendez-vous pour demain.

Vous nous imaginez tous les deux, l'un sur ses cannes anglaises, qui envoie vers l'avant sa jambe raide, l'autre, le dos de traviole, appuyée sur son bâton de marche. Et tous les deux fort heureux de cheminer étroitement l'un contre l'autre.

Oh là, là que la vie est bonne pour nous dans ce pays.

framboise

Laurent n'hésite pas à tomber les cannes pour se perdre dans les myrtilles où il fait de longues pauses pendant que je ramasse des framboises pour notre diner.
Depuis que nous dormons en bordure de bois ou de forêt (et proximité de la mer, n'y change rien) nous avons entendu souvent ces cris étranges qui nous avaient perturbés dans les fjords. Toujours vers 2h ou 3h du matin, au moment où la clarté du jour s'annonce en clair-obscur. Cette nuit, cet espèce d'appel animal a frôlé le petit camion, mais nous ne sommes pas assez vifs au milieu de la nuit...

 

15-08-18 Golfe de Botnie, pays des forges

15-08-18 - Park skuleskogen.
skolen park
                                                                      
Laurent a décidé de reprendre le volant. Tentative de pilotage. Nous ferons un petit périple à partir d'Uméa pour rejoindre le Park skuleskogen. Parc national formidable. Une fois bien posés, nous ferons à pied un sentier parfaitement balisé au coeur de la forêt. Mais après deux kilomètres confortables des caillasses et une descente un peu violente décourage Laurent. Même avec ses deux cannes anglaises, il ne veut pas prendre le risque; Je le laisse donc sur les rochers et me lance avec bonheur dans la descente. Je déboule en haut d'un escalier de bois. Trente-huit marches quasi verticales qui plongent dans un sentier. La forêt est très dense, l'obscurité est totale. L'appel de la forêt est puissant. Je m'engage avec délices dans cette descente vers le noir, la totale protection. C'est trop bon, ce silence, cette pénombre est apaisante. Environ deux kilomètres, le sentier s'aplatit. Je sors de la forêt et je m'arrête scotchée par le panorama. Une immense plage bordée de forêts, de sable fin joliment rose, un calme souverain... Tout au fond de la baie, à peine visible une toile de tente. Plus loin au large, deux jeunes amoureux chahutent dans l'eau qui leur arrive à peine aux hanches. Je me pose le temps d'un doux rêve. Lorsque je remonte vers le sentier, une grenouille solitaire appelle avec enthousiasme. J'ai longuement profité d'une remontée au ralenti pour m'imprégner de toutes ces sensations qui font le bonheur de mes jours.
pont bois
18/08/18
J'ai repris mon rôle de co-pilote et j'aime bien aussi. J'ai aussi retrouvé avec enthousiasme ma posture Matayou. Je voyage beaucoup plus confortablement. Laurent a retrouvé l'usage de ses deux jambes. Il prend d'extrêmes précautions et je trouve ça très rassurant. De ce point de vue, il est beaucoup plus sérieux que moi... Ce qui explique qu'il n'ait plus mal au genou et que je continue à grimacer à cause de mon dos...
Nous avons fait de bien belles étapes sur cette route le long du golfe de Botnie. Il y a des multitudes d'endroits où se poser en toutes libertés. Nous avons aussi visité de sympathiques petites villes, Nordingra,Harnosand, Sunsvall, Gävle.

Cap plus vers le sud est... route côtière toujours. Nous traverserons le pays des forges. Villages créés par les industriels qui ont fait de la Suède le producteur de l'acier le plus fameux que toute l'Europe s'arrachait pendant des décennies. Les immenses manoirs qui trônent au milieu de fabuleuses propriétés sont le centre de ces villages. Les ouvrier logeaient de l'autre côté de la route dans leurs maisons ouvrières. L'histoire rend largement compte du prestige de ces richissimes patrons mais elle escamote quelque peu les conditions de vie des ouvriers qui se résument par un laconique. "Ils étaient auto-suffisants et ne manquaient de rien...". Nous avons donc flâné dans ces lieux prestigieux en nous laissant éblouir par leur majesté. Longues bâtisses de communs, jardins à l'anglaise parfaitement alignés autour d'un lac articifiel, sentiers discrets, orangeraie, kiosque rustique... Tranquille comme une promenade dominicale.

Ici les maisons ont perdu leur aspect de chalets aggrandis au fil du temps. Ce sont de grosses bâtisses au toit cassé. Cela leur donne un aspect très imposant. Elles trônent comme des matrones au milieu des annexes en bois qui font le charme de toutes les propriétés scandinaves : réserve de bois, atelier, garage, four à sauna, pergola avec petit salon extérieur, jeux d'enfants... et quelquefois modeste potager. C'est aussi un monde plus paysan. Les corps de fermes sont immenses. La forêt aussi a changé d'aspect. La guerre entre le minéral et le végétal a été déclarée et souvent le minéral a gagné. Les forêts avec leurs dômes de lichens entre les racines des arbres ont été dévastées. Il reste un amoncellement de rochers et de pierres énormes ; les mousses ont séché et y laissent de vilaines traînées comme des blessures mal cicatrisées. C'est un univers chaotique et un peu effrayant. Quelques kilomètres plus loin, la forêt réapparaît avec ses arbres déracinées en travers des arbres debout, et d'énormes souches renversées qui exposent leurs dessous de manière si indécente.

19-08-18 Kallegro  N  60° 20' 46.67 - E 18°15' 28.79

mer
Nous avons visité la sympathique ville de Öregrund. Un très grand port (départ direct vers la Finlande), de très jolies rues bordées de maisons en bois, fort coquettes. Un port de plaisance où nous sommes longuement attardés que les bars et restaurants égaient. Un monde touristique qui se déploie et donne une ambiance très décontractée à la ville. Nous avons failli y rester pour dormir à proximité du port, face à la mer... Mais nous n'avons pas pu nous résoudre à devenir citadins. Cap sur Osthamnar
Et voilà notre dernier séjour dans le golfe de Botnie- Encore une réserve naturelle en bord de mer. C'est une des rares fois où nous ne sommes pas tout seuls sur l'espace. Il doit y avoir une douzaine de campeurs. Mais l'espace est grand et ce n'est pas gênant. Et puis, faut bien revenir à la vie citadine un jour ou l'autre...

 

foet

 

 

20-08-18 Suède suite

lundi 20-08-18 UPSALA -

rameuse           
Nous entrons dans des zones nettement plus urbanisées. Les forêts toujours denses sont ici domestiquées. Des lacs à profusion, et une véritable autoroute mais d'abord pause à Upsala. Ville de Linné et Ingmar Bergman. Une très jolie ville. La vaste cathédrale (construite de 1270 à  1435) toute en briques rouges, est un vrai bijou. Ses deux flèches dominent à 120 mètres. Ici, une profonde méditation s'impose et ça fait du bien. Nous avons longuement flâné dans des rues piétonnes vivantes et tranquilles à la fois.  Les étudiants sont en mode bizutage, la rentrée se fait dans la joie générale. De belles promenades sont promises le long du Fyrisan, qui traverse la ville. Si je devais m'expatrier en Suède...
upsala
Cap sur Stockhom. C'est le bout du majestueux lac Malaren que nous avons longuement longé avant notre arrivée en ville. Nous devons traverser la capitale pour atteindre notre étape en périphérie. Un peu étonnés d'entrer là sans quitter l'autoroute, un immense échangeur train, métro, voiture bus et ferries.... tout ça sur le même pont.... Il est 18h00 et la circulation est très fluide... Aucun problème.  Nous trouvons un petit camping familial au bord d'un lac, absolument calme à quinze minutes à piedsdu métro pour Stockholm la grande...  Et nous voici, en route, petites foulées tranquilles, (Le pas un peu lent de Laurent m'impatiente quelque peu- et me donne mal au dos) le long d'une allée en partie le long du lac. Au bout, se trouve la station de métro en plein quartier de villas très chics. Mais nous n'arrivons pas jusque là. A dix minutes du camping, Laurent se pose sur un banc, l'air soucieux. Il vide son sac à dos, fouille ses poches.
_ J'ai oublié mon porte-feuilles au petit camion ?
- Pas grave j'ai le mien avec ma carte bleue.
- Super... on n'a pas besoin de faire demi-tour alors !
Nous voilà repartis à l'assaut de quelques côtes courtes mais bonnes. Quinze minute de suées mais fort agréables. Nous essayons la borne automatique pour l'achat des tickets mais elle refuse ma carte bleue visa. Pourtant, elle a servi à retirer du liquide en Norvège. Nous nous présentons à un guichet. Une dame fort avenante d'une quarantaine d'années nous accueille dans un anglais aussi approximatif que le nôtre. Nous pouvons avoir quatre billets (AR) avec prolongation jusqu'à minuit. 14 € pour nous deux. D'accord. Bien entendu ma carte bancaire se met en défaut et nous n'avons pas un sou en espèces. Pas de banque avant la ville (une dizaine de kilomètres)  pour tenter un retrait. Après plusieurs tentatives, (la dame tente de mystérieuses manipulations sur son terminal), rien à faire. Laurent émet de sérieux doutes sur mon code. (ce qui m'énerve prodigieusement)  Il demande quelques minutes et via smartphone essaie d'interroger je ne sais lequel de ses comptes pour contôler la validité de mon code. Un bon quart d'heure se passe en vaines manipulations des deux côtés de la vitre. Qui devient lentement une bonne demie-heure. Heureusement pas un chat ne se présente au guichet. La dame régulièrement m'adresse des sourires désolés et patients. Je la prie de nous excuser pour tout ce temps perdu.
- Pas de problème, j'ai que ça à faire.
Finalement Laurent confirme que le code est bon. Nous hésitons. On retourne au camping et on zappe la visite de la grande ville ? Ce qui me fend le coeur. Ou bien je cours de mon pas impatient jusqu'au camping récupérer les papiers de Laurent; Laurent ne veut pas faire l'aller-retour (une petite demie heure de pas rapides en montées et descentes, c'est hors de sa moblité actuelle). La dame du guichet d'un air contrarié :
- dois-je annuler vos billets ?
- Non, non, je vais chercher nos papiers au camping.
Je laissse Laurent à l'extérieur, proche d'un square avec bancs accueillants. C'est là qu'il doit m'attendre. J'avoue que je suis enchantée de reprendre à mon rythme soutenu la belle allée le long du lac. Mais je flâne pas.
barques
Lorsque je me pointe vingt minutes plus tard au métro, Laurent est invisible. Comme d'hab je n'ai pas jugé utile de m'embarrasser de mon tél portable. Le croirez-vous, j'ai cherché Laurent pendant plus d'un quart d'heure. Je fulminais. Mais où diable était-il allé ? Pourquoi n'est-il pas resté dans ce minuscule square bien visible ? J'ai fait le tour du petit supermarché (coop, c'est une enseigne très répandue ici) Je ne sais combien de fois le tour de la place,  une mulititude aller-retour entre le square et le guichet métro. La dame toujours aussi patiente m'adresse des sourires compatissants... Elle doit penser que Laurent m'a plaquée... Je sens dans son sourire une grande pitié. Ma crainte plus réaliste, c'est que peut-être Laurent s'est emmêlé les pieds en agitant les bras (on a déjà vécu ça, y'a pas si longtemps) ou pire qu'il a eu un malaise... Faut-il me mettre à pleurer ? Finalement, ça fait maintenant vingt minutes que je piétinne. Je décide de retourner au camion, là-bas j'aurai le secours de mon téléphone portable.  Décision prise, l'action me fait du bien et je repars en petites foulées.  Au moment où je m'engage dans la descente vers le lac, je croise, devinez qui, de son pas tranquille qui remonte du lac.
- Mais qu'est-ce que tu fais là ?
_ Le square était plein de courants d'air. J'ai préféré m'assoir sur ton chemin en guettant les passages pour pas te rater.
- Vraiment et t'as pris bien soin de te planquer alors ?
- Pas du tout, je t'ai vraiment pas vue. Sauf une femme qui m'a laissé un doute, elle était vachement belle, elle te ressemblait ! C'était pas toi.
- Forcément si elle était trop belle, impossible que ce soit moi !
- Pfuit, tu dis n'importe quoi.
stockholm
Bon, on se calme, on est dans le métro en Suède, en route pour Stockholm ! On a perdu assez de temps comme ça, on va le perdre en plus avec des fâcheries.
Quelle ville. Elle est distribuée en une multitude d'îles (14 îles principales comme autant de quartiers, avec chacun son caractère. Médiéval, commerçant, historiques ou administratif et résolument moderne. Quartier ouvrier, étudiant, ou bourgeois avec d'étonnants hôtels particuliers ou carrément bucolique.  Plus de 80 édifices  (musées, palais, châteaux... dont certains dominent les côteaux) Nous y passons de bien beaux moments et le plus extraordinaire dans la cathédrale. Ce qui nous a le plus séduit, c'est qu'on passe si on veut d'une île à l'autre (d'un quartier à l'autre) par des navettes maritimes. C'est chouette. Notre idée c'est de revenir en séjour exclusif (au moins une semaine) à Stockholm... par avion et à l'hôtel en ville. Quand on sera vieux ! avec la carte bleue sénior précise Laurent.

jeudi 23 -08-18 Jönköping - N 57° 46'32.86     E 13°50'31.97

Depuis que nous sommes revenus vers le sud l'ambiance change considérablement. Ici le vélo est redevenu roi des pistes. Les routes et rues y sont parfaitement aménagées et c'est un vrai danger pour le petit camion car ils déboulent de manière un peu sauvage. Quant aux risques piétons, j'ai forcément failli me faire renverser quelquefois par un vélo fou... Ils sont pire que les mouches au bord des forêts. Ils arrivent par nuées. Ils passent de tous les côtés dans les deux sens. Impossible de les affronter, faut se planquer. Je hais les cyclistes urbains. Par contre et ça ne manque pas de nous étonner, les automotilistes sont exemplaires. Dès qu'on se présente au bord de la route, ville ou campagne, on nous cède systématiquement le passage. J'en use et j'en abuse, c'est trop sensationnel.
linkopinh
Remettons nous de nos émotions urbaines. Notre nouvelle étape est en bord de lac.  Les zones rurales sont aux portes de la ville. Mais ce n'est plus le même genre de séjour. La socialisation est partout jusque dans les forêts, qui deviennent fort disciplinées et les champs parfaitement rasés, et les prairies coupées à ras. Et les fermes opulentes et immenses. Nous avons définitivement perdu la trace des rennes. Il n'y a plus les sympathiques panneaux dangers, skieurs ou moto-neiges. L'autoroute est une vraie quatre voies, monotone mais sécurisée. Notre cap est une légère remontée vers l'ouest vers Götebörg que nous envisageons de visiter. Mais à la recherche d'un lieu sûr, nous nous rendons compte que la ville est fort douteuse. Les vols et fractures de portes sont fréquents dans les parkings urbains. C'est la ville migratoire dans tous ses excès. C'est plus négligé, plus douteux, plus cosmopolite aussi. Ainsi, le danger ne vient pas de la nature profonde, aussi sauvage qu'elle soit, mais bien des zones urbaines. Nous décidons de faire l'impasse sur cette grande ville portuaire. Nous ferons de petites étapes en bordure de village, "au p'tit bonheur la chance" ma méthode de recherche favorite. Et nous reviendrons à Götebörg dimanche matin pour prendre le ferry et passer au nord du Danemark. Voire un peu à quoi ressemble ce nouveau pays.
Ainsi nous perdons définitivement de vue ce nord scandinave que j'ai tant aimé... Nostalgie déjà. Ouste on se reprend. La perspective de trois heures en mer a de quoi me réjouir pour dimanche.

 

01/09/18 Danemark retour

bateau

Dimanche matin 26 aout 2018, 9h10. Nous quittons le port de Göteborg Suède (pour info prix de la traversée pour nous deux et le petit camion (7m) 166 € (3h30 de mer). Compagnie Stenaline, un immense ferry de dix étages.  3 étages dédiés aux véhicules, 7 étages pour le confort des passagers... Autrement dit une totale opulence et un accueil extrêment luxueux. On se case dans des fauteuils en terrasse couverte, baies vitrées en poupe... La mer est calme à peine ourlée de petits bandeaux d'écume. Une ligne de nuages en wagonnets blancs se poussent dans un ciel parfaitement bleu. Est-ce l'altitude de notre terrasse, est-ce la mer archi-plate, il me semble que j'aurais juste à lever les bras pour toucher les nuages. Le ciel à portée de main, n'est-ce pas extraordinaire ?
Débarquement facile à Frederikshavn, pas de douane à l'arrivée au Danemark, pas de contrôle d'aucune sorte... Nous prenons la route côtière vers le nord de l'île. A babord, côté terre, ce sont de grandes zones agricoles. A tribord, la mer, de plus en plus agitée vers le nord. Puis d'un coup, la terre disparaît et nous sommes noyés dans un monde de dunes à perte de vue. Désert total, le vent forcit. Température autour de 15° mais ciel clair. A l'affut des images, je guette un avion échoué dans le sable, la silhouette d'un aviateur exaspéré et celle d'un jeune garçon aux cheveux blonds comme les blés, l'écharpe blanche au vent. Ces choses qui n'existent pas me comblent de bonheur.
Nous passerons la journée à la pointe extême nord. Grenen est un endroit fabuleux.  Ici s'enlacent  la mer du nord et la mer Baltique... Leur étreinte est farouche et le vent d'une violence rare. La mer y est tumultueuse. Pas la peine d'envisager un bain de mer. Quel dommage !
A Skagen, village voisin, Laurent a repéré un abri pour la nuit entre les dunes. Nous quittons la route littoral pour nous engager sur une piste sable et herbes... Et des dunes herbeuses qui se déploient devant nous. C'est le bout d'un autre monde.

Lundi 27 aout 2018  SKAGEN N 57°36'09;35    E 10°14'15;72

dunes
Le vent a secoué le petit camion cette nuit, il a rugit fort dans notre habitacle. Il ne m'en fallait pas plus pour ressentir un sympathique roulis qui m'a délicieusement bercée. Quelle belle nuit. Aux aurores, la pluie jouait des castagnettes sur le toit du petit camion et le roulis s'est accentué.
- Laurent qu'est-ce qui te plait le mieux dans cette ambiance ?
- De pas m'inquiéter pour la sécurité du mouillage...
A chacun ses petits bonheurs du jour.
Mardi et mercredi seront consacrés à des visites "culturelles". Le remarquable musée de la marine à Aalborg. Un labyrinthe de salles y exposent foultitude de maquettes, plus fines, plus belles les unes que les autres. Des instruments de navigation inattendus, des appareils de propulsion, des costumes historiques et même de la vaisselle de bord.  Toute une salle dédiée au naufrage du titanique avec l'ambiance dans les glaces... Mais aussi de vrais navires, un poste de pilotage virtuel dont Laurent prend les commandes.  Il ne nous ménera pas à "bon port" mais nous aurons explosé un voilier, une digue et un ferry... avant de nous couler nous-mêmes. C'est rigolo et sympa quand c'est pour du beurre !  A l'extérieur expo de ports miniatures ? de villes maritimes pour traîner en toute tranquillité et le clou du musée, un vrai sous-marin, "le pringenen". Un escalier métallique nous mène à ses entrailles. Je suis suffoquée par l'odeur de graisse chaude, et l'obscurité, d'humidité (dehors il pleut). Merci, ça me suffit ! Laurent s'enfonce dans cet étrange tunnel. Je trouve un coin abrité pour méditer sur tout ça... Tous les quarts d'heure une sonnerie dans le sous-marin sonne pour alerte fictive. J'en laisse passer deux, puis je m'inquiète, ça fait un moment que j'attends. Va falloir que je fasse porter Laurent disparu. Je me coltine l'enfilade de salles (au moins 500 mètres) au pas de course. A l'accueil, personne n'a vu Laurent et je ne veux pas entrer dans le sous-marin  à sa recherche. On tergiverse avec mon anglais douteux c'est plutôt du folklore. Finalement, une dame aimable m'accompagne. Lorsque nous sommes sous le navire, Laurent arrive à babord. Il vient vers nous, d'un pas tranquille et régulier,  vous savez comme le flâneur dans "les tableaux d'une exposition"... Il y a avait aussi par là un navire de guerre à explorer... Fallait pas rater ça. Je le sens encore imprégné de ce qu'il a vu et imaginé de ces vies à bord. Il y a en lui quelque chose de magnifique dans sa sénérité à ce moment-là. J'adore !

chateau

Mercredi soir -skörkping- N 68°48'11.00- E 9°55'00;00
Nous avons pénétré dans la plus vaste forêt danoise, hêtres et conifères immenses, marais et lacs. C'est le parc national Rebild. Cette forêt n'a pas la sauvagerie, ni le chaos des suédoises que j'ai tant aimées. Mais elles sont tout aussi tranquilles et sécurisantes. Encore un étonnant bout de piste où Laurent excelle désormais et nous voilà seuls au monde... Avec au soleil couchant, la lune levée sur le lac. Un petit bout d'éternité nous frôle.  A 22h, un véhicule arrive à vive allure, il se range devant nous. Puis plus rien. Qui est cet olibrius qui perturbe une si belle soirée ? Plus tard encore, nous sommes surpris d'entendre dans cette solitude, le son léger d'une sorte de harpe celtique... Puis vient la vraie nuit. Lorsque nous émergeons d'une nuit tranquille, notre voisin nous adresse de grands signes d'amitié. Laurent va vers lui. Il a envie d'en savoir plus sur cette étrange musique; et nous rencontrons un homme d'une cinquantaine d'années, sec mais zen... qui dégage une odeur indéfinissable... L'homme vient du Pays de Galle et son accent est épouvantable, à cela s'ajoute le nôtre avec toutes nos approximations... alors j'ai peut-être pas tout bien compris. C'est un intégriste à sa manière; Il ne vit que d'amour et d'eau fraiche. Il compte sur la nature et la méditation pour garder la forme, et la musique. C'est un saltimbaque qui vit de sa musique de rue. Il sort l'instrument qui nous a  bercé la veille. Une sorte de grand chaudron en métal léger au couvercle bombé. Faisant cercle tout autour, avec un gros creux au milieu, huit empreintes adaptées à la pulpe du doigt permettent de jouer 8 notes. Notre musicien nous dit que cet instrumen, qu'il appelle "hand pan ? "  se joue sur une gamme japonaise ????  Qu'il nous joue, mais dont nous ne reconnaissons pas le timbre oriental. Il égrenne pour nous de sympathiques arpèges. Une chouette somnambule, les yeux tout pisseux vient se poser là et se laisse bercer. Quelque chose de divin nous frôle.

ville

Nous ferons un petit tour à Viborg, ville de province typique du  Danemark. On aime bien les rues piétonnes animées mais sans bousculade, des citadins qui flânent. Et de magnifiques édifices, de briques roses ou jaunes, comme toutes les constructions ici.

Jeudi 30 08/18 -
chateauLe long de cette côte ouest, encore une visite culturelle au château 16è de Spottrup. Encore un lieu au mileu des dunes. Puis nous nous arrêterons pour flâner à Ringköping, belle petite ville typique avec un port de pêche qui nous a retenu un grand moment; Nous nous engageons ensuite dans une sorte de langue de terre sableuse, Homlsland klit, qui sépare le fjord de la mer. Nous nous installons dans un camping proche du phare de Norre Lyngvig... Le matin nous partons à travers les dunes pour atteindre la mer du nord à 1 km de là, au pied du phare. Laurent préfère grimper, moins je préfère contourner. Mon sentier me mène à travers des bruyères brunes, vertes, roses ou mauves qui se mêlent, avec quelquefois l'éclair d'une minuscule fleur jaune...  Laurent disparaît quelquefois caché par le dos d'une dune colorée et lumineuse. Je me laisse émouvoir lorsque le haut de son crâne blond réapparaît. Belle partie de cache-cache qui se joue entre lui et moi, à son insu. Sous le phare, la mer du nord roule ses vagues le long d'une plage quasi déserte. Le vent fort de la nuit a dessiné de jolies dentelles dans le sable immaculé. Tout est immense ici. Magifique.
phare

 

09-09-18 Danemark -Allemagne

digues

01/09/18  - TOFTUM - PARK DE L'ECLUSE -
La route qui nous mène à l'île de Romo est une digue sur la mer qui nous enchante. Bordée de prairies,  vaches et vachettes, chevaux, moutons et chèvres... tout ce petit monde se partage librement l'espace. A quelques kilomètres de l'écluse au bout de cette piste, un alignement de voitures nous intrigue. Plus loin un attroupement d'une cinquantaine de personnes, grosse tache noire qui s'étale sur le bas-côté. Accident ?  L'évènement doit être exceptionnel. Il y a si peu de places pour passer. Une femme s'approche, côté conducteur. Explication en anglais  bien entendu.
- Pourquoi tout ce monde, que se passe-t-il ?

- Nous attendons le "soleil noir".
- Soleil noir, une éclipse ?
- Oui une éclipse de darkbirds.
-Une éclipse de corbeaux... ?
- Oui, lorsque le soleil se couche. Vous pouvez passer lentement et vous garer plus loin.
Fichtre quel évènement en effet !
Nous continuons lentement jusqu'à l'écluse qui contient les assauts maritime. La digue, est un chouette rempart contre la mer. Un foule considérable s'est rassemblée en haut des pentes herbeuses, face au soleil qui descend sous l'hori zon. Les mammifères  broutent, nullement perturbés par ce peuple qui piétinne son herbe. Nous trouvons pour le petit camion, une place très sympathique au bord de l'écluse. L'écoulement de l'eau nous bercera agréablement toute la nuit.
Bien installés, nous partons à l'assaut de la digue et aux infos concernant cette étrange éclipse.
Et là, nous rencontrons un couple vraiment agréable. Il nous montre des extraits de journaux (en Danois, on risque pas de comprendrles images sont belles. Ainsi à ce moment de l'année, les étournaux (sansonnets) se rassemblent ici. Ils organisent leur convoi de navigateurs des airs. Ils passent en troupes très serrées, en rubans dansants qui roulent et se déroulent. De gigantesques arabesques qui ferment le soleil et font sur terre une pénombre totale... une sorte d'éclipse. Il faut donc guetter le moment.

- Oui, mais vous êtes certain que c'est aujourd'hui ?
- Non, bien sûr, il faut venir tous les soirs pour saisir le bon moment.
Donc nous guetterons, ce soir là, et le suivant. Mais nous ne verrons pas le "soleil noir" des "black birds"
Cette étape un peu longue nous a permis de retourner visiter la magnifique ville de Ribes.  C'est une ville qu'il ne faut pas rater. Nos deux visites nous ont  vraiment séduits.

05/09/18  Lac WIETELSEE au bord de la Weyle. N 53°004 31.53  E 8°53'57;65

ville

Nous sommes passés en Allemagne sans vraiment nous en rendre compte. Nous quittons le Danemark salués par les trois pavillons de pays Nordique. Nous entrons en Allemagne accueillis par les pavillons, européens, allemand et français.
Mais les villages changent d'aspect, plus proches des rues pavées et maisons à colombages, familiers au monde alsacien.
Mais ce qui nous choque le plus, c'est les champs d'éoliennes, par centaines. C'est un vrai spectacle. Au milieu des prés, au milieu des champs. Les tracteurs qui labourent au pied de ces monstres ont l'air d'engins miniatures. On les trouve continuellement au  bord des autoroutes ou des nationales. Ces mobiles géants montent une garde presque angoissante tant c'est important. Pour me rassurer, je me dis qu'ainsi l'Allemagne prend très au sérieux la protection de la planète. Lorsque les châteaux forts ont été construits sur les hauteurs, visibles de loin, ont-ils défiguré les paysages en leur temps ? Dans quelques centaines d'années, y aura-t-il des circuits touristiques organisés genre, la route des éoliennes, comme on fait la route du vin ou celle des des châteaux de touraine... On trouverait alors, ces vestiges émouvants et aussi beaux qu'impressionnants.

05/09/18  Lac WIETELSEE au bord de la Weyle. N 53°004 31.53  E 8°53'57;65

wiese
Toujours de sympathiques étapes en bord de rivière ou au milieu des prés. Proches toujours d'une ville médiévale dont nous arpentons les pavés avec enthousiasme; C'est un bien beau pays sous nos pas. Laurent est fort adroit pour nous dégoter des lieux toujours accueillants, toujours très tranquilles, et toujours au milieu de nulle part. Je me fie complètement à lui. J'adore.
Nous quitterons notre parc à moutons (une fois habitués à nous, on ne les a plus entendus sauf de loin en loin, un agneau en perdition qui appelait sa mère) pour notre première journée d'été. On range enfin les polaires et la couverture. On sort les sandales et les shorts... Oh que ça fait du bien cet air délicat à 26° en journée.

ville
Après Itzehoe Laurent décide de passer au sud de l'Elbe par la barge locale que nous prendrons dans un village au nom sympa, Gluckstadt.  On a du pot on ne fera la queue qu'une heure. Il y a de chaque côté de la barge une sorte de pont extérieur que je vais explorer; et j'y rencontre un charmant passager allemand qui engage la conversation en français qu'il n'a pas pratiqué depuis l'école, il y a une bonne trentaine d'années. Vous imaginez la profondeur de notre conversation de trente minutes. Il me sourit, quelques mots que je ne comprends pas. Et la conversation démarre. C'est moi qui m'y colle ...
- Je connais l'île d'Elbe, mais la rivière j'avais jamais entendu parler...
J'ai beau retourner cette formulation dans tous les sens, il ne comprend rien. Ce qui nous permet de joyeux fous-rire quand il essaie de reprendre et de comprendre. Finalement il m'explique laborieusement. Je résume de longues minutes d'explication en mots hachurés et pêle-mêle.
- L'Elbe court sur 120 km depuis la Yougoslavie jusqu'à la mer du nord. Elle est navigable... Elle est magnifique...
(Faudra que je vérifie tout ça à mon retour)
Puis je change de propos et je le surprends.
- Comment vous appelez-vous ?
Il ne s'attendait pas à cette question et ne comprend pas tout de suite, forcément, il était pas encore dans ce contexte là... Il était resté sur l'Elbe.
- Je m'appelle Jeanne, et  vous comment vous appelez-vous ?
Il ne comprend toujours pas, pourtant je parle lentement. Dois-je me mettre au langage "Tarzan". Non, son regard se concentre, ses sourcils se froncent. Il cherche ses mots.
- Ah oui, Jeanne,  comme Jeanne d'Arc.
- Oui, et  vous ?

- Je, moi ?
- Oui, vous !
- Oh j'aime bien Jeanne d'Arc.
- Oui, mais comment vous appelez-vous ?
Son visage s'éclaire.
- Ah,
Moi, je m'appelle Klaus.
- Oh, comme Santa Klaus, Saint Nicolas, mois aussi j'aime bien
Et là, il me lance un regard parfaitement moqueur.
- Non comme Klaus Sarkosi, vous aimez aussi ?
- Pfuit !
On rigole de bon coeur et on se quitte car nous débarquons. Certaines rencontres comme ça, éphèmère et parfaite me mette en joie.

06/09/18  Guxhagen N 51° 12'09.72 E 9°28'47.82

ville
Encore de  belles bourgades médiévales dont on ne se lasse pas. Et qui nous permettent de nous défouler un peu les jambes.  Nous nous arrêterons longuement à Nienboug. Puis nous longeons la Fulda. Encore une rivière agréable et verdoyante malgré les éoliennes qui dessinent leurs hautes silouhettes au delà des prés. Elles sont plus discrètes en petits paquets ou carrément isolées. Moins envahissantes dirons-nous. Mais incontournables.
A Weyle, belle étape et nuit parfaite proche d'une marina de la rivière Weser, haut lieu de pêche. Nous sommes estomaqués qu'au moment où le petit camion se sent parfaitement garé, un homme nous fasse signe de nous déplacer. Il nous guide juste devant, face à la rivière, vue imprenable mais un peu envahie de mauvaise herbe.
- Attendez !
Il revient avec une serpette et nous dégage un bel espace de camping tout propre puis retourne à sa pêche. Encore une belle rencontre.
Nouvelle étape à Guxhagen, au bord de la Fulda.
Nous trouverons un bel espace herbeux en bord de rivière toujours. Un grand mesti s'y prépare. Nous nous échapperons avant les folies festives. Pour ce soir, de l'autre côté de la Fulda, le clocher chante régulièrement. J'aime tellement cette ambiance. Un peu de pluie et un p'tit orage pour combler ce bonheur du jour.

08/09/18   N 49°14'18.65  E 8° 41'07.09 6  MALSCH

avions
Nous dépasserons Eidelberg. J'avais souhaité m'y arrêter un moment. Mais l'entrée en ville à travers des rues en travaux permanents, fort encombrées et mal accessibles nous ont découragés. Avec aussi l'impression que cette ville est surtout industrielle et commerciale... Mais ce n'est qu'un avis de passage, nous n'avons pas approfondi. Tant pis. Nous prenons la direction de la Forêt Noire. Notre première étape un peu inattendue est un régal. Au milieu d'un aéroclub. Les responsables nous autorisent à nous caler au bord de la piste. Demain, l'activité ne commence qu'à 11h le matin. Nous pourrons nous offrir le luxe d'une grasse mat. C'est une autre ambiance dès 10h, on sort les aéroplanes, le gros camion qui  va les tracter sur 1km se met en bout de piste. Les voitures tirent les engins en file prêts à décoller.. en fond d'écran le clocher de l'église et les premières maisons du village, une sympathique bute plantée de vignes. C'est à la fois bucolique et d'une ambiance un peu fiévreuse.

Dans l'après midi nous reprendrons la route pour une autre étape en Forêt Noire. La plaine devient brune. Les maïs courbent leurs épis bruns avec lassitude comme des petits vieux sur leurs pieds grêles. Les tournesols terrassés par l'été baissent la tête humblement, lourds de leurs graines sombres. Le soleil les fatigue. C'est ici le temps des regains et les prés aussi s'étalent en lignes sombres d'herbe sèche. Seuls les vignobles nous renvoient leur lumière métallique de raisins murs. Et les forêts sombres qui nous appellent. La ligne bleue des Vosges se perd à tribord... Nous voici à Freiburg en Brishgau. Encore une bien belle ville.

De pause en pause, nous nous rapprochons du sud de la France. Mais de bons moments nous sont encore promis. Je vous ferai grâce de cette fin de périple plus ordinaire qui nous arrêtera dans quelques jours dans le Jura, puis plus au sud. Prendrons-nous Grenoble puis  la route Napoléon que nous aimons  bien tous les deux ?
Je pense que début octobre nous serons opérationnels à Velaux. Je vous enverrai un mot depuis chez nous dès que nous serons posés.

Ce fut un extraordinaire voyage.

jalau
Chantent toujours dans ma têtes, les clameurs des rennes.
 

Dansent toujours devant mes yeux les immense forêts de laponie suédoise...

et les forêts enchantées de Poudlard.
 

Et je continue de rêver.